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Dépistages répétés du VIH à domicile en Afrique du Sud : une stratégie bien acceptée à large échelle

Les premiers résultats de la phase pilote de l’essai ANRS 12249 TasP montrent qu’une proposition répétée de dépistage du VIH à domicile suivie d’une proposition de mise sous traitement précoce en cas de séropositivité est bien acceptée par une population rurale d’Afrique du Sud. Ces résultats sont présentés en communication orale à la 20e conférence internationale sur le sida organisée par l’International Aids Society à Melbourne (Australie) du 20 au 25 juillet 2014. 


La  mise sous trithérapie antirétrovirale dès le diagnostic de séropositivité permet-elle de diminuer la transmission du VIH dans la population et par conséquent l’acquisition de nouvelles infections (l’incidence) ? C’est une question cruciale pour lutter efficacement contre le VIH.

Lancé en mars 2012, l’essai ANRS 12249 TasP (Treatment as Prevention) est l’un des quatre essais randomisés internationaux visant à évaluer l’efficacité de la stratégie TasP au sein d’une large population. Il est conduit en Afrique du Sud dans la province du KwaZulu-Natal, une des régions présentant l’une des plus fortes prévalences du VIH au monde et la plus élevée de toute l’Afrique du Sud (16,9% en 2012 d’après la toute dernière enquête nationale en population générale).

Dans cet essai, 22 zones géographiques (« clusters ») d’environ 1,000 habitants chacune ont été définies. Les clusters sont répartis de façon aléatoire en deux groupes (un groupe intervention et un groupe contrôle composé chacun de 11 clusters). L’intervention testée consiste tout d’abord à proposer systématiquement aux habitants, de façon répétée (tous les six mois) et à leur domicile, un dépistage rapide du VIH. Au sein du groupe intervention, les personnes identifiées comme séropositives se voient proposer une mise sous antirétroviraux immédiate, quel que soit leur niveau de lymphocytes CD4. Dans le groupe de comparaison, la mise sous traitement est conseillée selon les indications actuellement recommandées par le Département sud-africain de la santé. Des cliniques mobiles ont été implantées dans chaque cluster pour faciliter l’accès aux soins.

Les résultats présentés à la conférence de Melbourne portent sur la phase pilote de l’essai qui a été réalisé dans 10 clusters et a concerné plus de 12,000 personnes âgées de plus de 16 ans, suivies entre un an et 18 mois. Le statut sérologique a pu être établi sur près de 9,000 personnes, soit parce qu’elles déclaraient qu’elles étaient séropositives, soit parce qu’elles acceptaient le test de dépistage rapide.

Les premiers résultats sont les suivants :

Le dépistage à domicile est bien accepté puisque le statut VIH a pu être identifié pour 82% des personnes contactées. Parmi les personnes testées séronégatives au premier contact à domicile, 85% ont accepté un second test VIH lors de la seconde visite à domicile.

– La prévalence de l’infection par le VIH est aussi bien plus importante que celle estimée initialement: 31%.

– Environ 25% des 2,570 personnes identifiées séropositives l’ont appris grâce à l’étude.

– En ce qui concerne les personnes identifiées séropositives et qui n’étaient pas prises en charge dans une filière de soins lors du passage à domicile, seules 48% se sont présentées en clinique dans les six mois (63% dans l’année).

– Dans le groupe intervention, 80% des personnes ayant un taux de CD4>350 cellules/mm3 recevaient un traitement.

« Ces premiers résultats sont très importants, indique le Pr François Dabis (Institut de Santé Publique, Epidémiologie et Développement, Inserm U897, Bordeaux), un des co-investigateurs de l’essai, car ils valident la première étape de la démarche TasP qui vise à tester et traiter l’ensemble d’une population adulte afin d’enrayer la transmission.

 
Le dépistage rapide à domicile est très bien accepté et nous n’avons observé aucun frein majeur susceptible de remettre en question l’intervention. Nous constatons simplement que les personnes nouvellement diagnostiquées séropositives ont besoin de temps pour entrer dans une démarche de soins, notamment quand elles se sentent en bonne santé. Cependant, une fois dans le système de soins, la prise d’antiretroviraux est bénéfique. Nous améliorons notre stratégie afin d’encourager l’entrée et le maintien dans les structures de soins de tous les participants de l’essai. 
»

« La validation de la première phase de cet essai est une étape essentielle, explique le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l’ANRS (France REcherche Nord&sud Sida-hiv Hépatites). Nous pouvons donc continuer l’essai.» L’essai est entré dans sa seconde phase en juin 2014. Les premiers résultats en termes d’efficacité de la TasP sur la réduction attendue de l’incidence du VIH en population devraient être connus fin 2016.

L’essai ANRS 12249 TasP est coordonné par le Pr François Dabis (Institut de Santé Publique, Epidémiologie et Développement, Inserm U897, Bordeaux), le Pr Marie-Louise Newell (Université de Southampton, Royaume Uni) et le Pr Deenan Pillay (Directeur de l’Africa Centre for Health and Population Studies, Mtubatuba, Afrique du Sud et University College London, Royaume-Uni). L’essai est mené en partenariat avec le Ministère de la Santé du KwaZulu Natal, Afrique du sud, la GTZ (société allemande pour la coopération internationale) et le Wellcome Trust anglais. L’International Initiative for Impact Evaluation (3ie) apporte un soutien financier au projet pour sa seconde phase.

 



Des « flashs » de radiothérapie pour réduire les effets secondaires

Traiter fort et vite semble être un bon moyen de limiter les effets secondaires de la radiothérapie. Telle est la découverte des chercheurs de l’Institut Curie, de l’Inserm et du Centre Hospitalier Universitaire Vaudois publiée dans Science Translational Medicine le 16 juillet.
La radiothérapie reste l’un des traitements locaux de référence dans la prise en charge des patients atteints de cancer : de plus en plus précise, elle consiste à irradier les cellules cancéreuses pour les détruire tout en préservant du mieux possible les tissus sains et les organes avoisinants. En augmentant jusqu’à 1 000 fois l’intensité de l’irradiation sur un temps très court, les chercheurs montrent que l’efficacité demeure la même, mais que les tissus sains sont mieux protégés. 



« Eradiquer la tumeur, tout en limitant les effets secondaires, est depuis toujours l’objectif des radiothérapeutes »
, souligne en préambule Vincent Favaudon, chercheur à l’Institut Curie. La radiothérapie reste à ce jour l’une des approches les plus efficaces dans le traitement des cancers. Elle est proposée à plus de la moitié des patients, en association avec la chirurgie et/ou la chimiothérapie. Depuis plus de 20 ans, les développements de l’imagerie, de l’informatique, de la dosimétrie et des accélérateurs ont permis de « sculpter » de plus en plus précisément le volume d’irradiation en fonction de la localisation et de la forme de la tumeur. Malgré tout, les effets secondaires dus à l’irradiation des tissus sains demeurent un problème crucial.

