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Les dernières données sur l’espérance de vie en bonne santé dans les 27 pays de l’UE rendues publiques à Paris cette semaine

L’espérance de vie sans incapacité (EVSI) indique combien de temps on peut espérer vivre sans incapacité. Elle est calculée annuellement pour tous les pays de l’Union européenne depuis 2005. Ces chiffres sont rendus publics dans le cadre de la première réunion annuelle de l’Action conjointe européenne sur les espérances de vie en bonne santé (EHLEIS pour European Joint Action on Healthy Life Years), organisée à Paris ce jeudi 19 avril 2012 (ASIEM, 6 rue Albert de Lapparent – 75007 PARIS à partir de 13h30) à l’invitation du ministère français de la Santé. Cette action conjointe européenne est dirigée par la France, sa coordination a été confiée à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

En 2009 l’espérance de vie sans incapacité s’établit à 61,3 ans pour les hommes de l’Union européenne (EU27) ; ce qui représente près de 80% de leur espérance de vie à la naissance (76,7 ans). L’EVSI a atteint 62 ans pour les femmes ; ce qui représente les trois quarts de leur espérance de vie à la naissance (82,6 ans).

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LES VALEURS DE 2010 POUR LES HOMMES

En 2010, c’est la Suède qui a l’espérance de vie la plus longue (79,6 ans) pour les hommes de l’Union européenne et la Lituanie la plus courte (68 ans) ; ce qui représente un écart de près de 12 années d’espérance de vie (EV) à la naissance entre ces deux pays. C’est toujours la Suède qui a, cette année-là, l’EVSI la plus longue (71,7 ans) et la République slovaque l’EVSI la plus courte (52,3 ans) ; l’écart de EVSI atteignant près de 20 années entre ces deux pays. Et c’est encore en Suède que la proportion des années vécues sans incapacité (EVSI/EV) atteint son maximum en 2010 : 90% de l’espérance de vie est vécue sans limitations dans les activités usuelles. A l’opposé, c’est en République slovaque que cette proportion atteint son minimum (73%) soit un écart de 17points. Ce premier résultat, observé chez les hommes, suggère que plus l’espérance de vie est longue plus la proportion vécue sans incapacité est grande.

Toutefois sur la très courte période 2008-2010, c’est la Lituanie qui voit son EVSI augmenter le plus, près de 3 années, alors que ce sont les Pays-Bas qui, à l’inverse, affichent la plus forte baisse (-1,3 années). Il y a donc aussi des tendances à la convergence des espérances de santé en Europe puisque l’écart entre la Lituanie et les Pays-Bas s’est réduit de plus de 4 années en à peine 3 ans.

DE MEILLEURS RÉSULTATS POUR LES FEMMES

En 2010, la France et l’Espagne ont l’espérance de vie la plus longue (85,3 ans) pour les femmes de l’Union européenne et la Bulgarie la plus courte (77,4 ans) ; ce qui représente un écart de près de 8 années d’espérance de vie (EV) à la naissance entre ces pays. Malte a l’EVSI la plus longue (71,6 ans) pour les femmes et la République slovaque l’EVSI la plus courte (52,1 ans) ; l’écart d’EVSI atteint, comme pour les hommes, près de 20 années entre ces deux pays. Cependant c’est en Bulgarie que la proportion des années vécues sans incapacité (EVSI/EV) atteint son maximum pour les femmes en 2010 : 87% de l’espérance de vie est vécue sans limitations dans les activités usuelles. A l’opposé, c’est en République slovaque, comme pour les hommes, que cette proportion atteint son minimum (66%) soit un écart de 21 points. Les résultats pour la Bulgarie illustrent un autre cas de figure, où une courte espérance de vie, combinée à une faible déclaration de limitations dans les activités usuelles, conduit à une grande proportion de l’espérance de vie apparemment libre de toute incapacité.

Sur la très courte période 2008-2010, c’est toujours la Lituanie qui voit son espérance de vie sans incapacité (EVSI) augmenter le plus (2,4 années), confirmant l’observation faite chez les hommes, alors que c’est la Finlande qui cette fois affiche la plus forte baisse (-1,7 années). Il y a donc aussi chez les femmes européennes des tendances à la convergence des espérances de santé.

ECARTS ENTRE LES HOMMES ET LES FEMMES

Alors que l’écart d’espérance de vie (EV) entre les hommes et les femmes atteint près de 6 années (5,9 ans) dans l’Union européenne en 2009, l’écart d’espérance de vie sans incapacité (EVSI) atteint à peine une demie année (0,7 an). Si bien que la proportion des années vécues sans incapacité est inférieure de 5 points (-4.9) chez les femmes en comparaison avec les hommes (75% versus 80%).

En 2010, c’est en Lituanie que l’écart d’espérance de vie entre les hommes et les femmes est le plus important (10,9 années) et en Suède qu’il est le plus faible (4 années). C’est aussi en Lituanie que l’écart d’EVSI est le plus important (4,6 années) mais c’est en République slovaque, cette fois, qu’il est le plus faible (0,2 année). C’est au Portugal que l’écart dans la proportion des années libre d’incapacité (EVSI/EV) est le plus grand (près de 9 points) et en Bulgarie que cet écart est le plus faible (environ 3 points). Mais dans tous les cas de figure observés, les femmes européennes vivent plus longtemps que les hommes et passent une plus grande proportion de leur vie avec des incapacités. Par contre, les écarts d’espérance de vie sans incapacité (EVSI) sont beaucoup plus réduits et dans 7 cas sur 27 (chiffres de 2009), les hommes ont une espérance de vie sans incapacité (EVSI) légèrement supérieure à celles des femmes. C’est le cas en 2009 de la Belgique, du Danemark, de l’Italie, des Pays bas, du Portugal, de l’Espagne et de la Suède, soit un nombre significatif des pays de l’Europe de l’ouest.

LE CAS DE LA FRANCE

La France, qui affiche l’espérance de vie la plus longue pour les femmes en 2010 comme en 2009 occupe la 10ème place en terme d’EVSI, illustrant ainsi un cas de figure où longue vie ne coïncide pas avec une faible déclaration de limitations dans les activités usuelles. Les hommes français occupent respectivement la 8ème et 11ème place, sur 27, en termes de longévité et d’espérance de vie sans incapacité avec les valeurs de 2009.

