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La baisse de la mortalité par cancer s’accélère en France

La mortalité par cancer a connu d’importantes évolutions au cours des 20 dernières années, avec notamment un recul qui s’accentue dans la période récente. La baisse de la mortalité concerne l’homme et la femme, presque tous les cancers, toutes les tranches d’âge, toutes les régions, à des degrés divers qu’analyse le rapport que vient de rendre public l’INCa « Dynamique d’évolution des taux de mortalité des principaux cancers en France ». L’impact de l’approche globale de lutte contre le cancer réalisée en France, déjà perceptible sur la survie (1) le devient sur la mortalité.

Le rapport réalisé par l’Institut national du cancer, en lien avec l’InVS, l’Inserm, et le réseau français des registres de cancer Francim, présente une analyse dynamique de la mortalité par cancer en France au cours des vingt dernières années à partir des données les plus récentes (2). Ce document constitue un point d’étape entre les deux Plans cancers déployés en France. Il a notamment pour objectif de repérer les changements directement liés aux actions et politiques de santé publique menées ces dernières années afin d’éclairer les décideurs sur les actions à mener pour soutenir la baisse de la mortalité par cancer.

En moyenne, 147 851 décès par cancer dont 88 188 chez l’homme et 59 663 chez la femme ont été enregistrés chaque année en France au cours de la période 2003-2007. Le cancer représente ainsi la première cause de décès en France chez l’homme (32,9% de l’ensemble des décès masculins) et la deuxième chez la femme (23,4% de l’ensemble des décès féminins).
Environ 71% des décès par cancer enregistrés sur la période 2003-2007 surviennent chez les personnes âgées de 65 ans et plus. Chez les moins de 65 ans, les cancers responsables du plus grand nombre de décès sont les cancers du poumon chez l’homme (31,9% des décès prématurés masculins) et les cancers du sein et du poumon chez la femme (respectivement 26,8% et 15,4% des décès prématurés féminins).

Le taux de mortalité (3) par cancer tous âges et toutes localisations confondus a diminué si l’on compare les périodes 1983-87 et 2003-07. Le taux masculin a ainsi baissé de 22% passant de 208,7 à 162,6 décès pour 100 000 hommes avec une accélération de la baisse sur les dix dernières années. Le taux féminin a diminué de manière moins importante (-14%) passant de 92,8 à 79,9 décès pour 100 000 femmes.

Ces évolutions de la mortalité par cancer sont liées à des phénomènes indépendants des seules évolutions démographiques (accroissement et vieillissement de la population) : une évolution de l’incidence (fréquence des nouveaux diagnostics de cancer), une amélioration dans la prise en charge diagnostique (effet d’un éventuel dépistage ou diagnostic précoce) et une amélioration de la prise en charge thérapeutique.

Chez l’homme, la baisse du taux de mortalité par cancer est en grande partie attribuée à la baisse importante de la mortalité de certains cancers liés au tabac et à l’alcool, baisse induite par la diminution de l’incidence de ces cancers en lien avec le recul de la consommation alcoolo-tabagique.
Chez la femme, la décroissance du taux de mortalité par cancer, moins favorable que chez l’homme, est ralentie par la forte hausse du taux féminin de mortalité par cancer du poumon au cours des vingt dernières années, augmentation en lien avec celle de la consommation tabagique observée depuis plus de 40 ans.

La baisse du taux de mortalité liée à certains cancers accessibles au dépistage et diagnostic précoce tels les cancers du sein, du côlon-rectum, du col de l’utérus, aurait également contribué à la baisse du taux de mortalité par cancer, notamment sur les années récentes. Toutefois, ces politiques de santé publique sont encore trop récentes pour permettre d’observer pleinement leur efficacité. La généralisation en France des dépistages organisés du cancer du sein et du cancer colorectal devrait contribuer à la poursuite de la baisse de la mortalité par ces cancers.

Enfin, les progrès thérapeutiques et l’amélioration de la prise en charge ont permis une forte baisse du taux de mortalité pour certaines localisations telles que le testicule, la thyroïde et la maladie de Hodgkin. La découverte de certaines molécules innovantes a constitué une étape fondamentale dans le traitement de certains cancers.

Enfin, si à l’heure actuelle, l’écart de la mortalité par cancer entre les hommes et les femmes se réduit au cours du temps, le taux de mortalité par cancer reste encore deux fois plus élevé chez l’homme.

Ce rapport s’inscrit dans la mise en oeuvre de l’axe Observation du Plan cancer 2009-2013, en particulier de la mesure 6 qui prévoit de produire et de communiquer annuellement des informations sur le cancer et la cancérologie.

Notes
(1) Survie attendue des patients atteints de cancers en France : état des lieux, avril 2010.
(2) Données observées (InVS, CépiDc de l’Inserm), données estimées pour la période 1980-2005 (Francim, HCL, InVS, INCa) et projections concernant l’année 2010 (HCL, Francim, InVS, INCa).
(3) Taux standardisé qui permet de s’affranchir des effets démographiques (accroissement et vieillissement de la population) et de comparer les données de mortalité d’une époque à une autre ou d’une population à une autre.

Une nouvelle étape dans les relations entre l’Inserm et la CPU

L’Inserm et la CPU (Conférence des présidents d’université) annoncent la signature d’un accord cadre, ce 4 novembre 2010. L’évolution récente du système français de recherche et d’enseignement supérieur conduit l’Inserm et la CPU à convenir de nouvelles modalités de collaboration partagées.