A chaque mode d’administration, son effet

En collaboration avec Marie-Catherine Vozenin (Inserm et Centre Hospitalier Universitaire Vaudois, Lausanne, Suisse), le radiobiologiste Vincent Favaudon, directeur de recherche émérite Inserm, étudie les effets de la radiothérapie sur les tissus sains et tumoraux en fonction de son mode d’administration. « Les laboratoires de l’Institut Curie sur le site d’Orsay disposent d’un accélérateur linéaire d’électrons expérimental qui permet de délivrer des doses de rayonnement élevées en un temps très court, comme un flash », explique-t-il. « Pour donner une idée de l’échelle, cet accélérateur délivre un débit de dose de rayonnement 1 000 à 10 000 fois plus intense qu’en radiothérapie conventionnelle ».

Les chercheurs se sont demandé si cela modifiait les effets sur les tissus. « Dans nos modèles tumoraux, une dose de 15 Gy administrée de manière conventionnelle pour traiter une tumeur du poumon entraîne à coup sûr la survenue d’une fibrose pulmonaire entre 8 semaines et 6 mois après l’irradiation, alors qu’avec une irradiation « flash », aucune fibrose n’apparaît en-dessous de 20 Gy », explique le radiobiologiste. Cet effet protecteur est également observé sur l’apoptose (mort programmée des cellules produite suite à des dommages non réparés de l’ADN), les capillaires sanguins et sur les lésions cutanées. 

« En revanche, l’efficacité anti-tumorale reste la même sur tous les modèles tumoraux que nous avons testés », constate Marie-Catherine Vozenin, chercheuse Inserm, cheffe du laboratoire de radiobiologie au sein du Service de radio-oncologie du CHUV. L’irradiation « flash » protège donc les tissus sains de la survenue d’effets secondaires de manière très sélective.

« Les appareils actuellement utilisés dans la plupart des services de radiothérapie et qui fonctionnent avec des rayons X, ne sont pas assez performants pour générer les débits de dose nécessaires à des irradiations “flash”. Il faudrait une évolution technologique majeure pour y parvenir », poursuit Vincent Favaudon. « Cependant, le système par “Pencil Beam Scanning” qui est actuellement en cours d’installation au Centre de Protonthérapie de l’Institut Curie sera capable de telles performances et l’équipe médicale, assistée par les chercheurs, envisage de procéder très rapidement à un essai préclinique ».

Le Pencil Beam bientôt au Centre de Protonthérapie de l’Institut Curie

Depuis le printemps 2013, le Centre de Protonthérapie de l’Institut Curie (Orsay) prépare la mise en service de la technologie dite «Pencil Beam Scanning (PBS) » qui permettra de balayer le faisceau de protons au niveau de la tumeur.

Institut de Recherche en Cancerologie de Montpellier (IRCM)

Plateforme de radiothérapie clinique du (CRLC) centre régional de lutte contre le cancer. Val d’Aurelle-Paul Lamarque, Montpellier. Inserm/ P Latron



Installée dans la salle de traitement disposant du bras isocentrique – avec lequel il est possible d’orienter le faisceau autour du patient selon toutes les incidences- cette technologie de pointe va permettre d’étendre encore plus les indications de la protonthérapie.

« Nous pourrons ainsi traiter de nouvelles localisations, en particulier des tumeurs extra-crâniennes de volumes complexes, en assurant une très bonne conformation au volume de la tumeur tout en améliorant la protection des tissus et organes sains avoisinants », se réjouit le Dr Remi Dendale, responsable médical du centre.

 « C’est ce que l’on appelle la protonthérapie à modulation d’intensité ou IMPT qui permettra, de simplifier la préparation des traitements, en s’affranchissant de la fabrication des compensateurs (qui permet d’ajuster la distribution de dose en profondeur) et d’une partie des collimateurs (qui permet de moduler dans le plan latéral la forme du dépôt d’énergie) », précise la physicienne Nathalie Fournier-Bidoz.

Images de coupes de tissus

Effet sur du tissu pulmonaire sain d’une irradiation de 17 Gy administrée en 0.28 s, soit un débit de dose 60 Gy/s (image du centre) et en 548 s, soit un débit de doser de 0.031 Gy/s (image de droite). Le tissu irradié avec un très haut débit de dose a le même aspect que le tissu non irradié, alors que celui irradié à faible débit de dose est totalement altéré.

Tissu pulmonaire

Vers une meilleure prise en charge du trauma crânien

Dans des conditions normales et à défaut de pouvoir le stocker, le cerveau ne supporte pas d’être privé d’oxygène plus de quelques minutes sans risque de provoquer de graves séquelles. Après un accident (traumatisme crânien ou accident vasculaire cérébral (AVC)), c’est donc l’oxygénation cérébrale que les équipes d’urgence et les médecins tentent de restaurer le plus rapidement possible. Plus les médecins seront rapides et précis, plus les chances de récupérer seront grandes. Une équipe multidisciplinaire au sein de l’Institut des Neurosciences de Grenoble (GIN, Inserm / Université Grenoble Alpes / CHU de Grenoble) associant physiciens, biologistes et médecins (neurologues et anesthésistes-réanimateurs) a mis au point une nouvelle approche pour mesurer l’oxygénation cérébrale grâce à l’IRM. En plus d’être non invasive, cette technique identifie précisément les zones du cerveau les moins oxygénées. Elle pourrait à terme guider les interventions thérapeutiques pour les rendre plus précises, moins risquées et plus efficaces.
Ces résultats sont publiés dans la revue
Journal of Cerebral Blood Flow and Metabolism.

Alors que le cerveau représente en poids simplement 2 % du corps, il utilise 20 % de l’oxygène total consommé par l’organisme. Il ne sait par ailleurs pas faire de « réserves » et le moindre manque d’oxygène, peut conduire à des séquelles graves (par exemple, perte du langage ou de la motricité) voire au décès s’il n’est pas restauré très rapidement. Idéalement, dans une situation de traumatisme, il faudrait donc être capable de savoir immédiatement quelles sont les zones du cerveau les plus touchées par le manque d’oxygène et si possible sans avoir à intervenir physiquement sur des organismes déjà affaiblis.

Après un accident, le suivi de l’oxygénation du cerveau est primordial. Aujourd’hui des méthodes internationales standardisées, notamment la pose d’une sonde dans le cerveau, permettent d’estimer localement l’oxygénation du cerveau. Cette intervention nécessite un acte neurochirurgical lourd et ne conduit qu’à une mesure très locale de l’oxygénation cérébrale.. Le seul moyen de cartographier la teneur en oxygène du cerveau (développée dans les années 80) est la mesure de l’oxygène radioactif en imagerie fonctionnelle. Mais là aussi cette méthode a ses limites car elle est coûteuse et nécessite la disponibilité d’appareils TEP (Tomographie par émission de positons) peu nombreux sur le territoire. Enfin, si la consommation totale d’oxygène par le cerveau reste constante, elle varie cependant d’une région cérébrale à l’autre.