L’espérance de vie sans incapacité (EVSI) est un indicateur important des politiques européennes. L’EVSI a été choisi dans le cadre de la stratégie de Lisbonne (2000-2010) pour apprécier la qualité de la vie et l’état de santé fonctionnel des européens. Elle fait partie des indicateurs de santé de la Communauté européenne (ECHI) et a, en outre, été sélectionnée pour fixer l’objectif fondamental du premier partenariat de l’Union de l’innovation (composante recherche et développement de la nouvelle stratégie Europe 2020) : partenariat Vieillissement actif et en bonne santé ; à savoir augmenter de 2 années le nombre des années vécues sans incapacité (HLY) dans l’Union européenne d’ici à 2020. L’EVSI est obtenue en décomposant l’espérance de vie en deux espérances de santé, avec et sans incapacité, grâce à l’introduction de la prévalence de l’incapacité observée en population générale dans le calcul de l’espérance de vie. Dans le cas de l’indicateur européen, la prévalence de l’incapacité provient de l’enquête annuelle EU-SILC dont la réalisation est coordonnée par EUROSTAT. La prévalence de l’incapacité est mesurée au travers des réponses à une question générale sur les limitations d’activité connue sous le nom de GALI : Dans quelle mesure avez-vous été limité(e) depuis au moins 6 mois, à cause d’un problème de santé, dans les activités que les gens font habituellement ? EUROSTAT calcule et diffuse l’EVSI comme il le fait pour tous les indicateurs des politiques européennes. L’objectif est de fournir l’année t (i.e., 2012) l’EVSI de l’année t-2 (i.e., 2010). EHLEIS effectue des calculs en parallèle et confronte ses résultats avec ceux d’EUROSTAT. L’Action conjointe européenne, soutenue et supervisée par la Commission européenne, diffuse largement les résultats obtenus (country reports, sites web dédiés, Wikipédia, etc.), encourage une bonne interprétation des EVSI (training material and interpretation guide), promeut leur utilisation dans les politiques socio-économiques et surtout produit des analyses scientifiques sur les tendances et les écarts observés : déterminants, causes et mécanismes.

Un nouvel espoir dans la lutte contre la tuberculose : une souche atténuée de Mycobacterium tuberculosis offre une meilleure protection que le BCG chez la souris

Des équipes de chercheurs de l’Institut Pasteur et de l’Inserm, en collaboration avec une équipe de l’Université de Pise, viennent de déterminer le rôle essentiel de certaines protéines dans la virulence de la mycobactérie responsable de la tuberculose, Mycobacterium tuberculosis. Ils ont réussi à créer une souche atténuée de cette mycobactérie, qui offre une protection plus importante contre la tuberculose que le BCG chez la souris. Cette découverte représente une avancée majeure pour les recherches visant à développer un vaccin plus efficace contre cette maladie. Cette étude est publiée aujourd’hui dans la revue Cell Host & Microbe.

© Institut Pasteur – Photo de tissus pumoniares infectés par  Mycobacterium tuberculosis (en rose)

La tuberculose est l’une des maladies les plus répandues au monde. Elle est due à une infection par la mycobactérie Mycobacterium tuberculosis, touchant un tiers de la population mondiale. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), en 2010, 8,8 millions de personnes ont développé la tuberculose et 1,4 million de personnes en sont mortes. Ainsi, M. tuberculosis reste à ce jour l’un des pathogènes les plus virulents et les plus dangereux pour l’homme. Malgré son efficacité chez l’enfant, le BCG ne protège pas suffisamment l’adulte contre la tuberculose pulmonaire. Cette forme de tuberculose est particulièrement contagieuse, d’où la nécessité de mettre au point un vaccin plus efficace pour combattre cette maladie.

Une étude réalisée par des équipes de l’Institut Pasteur et de l’Inserm, coordonnées par le Dr Laleh Majlessi(1) et le Pr Claude Leclerc (2) (Institut Pasteur/Inserm), en collaboration avec le Dr Roland Brosch (Institut Pasteur) et le Dr Daria Bottai (Université de Pise), révèle qu’une partie du génome de M. tuberculosis peut être modifiée afin d’obtenir une souche non virulente de cette bactérie chez la souris. La mycobactérie ainsi atténuée procure une protection significative contre le développement d’une tuberculose.

Les chercheurs ont réussi, dans la souche mutée, à bloquer la production et le transport de certaines protéines, appelées PE/PPE (3), associées à une région particulière du génome de la mycobactérie, l’appareil de sécrétion ESX-5 qui est présent dans toutes les souches virulentes de mycobactéries. Ils ont constaté que les souris infectées par cette souche atténuée ne développent pas la tuberculose. De ce fait, ils ont démontré que les protéines PE/PPE produites par l’appareil ESX-5 jouent un rôle essentiel dans la virulence de M. tuberculosis.

Par ailleurs, les chercheurs ont établi que les souris immunisées par la souche atténuée sont protégées très efficacement contre l’infection par M. tuberculosis. Cette protection est corrélée à la réponse immunitaire spécifique d’autres protéines PE/PPE encore présentes dans cette souche. Ainsi, les chercheurs ont prouvé que la souche mutée de M. tuberculosis est un candidat vaccin sérieux contre la tuberculose, qui provoque une réaction immunitaire plus forte que le BCG chez la souris.

Cette découverte majeure ouvre de nouvelles perspectives pour la mise au point d’un vaccin plus efficace contre les différentes pathologies provoquées par M. tuberculosis, notamment contre la tuberculose pulmonaire de l’adulte. De nombreuses études seront nécessaires avant qu’une application soit envisageable chez l’homme. La prochaine étape, pour les chercheurs de l’Institut Pasteur et de l’Inserm, sera la création d’une souche dans laquelle une mutation supplémentaire pourrait être introduite afin de lui assurer une totale innocuité, en vue de pratiquer des essais chez l’homme.

Notes

(1) Dr Laleh Majlessi, unité de Régulation immunitaire et Vaccinologie (Institut Pasteur / Inserm U1041)
(2) Pr Claude Leclerc, chef de l’unité de l’unité de Régulation immunitaire et Vaccinologie (Institut Pasteur / Inserm U1041)
(3) Les gènes codant les protéines PE/PPE appartiennent à deux grandes familles uniques aux mycobactéries, et représentent presque 10% du génome de M. tuberculosis

Vieillissement du cerveau : des modifications génétiques identifiées

L’hippocampe est une structure cérébrale dont la réduction du volume avec l’âge est associée aux troubles de mémoire. L’accélération de ce phénomène est une des manifestations de la maladie d’Alzheimer. Grâce à une collaboration internationale impliquant des équipes de recherche françaises (1), des mutations génétiques associées à la réduction du volume de l’hippocampe ont été mises en évidence. Ces résultats ont été obtenus grâce à des études épidémiologiques analysant les génomes et les IRM cérébrales de 9232 participants âgés de 56 à 84 ans. En France, environ 2000 IRM ont été réalisées à travers l’étude des 3 Cités (2). Les résultats de ce travail sont publiés le 15 avril 2012 dans la revue Nature Genetics.