Cet accord marque une nouvelle étape dans les relations entre l’Inserm et la CPU : il s’agit de renforcer le dialogue stratégique au niveau des directions d’établissement afin d’identifier les sujets d’intérêt partagés, les objectifs à réaliser en commun, ainsi que des modalités de mise en œuvre adaptées à ces finalités. « Dans ces conditions, les Unités Mixtes de Recherche (UMR) constituent le vecteur privilégié de cette coopération », indiquent la CPU et l’Inserm. Les contributions à la formation à et par la recherche, la collaboration au sein des écoles doctorales, la politique d’attractivité et les stratégies européennes, internationales et en matière de valorisation structurent elles aussi cet accord.

L’Inserm et la CPU proposent de poursuivre l’organisation de la recherche sous forme d’unités mixtes de recherche (UMR) ou d’autres formations à l’interface des stratégies des établissements partenaires. Ces stratégies s’élaborent au regard de plusieurs critères dont le degré d’excellence de l’unité, l’apport de l’association, la cohérence des dynamiques académiques et socio-économiques des unités à l’échelle régionale et nationale. En particulier, dans le cas des UMR, l’activité, le périmètre et les moyens apportés par les établissements partenaires sont discutés et définis conjointement.

Pour le suivi des partenariats et des politiques de site, l’Inserm et la CPU sont favorables à la mise en place de comités mixtes de suivi avec l’université ou le PRES concerné. La participation à ces comités sera proposée aux autres organismes de recherche membres d’Aviesan impliqués sur le site.

En matière de gestion administrative, l’Inserm et la CPU réaffirment leur engagement dans le principe de la délégation de la gestion administrative et financière des UMR.

La CPU et l’Inserm conviennent de constituer un comité de coordination constitué, pour l’Inserm, de son Président-directeur général, et de ses Directeurs généraux délégué à la stratégie et délégué aux affaires administratives ou financières, ou de leurs représentants, et, pour la CPU, des son président et président de la Commission Recherche ou de leurs représentants, ainsi que de son Délégué Général.

Ce Comité se réunira au moins une fois par an afin de faire le bilan des actions de collaboration engagées et de dégager des perspectives d’évolution.

Pour André Syrota, P-DG de l’Inserm, cet accord-cadre est la clef de voute des relations entre l’Inserm et les universités : il traduit la volonté de l’Institut d’accompagner au plus près les universités dans la réforme d’ensemble du paysage institutionnel de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Pour Lionel Collet, Président de la CPU, cet accord installe les universités et l’Inserm dans une relation de partenariat qui va concourir à la vitalité de la politique scientifique nationale et à sa visibilité internationale, chacun apportant ses atouts propres qui font l’originalité du système français de recherche.

Mutations dans le gène codant pour la beta- glucocérébrosidase : un facteur de risque important dans la maladie de Parkinson

Des mutations des 2 copies du gène codant pour la β-glucocérébrosidase (GBA) sont la cause de la maladie de Gaucher, une maladie métabolique rare due à une surcharge viscérale de glucolipides complexes, les glucocérébrosides. Suzanne Lesage, au sein de l’équipe d’Alexis Brice au Centre de recherche de l’institut du cerveau et de la moelle épinière (Inserm/CNRS/UPMC), a analysé l’ensemble de ce gène dans une grande cohorte de patients atteints de la maladie de Parkinson et de témoins sains, majoritairement d’origine française. Leurs résultats montrent une association significative entre la présence de mutations du gène GBA et la maladie de Parkinson, avec un risque de développer la maladie multiplié par 7 chez les porteurs par rapport aux témoins. Ces travaux viennent de paraître en ligne dans la revue Human Molecular Genetics.


Maladie de Parkinson: une origine génétique?

La maladie de Parkinson est une affection neurodégénérative progressive, la seconde, en fréquence après la maladie d’Alzheimer. Elle est caractérisée cliniquement par la « triade » ralentissement des mouvements-rigidité-tremblement de repos, auxquels s’ajoutent, en général, d’autres troubles cognitifs. La maladie débute souvent après l’âge de 60 ans. Elle est due à une perte massive et sélective des neurones dopaminergiques de la voie nigro-striatale, le plus souvent associée à des inclusions éosinophiles cytoplasmiques, les corps de Lewy. Les mécanismes de la maladie restent inexpliqués à ce jour et aucun traitement ne permet encore de ralentir ou stopper la progression de la maladie. L’étude de formes monogéniques qui sont rares, a permis d’identifier à ce jour 6 gènes qui sont impliqués dans des formes autosomiques dominantes (SNCA/PARK1 et PARK4; LRRK2/PARK8) ou des formes autosomiques récessives (Parkine/PARK2; PINK1/PARK6; DJ-1/PARK7; ATP13A2/PARK9) de la maladie de Parkinson. Cependant, l’ensemble des mutations dans ces gènes n’explique qu’une faible proportion des cas de survenue de la maladie, dont la cause reste inconnue dans les autres cas.

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© CRICM UMRS 975  Corps de Lewy dans les neurones en dégénérescence


Maladie de Parkinson et maladie de Gaucher : quel lien ?

