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Une chercheuse française présente à la conférence annuelle du AAAS à Chicago

Des recherches européennes de pointe seront présentées à la conférence annuelle de l’American Association for the Advancement of Science (AAAS) à Chicago. L’Inserm sera représenté par Karine Clément, coordinatrice scientifique du projet européen METACARDIS (Metagenomics in Cardiometabolic Diseases), lors de la session intitulée : « De l’intérieur vers l’extérieur : l’impact de la flore intestinale sur le diabète et l’obésité ».

Trois éminents chercheurs européens sur le microbiome intestinal seront présents à la conférence de 2014 de l’AAAS, le samedi 15 février, pour partager leurs découvertes récentes sur les relations existant entre la flore intestinale et l’obésité, le diabète et les maladies cardiovasculaires en général. Leurs découvertes s’inscrivent dans un des domaines les plus innovants et passionnants de la recherche biomédicale, et pourraient apporter une contribution vitale à la recherche contre l’obésité et le diabète.

Au cours des dernières années, les recherches ont prouvé l’importance des quelque 1,5 kg de bactéries vivant à l’intérieur de notre corps, principalement dans l’intestin. Au-delà de leur rôle évident dans la digestion, ces bactéries participent aussi, par exemple, au développement du système immunitaire, du système neuronal, et sont impliquées dans l’apparition de certaines pathologies, comme le diabète ou les maladies cardiovasculaires.

Les intervenants : 

Karine Clément – Professeur, Institut de Cardiométabolisme et Nutrition (ICAN),  Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), France
La génomique fonctionnelle de l’obésité humaine reliée aux maladies cardiométaboliques
Coordinatrice du projet européen METACARDIS.

Sven Pettersson – Professeur, Institut Karolinska, Suède
Comment la flore intestinale du début de la vie peut contribuer à l’obésité et au diabète plus tard

Oluf B. Pedersen – Professeur, Université de Copenhague, Danemark
Liens entre le microbiote intestinal et les maladies métaboliques chez l’homme

Animatrice : Jenny Leonard – Rédacteur, Futurity.org, États-Unis
https://www.futurity.org/

 

À propos de la session :
https://aaas.confex.com/aaas/2014/webprogram/Session6938.html

Quand ? : Samedi 15 février 2014 – 13h à 14h30
Où ? : Grand Ballroom C North (Hyatt Regency, Chicago, Etats-Unis)

À propos de la conférence annuelle de l’AAAS à Chicago –  du 13 au 15 février 2014
La conférence annuelle de l’AAAS est un événement scientifique pour le grand public, largement reconnu. Des milliers d’éminents scientifiques, ingénieurs, éducateurs, responsables politiques et journalistes en provenance du monde entier s’y réunissent pour échanger sur les dernières avancées en science et technologie. Le thème de 2014, Répondre aux défis planétaires : découverte et innovation, est axé sur des solutions durables grâce à des solutions participatives, internationales et interdisciplinaires dans les domaines les plus utiles à la société et favorables à la croissance économique.

À propos de CommHERE
CommHERE – www.commhere.eu – a pour but d’accroître la visibilité des activités et des résultats des divers projets de recherche sur la santé, financés par l’Union européenne. Le consortium CommHERE englobe neuf établissements de recherche dans six pays européens et favorise des liens étroits entre les chercheurs œuvrant dans le domaine biomédical. Restez en contact avec la recherche européenne : www.horizonhealth.eu

Mécanisme élucidé : comment la perception des odeurs agit sur la prise alimentaire

L’équipe de chercheurs menée par Giovanni Marsicano, directeur de recherche Inserm au sein de l’unité 862 (NeuroCentre Magendie de Bordeaux), est parvenue à élucider comment le système endocannabinoïde contrôle la prise alimentaire en agissant sur la perception des odeurs. Ces travaux sont à paraître dans la revue Nature Neuroscience, datée du 9 février 2014.

Nature-Neuro Nose_illustration

© Charlie Padgett

Chez l’animal, comme chez l’homme, on sait que ce sont les mécanismes de la faim qui incitent la prise alimentaire. La faim déclenche un ensemble de mécanismes poussant à s’alimenter, comme par exemple l’augmentation des perceptions sensorielles telles que l’olfaction. Or, les chercheurs sont parvenus à démontrer ce qui lie dans le cerveau la faim à l’augmentation de la perception de l’odeur et par conséquent au besoin de manger.

Les chercheurs ont découvert chez la souris comment ce mécanisme est enclenché au niveau du système endocannabinoïde. Ce système rassemble des récepteurs situés dans le cerveau et impliqués dans différentes sensations comme l’euphorie ou l’anxiété, ou encore la douleur, et également sensibles aux substances cannabinoïdes, comme le cannabis.

Les chercheurs ont découvert que les récepteurs au cannabinoïdes CB1 contrôlent un circuit qui met en relation le bulbe olfactif (première région du système nerveux à traiter l’information olfactive, situé au-dessus du nez) et le cortex olfactif (structures supérieures du cerveau). Quand la sensation de faim est ressentie, elle déclenche l’activité des récepteurs cannabinoïdes qui activent à leur tour le circuit olfactif qui devient plus réactif.