Des réductions du volume de l’hippocampe apparaissent avec l’âge sous l’effet cumulatif de divers facteurs. L’atrophie hippocampique étant un marqueur biologique reconnu de la maladie d’Alzheimer, il était important pour les chercheurs de déterminer l’origine de ce processus.

Une étude internationale pilotée en France par Christophe Tzourio a cherché les variabilités génétiques associées à la réduction du volume de l’hippocampe. Pour cela, les génomes et les données IRM de plus de 9000 personnes âgées de 56 à 84 ans, ont été analysés afin de détecter une association éventuelle entre certaines mutations et la diminution du volume de l’hippocampe. Les données des participants (avec et sans démence) ont été extraites de huit grandes cohortes européennes et nord-américaines.

Les chercheurs ont tout d’abord pu repérer 46 différences dans la séquence de l’ADN des participants a priori associées à une réduction du volume de l’hippocampe. Dix-huit mutations situées sur des régions différentes du chromosome 12 sont de manière significative associées à une réduction du volume de l’hippocampe. Les associations restantes ont inclus une mutation sur le chromosome 2. Enfin, une dernière mutation sur le chromosome 9 a été, quant à elle, associée à une réduction de l’hippocampe dans un troisième échantillon plus jeune. Ces résultats signifient que des facteurs « encore non identifiés » déclenchent des mutations dans des endroits bien précis du génome qui entrainent la réduction du volume de l’hippocampe.

© UMR5296 CNRS CEA Université de Bordeaux

L’hippocampe (en rouge) est une structure profondément enfouie dans le cerveau qui joue un rôle primordial dans les processus de mémoire. Son volume diminue avec l’âge, et cette diminution est accélérée dans la maladie d’Alzheimer. Pour cette étude, une analyse automatique des images IRM et du calcul du volume de l’hippocampe de chaque sujet a dû être mise au point.

Une fois les mutations mises en évidence, les scientifiques ont cherché ce qu’elles modifiaient. Ils ont découvert qu’elles changeaient la structure de gènes importants aux fonctions multiples impliqués entre autres dans la mort cellulaire (HRK) ou le développement embryonnaire (WIF1), le diabète (DPP) ou encore la migration neuronale (ASTN2).

« Cette étude marque un tournant majeur car elle confirme que des facteurs génétiques sont associés à une structure cérébrale, l’hippocampe, impliquée dans les démences et d’une façon beaucoup plus générale dans le vieillissement cérébral. » explique Christophe Tzourio. Cette nouvelle approche, dans laquelle on étudie non pas une maladie mais une région cérébrale cible va permettre de décrypter de manière plus précise les mécanismes de la maladie d’Alzheimer.

Les prochaines étapes viseront à mieux comprendre comment ces mutations génétiques s’inscrivent dans le schéma général de la maladie d’Alzheimer. Même si les retombées cliniques ne sont pas à attendre immédiatement, ces découvertes sont un pas vers une meilleure compréhension de cette maladie et du vieillissement cérébral en général.

« Cette découverte confirme l’importance de réaliser des examens sophistiqués comme l’IRM cérébrale et l’étude du génome au sein des études de cohorte. Cela ne peut se faire que dans une forte collaboration entre ces disciplines. » conclut Christophe Tzourio.

Notes

(1) en neuroépidémiologie (Inserm U708 – Université de Bordeaux, C Tzourio), en imagerie cérébrale Groupe d’imagerie neurofonctionnelle (CNRS/CEA/Université Bordeaux Segalen, B Mazoyer), et en génétique (UMR 744 Inserm Université de Lille, P Amouyel)

(2) L’étude 3C dite des 3 Cités pour Bordeaux, Dijon et Montpellier est une grande cohorte de plus de 9000 personnes âgées de 65 ans lancée en 1999. https://www.three-city-study.com/

Découverte d’une nouvelle règle d’organisation spatiale des chromosomes qui reflète leur fonctionnement

Découverts en 1882 par Walther Flemming, les chromosomes, supports de l’information génétique, continuent à livrer leurs secrets 130 ans plus tard ! Pour preuve, l’équipe d’Edith Heard du laboratoire Génétique et biologie du développement (Institut Curie/CNRS/Inserm) en collaboration avec celle de Job Dekker (UMass Medical School, Worcester, USA) vient de mettre au jour une nouvelle organisation de ces bâtonnets d’ADN qui se trouvent dans le noyau de nos cellules. Les chromosomes forment une succession de « pelotes » dans lesquelles se regroupent plusieurs gènes qui peuvent ainsi être régulés de manière coordonnée au cours du développement. En clair ces « pelotes » isolent des groupes de gènes intervenant de façon concertée lors d’étapes cruciales du développement de l’embryon, mais aussi à l’âge adulte. Nature présente ces travaux innovants en ligne le 11 avril 2012.

Le support du matériel génétique, les chromosomes, confinés dans un espace de quelques micromètres, peuvent mesurer une fois dépliés jusqu’à la longueur d’un bras. Si l’on comparait le noyau d’une cellule à une balle de tennis, un chromosome mesurerait 5 kilomètres. Et il n’y en a pas qu’un seul ! Chez les humains, par exemple on compte 23 paires de chromosomes dans chaque noyau cellulaire. Les chromosomes se compactent, se replient, s’enchevêtrent et s’entremêlent au cœur du noyau.

Alors les chromosomes, un plat de spaghettis dans le noyau des cellules ? « Pas tout à fait » explique Elphège Nora, post-doctorant à l’Institut Curie qui a réalisé ce travail. « Les chromosomes possèdent une réelle organisation spatiale et celle-ci est essentielle à leur fonctionnement. »

 

Un chromosome, ça ressemble…. à une série de pelotes !

L’équipe d’Edith Heard, directrice CNRS du laboratoire Génétique et biologie du développement (Institut Curie/CNRS/Inserm) en collaboration avec celle de Job Dekker (UMass Medical School, Worcester, USA) vient en effet de découvrir une nouvelle règle d’organisation spatiale. « Les chromosomes forment une succession de « globules », des sortes de « pelotes » d’une taille de 100 000 paires de bases à 1 million de paires de bases » explique la chercheuse. Pour mémoire, la paire de base (abrégée par les fameux A, C, G, T) est l’unité du génome et un chromosome peut, chez les humains, mesurer plus d’une centaine de millions de paires de bases.