L’observation d’une association entre la maladie de Parkinson et la maladie de Gaucher a conduit à suspecter l’existence d’un lien entre ces 2 pathologies, pourtant très différentes dans leurs manifestations. Etant donné la fréquence de syndromes parkinsoniens et la présence de corps de Lewy chez les patients et leurs apparentés atteints de la maladie de Gaucher, plusieurs équipes ont recherché des mutations dans le gène GBA, le gène responsable de la maladie de Gaucher, chez des patients d’origines géographiques très diverses, présentant un syndrome parkinsonien. Ces études de cas et de témoins ont montré une association significative entre les mutations à l’état hétérozygote (sur une seule copie) du gène GBA, et la maladie de Parkinson, en particulier dans les populations d’origine juive ashkénaze où elles représentent ~20% chez les patients contre ~5% chez les témoins.

Suzanne Lesage et Alexis Brice ont mené une étude d’association à grande échelle, en analysant l’ensemble du gène GBA dans une cohorte de 1390 patients atteints de la maladie de Parkinson (785 patients avec une histoire familiale de la maladie et 605 cas isolés) et 391 témoins sains, provenant du réseau d’étude génétique de la maladie de Parkinson. Les mutations sont plus fréquentes chez les patients parkinsoniens (6,7%) que chez les témoins (1%) avec un risque de développer la maladie multiplié par 7 chez les porteurs, par rapport aux témoins*. La fréquence des mutations du gène GBA est plus élevée dans les formes familiales (8,4%) que dans les cas isolés (5,3%).

Les patients porteurs de mutations du gène GBA présentent une maladie de Parkinson très similaire à la maladie habituelle dite «idiopathique». Cependant, les patients porteurs de mutations du gène GBA responsables de formes sévères de maladie de Gaucher ont un âge de début de la maladie plus précoce (40±10 ans) que ceux porteurs de mutations conduisant à des formes moins sévères de maladie de Gaucher (52±12 ans).

Cette première étude à grande échelle montre que les mutations du gène GBA, présentes chez 7% des patients en France, constituent un facteur de risque important pour la maladie de Parkinson, en particulier dans les formes familiales. Reste maintenant, pour Alexis Brice et ses collaborateurs, à comprendre le mécanisme physiopathologique qui relie la maladie de Gaucher à la maladie de Parkinson.

Note
* odds ratio [OR]=6,98; intervalles de confiance [IC] à 95%, 2,54-19,21; p=0,00002

 

Une nouvelle cible thérapeutique dans le traitement de l’asthme

Chez les personnes asthmatiques, certaines cellules du système immunitaire qui assurent en temps normal la défense de l’organisme contre les virus et les bactéries s’accumulent dans les poumons. Leur présence dans cet organe déclenche une inflammation chronique à l’origine des symptômes bien connus de l’asthme. Comment ces cellules s’infiltrent, se logent et survivent dans les poumons ?

Des chercheurs de l’Inserm au sein de l’Unité 924 « Immunologie des maladies infectieuses allergiques et autoimmunes » à l’Université de Nice, ont étudié de près les poumons de souris asthmatiques pour comprendre leur particularité. Ils ont découvert une molécule (CX3CR1) dont le rôle est déterminant dans le développement de l’asthme. Les résultats de ces travaux paraissent en ligne dans la revue Nature Medicine datée du 1er novembre 2010.

Ce qu’il faut retenir de cette publication :
Le récepteur CX3CR1 est impliqué dans les allergies respiratoires
– Son expression par les cellules du système immunitaire est nécessaire pour que les symptômes de la maladie apparaissent
– Des substances qui empêchent cette molécule de fonctionner préviennent le développement de l’asthme
– CX3CR1 permet la survie des lymphocytes T présents dans les poumons

L’asthme allergique est une maladie chronique qui touche les voies aériennes supérieures et affecte plus de 300 millions d’individus dans le monde dont 1 million en France. Alors que cette pathologie était quasiment inexistante à la fin du 19ème siècle, la prévalence mais aussi la sévérité de l’asthme se sont fortement accrues au cours des dernières années. Sa recrudescence représente un coût économique important d’autant que son traitement reste purement symptomatique.

Chez les patients asthmatiques, des cellules du système immunitaire appelées lymphocytes T quittent la circulation sanguine, migrent dans les tissus pulmonaires et produisent des substances à l’origine de l’état inflammatoire et des symptômes cliniques. Toutefois, les mécanismes à l’origine de leur recrutement et surtout de leur survie dans les poumons restaient inconnus.

Les chercheurs de l’Inserm ont montré que les lymphocytes T présents dans les poumons expriment à leur surface une protéine particulière appelée CX3CR1. En étudiant des souris mutantes qui n’expriment pas cette molécule, ils ont montré que celle-ci jouait un rôle déterminant dans le développement de l’asthme en prolongeant la survie des lymphocytes T qui infiltrent les poumons.

Ces travaux démontrent non seulement que CX3CR1 joue un rôle dans l’apparition de l’asthme, mais également que cette molécule agit, non pas pour permettre la migration des lymphocytes T dans les poumons, mais pour augmenter leur survie.

Ce résultat pourrait avoir des retombées importantes dans le domaine médical car il suggère que des médicaments capables de bloquer CX3CR1 pourraient entraîner la mort des cellules T qui infiltrent les voies respiratoires et qui sont à l’origine de la maladie. « De même que les autres traitements utilisés par les patients asthmatiques, ces médicaments pourraient être administrés localement sous forme d’aérosols à des patients allergiques. » concluent les auteurs de cette étude.