C’est donc ce mécanisme biologique qui provoque l’augmentation de l’olfaction pendant la faim et qui explique une des raisons de la prise alimentaire et de l’attirance pour la nourriture.

Chez les patients obèses ou anorexiques, les chercheurs supposent que le circuit impliquant le système olfactif est altéré : la sensibilité aux odeurs va être plus ou moins forte par rapport à la normale. L’élucidation du mécanisme biologique permettra à long terme une meilleure prise en charge de ce type de pathologies.

Ces travaux ont été financés par l’ERC (European Research Council).

Autisme : l’hormone de l’accouchement contrôlerait l’expression du syndrome chez l’animal

La communauté scientifique s’accorde sur l’origine précoce – fœtale et/ou postnatale de l’autisme. L’équipe de Yehezkel Ben-Ari, directeur de recherche émérite à l’Inserm et son équipe de l’Institut de neurobiologie de la méditerranée (INMED), vient de franchir un nouveau cap dans la compréhension de la maladie. Les chercheurs démontrent dans un article publié dans Science que les taux de chlore dans les neurones de souris modèles d’autisme sont élevés et le restent de façon anormale dès la naissance. Ces résultats valident le succès du traitement diurétique testé par les chercheurs et cliniciens chez des enfants autistes en 2012 et suggèrent chez la souris que le diurétique pris avant la naissance corrige les déficits chez les descendants. Ils montrent également que l’ocytocine, hormone de l’accouchement, produit une baisse du taux de chlore pendant la naissance qui contrôle l’expression du syndrome autistique. 


Ces travaux sont à paraitre dans Science daté du 6 février 2014

Les neurones ont des taux élevés de chlore pendant toute la phase embryonnaire. En conséquence, le principal médiateur chimique du cerveau – le GABA – excite les neurones lors de cette phase au lieu de les inhiber afin de faciliter la construction du cerveau. Ensuite, une baisse naturelle du taux de chlore permet au GABA d’exercer son rôle inhibiteur pour réguler l’activité du cerveau adolescent/adulte. Dans de nombreuses pathologies cérébrales (épilepsies infantiles, trauma crâniens…) des études ont montré que les niveaux de chlore sont anormalement élevés. A partir de différentes observations, l’équipe du Dr Lemonnier (Brest) et celle de Yehezkel Ben-Ari à l’Inserm ont effectué un essai clinique en 2012 en émettant l’hypothèse de taux de chlore élevés dans les neurones de patients autistes. Les chercheurs ont  montré que l’administration à des enfants autistes d’un diurétique (qui réduit les taux de chlore dans les neurones) a des effets bénéfiques[1]. Les résultats de l’essai allaient dans le sens de cette hypothèse mais la démonstration de taux de chlore élevés dans les neurones autistes manquait pour établir le mécanisme proposé et justifier le traitement.

Dans cette étude, les chercheurs ont donc utilisé deux modèles animaux d’autisme – un génétique – le syndrome de l’X Fragile qui est la mutation génétique la plus fréquente liée à l’autisme – et l’autre produit par l’injection à la rate gestante de Valproate de sodium- un produit connu pour générer des malformations et notamment un syndrome autistique chez les enfants.

Un taux de chlore élevé dans le cerveau

Les chercheurs ont enregistré pour la première fois l’activité des neurones embryonnaires et des neurones immédiatement après la naissance afin d’observer les modifications des taux de chlore. Les enregistrements révèlent que les taux de chlore des neurones jeunes et adultes des animaux modèles d’autisme sont anormalement élevés. Le GABA excite fortement les neurones et les chercheurs ont enregistré des activités électriques aberrantes dans le cerveau qui persistent chez les animaux adultes.

Fait particulièrement impressionnant, la chute du taux de chlore, qui a lieu pendant la naissance chez les animaux contrôles, est absente dans ces 2 modèles animaux, les neurones ayant le même taux de chlore avant et après la naissance. Ces taux élevés sont dus à des activités réduites d’un transporteur de chlore qui empêche son expulsion du neurone. Par conséquent, une propriété majeure des neurones pendant la naissance est abolie dans des modèles animaux d’autisme.

« Les taux de chlore pendant l’accouchement sont déterminants dans l’apparition du syndrome autistique« 

 explique Yehezkel Ben-Ari, directeur de recherche émérite à l’Inserm.

Les effets bénéfiques du diurétique sur l’activité cérébrale

Les chercheurs ont alors administré un traitement diurétique à la mère (dans les deux modèles animaux) –peu avant l’accouchement pendant 24heures pour tester s’il restaurait l’inhibition cérébrale chez les descendants. Ils montrent que la chute de chlore est rétablie dans les neurones plusieurs semaines après un traitement unique pendant la naissance. D’après l’équipe de recherche, le traitement anténatal restore des activités cérébrales quasi normales et corrige le comportement “autiste” chez l’animal une fois devenu adulte.