La nouvelle approche d’IRM, développée par les chercheurs de l’Inserm, caractérise la saturation tissulaire en oxygène du cerveau, c’est-à-dire la quantité d’oxygène présente dans la microvascularisation tissulaire (notée StO2).

Grâce à cette technique, les chercheurs ont pu observer une réduction importante du niveau d’oxygénation cérébrale dans un modèle animal d’accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique et, à un moindre degré, après un traumatisme crânien. En permettant de cartographier l’oxygénation cérébrale, une hétérogénéité régionale de StO2 a été mise en évidence dans l’AVC, le traumatisme crânien et un modèle de tumeur cérébrale.

Cette approche innovante présente plusieurs avantages, dont celui d’être utilisable immédiatement chez l’homme. L’examen IRM ne nécessite pas d’injection d’un traceur radioactif, contrairement à l’imagerie par émission de positon (ou imagerie TEP), technique de référence. L’IRM permet également d’obtenir des cartes de StO2 avec une meilleure résolution spatiale. Par ailleurs, un examen IRM est moins coûteux qu’un examen TEP, et les imageurs IRM sont plus répandus en France que les imageurs TEP.

Les résultats obtenus dans cette étude préclinique correspondent parfaitement à ceux obtenus avec deux approches de références et pour différents niveaux d’oxygénation : d’une part, une mesure des gaz du sang et d’autre part, une cartographie des zones privées d’oxygène obtenues par histologie.

CP_E_Barbier_StO2

D’un point de vue clinique, plusieurs applications sont envisageables, illustrées dans ce travail par 3 situations :

  • Chez les patients souffrant d’un traumatisme crânien, cette cartographie peut contribuer à déterminer les zones cérébrales les moins bien oxygénées. Le suivi et la stratégie thérapeutique pourront ainsi être adaptés au mieux.
  • Chez les patients atteints d’un AVC, cette technique devrait permettre de mieux identifier la zone de tissu cérébral ischémique susceptible de récupérer après traitement.
  • Enfin, certaines tumeurs cérébrales malignes présentent des zones mal oxygénées, connues pour être celles qui résistent aux traitements comme la chimiothérapie ou la radiothérapie. On soupçonne fortement que ces zones mal oxygénées abritent des cellules souches tumorales à l’origine de la récidive tumorale. Mieux les cartographier permettrait d’adapter et personnaliser les traitements.


Si aujourd’hui la fiabilité de ce dispositif a été démontrée, il reste à voir dans quelles mesures il pourra guider le travail des médecins neurologues et ou anesthésistes réanimateurs. 

 » Dans quelques années, nous pourrions imaginer que la cartographie précise de l’oxygénation du cerveau nous permette de délivrer les médicaments au bon endroit ou bien de mieux paramétrer l’intervention chirurgicale pour faire baisser l’hypertension intracrânienne «  explique Emmanuel Barbier directeur de recherche Inserm

Ces travaux ont été réalisés sur la plateforme IRMaGe, une plateforme de l’infrastructure nationale en imagerie du vivant « France Life Imaging ». Ils ont notamment bénéficié du soutien de l’Agence Nationale pour la Recherche (projet IMOXY).

Après un accident, quels sont les risques de syndrome de stress post-traumatique?

Plusieurs mois après un accident, de nombreux patients souffrent encore de symptômes (maux de tête, douleurs) qui peuvent constituer un véritable handicap. L’équipe d’Emmanuel Lagarde, directeur de recherche Inserm au centre de recherche « épidémiologie et biostatistique » (Inserm/université de Bordeaux) a étudié le devenir de 1300 personnes admises aux urgences entre 2007 et 2009 pour un traumatisme. Les chercheurs montrent qu’il est possible de détecter les personnes qui développeront un syndrome de stress post-traumatique, survenant généralement lorsque la vie de l’individu a été mise danger. Cela permettra d’adapter leur prise en charge. Leurs travaux révèlent également que le syndrome post-commotionnel, défini à tort comme la conséquence des traumatismes crâniens, ne serait qu’une partie de ce syndrome de stress post-traumatique.

Les résultats de l’étude sont publiés dans la revue JAMA Psychiatry.

Chaque année, un Français sur dix se rend aux urgences avec un traumatisme à la suite d’un accident. L’immense majorité des victimes n’ont que des blessures légères et quittent l’hôpital rapidement. Cependant, une partie d’entre elles souffre bien après que les blessures directes sont guéries : maux de tête, peurs incontrôlables ou encore douleurs diverses, troubles de la vision, de l’équilibre ou irritabilité. Lorsque des symptômes surviennent conjointement dans un même contexte, ils constituent ce que l’on appelle un syndrome.

À la suite d’un traumatisme, deux syndromes sont décrits : le syndrome post-commotionnel (SPC), qui survient après un traumatisme crânien léger, et le syndrome de stress post-traumatique (SSPT), rencontré chez les personnes exposées à une situation stressante au cours de laquelle leur vie, ou celle d’une autre personne, est mise en danger. Le syndrome de stress post-traumatique a d’abord été décrit chez les militaires qui, après une exposition aux combats ou à une explosion, se plaignent de cauchemars, ou de pensées obsédantes, dont ils ne parviennent pas à se défaire. Les deux syndromes sont décrits depuis plusieurs années dans les éditions successives du « Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux » (DSM) de l’association américaine de psychiatrie, qui fait aujourd’hui référence dans le domaine du diagnostic en santé mentale.

Dans cette étude, 1 300 personnes admises aux urgences du centre hospitalier de Bordeaux entre 2007 et 2009 ont été contactées 3 mois après leur accident. Plus de 500 souffraient d’un traumatisme crânien léger lors de leur admission à l’hôpital, les autres de blessures diverses, toutes avec une gravité légère ou modérée. Les chercheurs ont mesuré la survenue de 36 symptômes qui entrent dans les définitions du SPC ou du SSPT.

« Le syndrome post-commotionnel (SPC) ne mérite pas son nom puisque, d’une part, les symptômes qui le composent ne sont pas spécifiques au traumatisme crânien et que, d’autre part, ils ne surviennent pas de manière concomitante. Il semble que le SPC ne soit en réalité qu’une partie du syndrome de stress post-traumatique. »

explique Emmanuel Lagarde, directeur de recherche à l’Inserm.

Le syndrome de stress post-traumatique en population générale

Les résultats obtenus permettent également de mieux comprendre le syndrome de stress post-traumatique, encore mal décrits dans le domaine non militaire. En population générale, ce syndrome survient chez 2 % des personnes blessées, mais ce chiffre passe à 9 % lorsque le traumatisme est crânien. Par ailleurs, il est plus fréquent chez les femmes et chez les personnes ayant eu un accident de la route ou subi une agression. L’apparition du SSPT est aussi influencée par l’état de santé physique et mental de la victime avant l’accident. Toutes ces informations peuvent permettre au médecin de déterminer si une prise en charge précoce doit être mise en œuvre.