Nom de code : CX3CR1
CX3CR1 est le récepteur de la molécule CX3CL1 qui fait partie de la famille des chimiokines. Les chimiokines sont de petites molécules solubles dont la sécrétion favorise l’arrivée de cellules de « défense » au niveau d’un site infectieux. Comme les autres récepteurs des chimiokines, CX3CR1 émet un signal en présence de CXCL1 qui provoque la migration des monocytes jusqu’au site « d’agression » et la libération des chimiokines capables de lutter contre l’agent pathogène.

Un nouveau médiateur pour prédire la progression des maladies rénales chroniques

Deux à 3 millions de Français souffrent de maladies chroniques des reins, ces organes vitaux qui filtrent le sang. Ce mois-ci dans The Journal of Clinical Investigation, l’équipe de Fabiola Terzi de l’unité mixte de recherche « Centre de Recherche Croissance et Signalisation » (Inserm 845, Université Paris Descartes) révèle la découverte d’un nouveau médiateur de la progression des maladies rénales chroniques. Il s’agit d’une protéine de transport sécrétée par le rein qui accélère la dégradation rénale. La mesure de son excrétion dans les urines est susceptible de prédire l’évolution de la maladie chez l’Homme, un enjeu majeur pour les personnes atteintes de ces maladies silencieuses dont le diagnostic est souvent tardif.

Les résultats, parus dans le numéro d’octobre de la revue, sont disponibles à l’adresse : https://www.jci.org/articles/view/42004

Les maladies rénales chroniques (MRC) se caractérisent par l’atteinte progressive de la fonction du rein. Les reins ont plusieurs fonctions essentielles à l’équilibre de l’organisme : l’élimination des déchets toxiques dans les urines, le contrôle de l’équilibre hydrique et minéral, la sécrétion d’hormones, d’enzymes et de vitamines. Ces fonctions sont assurées par les unités fonctionnelles du rein, les néphrons. En entraînant progressivement la réduction du nombre de néphrons fonctionnels, les MRC aboutissent à une insuffisance rénale terminale, pour laquelle il n’existe à ce jour aucune thérapie efficace en dehors de la dialyse et de la transplantation rénale.

Fabiola Terzi et ses collaborateurs de l’unité mixte de recherche « Centre de Recherche Croissance et Signalisation » (Inserm 845, Université Paris Descartes) se sont penchés sur l’étude des mécanismes moléculaires peu connus de la progression des MRC. En utilisant deux souches de souris réagissant différemment à la réduction du nombre de néphrons, ils ont montré que le gène codant la Lipocaline 2 (Lcn2) joue un rôle essentiel dans la progression de la maladie. En effet, la protéine Lcn2 s’exprime plus fortement dans la souche développant des lésions rénales sévères et son expression est liée à l’intensité des lésions. Plus importante encore, l’équipe a montré que l’inactivation du gène Lcn2 prévient la progression des lésions rénales lors d’une réduction du nombre de néphrons.

L’équipe de Fabiola Terzi a élucidé la voie moléculaire par laquelle la Lcn2 conduit à la destruction du rein. Lcn2 est un acteur-clé de la voie de signalisation activée par le récepteur d’un facteur de croissance, l’EGFR, connu pour favoriser la progression des MRC. L’activation de ce récepteur induit la production de la protéine Lcn2 qui, à son tour, agit comme médiateur en favorisant la prolifération cellulaire qui précède le développement de lésions rénales et la formation de kystes.

Chez l’homme, les chercheurs ont montré que cette protéine est aussi produite en quantité anormalement élevée dans le rein des malades atteints de MRC et que sa présence dans les urines est étroitement associée à la progression rapide vers l’insuffisance rénale terminale. Pour Fabiola Terzi et ses collaborateurs, il s’agit « d’une découverte très importante pour les patients atteints de MRC car l’excrétion urinaire de ce médiateur est capable de prédire l’évolution de la maladie. »

Cette avancée est d’autant plus essentielle pour les malades, que la plupart des patients atteints de MRC ignorent leur maladie : elle ne provoque généralement aucun symptôme perceptible avant un stade avancé et à ce jour, il n’existe pas de véritables traitements contre la progression des MRC. Les auteurs envisagent à terme de valider ces premières données par un essai clinique qui pourrait aboutir à la mise en œuvre de cet outil pour la détection et le suivi des maladies rénales chroniques.

Cancer: découverte d’un marqueur biologique très prometteur

Une molécule absente de la plupart des tissus normaux chez l’homme a été découverte dans onze types de cancers (cancer de la prostate, du sein, du colon, du pancréas, de la vessie, du rein, du poumon, du foie, de l’estomac, des testicules, des ovaires). Des chercheurs de l’Inserm (Unité 955 « Institut Mondor de recherche biomédicale ») dirigés par Nicolae Ghinea montrent que la présence du récepteur de la FSH (hormone folliculo stimulante) reflète l’existence d’une tumeur cancéreuse chez plus de 1300 patients. Non seulement le récepteur de la FSH semble spécifique des tissus tumoraux, mais il est présent aux stades très précoces, il est facilement détectable par les méthodes d’imagerie traditionnelle et semble être une cible facile pour des agents-anticancéreux administrés par voie sanguine. L’étude à paraître le 21 octobre 2010 dans The New England Journal of Medicine est le résultat d’une collaboration avec l’équipe de Aurelian Radu du Mount Sinai School of Medicine, New York.

L’hormone folliculo stimulante ou FSH a pour cible les organes reproducteurs humains : ovaires et testicules. Chez la femme, elle stimule la maturation des follicules ovariens et la production d’œstrogènes (via son action sur les cellules de la granulosa). Chez l’homme elle stimule la production des spermatozoïdes (via son action sur les cellules de Sertoli).