« Mais la grande nouveauté, c’est que cette organisation spatiale reflète l’organisation fonctionnelle du chromosome » ajoute Edith Heard. Cette organisation permet de regrouper dans une même « pelote » jusqu’à une dizaine de gènes (1), voire plus. On trouve également dans ces « pelotes » des séquences dites régulatrices, qui peuvent contrôler – tels des interrupteurs – l’activité des gènes qu’elles contactent physiquement. Ainsi compactés ensemble au sein de la même pelote chromosomique, un groupe de gènes – bien que s’étalant sur plusieurs centaines de milliers de paires de bases – peuvent donc partager les mêmes séquences régulatrices, et leur activité peut ainsi s’en trouver coordonnée.

« Nous savons depuis des décennies que l’ADN est enroulé autour des nucléosomes pour former la structure « classique » dite du collier de perles. Notre nouvelle étude indique que cette structure se replie pour former une nouvelle organisation dans laquelle plusieurs gènes sont regroupés en pelote » explique Job Dekker, co-directeur du programme de Biologie des Systèmes à l’université du Massachussetts (University of Massachusetts Medical School). « Cette organisation des chromosomes constitue un degré de repliement jusqu’à présent inconnu, et nous pensons qu’elle représente un principe d’organisation fondamental des génomes. »

Cette découverte lève le voile sur une grande inconnue de la génétique, à savoir comment une altération à un endroit du génome peut perturber l’expression de gènes situés à plusieurs dizaines, voire milliers de paires de bases.

Un dommage au sein d’une « pelote » peut en effet avoir des conséquences sur tous les gènes qu’elle contient. Alors cet agencement ne sensibilise-t-il pas plus la cellule qu’il ne la protège ? « Cette organisation permet de rapprocher plusieurs éléments distants pour les soumettre aux mêmes influences. Ainsi à certains moments du développement il devient possible d’orchestrer finement l’activité de gènes très éloignés sur le chromosome linéaire mais qui sont en réalité très proches dans le noyau de la cellule. » explique Elphège Nora. « Une seule mutation peut donc avoir des effets sur tout un groupe de gènes si elle affecte l’organisation d’une de ces « pelotes» chromosomique« .

« Le noyau d’une cellule est rempli de gènes et la cellule doit impérativement savoir à quel moment allumer ou éteindre ceux-ci, complète Job Dekker. En regroupant les gènes dans des pelotes qui les isolent, la cellule a trouvé une solution pour réguler de manière coordonnée des groupes de gènes sans interférer avec les autres. »

Le point de vue d’Edith Heard

L’organisation spatiale, un coupe-file à travers le chromosome

Copyright Noak/Le Bar Floreal/Institut Curie ; Edith Heard

© Noak/Le Bar Floreal/Institut Curie

« Ces principes ont été découverts en étudiant une portion essentielle du chromosome X, le centre d’inactivation (dont l’équipe d’Edith Heard est spécialiste). Grâce à la publication en parallèle de l’équipe de Bing Ren à l’Université de San Diego (Californie, Etats-Unis), nous pouvons extrapoler la nouvelle organisation que nous avons découverte sur le chromosome X à l’ensemble des chromosomes, non seulement chez la souris mais aussi chez l’humain.

Ainsi, au-delà de l’avancée fondamentale, ces études ouvrent de nombreuses perspectives pour la compréhension de certaines pathologies, comme les maladies génétiques. En effet, celles-ci sont dues à des mutations de la séquence d’ADN qui entraînent le dérèglement de l’activité de certains gènes. Or, il arrive que ces mutations ne se trouvent pas directement dans le gène déréglé, mais dans son voisinage chromosomique. Jusqu’alors, trouver cette mutation dans le chromosome relevait du problème de l’aiguille dans la botte de foin. Grâce à cette découverte, les recherches pourront maintenant être canalisées vers la portion du chromosome la plus susceptible d’interagir avec le gène déréglé, c’est-à-dire à la pelote chromosomique à laquelle il appartient. »

Note

(1) Les gènes sont les régions du génome qui dictent la composition des protéines

Nouveau gène impliqué dans les formes précoces de maladie d’Alzheimer

Un nouveau gène impliqué dans les formes précoces de maladie d’Alzheimer a été découvert par l’équipe de recherche de Dominique Campion de l’Unité Inserm 1079 « Génétique du cancer et des maladies neuropsychiatriques » à Rouen. Les chercheurs ont montré que dans 5 familles sur 14 de patients atteints, des mutations apparaissaient sur le gène SORL1. Ce gène régule la production d’un peptide impliqué dans la maladie d’Alzheimer. Les résultats de cette étude sont publiés dans la revue Molecular Psychiatry datée du 3 Avril.

Des mutations génétiques précises ont été identifiées comme jouant un rôle dans les formes précoces d’Alzheimer. Toutefois, il existe une sous-population de malades qui ne possède aucune mutation sur ces gènes. Comment des patients, ne possédant pas ces mutations préétablies, peuvent-ils être atteints précocement de la maladie d’Alzheimer ?

Pour répondre à cette question, l’équipe de Dominique Campion et de Didier Hannequin  (Unité Inserm 1079 et Centre national de référence malades Alzheimer jeunes, CHU Rouen), a étudié les gènes de 130 familles atteintes de la forme précoce de la maladie d’Alzheimer. Ces familles ont été identifiées par 23 équipes hospitalières françaises dans le cadre du plan « Alzheimer ». Parmi ces familles, 116 portaient des mutations sur les gènes déjà connus. En revanche pour les 14 familles restantes, aucune mutation sur ces gènes n’avait été observée.

L’étude du génome des patients des 14 familles, grâce aux nouvelles techniques de séquençage complet de leur ADN, a permis de mettre en évidence des mutations sur un nouveau gène SORL1. Le gène SORL1 code pour une protéine impliquée dans la production du peptide β-amyloïde. Cette protéine est reconnue pour affecter le fonctionnement des cellules du cerveau (cf encadré).

Deux des mutations identifiées sont responsables d’une sous-expression de SORL1,  laquelle a pour conséquence une augmentation de la production du peptide β-amyloïde.  « Les mutations observées sur SORL1 semblent contribuer au développement de la maladie précoce d’Alzheimer. Toutefois, il reste à mieux préciser la manière dont sont transmises ces mutations sur le gène SORL1 au sein des familles » précise Dominique Campion.

La maladie d’Alzheimer est l’une des principales causes de dépendance de la personne âgée. Elle résulte d’une dégradation des neurones dans différentes régions du cerveau. Elle se manifeste par une altération croissante de la mémoire, des fonctions cognitives ainsi que par des troubles du comportement conduisant à une perte progressive d’autonomie.