Cette étude bouleverse la classification des plaintes post-traumatiques car elle remet également en question l’existence même du syndrome post-commotionnel. Celui-ci ne serait qu’une partie du syndrome de stress post-traumatique. Mais ces résultats ne remettent pas en question la réalité de la souffrance d’un nombre important de personnes touchées par ces syndromes, pour lesquelles les symptômes persistent et ont un impact conséquent sur leur qualité de vie.

« C’est pourquoi il importe de mieux décrire ces syndromes et leur origine d’autant que leur identification a aussi des conséquences importantes en matière d’assurance, de compensation, mais aussi de politiques de prise en charge et de réinsertion des patients »,

souligne Emmanuel Lagarde, le principal auteur de ces travaux.

100 000 femmes porteuses d’implants mammaires suivies pendant 10 ans

En 2013 en France, on estimait à 346 000 le nombre de femmes porteuses d’implants mammaires. On évalue à environ 30 000 celles qui ont porté une prothèse fabriquée par la société PIP (dont une partie a été retirée depuis). Au-delà du caractère défectueux de ces prothèses mammaires, seule une vaste étude épidémiologique permettrait de documenter leurs effets indésirables potentiels. A la demande de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM), un groupe de chercheurs de l’Inserm dirigé par Florent de Vathaire au sein de l’Unité Inserm 1018 « Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations » basé à Gustave Roussy lance une étude baptisée LUCIE. Cette enquête qui se déroulera sur 10 ans a pour objectif de suivre près de 100 000 femmes portant ou ayant porté des implants mammaires de toutes marques. Les résultats permettront ainsi de conclure quant à la potentielle survenue d’effets indésirables à moyen et long terme chez les femmes porteuses de prothèses PIP.

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En 2013, l’ANSM a estimé à 346 000 le nombre de femmes porteuses d’implants mammaires en silicone en France (que ce soit pour des raisons esthétiques ou médicales) dont 30 000 de marque PIP. Au cours des explantations réalisées de 2001 à 2013, une prothèse PIP explantée sur quatre a été considérée comme défectueuse.

Des incertitudes subsistent quant aux effets à long terme de ces prothèses.


Pour étudier les risques potentiels que présentent ces prothèses pour la santé des femmes porteuses, l’Inserm, soutenu par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM), lance la cohorte épidémiologique nationale LUCIE réalisée auprès des femmes porteuses ou ayant porté des implants mammaires et opérées en France. L’équipe Inserm dirigée par Florent de Vathaire au sein de l’Unité 1018 « Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations » pilotera cette étude.

La mise en place de cette cohorte vise à évaluer et décrire l’incidence des effets indésirables liés au port d’implants mammaires en gel de silicone du fabricant PIP. Les données recueillies vont permettre de connaitre l’état de santé des femmes ayant porté des implants mammaires en gel de silicone et d’étudier s’il existe un lien éventuel entre les événements de santé déclarés (cancer du sein ou autres événements indésirables comme des réactions allergiques cutanées ou des ruptures de prothèses) et le port des prothèses mammaires PIP.

L’objectif est d’inclure environ 100 000 femmes ayant subi une opération d’implant mammaire, dont 30000 portant ou ayant porté un implant PIP (les autres prothèses provenant d’autres fabricants).


Pour atteindre cet objectif le recrutement dans cette cohorte se fera de deux façons :

1) grâce au transfert de fichiers aux chercheurs de l’Inserm, en provenance des hôpitaux et cliniques ayant implanté ou explanté un implant mammaire, quel qu’en soit le fabricant, depuis 2001.
2) par l’enregistrement volontaire des femmes, après signature en ligne d’un consentement, sur un site « actif », sur lequel elles seront amenées à remplir un questionnaire en ligne.

Les personnes ayant donné leur accord de participation seront contactées par mail, tous les deux à cinq ans pour répondre à un nouveau questionnaire en ligne (principaux évènements de santé survenus depuis le dernier contact, habitudes de vie…). Le suivi des femmes est prévu pour un minimum de dix ans.

Ensemble, l’Inserm et l’ANSM se mobilisent pour améliorer la connaissance scientifique sur les problématiques associées aux prothèses mammaires et permettre ainsi de veiller à la sécurité d’emploi de ces produits.

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Pour faciliter le recrutement et la fidélisation des participantes, les chercheurs de l’Inserm ont mis en place un dispositif de promotion de l’étude :
alarecherchedelucie.fr

– Un site internet pour informer le public du déroulement de l’étude et diffuser ses résultats. Pour les participantes, ce site renverra au questionnaire médical en ligne


– La mise en place d’une campagne sur les médias sociaux (Twitter,Facebook,LinkedIn)
Compte twitter @EtudeLucie
Page Facebook
Sur LinkedIn

Toute personne porteuse ou ayant porté des prothèses mammaires peut participer à cette étude même si elle n’a pas eu de problèmes de santé. Ceci est important pour que l’étude soit représentative des personnes porteuses de prothèses mammaires en gel de silicone  et permette de répondre aux questions posées sur les prothèses mammaires.Les femmes souhaitant des informations complémentaires, peuvent écrire à ten.eicul-etrohoc@tcatnoc  ou contacter le numéro suivant à partir du 15 juillet :

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Pister la représentation des odeurs dans le cerveau grâce à l’imagerie par ultrasons

Une nouvelle technique d’imagerie par ultrasons a permis de visualiser pour la première fois, in vivo chez le rat, l’activité dans le cortex piriforme lors de la perception d’une odeur. Cette structure cérébrale profonde joue un rôle important dans l’olfaction et restait jusqu’à présent inaccessible par imagerie fonctionnelle. Ces travaux apportent également de nouvelles données sur le fonctionnement, encore mal connu, du système olfactif, notamment sur la façon dont sont traitées les informations au niveau cérébral.
Cette étude est le résultat d’une collaboration entre l’équipe de Mickaël Tanter de l’Institut Langevin (CNRS/Inserm/ESPCI ParisTech/UPMC/Université Paris Diderot) et celle de Hirac Gurden du laboratoire Imagerie et modélisation en neurobiologie et cancérologie (CNRS/Université Paris-Sud/Université Paris Diderot). Elle est publiée dans la revue NeuroImage du 15 juillet 2014.

Comment aboutir à une représentation de l’environnement extérieur à partir de la perception des sens ? Comment, par exemple, les informations olfactives liées à la nourriture ou aux parfums sont-elles traitées par le cerveau ? Si l’organisation du système olfactif est bien connue – elle est semblable des insectes jusqu’aux mammifères – son fonctionnement est encore peu compris. Pour répondre à ces questions, les chercheurs se sont donc intéressés à deux structures cérébrales qui constituent des relais majeurs pour l’olfaction : le bulbe olfactif et le cortex piriforme. Chez le rat, le bulbe olfactif se situe entre les deux yeux, juste derrière l’os du nez. Le cortex piriforme est par contre une structure beaucoup plus profonde du cerveau des rongeurs dont aucune image fonctionnelle n’avait pu être enregistrée chez un animal  vivant jusqu’à présent.