« Ces résultats valident donc l’hypothèse de travail qui nous a amené au traitement mis au point en 2012 » souligne le principal auteur de l’étude.

L’ocytocine, hormone de l’accouchement, réduit naturellement les taux de chlore

Le rôle de l’ocytocine dans la baisse du chlore neuronal a également été étudié. Les chercheurs avaient préalablement montré en 2006[2] que cette hormone, qui déclenche le travail, a aussi de nombreuses actions bénéfiques sur le cerveau du nouveau-né et notamment des effets protecteurs en cas de complications pendant l’accouchement et même des propriétés analgésiques. L’ocytocine agit comme le diurétique en réduisant les taux de chlore intracellulaires.

Dans cette étude, l’équipe a testé les effets à long terme du blocage des actions de l’hormone avant la naissance. Une molécule qui bloque les signaux générés par l’ocytocine a été injectée à aux souris gestantes. Les chercheurs ont évalués les effets de ce blocage chez les descendants et révèlent qu’il reproduit chez la progéniture la totalité du syndrome autistique, à la fois sur  les aspects électriques et comportementaux (identiques à ceux des deux modèles animaux d’autisme). Par conséquent, les actions naturelles de l’hormone, tout comme celles du diurétique, sont cruciales pendant cette phase délicate et contrôleraient la pathogenèse de l’autisme par l’intermédiaire des taux de chlore cellulaires.

« Ces données valident notre stratégie thérapeutique et suggèrent que l’ocytocine agissant sur les taux de chlore pendant la naissance module/contrôle l’expression du syndrome autistique »

affirme Yehezkel Ben-Ari.

L’ensemble de ces observations suggère qu’un traitement le plus précoce possible est indispensable pour prévenir autant que possible la maladie.

Ce travail soulève l’importance d’entreprendre des études épidémiologiques précoces afin de mieux comprendre la pathogenèse de la maladie, notamment en analysant les données sur les accouchements durant lesquels intervient la chute de chlore. En effet, des accouchements compliqués avec par exemple des épisodes d’absence d’oxygénations prolongées ou des complications pendant la grossesse telles que des infections virales sont souvent suggérées comme facteurs de risque.

Enfin, étant donné le rôle de l’ocytocine dans le déclenchement du travail, « même s’il est vrai que les données épidémiologiques suggérant que des césariennes programmées pouvaient accroître l’incidence de l’autisme sont controversées, il n’en reste pas moins que ces études devraient être poursuivies et approfondies afin de confirmer ou infirmer cette relation qui reste possible » souligne Yehezkel Ben-Ari  ,et de conclure : « pour traiter ce type de maladies, il faut comprendre comment le cerveau se développe et comment les mutations génétiques et les agressions environnementales modulent les activités du cerveau in utéro ».


[1] Lire le Communiqué – Salle de presse de l’Inserm – Un essai clinique prometteur pour diminuer la sévérité des troubles autistiques (Translational Psychiatry, 2012)

[2] Maternal Oxytocin Triggers a Transient Inhibitory Switch in GABA Signaling in the Fetal Brain During Delivery. Tyzio et al, Science 2006

ERC : la France, premier pays européen en sciences de la vie

Le Conseil européen de la recherche (ERC) vient d’attribuer les bourses « Consolidator Grants » à 19 projets français en sciences de la vie, plaçant ainsi la France à la tête des pays européens porteurs de projets dans ce domaine. 

L’appel spécifique « Consolidator Grant » faisant partie du dernier appel ERC du 7e Programme-Cadre de Recherche et de Développement européen, récompense les meilleurs chercheurs qui ont entre 7 à 12 ans d’expérience après leur thèse. Les lauréats se voient ainsi attribuer une bourse d’en moyenne 1,84 million d’euros, et pouvant aller jusqu’à 2,75 millions d’euros, sur une durée pouvant aller jusqu’à 5 ans.

Ce nouveau financement permettra à des chercheurs prometteurs de consolider leurs propres équipes de recherche et de développer leurs idées les plus innovantes. « Au vu de ces résultats, les membres d’Aviesan confirment leur excellence à l’international dans le domaine des sciences de la vie. Cette annonce conforte nos espoirs quant au succès de nos chercheurs lors du prochain Programme-Cadre : « Horizon 2020 », ouvert depuis janvier 2014. » se réjouit le Pr. André Syrota, Président d’Aviesan.

Ces résultats confirment l’excellente place des sciences de la vie françaises en Europe, la France étant systématiquement dans le trio de tête : le nombre de lauréats de l’ERC « starting grants » (jeunes chercheurs indépendants) et « advanced grants » (chercheurs confirmés) ayant décidé de conduire leur projet en France, sur l’ensemble du PCRD est respectivement de 108 et 72 pour les sciences de la vie.

Retrouvez le détail des résultats sur le site du Conseil européen de la recherche (ERC) : ici.