Le récepteur de la FSH, qui fait l’objet du travail mené par les chercheurs de l’Inserm, se trouve normalement localisé uniquement dans les cellules stimulées par la FSH (cellule de la granulosa chez la femme, cellules de Sertoli chez l’homme). Toutefois, il est présent en très petite quantité dans les vaisseaux sanguins des ovaires et des testicules…et c’est ce qui a mis la puce à l’oreille des chercheurs.

Le réseau vasculaire est effectivement l’un des constituants les plus importants des tumeurs cancéreuses. Il est nécessaire à leur croissance et leur maintien dans l’organisme. La plupart des tumeurs cancéreuses sont même capables de créer de nouveaux vaisseaux afin de survivre. Les chercheurs ont donc conduit une étude approfondie visant à déterminer si le récepteur de la FSH était présent dans les vaisseaux sanguins des tumeurs.

1336 patients et onze cancers

Nicolae Ghinea et ses collaborateurs de l’Inserm ont étudié des biopsies prélevées chez 1336 patients atteints de cancer après une chirurgie. La présence du récepteur de la FSH a été contrôlée dans des tumeurs allant d’un stade très précoce à des stades plus tardifs pour onze types de cancer (prostate, sein, colon, pancréas, vessie, rein, poumon, foie, l’estomac, testicules, et ovaires).

Les résultats obtenus démontrent la présence du récepteur dans la totalité des échantillons, quels que soient le type et le stade de la tumeur. A contrario, ce récepteur est totalement absent de l’ensemble des autres tissus normaux de l’organisme y compris le tissu normal de l’organe porteur de la tumeur.

Une simple détection par imagerie

De façon générale, les vaisseaux sanguins qui expriment le récepteur de la FSH se trouvent à la périphérie de la tumeur. Le récepteur, quant à lui semble spécifiquement localisé sur la partie dite luminale des cellules qui tapissent la paroi des vaisseaux (cf encadré) ce qui fait de lui une cible facile pour les agents de diagnostic et thérapie injectés dans le sang.

Ces deux caractéristiques (absence des tissus normaux et localisation sur la partie luminale des cellules endothéliales) en font un marqueur biologique très prometteur et un candidat intéressant pour l’imagerie et la thérapie. Des expériences de détection par imagerie ont d’ores et déjà été effectuées avec succès par les chercheurs chez la souris.

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Cancer de la prostate (stade très précoce)- veinule exprimant le récepteur de la FSH. En rouge, les cellules endothéliales qui tapissent la paroi des vaisseaux expriment le récepteur de la FSH. En bleu, visualisation des noyaux des autres cellules tumorales prostatiques. © N. Ghinea/Inserm

Vers une confirmation clinique

De nouvelles expériences sont nécessaires pour confirmer la détection du récepteur de la FSH en testant des procédures d’imagerie utilisées couramment à l’hôpital (RMN, TEP, et imagerie par ultrasons). Pour les chercheurs il est par ailleurs probable qu’il puisse être une cible générale pour des médicaments anti-cancéreux mais également pour des agents qui détruisent ou bloquent les vaisseaux sanguins des tumeurs.

Anatomie des vaisseaux sanguins

On distingue les veines qui transportent le sang des organes vers le cœur et les artères qui permettent la circulation du sang du cœur vers les organes. Tous les vaisseaux sont constitués de cellules endothéliales qui délimitent les contours du tube. L’intérieur du vaisseau, là où circule le sang, est appelé lumière vasculaire. Le récepteur à la FSH est situé sur la surface des cellules endothéliales vers la lumière vasculaire.

Ocytocine : espoir de guérison des troubles alimentaires du nouveau-né

L’équipe de recherche de l’Inserm dirigée par Françoise Muscatelli, directeur de recherche CNRS à l’Inmed (Unité 901 de l’Inserm) vient de mettre en évidence que l’ocytocine stimule l’activité de succion à la naissance chez le nouveau-né. L’équipe a prouvé avec succès que l’apport de cette hormone, connue pour déclencher l’accouchement, rétablit un comportement alimentaire normal chez des souriceaux pour lesquels l’absence de réflexe de succion engage leur pronostic vital. Ces travaux sont publiés dans la revue Human Molecular Genetics.



Dans les premières heures de la vie, la relation mère-enfant s’établit par la proximité physique et les comportements innés du nourrisson tels que la succion. Pourtant, les problèmes de prise alimentaire et de succion des nouveau-nés sont fréquents. Ils concernent notamment les prématurés (5 % des naissances), et peuvent avoir des causes diverses (hypoxie, maladies génétiques, maladies métaboliques, problèmes neurologiques…).

Le syndrome de Prader-Willi est une maladie génétique orpheline (1/20 000 naissances) avec une atteinte du système nerveux. Elle se traduit dès la naissance par une absence ou faible activité de succion nécessitant dans la plupart des cas un gavage gastrique des bébés.

Fortement investie dans la recherche sur cette maladie, l’équipe dirigée par Françoise Muscatelli à l’Institut de Neurobiologie de la Méditerranée (Marseille) – Unité 901 de l’Inserm a cherché à déterminer le rôle du gène Magel2 (un des gènes impliqués dans le syndrome de Prader Willi) dans l’hypothalamus. L’équipe de chercheurs a montré que l’absence du gène Magel2 entraîne chez le souriceau des troubles sévères de la succion : les souriceaux ne se nourrissent pas et meurent. La cause de ce comportement est une altération de la synthèse de l’hormone ocytocine dans l’hypothalamus. Les membres de l’équipe ont en effet montré que l’absence de Magel2 induisait une baisse de la quantité d’ocytocine dans le cerveau des souris.