La maladie d’Alzheimer est caractérisée par le développement dans le cerveau de deux types de lésions : les plaques amyloïdes et les dégénérescences neurofibrillaires. Les plaques amyloïdes proviennent de l’accumulation extracellulaire d’un peptide, le peptide β amyloïde (Aβ), dans des zones particulières du cerveau. Les dégénérescences neurofibrillaires sont des lésions intraneuronales provenant de l’agrégation anormale, sous forme de filaments, d’une protéine appelée protéine Tau.

Asthme : un vaccin efficace par injection intramusculaire

L’asthme est une maladie chronique inflammatoire et respiratoire causée par une réactivité anormale contre des allergènes de l’environnement. Parmi les nouvelles pistes actuellement en développement, la vaccination est l’une des approches prometteuses. Dans une publication à paraitre dans la revue Human Gene Therapy, les chercheurs de l’Inserm et du CNRS (« Institut du thorax » CNRS/Inserm/Université de Nantes) décrivent un vaccin novateur contre un des allergènes les plus rencontrés chez les patients asthmatiques. L’administration directe du vaccin dans le muscle d’une souris asthmatique grâce à un nanovecteur réduit significativement l’hypersensibilité à l’allergène et la réponse inflammatoire associée.

L’asthme allergique est une maladie respiratoire chronique affectant 300 millions de personnes dans le monde. Le nombre d’individus asthmatiques a doublé ces dix dernières années et près de 250 000 personnes meurent prématurément chaque année en raison de cette affection. Dans la majorité des cas, l’asthme est causé par une réactivité anormale à des substances de l’environnement appelées allergènes. D’un point de vue physiologique, cette hypersensibilité se traduit par une inflammation importante au niveau des bronches et des bronchioles des individus. Leur capacité à respirer correctement est alors altérée.

Le traitement actuel consiste à administrer des corticoïdes qui traitent les symptômes et suspendent temporairement la maladie sans toutefois la guérir. Un traitement alternatif et pérenne de l’asthme allergique est basé sur un protocole d’immunothérapie spécifique communément appelé « désensibilisation ». L’administration répétée de doses croissantes d’allergène vise à diminuer l’hypersensibilité et réduire les symptômes lors d’une exposition ultérieure. Néanmoins, l’efficacité de ce protocole reste limitée et très variable selon les patients.

Les chercheurs ont donc imaginé une technique de vaccination basée sur l’ADN de la substance allergisante. « Plutôt que d’administrer des extraits d’allergènes de manière répétée afin de diminuer la sensibilité, nous avons travaillé à partir de séquences d’ADN spécifiques (de l’allergène) responsables de l’allergieQuelques études ont montré le potentiel thérapeutique de cette stratégie mais il fallait trouver des techniques s’assurant de la faisabilité chez l’homme », explique Bruno Pitard, Directeur de l’équipe Innovations en Biothérapie de l’Institut du thorax (CNRS/Inserm/Université de Nantes). Le passage à l’homme exige effectivement que le traitement soit efficace à partir d’une faible dose d’ADN injectée.

Les chercheurs ont d’abord cherché à prouver l’efficacité de cette vaccination à base d’ADN contre l’allergène spécifique, Derf1, dans un modèle animal pertinent mis au point par l’Equipe Pathologies Bronchiques et Allergies dirigée par Antoine Magnan. En Europe, Dermatophagoides farinae 1 (Derf1) est en effet un allergène très commun véhiculé par l’acarien Dermatophagoides farinae. Plus de la moitié des patients allergiques aux acariens produisent des anticorps de type IgE spécifiques (Derf1) contre cette substance et caractéristiques de la maladie.

En pratique, les chercheurs ont associé les séquences génétiques d’intérêt de l’allergène Derf1 avec un nanovecteur constitué d’un polymère synthétique. Cette séquence d’ADN, transportée par une sorte de « taxi moléculaire » dans les cellules musculaires, assurant la synthèse protéique de l’allergène, a permis de moduler la réponse allergique aux acariens chez les animaux asthmatiques (1).

Le vaccin mis au point dans un modèle de souris saines a ensuite été optimisé dans un modèle de souris asthmatiques. Chez ces dernières il déclenche une fabrication d’anticorps spécifiques anti Derf1 et une réponse cellulaire spécifique de Derf1, orientant ainsi le système immunitaire vers une réponse non allergisante, protectrice lorsque l’allergène est rencontré. Les deux injections nécessaires et administrées à 3 semaines d’intervalle ont réduit de manière significative l’hypersensibilité des voies aériennes et les niveaux de cytokines inflammatoires qui étaient en revanche présentes dans les poumons de souris asthmatiques non vaccinées.

Ces nouveaux résultats valident tout le potentiel de ce nouveau nanovecteur pour la vaccination à ADN, et est en cours de développement préclinique réglementaire pour les futurs essais cliniques chez l’Homme.

Note
(1) Récemment, cette nouvelle classe de vecteur a aussi été utilisée pour traiter le carcinome hépatocellulaire (cf communiqué de presse du 9 septembre 2010) « Une bonne cible et un bon vecteur pour une stratégie d’immunothérapie efficace contre le cancer ! »

Qualité de l’air intérieur et santé respiratoire à l’école

 

Quelle est la relation entre la mauvaise qualité de l’air intérieur et la santé allergique et respiratoire des enfants des écoles françaises? L’équipe Epidémiologie des Maladies Allergiques et Respiratoires (EPAR) d’Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche Inserm dans l’unité mixte de recherche 707 « épidémiologie, systèmes d’information, modélisation » (Inserm/UPMC) vient de publier dans la revue Thoraxles résultats de son étude sur la qualité de l’air à l’intérieur de 108 écoles primaires réparties dans 6 villes françaises. Bien que la qualité de l’air intérieur varie en fonction des écoles et des villes, les chercheurs révèlent qu’environ 30% des 6590 enfants suivis, soit 3 enfants sur 10, sont exposés à des niveaux des principaux polluants atmosphériques supérieurs aux valeurs guides recommandées par l’OMS et l’ANSES (1). Cette exposition est associée à une augmentation de l’asthme et des rhinites chez les enfants scolarisés, les plus à risques étant les enfants allergiques.