La technique d’imagerie neurofonctionnelle par ultrasons  développée par l’équipe de Mickaël Tanter, baptisée fUS (functional Ultrasound), a permis de suivre l’activité neuronale du cortex piriforme. Elle est basée sur l’envoi d’ondes planes ultrasonores dans les tissus cérébraux. Les échos renvoyés par les structures traversées par ces ondes permettent, après traitement des données, d’obtenir des images ayant une résolution spatiotemporelle inégalée : 80 micromètres et quelques dizaines de millisecondes.
Le contraste obtenu sur ces images est lié aux variations du flux sanguin dans le cerveau. En effet, l’activité des cellules nerveuses nécessite un apport en énergie : elle est donc couplée à un afflux de sang dans la zone concernée. En enregistrant les variations de volume dans les vaisseaux sanguins qui alimentent les différentes structures cérébrales, il est ainsi possible de connaître la localisation des neurones activés.

Plusieurs techniques d’imagerie, comme l’IRM, s’appuient déjà sur le lien entre volume sanguin et activité neuronale. Mais fUS est avantageuse en terme de coût, de maniabilité et de résolution. De plus, elle donne un accès facilité aux structures les plus profondes, situées plusieurs centimètres sous la boîte crânienne.

Les enregistrements effectués par cette technique dans l’équipe de Hirac Gurden ont permis d’observer la répartition spatiale de l’activité dans le bulbe olfactif. Lorsqu’une odeur est perçue, on observe une augmentation du volume sanguin dans des zones bien définies : à chaque odeur correspond une carte spécifique de neurones sollicités. Au-delà de ce résultat, les images révèlent aussi, pour la première fois, l’absence de cette répartition spatiale dans le cortex piriforme. A ce niveau, deux odeurs différentes entraînent la même activation de l’ensemble de la zone.

Les mécanismes cellulaires responsables de la disparition de la signature spatiale ne sont pas encore bien définis mais ce résultat permet déjà de formuler plusieurs hypothèses. Le cortex piriforme pourrait être une structure qui ne sert pas seulement à traiter les stimuli olfactifs mais plutôt à intégrer plusieurs types d’informations et à les mémoriser. Se détacher des cartographies strictes associées à chaque odeur permettrait de faire des associations et d’aboutir à un concept global. Par exemple, à partir de la perception de centaines de molécules odorantes contenues dans le café, le cortex piriforme permettrait de reconnaître une unique odeur : celle du café.

Ces travaux ouvrent de nouvelles perspectives pour l’imagerie et pour la neurobiologie. Les chercheurs vont maintenant s’intéresser à l’effet de l’apprentissage sur l’activité du cortex afin de mieux comprendre son rôle et les spécificités du système olfactif.

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Sur ces images, l’activation cérébrale détectée par imagerie ultrasonore est visualisée en rouge. A la présentation d’une odeur donnée, des territoires spécifiques sont sollicités dans le bulbe olfactif mais pas dans le cortex piriforme. © Michaël Tanter / Hirac Gurden

Des neurones d’emblée trop sensibles au stress cellulaire dans la maladie de Huntington

Les neurones ne peuvent pas se défendre correctement contre la maladie de Huntington, et ce, dès le début de la pathologie. C’est ce qu’une équipe de chercheurs de l’Inserm de l’Institut de biologie Paris-Seine (Inserm/CNRS/université Pierre et Marie Curie) et leurs collègues américains et australiens ont découvert. En cause, la défaillance d’un mécanisme important de longévité cellulaire. Au-delà de ce résultat, cette étude montre l’importance de restaurer la capacité de résistance au stress des neurones pour retarder les manifestations de la maladie. Des travaux qui conduisent à une nouvelle façon d’envisager de traiter les maladies neurodégénératives.Les résultats de ce travail sont publiés dans PLoS Biology.

Rôle de la huntingtine au cours de la mitose ©Inserm/Elias, Salah

La maladie de Huntington est une pathologie neurodégénérative héréditaire dont les symptômes comprennent des mouvements involontaires (chorée) et des troubles cognitifs et psychiatriques. La maladie se déclare à tous les âges de la vie, mais en général vers 40 ans. Elle évolue sur de nombreuses années, avec une perte d’autonomie progressive et un décès au bout de 15 à 20 ans en moyenne. Aucun traitement curatif ni préventif n’est actuellement disponible. Mais une prise en charge adaptée peut améliorer l’état des patients.

Environ 6.000 personnes seraient touchées par cette maladie en France, et probablement plus portent la mutation génétique à l’origine de la maladie. Des facteurs génétiques, épigénétiques et environnementaux permettraient d’expliquer les différences entre les patients, tant dans la diversité et la sévérité des symptômes rencontrés, que dans l’âge d’apparition de la maladie.

La maladie de Huntington est causée par des mutations dans le gène de la huntingtine et la production de protéines du même nom dont la forme est anormale. La huntingtine mutée génère un stress cellulaire continu qui conduit à la mort de certains neurones, notamment dans le striatum (partie centrale du cerveau). A partir de ce postulat, les chercheurs ont émis l’hypothèse que l’étude de cette maladie pourrait permettre de comprendre comment les neurones résistent au stress dans les maladies neurodégénératives.

«  Jusqu’à présent, on pensait que les neurones étaient capables de s’adapter à cette situation stressante, d’y résister en mobilisant pleinement leurs capacités de compensation. Ce que l’on a découvert, c’est que la résistance au stress de ces neurones est défaillante d’entrée de jeu, qu’elle est plus faible que celle d’une cellule normale », indique Christian Néri, directeur de recherche à l’Inserm à l’Institut de biologie Paris-Seine (Inserm/CNRS/université Pierre et Marie Curie). «  C’est une situation inattendue due à des anomalies précoces qui viennent bloquer les mécanismes de longévité des neurones adultes. Cela pose la question de « l’âge biologique » des neurones dans les maladies neurodégénératives », ajoute-t-il.

Le scientifique et ses collègues français, américains et australiens ont travaillé sur un petit ver (C. elegans) qui, grâce à sa transparence, rend facile une manipulation et une observation des neurones. A partir ces animaux dans lesquels le gène de la huntingtine mutée est introduit dans les neurones, ils ont étudié les effets de la huntingtine à l’échelle du génome à l’aide de modélisations mathématiques. Ils ont mis en évidence une inhibition des protéines FOXO, qui sont connues pour jouer un rôle important dans la longévité et la résistance au stress. Chez les centenaires, les gènes FOXO seraient efficaces pour lutter contre le stress cellulaire. Le secret de leur longévité s’expliquerait par un meilleur « équipement » pour résister au stress.