Ces travaux mettent en évidence pour la première fois le rôle crucial de l’ocytocine dans l’activité de succion du nouveau-né, réflexe vital qui représente le lien relationnel le plus fort entre le bébé et sa maman. Ces résultats représentent un véritable espoir de traitement facile, non invasif et alternatif aux méthodes d’alimentation lourdes imposées au nouveau-né atteint du syndrome de Prader Willi ou à tout nouveau né qui présente à la naissance un trouble du comportement alimentaire similaire.

L’équipe a prouvé avec succès que l’apport de cette hormone rétablit un comportement alimentaire normal. Cette victoire n’est pas des moindres puisque l’ocytocine joue un rôle capital dans le comportement d’un individu, notamment dans les interactions sociales, défectueuses dans l’autisme par exemple. Chez la mère, cette hormone joue aussi un rôle dans la parturition, l’allaitement et l’attachement de la mère à son bébé.



Décès du Professeur Georges Mathé

Le Professeur Georges Mathé est décédé vendredi 15 octobre 2010 à l’âge de 88 ans. Il a fondé en 1964 puis dirigé pendant 20 ans l’institut de cancérologie et d’immunogénétique en associant l’unité de recherche Inserm 50 « cancérologie et immunogénétique » et le laboratoire 189 du CNRS à l’hôpital Paul-Brousse de Villejuif. La recherche médicale perd un de ses piliers qui a ouvert le champ de l’immunothérapie. En 1959, il a réalisé la première greffe de moelle osseuse chez l’homme.

Georges Mathé a marqué l’organisation de la recherche en France en participant à la création de l’Inserm en 1964. Il a également contribué à la création, à Lyon, du Centre international de la recherche sur le cancer (CIRC).

Le Professeur Georges Mathé a consacré sa carrière à la recherche médicale en privilégiant l’immunologie et l’hémato-cancérologie, disciplines qui lui ont valu la reconnaissance de la communauté scientifique internationale. Professeur de cancérologie expérimentale à la faculté de médecine de Paris-Sud de 1966 à 1990, chef du service des maladies sanguines et tumorales de l’hôpital Paul-Brousse de 1980 à 1990, ses travaux de recherche ont donné lieu à la publication de plus de 1000 articles et de nombreux ouvrages. Sa contribution à l’immunothérapie s’est traduite par la réalisation de greffes de moelle osseuse sur 6 physiciens yougoslaves accidentellement irradiés dans une centrale nucléaire. Cette première chez l’homme a initié les greffes sur des patients leucémiques.

Conseiller auprès de Raymond Marcellin, ministre de la Santé publique, Georges Mathé a participé à la création de l’Inserm et à l’élaboration de ses statuts en 1964. Par la suite, il a été de nombreuses fois membre et président des instances scientifiques de l’Inserm. Vice-président du conseil d’administration de 1972 à 1973, il a ensuite présidé la commission scientifique spécialisée de l’Inserm (CSS) « Biologie et pathologie cellulaires, hématologie cellulaire, cancer » de 1974 à 1979.

Au cours de sa carrière, il n’a cessé de recevoir des distinctions de la part de la communauté scientifique. En 1994, il a obtenu le prix Léopold-Griffuel, une récompense prestigieuse en France dans le domaine de la cancérologie. En 2002, il recevait le Prix Medawar de la Société internationale de transplantation pour récompenser le rôle pionnier de ses travaux sur la moelle osseuse. En 2007, pour honorer ses recherches en cancérologie, un centre anticancéreux portant son nom a été inauguré à Belgrade (Serbie).

André Syrota, Président-Directeur Général de l’Inserm, salue « non seulement le scientifique de renom que fut Georges Mathé, mais aussi celui qui a activement contribué au renouveau de la recherche médicale française ».

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Professeur Georges Mathé (à gauche) lors de l’inauguration, du centre anticancéreux qui porte son nom (Belgrade, 2007)

Des pertes visuelles chez les consommateurs de poppers

Considérés pendant des décennies comme des drogues « douces », les poppers seraient à l’origine de pertes visuelles prolongées. L’équipe de Michel Paques du Centre d’Investigation Clinique Inserm de l’hôpital des Quinze-Vingts (Paris) dirigé par José-Alain Sahel et ses collaborateurs de la Fondation Rothschild ont décrit ces symptômes chez 4 patients. Peu de temps après l’inhalation des poppers, ils ont ressenti une baisse de leur vision accompagnée d’éblouissements. En utilisant une technique d’imagerie rétinienne à haute résolution, les médecins ont détecté chez ces patients une dégradation des cellules photoréceptrices de la rétine, au centre de la macula. L’observation en cours de nouveaux cas semble montrer que le phénomène est réversible. Une lettre dans The New England Journal of Medicine daté du 14 octobre détaille ces observations.



Composés de nitrites d’alkyle, les poppers se présentent sous la forme de liquides très volatils contenus dans des fioles de 10 à 15ml. Ces substances produisent des vapeurs d’oxyde nitrique (NO) que les usagers inhalent pour leurs effets euphorisant de courte durée (quelques minutes). L’usage des poppers provoque également la relaxation des fibres musculaires lisses entrainant une dilatation des vaisseaux, une hypotension artérielle et une accélération du rythme cardiaque (1).