Les 19 lauréats ERC Consolidator Grants, en sciences de la vie (panel Life Sciences, LS), en France :

Eric Bapteste
Evolution Paris Seine, CNRS, Université Pierre et Marie Curie, Paris
Sequence similarity networks: a promising complement to the phylogenetic framework to study evolutionary biology

Déborah Bourc’His
Génétique et biologie du développement, Institut Curie, CNRS, Inserm, Paris
Epigenetic Control of Mammalian Reproduction

Pierre Bruhns
« Anticorps en thérapie et pathologie », Institut Pasteur, Inserm, Paris
Role of myeloid cells, their mediators and their antibody receptors in allergic shock (anaphylaxis) using humanized mouse models and clinical samples

Olivier David
« Grenoble institut des neurosciences (GIN) », Inserm, Université Joseph Fourier, CHU Grenoble, Grenoble
Functional Brain Tractography

Sonia Garel
« Institut de biologie de l’Ecole Normale Supérieure », Inserm, CNRS, Collège de France, Paris
Neural and Immune Orchestrators of Forebrain Wiring

Jean-Marc Goaillard
« Neurolbiologie des canaux ioniques et de la synapse », Inserm, Université d’Aix-Marseille, Marseille
Biophysical networks underlying the robustness of neuronal excitability

Mohamed-ali Hakimi
Laboratoire adaptation et pathogénie des micro-organismes, CNRS, Université Joseph Fourier, Grenoble
Toxoplasma gondii secretes an armada of effector proteins to co-opt its host cell transcriptome and microRNome to promote sustained parasitism

Olivier Hamant
Reproduction et développement des plantes, INRA, ENS Lyon, CNRS, Lyon
Mechanical signals in plants: from cellular mechanisms to growth coordination and patterning

Abderrahman Khila
Institut de Génomique Fonctionnelle de Lyon (IGFL), CNRS, ENS Lyon, Université Claude Bernard Lyon 1, INRA, Lyon
RNA-mediated Transcriptional Gene Silencing in Humans

Rosemary Kiernan
Institut de Génétique Humaine (IGH), CNRS, Montpellier
RNA-mediated Transcriptional Gene Silencing in Humans

Federico Mingozzi
Centre de recherche en Myologie, Université Pierre et Marie Curie, Inserm, CNRS, Paris
Molecular signatures and Modulation of immunity to Adeno-Associated Virus vectors

Antonin Morillon
Dynamique de l’information génétique : bases fondamentales et cancer, CNRS, Institut Curie, Université Pierre et Marie Curie, Paris
Dark matter of the human transcriptome: Functional study of the antisense Long Noncoding RNAs and Molecular Mechanisms of Action

Hélène Morlon
Centre de mathématiques appliquées, CNRS,  Ecole Polytechnique, Palaiseau
A partir du 01/01/2014 : Institut de biologie de l’Ecole Normale Supérieure, CNRS, ENS Paris, Inserm, Paris
Phylogenetic ANalysis of Diversification Across the tree of life

Mario Pende
« Centre de recherche croissance et signalisation », Inserm, Paris
mTOR pathophysiology in rare human diseases

Benjamin Prud’Homme
Institut de Biologie du Développement de Marseille, CNRS, Université Aix-Marseille, Marseille
Evolution of a Drosophila wing pigmentation spot, a sexual communication system

Bénédicte Françoise Py
Centre International de Recherche en Infectiologie, CNRS, Université Lyon 1 Claude Bernard, ENS Lyon, Inserm, Lyon
Regulation of inflammasome activity through NLRP3 ubiquitination level

David Robbe
« Institut de Neurobiologie de la Méditerranée (INMED) » Inserm, Marseille
Neuronal Dynamics of the Basal Ganglia and the Kinematics of Motor Habits

Maria Carla Saleh
Virologie, CNRS, Institut Pasteur, Paris
Dynamics of the RNAi-mediated antiviral immunity

Michael Weber
Biotechnologie et signalisation cellulaire, CNRS, Université de Strasbourg, Strasbourg
Identification of novel functions and regulators of DNA methylation in mammals

Efficacité de la thérapie génique dans les modèles murin et canin de myopathie myotubulaire

Une équipe de chercheurs français du laboratoire Généthon, dirigée par le Dr Anna Buj Bello (Généthon/Inserm), et les équipes américaines de l’University of Washington et de Harvard Medical School, ont démontré l’efficacité d’une thérapie génique dans des modèles de la myopathie myotubulaire, une maladie neuromusculaire extrêmement sévère de l’enfant. Le transfert du gène MTM1, déficient dans la maladie, a permis de corriger les muscles atteints chez la souris et le chien et de prolonger la survie des animaux traités. Ces travaux publiés ce jour dans Science Translational Medicine ont été réalisés notamment grâce aux dons du Téléthon français et au soutien du Myotubular Trust.