Les chercheurs ont confirmé ces résultats dans d’autres modèles de la maladie, mettant en lumière les liens étroits entre la longévité cellulaire et la résistance aux maladies neurodégénératives.

Mais surtout, ces travaux qui sont au centre du Laboratoire International Associé (LIA) de l’Inserm ‘Longévité Neuronale’ montrent l’importance de restaurer la capacité de résistance au stress des neurones pour retarder les manifestations de la maladie.


 Cette piste thérapeutique pourrait être particulièrement intéressante pour lutter contre les tout premiers stades de la maladie de Huntington et d’autres maladies neurodégénératives.

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photo 1 : Les chercheurs ont fait appel à la biologie systémique pour déchiffrer la complexité des effets toxiques de la huntingtine mutée sur le génome des neurones. Ils ont analysé l’expression de ce génome par des modélisations mathématiques basées sur les réseaux d’interaction entre les gènes. Le résultat est illustré ici sous forme stylisée en 3D

photo 2 :Les chercheurs ont travaillé sur de petits vers transparents. Il s’agit de nématodes C. elegans transgéniques modélisant la pathologie neuronale dans la maladie de Huntington. On peut voir chez l’animal vivant des anomalies morphologiques des axones grâce à des marqueurs fluorescents.

Comment une cellule souche voit rouge

De nombreuses situations médicales nécessitent un apport en globules rouges: anémies, accidents de la route ou chimiothérapie. Mais la pénurie de sang est réelle. Des chercheurs du monde entier s’attèlent donc à trouver des solutions pour pallier ces manques avec en ligne de mire l’espoir de pouvoir créer à l’infini globules rouges, plaquettes, etc., à partir de cellules souches et selon les besoins. Naomi Taylor, directrice de recherche Inserm, et son équipe à l’Institut de Génétique Moléculaire de Montpellier (CNRS/Université de Montpellier) viennent de franchir un pas dans cette étape. Ils montrent que deux substances : le glucose et la glutamine dictent le chemin pour qu’une cellule souche sanguine devienne un globule rouge ou au contraire donne d’autres types de cellules sanguines.
Ces travaux sont publiés dans la revue Cell Stem Cell.

La durée de vie d’une cellule sanguine peut être très variable : de plusieurs décennies pour certains lymphocytes à 120 jours pour un globule rouge, 8 jours pour les plaquettes, voire seulement 1 jour pour les neutrophiles. Il faut donc que l’organisme renouvelle quotidiennement et spécifiquement certaines de ces cellules pour assurer les besoins en sang « frais » tout en maintenant l’équilibre entre les différents types de cellules sanguines.

De nombreuses recherches ces dernières décennies se sont concentrées sur l’élucidation du rôle de certaines cytokines pour favoriser la multiplication des cellules souches sanguines et leur différenciation soit en globule rouge, soit en « globules blancs » ou en cellules productrices de plaquettes. C’est ainsi que l’EPO est désormais bien connue pour stimuler et favoriser la multiplication des globules rouges tandis que le GM-CSF, par exemple, stimule la multiplication des cellules du type monocytes/macrophages, les fameuses cellules « nettoyeuses » circulantes. Les cytokines comme l’EPO ou le GM-CSF sont utilisées pour aider à la reconstitution hématopoïétique, après chirurgie, pendant une chimiothérapie anticancéreuse, après une greffe de moelle osseuse ou encore lors d’une infection par le VIH, le virus du SIDA par exemple.

Mais il semble que ces cytokines, pourtant déterminantes, ne suffisent pas à assurer l’aiguillage vers les différentes lignées sanguines. La question se pose alors des paramètres et facteurs complémentaires qui vont orienter plus efficacement les cellules souches hématopoïétiques vers un type cellulaire plutôt qu’un autre.

Au cours de la différenciation, de nombreuses divisions cellulaires ont lieu au fur et à mesure que les cellules filles acquièrent leurs caractéristiques propres. Ce processus nécessite non seulement de l’énergie mais aussi des molécules telles que les acides aminés, des nucléotides et des lipides pour synthétiser respectivement les protéines, les ADN, les ARN et les membranes des nouvelles cellules.

Dans cette étude, Leal Oburoglu, étudiante du laboratoire en dernière année de thèse, a montré que la glutamine, l’acide aminé le plus abondant dans le sang, est indispensable pour qu’une cellule souche sanguine devienne un globule rouge, notamment car elle permet la production des nucléotides. Des tests menés en laboratoire in vitro puis in vivo chez la souris ont montré que le blocage de l’utilisation de la glutamine ou de son transporteur empêche les cellules souches sanguines de devenir des globules rouges. Dans ces conditions, les cellules souches sanguines vont alors se différencier en cellules du type monocyte/macrophage.

A l’inverse, si on empêche le glucose d’être dégradé pour fournir de l’énergie sous forme d’ATP (glycolyse), il permettra alors la synthèse des nucléotides. Ceci aura pour effet global d’augmenter la fabrication de globules rouges à partir des cellules souches hématopoïétiques (érythropoïèse).

Image stem cell

En d’autres termes, l’utilisation coordonnée et ciblée de la glutamine et du glucose vers la synthèse des nucléotides permettrait à la cellule souche de fournir plus de globules rouges.
Pour la première fois, une étude met en lumière que les ressources métaboliques extérieures à la cellule déterminent le devenir de la cellule souche sanguine.
Pour Naomi Taylor et Sandrina Kinet qui ont coordonné cette étude : Il est passionnant de penser qu’on puisse un jour faire une différenciation « à la demande » des cellules du sang en influençant l’état métabolique de la cellule ».

Des blessures cutanées peuvent-elles être indolores?

Lorsque l’organisme présente des lésions cutanées, les terminaisons nerveuses envoient un message au cerveau qui génère la sensation de douleur. Les équipes de Priscille Brodin à Lille[1] et Laurent Marsollier à Angers[2], ont étudié les lésions de patients atteints d’ulcère de Buruli, une maladie tropicale. Dans un article publié dans la revue Cell, ils révèlent que, malgré l’étendue et la gravité des blessures, celles-ci sont moins douloureuses que d’autres qui paraissent plus bénignes (ex: égratignures, brûlures légères). Ils ont découvert un mécanisme analgésique qui limite la transmission du message douloureux au cerveau. La connaissance de ce mécanisme pourrait être utile pour le développement de nouvelles molécules antidouleur.