Michel Paques et ses collaborateurs rapportent cette semaine 4 cas de pertes visuelles prolongées (plusieurs mois) associées à une consommation ponctuelle de poppers. L’examen de ces patients par imagerie de la rétine à haute résolution (tomographie de cohérence optique, OCT) a révélé une dégradation des segments essentiels des cellules photoréceptrices permettant de capter la lumière. Ces cellules dégradées sont localisées au centre de la macula, une zone de la rétine responsable de la vision la plus fine. En cause : le NO issu d’un composé de la famille des nitrites d’alkyle appelé « nitrite d’isopropyle » détecté par les chercheurs dans les vapeurs.

Les symptômes persistent de plusieurs semaines à plusieurs mois après l’inhalation des poppers. Depuis ces observations initiales, de nombreux autres cas ont été identifiés: « notre expérience cumulée porte maintenant sur 14 patients, dont certains en prennent régulièrement depuis plusieurs années, explique le Pr Michel Paques. Le phénomène serait réversible car même après plusieurs années d’intoxication, des améliorations ont été observées après l’interruption de la prise. Cela peut cependant prendre plusieurs mois. », ajoute-t-il.

Les auteurs concluent : « Nos observations seront utiles pour mieux comprendre le rôle du NO dans le fonctionnement de la rétine, car nous produisons tous naturellement du NO ».

Fond d'oeil rétine normale

© Inserm, C. Delcourt Fond d’oeil montrant une rétine normale. La grille noire a été apposée par nous et définit la zone centrale de la rétine (macula). Le plus petit cercle (au centre) définit la zone essentielle pour la vision des détails (lecture, reconnaissance des visages…) : la fovéa.

Zoom sur la consommation des poppers

Usages

  • 4,1 % des personnes âgées de 18 à 64 ans avaient, en 2005, consommé des poppers au moins une fois au cours de leur vie.
  • 26-44 ans : la tranche d’âge où l’expérimentation est la plus élevée. Davantage de consommations masculines que féminines.
  • Une consommation en hausse chez les jeunes de 17 ans favorisée par un prix modéré, un partage du produit aisé dans le cadre festif et une image de substance peu risquée : de 2,4 % en 2000 à 13,7 % en 2008
  • Des usages plus fréquents concernent la population homosexuelle masculine fréquentant des lieux de rencontres festives ou sexuelles.


Législation française

  • Depuis le décret du 26 mars 1990, les poppers contenant des nitrites de pentyle ou de butyle sont interdits à la vente en France.

quelques poppers, à base de nitrites d’amyle ou de propyle, sont encore autorisés en France du fait d’une apparition plus tardive sur le marché. Ils sont disponibles dans certains établissements (sex-shops, saunas, clubs et bars gays) et par internet.

  • En novembre 2007, un décret avait pour objectif d’élargir le cadre d’interdiction en incluant les nitrites d’amyle ou de propyle et leurs isomères. Ce décret a été annulé en Conseil d’Etat le 15 mai 2009.

Données : Baromètre santé 2005 (INPES –exploitation OFDT) ESCAPAD 2008 (Observatoire français des drogues et toxicomanies) (dispositif TREND (OFDT)

Note
(1) Données sur la consommation : voir encadré page suivante

Une mutation génétique directement impliquée dans la schizophrénie

L’équipe de Marie Odile Krebs, directrice de l’équipe « Physiopathologie des maladies psychiatriques » au sein de l’Unité Inserm 894 « Centre de psychiatrie et neurosciences » à l’hôpital Sainte-Anne et Professeur de Psychiatrie à l’Université Paris Descartes, et celle du Dr Guy Rouleau de l’Université de Montréal viennent d’identifier une mutation génétique rare à l’origine d’une forme de schizophrénie. Cette mutation altère de manière significative une protéine impliquée dans le fonctionnement des synapses des neurones. Même s’il est évident que les chercheurs n’ont pas découvert  » le gène » de la schizophrénie, le fait que cette mutation apparaisse de novo (c’est-à-dire sans antécédent familiaux) et soit associée à un réel dysfonctionnement dans le cerveau la rend intéressante pour mieux comprendre cette maladie très handicapante. Ces travaux ont été publiés le 1er octobre dans la revue « Biological Psychiatry ».

La schizophrénie est une maladie mentale qui affecte environ 500 000 patients en France. Elle débute généralement entre 15 et 25 ans. La complexité de cette affection et la difficulté à identifier son origine ont des conséquences lourdes sur le plan humain et en termes de handicap. D’un point de vue clinique, la maladie se traduit par des hallucinations et des délires menant à la désintégration de la personnalité, et à la perte du contact avec la réalité. Deux tiers seulement des malades voient leur état de santé amélioré par les traitements mais ceux-ci n’ont pratiquement pas d’effets sur les troubles cognitifs associés, qui sont la principale source de handicap de ces patients.

Une maladie complexe alliant composante génétique et environnementale

Puisque l’héritabilité de cette maladie est importante, les chercheurs se sont attelés pendant longtemps à lui découvrir une origine génétique…avec des résultats en demi-teinte. Suite aux modélisations issues des études familiales, et aux études portant sur l’ensemble du génome, il a été peu à peu admis qu’il n’existait pas de gènes à effet majeur et que la schizophrénie résulterait d’une combinaison de variations génétiques fréquentes dans la population, chacune ayant un effet mineur, interagissant entre elles et avec des facteurs de l’environnement. Certaines études ont suggéré qu’un petit nombre de gènes dysfonctionnels (une dizaine) seraient nécessaires chez un individu pour déclarer la maladie mais plusieurs centaines de gènes (voire milliers) pourraient être en cause dans l’ensemble de la population. Pourtant ces hypothèses ne permettent pas de rendre compte de toutes les situations.