Découvrir les images des chiens traités

ADN  

©fotolia

La myopathie myotubulaire est une maladie génétique liée à l’X qui touche 1 garçon nouveau-né sur 50 000. Elle est due à des mutations du gène MTM1 codant la myotubularine, une protéine impliquée dans le fonctionnement des cellules musculaires. Dans sa forme la plus grave, elle entraîne une hypotonie et faiblesse musculaire généralisée et la mort de l’enfant dans les premières années de vie. Il n’existe aujourd’hui aucun traitement efficace pour cette maladie rare très sévère.

L’étude menée par l’équipe française de Généthon, le laboratoire de l’AFM-Téléthon, des chercheurs de l’Inserm et l’équipe américaine de l’University of Washington, avait pour objectif d’évaluer l’efficacité d’une injection intraveineuse unique d’un vecteur viral adéno-associé (AAV) exprimant la myotubularine dans les muscles de souris et de chiens porteurs d’une mutation MTM1.

Dès 2009 à Généthon (Evry, France), l’équipe du Dr Anna Buj Bello, chercheur de l’Inserm, a réalisé les premières études  de thérapie génique par voie intraveineuse sur des souris atteintes de cette pathologie. Leur succès a conduit au développement d’une étude chez les chiens naturellement porteurs de cette anomalie génétique, avec les équipes américaines de Boston et de Seattle. Les vecteurs utilisés pour la thérapie génique ont été développés et fabriqués à Généthon.

Un traitement qui permet un renforcement musculaire significatif, la normalisation de la fonction respiratoire et une survie prolongée

Les résultats de l’étude indiquent une augmentation de la force musculaire, une amélioration de la fonction respiratoire ainsi qu’une meilleure mobilité, et une survie prolongée des animaux.

Il s’agit de la première démonstration de correction persistante après une unique injection intraveineuse d’AAV dans un modèle animal de maladie neuromusculaire de grande taille. Une seule dose du vecteur-médicament a ainsi permis l’expression à long terme de la myotubularine dans les muscles.

Pour le Dr Anna Buj Bello, investigatrice principale à Généthon : « ces résultats sont l’aboutissement de 4 années de recherche et montrent à quel point la thérapie génique est efficace pour cette maladie génétique du muscle. Nous pouvons enfin envisager un essai clinique chez les patients. »

Pour le Dr Martin Childers de l’Université de Washington : « Ces résultats pré-cliniques sont extraordinaires pour les maladies musculaires héréditaires. Deux des chiens traités avec cette thérapie génique AAV semblent presque normaux, même au niveau microscopique. »

Pour le Dr Alan Beggs, directeur du Manton Center for Orphan Disease Research de l’hôpital pédiatrique de Boston : « Démontrer que la thérapie génique est efficace pour prolonger la vie de ces chiens est extrêmement excitant et nous permet d’obtenir les informations nécessaires pour envisager des essais cliniques chez l’homme. »

Pour Fulvio Mavilio, directeur scientifique de Généthon et co-auteur de cette étude : « Ces résultats ont un impact important sur la perspective de développer des traitements contre des maladies neuromusculaires. Ils sont extrêmement prometteurs pour les essais à venir chez l’Homme. »

Pour Frédéric Revah, directeur général de Généthon : « Pour la première fois, les chercheurs ont obtenu un effet thérapeutique systémique sur une maladie neuromusculaire chez le chien avec une seule injection: le traitement n’agit pas localement mais dans tout l’organisme. Généthon est fier d’avoir travaillé avec les meilleures équipes dans le monde pour parvenir à ce résultat et notre prochain objectif est la mise en place d’un essai clinique chez l’homme. »

Pour Laurence Tiennot-Herment, Présidente de  l’AFM-Téléthon et de Généthon : « Ce résultat obtenu par notre laboratoire Généthon, associé aux meilleures équipes américaines, est une avancée majeure pour les familles qui mènent un combat sans relâche contre la maladie. Notre détermination à vaincre la maladie est plus forte que jamais et, grâce au soutien des donateurs du Téléthon, nous avançons, pas à pas, vers de nouvelles victoires. »

L’AFM-Téléthon en France, Muscular Dystrophy Association aux Etats-Unis, Myotubular Trust en Grande-Bretagne, Andernson Family Foundation et Joshua Frase Foundation ont participé au financement de cet essai.

L’Inserm célèbre ses 50 ans en 2014 : les premières dates à retenir

L’Institut national de la santé et de la recherche médicale célébrera son demi-siècle au cours de cette année. Vous trouvez listés ci-dessous les premiers temps forts de cette année.

JANVIER

30 : Parution de l’ouvrage Au cœur du Vivant,  aux Editions du Cherche-midi en librairie.

FEVRIER

15 : Lancement de l’attraction Virus Attack en 4D au Futuroscope.

MARS

10 : Première étape du Science Tour (Vannes). Une flotte de camions ludo pédagogiques sillonnera la France  à la rencontre du public.

14 : Conférence de presse de lancement 50 ans de l’Inserm au Futuroscope.

21 : Première des 4 rencontres « Les chercheurs accueillent les malades » sur le thème des maladies rénales. A Lyon, Toulouse, Marseille, Nice et Paris, 20 équipes de recherche ouvrent les portes de leurs laboratoires aux associations de malades.