Les enfants sont plus sensibles aux effets de la pollution de l’air que les adultes. La pollution de l’air intérieur peut entrainer chez les enfants des problèmes de santé à court et à long terme tels que la congestion nasale, des irritations de la peau et des yeux, des réactions allergiques, de l’asthme, des maux de tête, de la fatigue, des vertiges ou encore des nausées. Dans les pays industrialisés, les enfants passent environ 80% de leur temps à l’intérieur, une grande partie à l’école. Bien que des données américaines soulignent une pollution de l’air intérieur accrue dans les écoles, les relations entre cette qualité de l’air intérieur des écoles, la santé allergique et respiratoire des enfants scolarisés n’ont été que peu explorées. C’est pourquoi l’équipe EPAR d’Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche Inserm, a mené une étude dans six villes de France (Bordeaux, Clermont-Ferrand, Créteil, Marseille, Strasbourg et Reims) sur un large échantillon de 401 classes dans 108 écoles primaires. L’objectif de l’étude consistait à évaluer l’exposition de 6590 enfants concernés, garçons et filles âgé(e)s de 10 ans en moyenne, aux principaux polluants atmosphériques des classes et à analyser le lien avec l’asthme et les rhinites développés par les enfants scolarisés dans ces classes. L’étude montre que 30% des enfants sont exposés à des niveaux de polluants de l’air intérieur des classes supérieurs aux valeurs guides de l’OMS et de l’ANSES1, soit en moyenne 3 enfants sur 10, bien qu’ils n’y soient pas exposés de la même manière. « L’intérêt de notre étude est de disposer de données sur un nombre important d’enfants répartis sur l’ensemble des régions de France métropolitaine », explique Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche Inserm. Les chercheurs ont analysé pendant une année scolaire les concentrations de différents polluants atmosphériques: les particules fines de diamètre inférieur à 2,5 micromètre (PM2.5), le dioxyde d’azote (NO2) et 3 aldéhydes (formaldéhyde, acétaldéhyde et acroléine). Les particules fines et le dioxyde d’azote (NO2) proviennent essentiellement de la combustion automobile et peuvent rentrer par transfert (en ouvrant les fenêtres) à l’intérieur des locaux. Les aldéhydes sont des polluants intérieurs issus de nombreuses sources: les produits de combustion (cigarette, bougies, encens, cheminée, cuisinières à gaz), de construction et de décoration (bois, parquets stratifiés, des colles de moquettes, des papiers peints, mais également des vernis, des mousses isolantes), d’entretien (détergents, désinfectants, lingettes) et de traitement (insecticides)… En parallèle, l’équipe de recherche a étudié les signes cliniques des enfants grâce aux données recueillies lors d’une visite médicale comportant aussi un test cutané aux 11 allergènes les plus communs (acariens, chat, pollens…) et un test d’exercice permettant de détecter l’asthme à l’effort. Ces données ont été complétées par un questionnaire rempli par les parents. « L’exposition à des concentrations élevées de particules et composés organiques volatils est associée à une augmentation de la prévalence des signes cliniques de l’asthme et des rhinites chez les enfants scolarisés. Les enfants sujets aux allergies semblent les plus à risque », révèle la chercheuse. En détails, les résultats montrent que les rhinites (en particulier les rhino conjonctivites) sont associées de manière significative à des taux forts de formaldéhydes dans les classes et qu’une augmentation de la prévalence de l’asthme est observée dans les classes avec des taux élevés de particules fines PM2.5, de formaldéhyde, d’acroléine. La relation entre la mauvaise qualité de l’air et l’asthme concerne le plus souvent l’asthme de type allergique défini par le test cutané. « La mauvaise qualité de l’air intérieur pourrait à terme détériorer la santé allergique et respiratoire des enfants qui passent en moyenne 8h par jour à l’école. Il est donc important de maintenir une bonne qualité de l’air en classe. Cela permettrait de limiter les risques de développer les signes cliniques des rhinites et de l’asthme. Cette action doit être accompagnée par une surveillance stricte de l’exposition des enfants aux polluants à la maison et à l’extérieur «  conclut l’équipe de recherche.

L’étude des 6 villes : contribution française à l’étude ISAAC

 

Les 6 grandes villes incluses dans l’étude ISAAC (volet français)

Objectifs spécifiques de l’Etude

L’étude International Study of Asthma and Allergies in Childhood (ISAAC) vise à mesurer la fréquence et la sévérité de l’asthme et des maladies allergiques (phase I), en déterminer les facteurs de risque (phase II) et étudier l’évolution de ces maladies (phase III). Sa partie française a été menée dans 6 grandes villes, choisies pour leurs différentes qualités de l’air (Reims, Créteil, Strasbourg, Clermont Ferrand, Bordeaux, Marseille). L’étude a inclus initialement 9615 enfants âgés en moyenne de 10 ans répartis dans 401 classes de 108 écoles. Des capteurs ont permis de mesurer l’exposition aux polluants gazeux et des pompes l’exposition aux particules à l’intérieur des locaux (salle de classe, cantine) ainsi qu’à l’extérieur (hall, préau). L’étude ISAAC a fait l’objet de plusieurs publications.

Etude européenne SINPHONIE

Une étude européenne, SINPHONIE, est actuellement en cours dans 27 pays d’Europe dont la France sur les effets de la qualité de l’air dans les écoles sur la santé au sens large des écoliers. 

Santé en questions 

Isabella Annesi-Maesano participera à la prochaine conférence citoyenne du cycle « santé en question » organisé par l’Inserm le 31 mai 2012 sur le thème : « Asthme chez l’enfant : quel effet de la fumée de tabac ?  » au Palais de la découverte, un lieu Universcience à Paris en duplex avec Numerica à Montbéliard (25).

Notes : (1) Particules fines (PM2.5) : 10µg/m3 selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) Dioxyde d’Azote (NO2) : 40µ/m3 selon l’OMS Formaldéhydes : 10µg/m3 par an selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES)

Une stratégie de prévention pour éviter la mort subite chez les patients atteints de la maladie de Steinert

Le Dr Karim Wahbi, Denis Duboc et son équipe (AP-HP, Inserm, Université Paris Diderot, Université Pierre et Marie Curie, Université Paris Descartes) ont démontré qu’après une sélection rigoureuse et précoce, la pose d’un pacemaker chez des patients atteints de la maladie de Steinert et ayant un électrocardiogramme anormal diminue le nombre de mort subite. L’équipe de recherche préconise donc cette stratégie invasive chez ces malades particuliers et souhaite la voir s’étendre aux recommandations internationales pour qu’elle s’applique aux autre pays. La maladie de Steinert est une maladie génétique rare qui touche une personne sur 20 000. Elle se caractérise par de multiples symptômes, dont des problèmes cardiaques. Les résultats de cette étude sont publiés dans le Journal of the American Medical Association du 28 mars 2012. Des travaux soutenus par l’AFM grâce aux dons du Téléthon.