Un nouveau séquençage à haut débit

Pour essayer d’y voir plus clair, des chercheurs de l’Université de Montréal en collaboration avec un consortium international auquel participent les chercheurs français de l’Inserm (Synase to Disease, S2D) ont séquencé entièrement 1000 gènes impliqués dans le fonctionnement des synapses neuronales. Pourquoi ceux-ci en particulier ?

Des études précédentes avaient souligné la présence d’anomalies dans certains gènes impliqués dans le fonctionnement des synapses qui délivrent le glutamate, un neurotransmetteur nécessaire aux fonctions cérébrales d’apprentissage et de mémorisation.

Un grand nombre de patients atteints de schizophrénie et leurs parents ont été inclus dans l’étude. Ils ont été sélectionnés comme n’ayant pas d’histoire familiale de troubles psychiatriques afin d’augmenter les chances de découvrir des mutations de novo (non présentes chez les parents).

Au cours de ce travail, les chercheurs ont pu identifier des mutations dans deux gènes en particulier : le gène de la kinésine 17 d’une part et le gène de la protéine SHANK3 d’autre part. D’une manière générale ils ont aussi pu observer un excès de mutations de novo qui seraient à même d’expliquer l’apparition de la maladie chez ces patients Ces résultats renforcent l’hypothèse d’un rôle du système glutamatergique dans la schizophrénie. En effet, la kinésine 17 est une protéine directement impliquée dans le transport d’éléments nécessaires au bon fonctionnement de la synapse.

L’implication de mutations de novo dans l’apparition de la maladie permet d’expliquer un certain nombre de cas sans antécédents familiaux et fournit une première explication à la persistance de la maladie malgré le manque de descendance. Pour les chercheurs, « il est clair que ces mutations rares ne rendent pas compte de l’intégralité des cas de schizophrénie. Mais ces résultats sont néanmoins essentiels car ils identifient clairement un mécanisme en cause dans la maladie. »

Une nouvelle définition de la maladie d’Alzheimer pourrait aider à sélectionner les patients pour les essais thérapeutiques affectant la maladie

Un groupe d’experts internationaux de la maladie d’Alzheimer (MA) vient de proposer un nouveau lexique qui révise et uniformise la définition de la maladie d’Alzheimer pour y intégrer les avancées récentes dans ce domaine, et notamment les biomarqueurs qui sont la clé de son diagnostic. Dans un avis publié en ligne dans la revue The Lancet Neurology, Bruno Dubois (UMR 975 Inserm, Université Pierre et Marie Curie, Groupe Pitié Salpêtrière, AP-HP), premier signataire, et ses collaborateurs, montrent qu’une large gamme diagnostique permet d’identifier la MA à un stade très précoce. Cela pourrait permettre de sélectionner des patients pour les essais thérapeutiques affectant la maladie adaptés à la phase spécifique de la maladie dans laquelle ils se situent.

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En 2007, le groupe de travail international pour la recherche de nouveaux critères de diagnostic de la MA a proposé un nouveau cadre afin d’améliorer le diagnostic précoce et précis de la MA au cours de la vie du patient d’après un modèle spécifique d’évolution cognitive et de caractéristiques biologiques.

Dans l’article publié ce jour, ce même groupe piloté par Bruno Dubois, redéfinit la MA comme un syndrome clinico-biologique permettant de poser un diagnostic beaucoup plus précoce. Pour Bruno Dubois et ses collaborateurs « il n’est plus nécessaire d’attendre l’examen post-mortem pour confirmer la MA, le diagnostic peut désormais être posé grâce aux biomarqueurs identifiables facilement chez les patients vivants, même à une stade très précoce de la maladie ».

D’après les auteurs et contrairement à l’approche traditionnelle de diagnostic de la MA, la présence d’une démence avérée n’est plus nécessaire. Pour satisfaire les critères diagnostiques de la MA, les patients doivent présenter des troubles épisodiques de la mémoire (par ex. difficultés d’apprentissage d’une liste de mots, même avec des indices) ainsi que des signes biologiques (au moins un biomarqueur positif) visibles par IRM, neuroimagerie PET, ou analyse du liquide céphalorachidien (LCR). Ainsi, les patients sont identifiés avec plus de précision à un stade plus précoce.

Les auteurs soulignent que la simplicité des critères proposés présente l’avantage principal « de ne plus attendre que le patient ait développé une démence avérée ou de ne plus exclure du diagnostic et des traitements de nombreux patients qui ont des signes de la maladie malgré l’absence d’incapacité fonctionnelle. »

Ils précisent : « La valeur de ces définitions réside dans l’application potentielle d’essais cliniques de traitements affectant la maladie. Des individus identifiés comme “asymptomatiques à risque de MA’’ (car biomarqueurs positifs) ou ‘’présymptomatiques de la MA’’ (car porteurs de mutations génétiques) pourront être accueillis dans des essais visant à retarder l’apparition des signes cliniques. Les patients en phase prodromale (pré-démentielle) de la MA peuvent être intégrés aux essais thérapeutiques ciblant la progression à des stades plus avancés de la MA. L’uniformité des définitions aidera à développer des panels d’essais et à comparer les résultats des différents essais. »

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