Du 8 au 17 mars : Famelab, étapes de sélections régionales. 3 minutes pour convaincre et devenir le nouveau visage de la science. Ce concours destiné aux jeunes chercheurs se tiendra pour la première fois en France en partenariat avec l’Inserm.

AVRIL

3 : Colloque des 50 ans de l’Inserm au Grand amphithéâtre de la Sorbonne sous le haut patronage du Président de la République.

MAI

15 : Conférence 50 ans Inserm dans le cadre de Futurapolis à Toulouse.

16 : Destination labo : 50 laboratoires de recherche ouvrent leurs portes au public dans toute la France.

23 : Deuxième rencontre « Les chercheurs accueillent les malades » sur le thème des maladies rares. Les laboratoires ouvrent leurs portes dans toute la France.

JUILLET

3 : Lancement du timbre 50 ans de l’Inserm

18 Juillet : 50ème anniversaire de l’Inserm né en 1964 de la fusion de l’Institut d’Hygiène et de l’association Claude Bernard.

illustration 50 ans 

Accueil de M. le président de la république François MITTERRAND par M. Philippe LAZAR, directeur général de l’Inserm et le professeur Jean BERNARD lors de la création du comité national d’éthique. ©M Depardieu/Inserm

Une forte consommation d’alcool à l’âge adulte accélère le déclin cognitif chez les hommes

D’après les résultats d’une étude épidémiologique conduite par des chercheurs franco-anglais associant l’Inserm et l’University College London, les hommes buvant plus de 36 grammes (3.5 verres) d’alcool par jour présenteraient un déclin de mémoire accéléré qui se traduit notamment par une diminution de leurs capacités d’attention et de raisonnement. Cette étude est publiée en ligne le 15 janvier 2014 dans le journal Neurology.

Dans cette nouvelle étude, la consommation d’alcool habituelle a été rapportée à 3 reprises sur une période de 10 ans chez 5054 hommes et 2099 femmes. Les consommations d’alcool comprenaient du vin, de la bière et des spiritueux. Des premiers tests cognitifs ont ensuite eu lieu lorsque les participants étaient âgés en moyenne de 56 ans. Ces tests ont été répétés à 2 reprises à 5 et 10 ans d’intervalle.

Les chercheurs ont étudié leurs capacités de mémorisation et leurs fonctions exécutives, c’est-à-dire les capacités d’attention et de raisonnement utilisées afin d’atteindre un objectif. Le test de mémoire consistait à se rappeler en une minute du plus de mots possibles parmi la liste des 20 mots qui étaient énoncés juste auparavant. Les fonctions exécutives étaient évaluées à partir de 3 tests : un test de raisonnement logique constitué de 65 questions et de 2 tests de fluence verbale durant lesquels les participants devaient écrire respectivement le plus de mots commençant par S et de mots d’animaux, en une minute.

La plupart des études sur l’association de la consommation d’alcool avec la mémoire et les fonctions exécutives ont été mené chez des personnes âgées. « Notre étude est basée sur des personnes âgées en moyenne de 56 ans lors des premiers tests cognitifs, ce qui est relativement jeune par rapport aux études précédentes sur ce sujet. Elle suggère qu’une forte consommation d’alcool serait associée à un déclin cognitif plus rapide dans tous les domaines cognitifs étudiés.» rapporte l’auteur de l’étude Séverine Sabia, PhD, de l’University College London au Royaume-Uni.

Chez les hommes, alors qu’aucune différence dans le déclin de la mémoire et des fonctions exécutives n’a été observée entre ceux qui ne boivent pas, les anciens buveurs, et les buveurs légers à modérés[1], les gros buveurs quant à eux montrent un déclin de la mémoire et des fonctions exécutives plus rapide que les buveurs modérés.

Cette différence est selon les tests cognitifs, comprise entre 1.5 et 6 années supplémentaires de déclin cognitif. Par exemple, un gros buveur de 55 ans aurait un déclin de mémoire comparable à celui d’une personne de 61 ans.
Dans cette étude, il n’a pas été possible d’étudier de fortes consommations d’alcool chez les femmes qui buvaient des quantités comparables aux hommes car trop peu d’entre elles consommaient de telles quantités. Toutefois, un déclin plus rapide des fonctions exécutives est suggéré chez les femmes qui buvaient plus de 2 verres d’alcool.
Les mécanismes impliqués dans l’association entre une forte consommation d’alcool et un déclin cognitif accéléré ne sont pas simples. Une des principales hypothèses concerne les mécanismes cérébraux et cardiovasculaires qui pourraient impliquer des effets sur de longues périodes dans le temps. En effet, une forte consommation d’alcool est un facteur de risque reconnu de maladies vasculaires et il existe de nombreux arguments en faveur d’une contribution de différents facteurs vasculaires au déclin cognitif. De plus, une forte consommation d’alcool aurait un effet délétère à court et long termes sur le cerveau, via des effets neurotoxiques et pro-inflammatoires, et des effets indirects via les maladies cerobro-vasculaires et la déficience en vitamines.