L’ulcère de Buruli ou infection à Mycobacterium ulcerans est la troisième mycobactériose après la tuberculose et la lèpre dans le monde. Cette maladie tropicale, qui touche principalement les enfants provoque des lésions ulcératives cutanées. La destruction du tissu cutané est causée par la mycolactone, une toxine secrétée par le bacille. Malgré leur étendue, les lésions sont peu douloureuses aux premiers stades de la maladie expliquant les consultations tardives des patients. Les chercheurs se sont penchés sur le mécanisme qui rend ces lésions indolores.

schéma ulcère buruli

© Inserm / Conception Clerc-com – Simar Thibault

Jusqu’alors, on pensait que l’absence de douleurs dans les premiers stades de la maladie était liée à la destruction des tissus nerveux. Dans cette étude, les chercheurs montrent chez des souris infectées que cette hypothèse est contradictoire avec la dégénérescence des nerfs qui survient uniquement à des stades avancés de la maladie. Ils ont aussi injecté la toxine aux souris pour observer ses effets sur la sensibilité des animaux. Les chercheurs révèlent que la présence de la toxine suffit à inhiber la douleur sans que les nerfs soient touchés.

« Le bacille, plus précisément sa toxine, la mycolactone, est capable d’interagir avec les neurones et d’empêcher la transmission de l’information nerveuse expliquant le caractère indolore des lésions », explique Laurent Marsollier, chargé de recherche à l’Inserm.

Une technique d’imagerie de pointe a permis d’identifier que la mycolactone interagit avec un récepteur neuronal (le récepteur 2 de l’angiotensine) entrainant une fuite de potassium. La sortie de potassium provoque une hyperpolarisation des neurones limitant la transmission de l’influx nerveux – qui véhicule le message douloureux – au niveau local.

Les chercheurs ont ensuite bloqué l’expression de ce récepteur neuronal chez les souris infectées par le bacille. Le blocage du récepteur empêche son interaction avec la toxine mycolactone ce qui rétablit la sensibilité à la douleur des animaux, confirmant ainsi le mécanisme identifié in vivo.

Le bacille Mycobacterium ulcerans utilise une stratégie d’infection inédite en utilisant la toxine qu’il sécrète pour annuler la douleur associée aux lésions qu’il cause.

« La découverte de ce mécanisme, qui limite la douleur des lésions cutanées aux premiers stades de la maladie, ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche de nouvelles molécules antidouleur » souligne Priscille Brodin, directrice de recherche Inserm et co-auteur de ces travaux.

En effet, la molécule capable de bloquer l’action du récepteur n’appartient pas aux classes d’analgésiques utilisées aujourd’hui comme le paracétamol, les opiacés tels que la morphine. De manière générale, dans la lutte contre la douleur, de nouvelles molécules sont attendues par les cliniciens car les molécules existantes ont toutes des limitations plus ou moins importantes dans un contexte de médecine personnalisée.

Enfin, d’après les chercheurs, le récepteur identifié pourrait notamment constituer une cible de choix car une autre étude[3] a montré que son blocage entraînait la diminution des douleurs chez des patients atteints d’herpès.

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© OMS / Dr A. Chauty, AFRF, Benin


[1] Unité mixte de recherche 1019 « Centre d’infection et immunité de Lille » (Inserm – CNRS – Institut Pasteur de Lille – Université Lille Nord de France) et anciennement Equipe Inserm Avenir Institut Pasteur Korea

[2] Unité Inserm 892 – Equipe Inserm Avenir « ATOMycA » (Inserm – CNRS – Université d’Angers)

[3] Rice, A.S., Dworkin, R.H., McCarthy, T.D., Anand, P., Bountra, C., McCloud, P.I., Hill, J., Cutter, G., Kitson, G., Desem, N., et al. (2014). EMA401, an orally administered highly selective angiotensin II type 2 receptor antagonist, as a novel treatment for postherpetic neuralgia: a randomised, double-blind, placebo-controlled phase 2 clinical trial. Lancet.

Le Comité d’éthique de l’Inserm rend publiques deux notes sur la recherche sur l’embryon et sur le genre

A l’occasion de leur première grande réunion annuelle, qui a eu lieu ce mardi 17 juin à l’Auditorium de l’Hôpital Européen Georges Pompidou, plusieurs groupes de travail du Comité d’éthique de l’Inserm dont le groupe « Embryon & développement » et le groupe « Genre et recherche en santé » rendent leur avis sous forme de note.

Il s’agit d’un point d’étape assorti de recommandations d’actions pratiques au sein de l’Inserm pour développer dans les meilleurs conditions éthiques la recherche sur l’embryon et faire prendre conscience aux scientifiques de l’impact du genre sur la recherche en santé.

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©Inserm/ E. Valjent

Le comité d’éthique de l’Inserm dont l’ensemble des membres a été renouvelé l’an dernier a pour mission de créer le dialogue entre le monde de la recherche scientifique et médicale et la société. Composé actuellement de sept groupes de travail différents selon les thématiques qu’ils abordent, ces derniers peuvent être « saisi » ou s’autosaisir pour réfléchir sur les questions éthiques.

Résumé de la note du groupe « Embryon & développement »

Ce groupe s’intéresse aux recherches concernant l’obtention de cellules germinales et de gamètes à partir de cellules souches, aux recherches à visée cognitive sur l’embryon et aux recherches sur l’embryon susceptibles d’améliorer les traitements de l’infertilité et les résultats de l’assistance médicale à la procréation (AMP).

Le groupe de travail conclut sa réflexion en délivrant des indications qui pourraient être prises en compte pour faire avancer la recherche sur l’embryon :

  • Faciliter et promouvoir les recherches sur l’embryon, en développant une information auprès du public et des décideurs, en faisant apparaitre de manière plus claire ce thème de recherche parmi ceux susceptibles d’être financés par les organismes publics et en organisant de manière plus rationnelle la collecte, la conservation et la mise à disposition pour les équipes de recherche des embryons surnuméraires congelés ne faisant plus l’objet d’un projet parental et donnés à la recherche selon les modalités définies par les lois de bioéthique dans des structures dédiées de type :« embryothèques ».
  • Revoir l’encadrement de la recherche qui doit rester toujours aussi exigeant mais qui devrait être mieux adapté, plus cohérent et plus simple dans ses procédures.
  • Adapter les procédures de consentement au type d’embryon donné à la recherche et au moment où ce don est effectif. Ce consentement, révocable, pourrait être donné pour une (ou plusieurs) catégorie (s) de recherche plutôt que pour un projet précis.
  • Elaborer avec les chercheurs et les praticiens de l’AMP concernés des référentiels ou des recommandations chaque fois que nécessaire comme par exemple, les critères de congélation ou les procédures de destruction des embryons. Ces référentiels et recommandations devraient pouvoir être révisés régulièrement et simplement au fil des avancées et des évolutions technologiques.

Lien pour lire la note  » État de la recherche sur l’embryon humain et propositions »


Résumé de la note du groupe « Genre et recherche en santé »

Le groupe « Genre et recherche en santé » a été mis en place afin de sensibiliser à l’impact du genre sur la recherche en santé les chercheurs de l’Inserm. Il s’agit aussi d’être entendu au-delà des laboratoires de l’Inserm en participant à des débats de société accessibles à tous, patients, médecins et acteurs de la recherche en santé.