La maladie de Steinert ou dystrophie myotonique est la plus fréquente des dystrophies musculaires de l’adulte Son incidence est estimée à 1 cas sur 8000. Il s’agit d’une maladie génétique due à la multiplication d’un triplet de bases ADN (« CTG ») au niveau d’un seul gène (« DMPK »). Le nombre de répétitions de ce triplet est associé à la sévérité de la maladie. Les symptômes peuvent être absents ou se révéler sous forme de troubles du rythme cardiaque, d’une diminution de la force musculaire, d’une cataracte précoce, d’anomalies endocriniennes, de troubles cognitifs…

Denis Duboc et son équipe ont étudié l’effet de la pose d’un pacemaker chez des patients asymptomatique au plan cardiaque atteints de la maladie de Steinert, mais présentant un électrocardiogramme anormal. Cette étude a été réalisée sur 914 patients pendant 10 ans. Les résultats montrent une diminution des cas de mort subite et de la mortalité globale de ces patients. Il s’agit d’une stratégie médicale inhabituelle puisque les cardiologues ont choisi une méthode invasive et préventive, plutôt que d’adopter une attitude classique et curative.

« Normalement, nous ne prenons en charge que les malades présentant des symptômes, afin d’éviter une surmortalité due à la chirurgie. Ici, nous avons choisi de traiter ces patients de manière préventive. Les résultats que nous avons obtenus nous permettent de recommander la pose systématique de pacemaker chez ces malades », explique Denis Duboc, professeur des universités à l’université Paris Descartes et praticien hospitalier à l’hôpital Cochin, AP-HP. « Nous souhaiterions que cette stratégie invasive soit adoptée par l’ensemble de la communauté internationale, afin d’en faire bénéficier toutes les personnes atteintes de la maladie de Steinert et dont l’électrocardiogramme présente des anomalies du rythme cardiaque ».

Les résultats positifs de la chirurgie invasive s’expliquent soit par la suppléance du pacemaker, c’est-à-dire son rôle de relais lorsque le cœur s’emballe ou s’arrête, soit par la meilleure adaptation du traitement contre les arythmies, permise par l’analyse des événements cardiaques enregistrés par la mémoire du pacemaker.

L’étude de cette maladie génétique rare a permis de découvrir une nouvelle stratégie thérapeutique pour certains patients. Mais, « nous pouvons imaginer que dans le futur, des marqueurs fiables soient découverts et révèlent une prédisposition génétique pour la mort subite chez certains membres de la population générale. Peut-être, alors, que la stratégie que nous avons mise en place pour les patients atteints de la maladie de Steinert pourrait s’appliquer à cette sous-population exposée au risque de mort subite », indique Denis Duboc.

Comment le sommeil réduit notre conscience du monde

Le sommeil s’accompagne d’une réduction de notre conscience du monde extérieur et de nous-même. Pourquoi? L’équipe de Habib Benali, directeur de recherche Inserm du laboratoire d’imagerie fonctionnelle (Unité 678 Inserm/UPMC) s’est penchée sur ce phénomène. Les chercheurs ont montré, lors du sommeil lent, que l’activité du cerveau se réorganise en des réseaux qui communiquent moins intensément que durant l’éveil. Les résultats de cette étude de l’activité cérébrale sont publiés dans la revue PNAS.

Le sommeil lent profond est un état de sommeil durant lequel notre conscience du monde extérieur et de nous-même est considérablement réduite. Pourtant, les neurones qui composent notre cerveau sont toujours très actifs lors de cette phase. La conscience n’est donc pas simplement liée à l’activité du cerveau mais plutôt à sa capacité de traiter l’information. C’est ce que les chercheurs du laboratoire d’imagerie fonctionnelle (Inserm/Université Pierre et Marie Curie) de la Pitié Salpetrière, en collaboration avec le Centre de recherche du Cyclotron de Liège, ont analysé dans cette étude.

Représentation graphique des flux d’information à l’intérieur du cerveau à l’éveil (gauche) et en sommeil lent (droite)  © H.Benali / Inserm

En mesurant la quantité d’information échangée entre différentes régions cérébrales, les chercheurs ont pu montrer que le flux d’informations dans le cerveau endormi différait de celui observé à l’éveil.

« Pendant le sommeil, l’activité du cerveau semble s’organiser en une multitude de réseaux restreints,  à l’intérieur desquels l’information s’échange autant, sinon plus qu’à l’éveil,  alors que la communication entre ces réseaux diminue », explique Habib Benali, directeur de recherche à l’Inserm.

La figure ci-dessus montre que le cerveau (B) comporte différents réseaux (cercles de couleur) qui regroupent plusieurs régions cérébrales (petits points noirs périphériques). La longueur des traits noirs, qui relient ces structures (cercles colorés et points noirs), indique leur tendance à traiter l’information de manière autonome. Lors du sommeil (situation à droite), la distance entre les structures augmente, signant un traitement plus local de l’information dans ces petites assemblées de régions cérébrales.
L’équipe de recherche conclut à une réorganisation hiérarchique des flux d’informations durant le sommeil lent car celle-ci s’observe de manière répétée à plusieurs niveaux dans le cerveau. « Nous suggérons que la modification des échanges d’informations entre régions cérébrales diminuerait la capacité du cerveau à générer une représentation unifiée de soi  et du monde extérieur », souligne Habib Benali.

La morphine, un jour sans effets secondaires ?

La morphine est utilisée depuis plusieurs siècles pour soulager les douleurs intenses. Ses propriétés antidouleur sont toutefois accompagnées d’effets secondaires importants. La morphine mime l’action de molécules produites naturellement par le cerveau (les endorphines). Pourquoi alors a-t-elle des effets secondaires aussi délétères ? L’explication vient d’être apportée par l’équipe de Sébastien Granier, chercheur à l’Institut de génomique fonctionnelle (Inserm/CNRS/Universités de Montpellier 1et 2) et ses collaborateurs américains. La structure 3D des récepteurs du cerveau sur lesquels se fixent la morphine ou les endorphines, est probablement différente selon que l’une ou l’autre des molécules s’y fixe. La réponse de l’organisme, va, de fait, être totalement modifiée. Grâce à cette découverte, les chercheurs espèrent réussir à conserver les effets bénéfiques de la morphine sans pour autant induire d’effets secondaires.