Pour les auteurs de cette publication, « il serait intéressant de pouvoir répéter ce genre d’étude afin d’évaluer plus en détails l’impact d’une forte consommation d’alcool sur le déclin cognitif chez les femmes. De plus, de nouvelles mesures de fonctions cognitives seront bientôt disponibles chez les mêmes participants. Elles permettront d’étudier si l’effet de la consommation d’alcool en milieu de vie (40 à 60 ans) sur le déclin cognitif est d’autant plus évident lorsque les personnes vieillissent. »

En termes de santé publique, cette étude est en accord avec les précédentes et suggère qu’il est peu probable qu’une consommation d’alcool modérée soit délétère pour le vieillissement cognitif. Toutefois, ces résultats suggèrent également qu’une forte consommation d’alcool en milieu de vie pourrait entraîner un déclin cognitif plus rapide au cours de la vieillesse.

[1] C’est-à-dire ceux qui boivent moins de 20 grammes, ou moins de 2 verres d’alcool par jour.

Exposition au Chlordécone et prématurité : nouvelles données

Des chercheurs de l’Institut de recherche, santé, environnement et travail (Unité Inserm 1085), basés à Rennes et Pointe-à-Pitre, en collaboration avec le Service de Gynécologie-Obstétrique du CHU de Pointe à Pitre/Abymes et le Center for Analytical Research and Technology de l’Université de Liège, publient cette semaine sur l’impact de l’exposition maternelle au chlordécone sur la durée de la grossesse et le risque de prématurité (accouchement avant la 37ème semaine d’aménorrhée).

Les données relevées et analysées sont issues de la cohorte mère-enfant TIMOUN en Guadeloupe. Ces résultats sont publiés dans la revue American Journal of Epidemiology datée du 8 janvier 2014.

Le chlordécone est un insecticide organochloré employé aux Antilles de 1973 jusqu’en 1993 pour lutter contre le charançon du bananier. Sa présence persistante dans les sols, les eaux de rivières et les sédiments est à l’origine de la contamination de certaines denrées alimentaires. La contamination des populations antillaises par ce pesticide a été montrée par des travaux antérieurs. Le chlordécone est considéré comme perturbateur endocrinien.

Pour évaluer l’impact de l’exposition au chlordécone sur le déroulement de la grossesse, l’équipe dirigée par Sylvaine Cordier à Rennes et Luc Multigner à Pointe à Pitre a mis en place, en Guadeloupe, une grande cohorte mère-enfant baptisée TIMOUN (enfant en créole, cf. encadré page suivante).

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Plus de 1000 femmes ont été incluses au cours de leur troisième trimestre de grossesse entre 2005 et 2007, principalement au CHU de Pointe à Pitre/Abymes et au CH de Basse Terre. L’exposition au chlordécone a été estimée par son dosage dans le sang maternel prélevé lors de l’accouchement. Ont été pris en compte l’âge, la parité, l’indice de masse corporelle avant le début de la grossesse, le lieu d’inclusion, le lieu de naissance des mamans, le statut marital, le niveau de scolarité, l’hypertension gestationnelle, le diabète gestationnel et d’autres polluants comme les PCB.

L’exposition maternelle au chlordécone a été retrouvée associée de manière significative à une durée raccourcie de grossesse ainsi qu’à un risque augmenté de prématurité, quel que soit le mode d’entrée au travail d’accouchement, spontané ou induit. Ces associations pourraient être expliquées par les propriétés hormonales, oestrogéniques et progestagéniques, du chlordécone.

La consommation d’aliments contaminés constitue de nos jours la source principale d’exposition au chlordécone de la population antillaise. Si on connait avec une certaine précision les types d’aliments contributeurs à l’exposition, les chercheurs estiment que les sources d’approvisionnement, production, distribution et vente hors circuits réglementés et jardins familiaux sur sols pollués conditionnent de nos jours l’intensité de l’exposition.

De ce fait, les chercheurs précisent que « toute mesure adaptée et permettant la réduction des expositions des femmes au cours de leurs grossesses est souhaitable » et incitent à la mise en place de moyens d’informations destinés aux femmes enceintes portant sur les types d’aliments (en lien avec les circuits d’approvisionnement à risque) à éviter pendant leurs grossesses.

La prématurité peut entrainer des effets sur le développement de l’enfant. Le suivi des enfants nés dans le cadre de la cohorte mère-enfant TIMOUN, actuellement en cours, permettra de mieux apprécier ces conséquences tout comme celles consécutives à l’exposition prénatale au chlordécone.