Les différences selon le sexe en matière de santé publique sont bien établies dans les enquêtes épidémiologiques. Cependant, force est de constater que les recherches se donnant pour objet de comprendre de tels écarts dans une perspective de genre restent rares en France, contrairement aux pays anglo-américains et européens.

La dimension du genre est également souvent négligée dans les travaux de recherche biomédicale. Rares sont les études qui s’interrogent sur la contribution des facteurs sociaux aux différences entre les sexes dans la physiologie et la pathologie.

Le groupe propose les pistes d’action suivantes :

  • Enquêter sur les recherches menées à l’Inserm impliquant un intérêt pour le genre en collaboration avec les laboratoires de sciences humaines et sociales.
  • Monter des d’ateliers pédagogiques sur la notion de genre et l’articulation genre/santé, avec pour objectifs de :

– Sensibiliser les chercheurs au fait que la biologie ne doit pas masquer le rôle joué par les constructions sociales dans les comportements de santé.

– Questionner les modalités cliniques de prise en charge, de soins, de dépistage, de suivi… au prisme du genre.

– Développer de nouvelles approches méthodologiques de la recherche avec l’outil du genre dans la compréhension du normal et du pathologique.

Les domaines de recherche abordés seront entre autre : santé reproductive, endocrinologie, cardiologie, neurosciences etc. et les implications en santé publique

  • Formuler des recommandations aux CPP (Comité de protection des personnes) et aux ERRE (Espace de réflexion éthique régional) pour introduire la question du genre dans l’examen des protocoles de recherche clinique en accord avec les récentes régulations européennes.

Lire la note « Genre et recherche en santé »

Pour Hervé Chneiweiss, président du comité d’éthique de l’Inserm, ce premier grand rendez-vous : « est non seulement le moment de rendre compte de notre première année de travail mais d’engager le dialogue avec nos collègues et un public plus large, écouter leurs critiques, entendre leurs questionnements qui alimenteront nos travaux de l’année prochaine »

Consulter la page dédiée au comité d’éthique de l’Inserm

Grippe H1N1 : la vaccination déclenche une mémoire immunitaire comparable à celle d’une infection modérée

Combien de temps perdure la mémoire immunitaire d’un vaccin ? Est-elle similaire à celle induite par l’infection ? Des réponses viennent d’être apportées sur la grippe pandémique A(H1N1) par des chercheurs de l’unité mixte de recherche 1135-Cimi-Paris : Centre d’Immunologie et de Maladies Infectieuses (Inserm – Université Pierre et Marie Curie). Ils ont montré que la réponse immunitaire induite par la vaccination restait forte un an après et du même type qu’une infection modérée. Les résultats de ce travail sont publiés dans Journal of Clinical Investigation.

grippe©Fotolia

Le virus de la grippe A sous-type H1N1, d’origine porcine, aviaire et humaine s’est propagé à travers le monde de juin 2009 à août 2010. Bien que cette pandémie de grippe n’ait pas eu l’ampleur et la gravité de celle de 1918, elle a touché des personnes jeunes et en bonne santé, parfois gravement et fatalement. Ces personnes n’étaient pas immunisées naturellement contre ce nouveau type de virus, différent de ceux à l’origine des épidémies de grippe saisonnière chaque hiver. Mais pour les personnes qui ont pu être protégées par un vaccin, on peut se demander combien de temps a perduré la mémoire immunitaire induite contre la souche pandémique A(H1N1) et si elle est comparable à celle induite par l’infection.

Les chercheurs ont répondu à ces deux questions en menant

« la première étude à avoir comparé des personnes vaccinées et des patients infectées sur autant de paramètres de réponse immunitaire »

, indique le principal auteur, Béhazine Combadière, directrice de recherche Inserm au Cimi-Paris. Actuellement, il n’existe qu’un seul critère de référence pour évaluer l’efficacité d’un vaccin antigrippal : le taux d’anticorps dans le sang, qui est corrélé à la protection. « Nous avons poussé l’évaluation scientifique à son maximum, en nous intéressant à pas moins de huit paramètres », ajoute Béhazine Combadière. Ces huit paramètres témoignent à la fois de l’immunité humorale (c’est-à-dire les anticorps qui se lient au virus et le neutralisent) que de l’immunité cellulaire (c’est-à-dire les globules blancs ou lymphocytes T qui tuent les cellules infectées par le virus). Ainsi par exemple, sur l’immunité humorale, les chercheurs se sont intéressés non seulement au taux sanguin d’anticorps, mais aussi à l’avidité du sérum, c’est-à-dire à l’affinité des anticorps à se lier aux antigènes du virus.

L’autre particularité de cette étude réside dans le fait que les chercheurs ont comparé des personnes ayant été vaccinées à des patients ayant été infectés. Leur étude a inclus 50 volontaires ayant reçu un vaccin monovalent (ne ciblant que la souche pandémique H1N1) et comprenant un adjuvant (pour booster l’effet du vaccin avec peu de souche virale vaccinale). Les personnes vaccinées ont été comparées à 61 patients ayant contracté une grippe A(H1N1), l’infection ayant été légère à modérée pour 48 d’entre eux et sévère pour les 13 autres. Ces derniers ont dû être hospitalisés et prendre un traitement antiviral après avoir développé un syndrome aigu de détresse respiratoire. L’évaluation a été faite un an après l’exposition au virus ou un an après la vaccination.

Les chercheurs ont d’abord montré que la réponse immunitaire induite par le vaccin restait forte un an après l’injection. Ils ont aussi mis en évidence des ressemblances et des divergences entre les trois groupes de personnes en fonction des paramètres de réponse immunitaire. Ainsi, la vaccination ressemble à l’infection modérée sur plusieurs paramètres immunologiques.


Toutes deux entraînent ainsi notamment une plus forte migration des lymphocytes T vers les muqueuses.

Les chercheurs ont ensuite décidé de rechercher s’il existait différents profils de réponse immunitaire indépendamment du statut de vacciné ou d’infecté. Ils en ont identifié trois, le premier profil regroupant une majorité de vaccinés et d’infectés modérés. Ces travaux montrent donc l’hétérogénéité entre les individus au niveau de leur capacité de réponse immunitaire. Et ils confirment que la vaccination antigrippale est capable d’induire des réponses immunitaires mémoire d’intensité et de qualité similaires à celles générée par une infection modérée.

Cette étude pourrait avoir des implications sur l’ajustement ou l’optimisation des stratégies vaccinales. Elle pourrait faire évoluer les protocoles d’évaluation de l’efficacité vaccinale. Ainsi deux paramètres pourraient s’ajouter au taux d’anticorps : les marqueurs de migration des lymphocytes T vers les muqueuses et le potentiel d’activité cytotoxique d’une catégorie de lymphocytes T (les CD8).

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