Ces travaux réalisés sont publiés dans la revue Nature datée du 21 mars 2012

L’opium, produit naturel extrait du pavot (Papaver somniferum), est une des plus anciennes drogues connues par l’Homme pour ses propriétés psychotropes, sédatives et analgésiques. Ces effets sont induits par son composant majeur, la morphine, qui est largement utilisée de nos jours en clinique pour soulager la douleur.

L’action de la morphine est relayée par les récepteurs µ-opiacés exprimés à la surface des cellules du système nerveux central. Ces récepteurs font partie d’une superfamille de protéines, les récepteurs couplés aux protéines G (RCPG) qui sont la cible d’environ 30 % des médicaments actuellement sur le marché.

Au niveau moléculaire, la morphine, en se liant aux récepteurs µ-opiacés, mime l’action de molécules produites naturellement dans le cerveau : les endorphines. Cependant son utilisation en clinique est limitée par deux effets. D’une part, le développement d’un phénomène de tolérance oblige à augmenter la dose de morphine au fur et à mesure des injections répétées pour obtenir le même effet thérapeutique. D’autre part, la consommation de morphine entraine un phénomène de dépendance comme la drogue (l’héroïne, forme acétylée de la morphine, étant l’exemple le plus édifiant). De plus, la morphine provoque de graves effets secondaires : dépression respiratoire, constipation, dépendance physique et psychique. Ces effets délétères s’expliquent notamment par le fait que la morphine déclenche une réponse cellulaire différente de celle induite par les endorphines. La morphine et les endorphines se liant au même récepteur, ces deux molécules stabiliseraient les récepteurs µ-opiacés dans des conformations spatiales distinctes à l’origine des différences de réponses biologiques.

« Dans le but de développer des molécules conservant les effets bénéfiques de la morphine sans pour autant induire d’effets secondaires, il est donc indispensable de comprendre les bases structurales de l’action de la morphine et des opiacés en général » explique Sébastien Granier, chercheur à l’Inserm et principal auteur de ce travail.

Le travail réalisé par Sébastien Granier et l’équipe de Brian Kobilka à Stanford, a permis de résoudre la structure tridimensionnelle du récepteur µ-opiacé lorsqu’il est associé à une molécule présentant une structure chimique proche de celle de la morphine.

Visualisation en 3D du récepteur µ-opiacé lorsqu’il est associé à un antagoniste de la morphine © Kobilka Lab

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Visualisation en 3D d’un dimère du récepteur µ-opiacé © Kobilka Lab

La structure 3D ainsi visualisée montre que la zone spécifique du récepteur où se lie la molécule opioïde est largement ouverte vers le milieu extérieur, ce qui explique la rapidité d’action de ces composés.

Cette structure révèle aussi une caractéristique très importante dans le fonctionnement de ce récepteur : la formation d’un dimère de récepteur (1). « C’est la toute première fois que nous réussissons à visualiser la structure 3D d’un tel complexe pour cette famille de récepteur » ajoute le chercheur. Cette structure d’un dimère de récepteurs µ-opiacés ouvre de nouvelles pistes pour étudier ce phénomène et mieux comprendre ces implications fonctionnelles.

La résolution de la structure 3D du récepteur µ-opiacé, clé du traitement de la douleur et des addictions, pourrait à terme mener à la conception de nouveaux médicaments analgésiques dépourvues d’effets secondaires.

Note
(1) Molécule issue de « l’association » de deux molécules identiques

Découverte de deux protéines impliquées dans le positionnement des noyaux musculaires

La position des noyaux cellulaires dans les fibres musculaires joue un rôle important dans certaines faiblesses du muscle. C’est ce que vient de montrer Edgar Gomes, chercheur Inserm dans le groupe myologie de l’institut Myologie (Unité mixte Inserm/UPMC) en collaboration avec une équipe américaine. Les chercheurs ont identifié plusieurs protéines impliquées dans le « bon » positionnement des noyaux, nécessaire au fonctionnement du muscle. Leurs résultats sont publiés dans une Lettre dans la revue Nature, datée du 18 mars.

Pour bouger, les êtres vivants ont besoin de muscles et plus particulièrement des muscles squelettiques qui sont sous le contrôle du système nerveux. Ces derniers sont constitués de fibres musculaires cylindriques avec une multitude de noyaux périphériques. Le mécanisme par lequel les noyaux se positionnent en périphérie dans les fibres musculaires est encore mal connu. Une équipe de chercheurs franco-américains a essayé de mieux connaitre les raisons d’une telle disposition.

L’équipe d’Edgar Gomes et ses collaborateurs ont découvert le mécanisme impliqué dans le positionnement des noyaux dans les fibres musculaires. Les chercheurs ont identifié, chez la drosophile et la souris, deux protéines impliquées dans le positionnement des noyaux : la protéine Kif5b, appartenant à la famille des kinésines (moteurs moléculaires), et la protéine MAP7, qui permet le mouvement de différentes organelles (1) dans la cellule.

Ils sont parvenus à ce résultat en mutant les gènes codants pour les protéines MAP7 et Kif5b de la drosophile et en étudiant le développement de l’embryon. Ils observent dans ce cas que les noyaux ne s’alignent pas correctement dans les fibres musculaires.

« La présence de MAP7 est exigée pour le positionnement des noyaux dans les fibres musculaires chez la drosophile et chez les mammifères » précise Edgar Gomes, chargé de recherche Inserm. L’équipe de chercheurs est parvenus à décrire le mécanisme du positionnement des noyaux dans les fibres impliquant la protéine MAP7 et son interaction avec le moteur moléculaire : la kinésine Kif5b. Ils ont montré qu’une mutation de ces protéines n’affectait pas l’élongation du muscle ni même l’attachement au squelette mais bien seulement la position des noyaux.

L’équipe d’Edgar Gomes, en faisant interagir les deux protéines ensemble, suggère que MAP7 se lie à Kif5b pour favoriser le positionnement des noyaux. « Par ailleurs, ces protéines agissent génétiquement et physiquement ensemble, et leur lien physique est nécessaire pour le positionnement correct des noyaux. Nos résultats montrent que celui-ci permet le bon fonctionnement du muscle » souligne Edgar Gomes.

Les maladies musculaires entrainant une faiblesse au niveau des fibres peuvent être associées à un défaut d’alignement des noyaux cellulaires. L’équipe d’Edgar Gomes a montré qu’en replaçant correctement les noyaux, le muscle redevient fonctionnel. « Nous suggérons qu’en corrigeant les défauts de positionnement des noyaux musculaires chez des patients atteints de myopathies, les malades pourraient voir leur fonction musculaire s’améliorer » conclut Edgar Gomes.

Note

(1) Structures spécialisées de la cellule contenues dans le cytoplasme

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