L’étude TIMOUN est une étude de cohorte (cf.définition dans le document Repères en épidémiologie) menée conjointement par l’Unité 1085 de l’Inserm (anciennement U 625) et les Services de Gynécologie-Obstétrique et de Pédiatrie du CHU de Pointe à Pitre et en collaboration avec le Centre de Recherche du CHUQ à Québec (Canada), l’Ecole de Psychologie de l’Université de Laval (Québec, le CART de l’Université de Liège (Belgique). L’objectif général de cette étude est d’évaluer l’impact sanitaire des expositions au chlordécone sur le déroulement de la grossesse et le développement pré et postnatal. Cette cohorte est constituée d’un millier de femmes suivies avec leurs enfants depuis leur grossesse qui a eu lieu au cours de la période 2005-2007.

FameLab, concours de communication scientifique

Envie de partager votre passion des sciences ? FameLab France a besoin de vous !

FameLab, concours international de communication scientifique, arrive en France en 2014 en partenariat avec l’AMSCTI, le CERN, le CNES et l’Inserm. Les candidats précédents ont su répondre à des questions aussi variées que « Vivrons-nous un jour sur Mars ? », « Les maths peuvent-elles expliquer l’univers? » «L’impression 3D, une nouvelle révolution industrielle ? ». Chaque candidat, jeune chercheur ou étudiant en sciences, présente le sujet de son choix en trois minutes et est jugé par un panel de professionnels issus du milieu de la communication, de la science et de la recherche ou des medias. 

Trois critères : contenu, clarté et charisme !

La date limite d’envoi des candidatures est le 28 février 2014. (Information disponible en ligne sur www.britishcouncil.fr/famelab). Les sélections régionales se dérouleront à Lille avec le Forum Départemental des Sciences, Annecy avec la Turbine et le LAPP, Toulouse avec Science Animation, et Paris avec l’Université Paris Diderot-Sorbonne Paris Cité en mars 2014. La finale aura lieu en mai à Paris à l’Université Paris Diderot-Sorbonne Paris Cité.

Participer à FameLab, c’est pour les candidats l’opportunité de :

  • échanger avec d’autres passionnés de science et avoir accès au réseau des candidats FameLab France et à celui des 24 pays participants
  • recevoir l’appréciation du public pour leur passion des sciences

Pour les lauréats, c’est :

  • participer à deux jours de Masterclass au CERN à Genève afin de peaufiner leur technique dans le domaine de l’expression orale et des compétences en communication
  • participer à la finale internationale au Festival international de sciences de Cheltenham au Royaume-Uni. Le/La lauréat(e) français(e) participera à la finale internationale.

Ce qu’en disent les participants…

« FameLab m’a fait découvrir le monde de la communication scientifique. En m’inspirant du concours, j’ai lancé mon propre blog de vidéos, dans lequel je traite de sujets liés à l’informatique, et pour lequel j’ai déjà reçu des milliers de visites. Je n’aurais pas pu réaliser cela sans FameLab »


Ohad Barzilay, deuxième de FameLab Israël 2009

« J’ai eu la chance de pratiquer et d’améliorer mes compétences en communication, de rencontrer des personnes incroyables, d’apprendre, de rire, de m’inspirer ; nous avons avant tout passé un moment extraordinaire. »


Myrtani Pieri, lauréate de FameLab international 2011

FameLab a été créé en 2005 par le Festival de Cheltenham en partenariat avec NESTA, l’agence britannique de l’innovation, afin de découvrir et de soutenir des scientifiques et des ingénieurs possédant des qualités de communication avec le public. Depuis 2007, et grâce à un partenariat avec le British Council, FameLab s’est développé au niveau mondial, avec la tenue du concours dans plus de 20 pays dans le monde.

Leucémie : Mode d’action d’un traitement ciblé élucidé

Le mécanisme de la sénescence – ou vieillissement prématuré des cellules – peut avoir un effet anticancéreux. Ces nouveaux travaux, menés par Hugues de Thé et son équipe (université Paris Diderot/ Inserm/ CNRS/ AP-HP), sont publiés dans Nature Medecine le 12 janvier 2014. Ils révèlent que les traitements ciblés de la leucémie aiguë promyélocytaire, une forme rare de cancer du sang, induisent une cascade d’événements moléculaires qui conduit à la sénescence cellulaire et à la guérison. Ce modèle d’action pourrait être activé dans d’autres types de cancers. 

La protéine PML/RARA* est à l’origine de la prolifération des cellules cancéreuses chez les patients atteints de leucémie aiguë promyélocytaire. Les traitements ciblés déjà existants et associant une hormone – l’acide rétinoïque – et un toxique – l’arsenic – entrainent la guérison définitive de la majorité des patients, sans que l’on connaisse précisément leur action sur les cellules cancéreuses. De précédents travaux de l’équipe du Pr. Hugues de Thé ont montré que la combinaison de l’arsenic et de l’acide rétinoïque induit la destruction de la protéine PML/RARA et l’élimination des cellules souches leucémiques. Il restait à comprendre le lien entre ces deux événements.

Ces nouvelles recherches apportent les éléments nécessaires pour comprendre la guérison. Elles démontrent l’implication inattendue d’une cascade d’événements conduisant à la sénescence. L’intérêt du traitement est d’atteindre ce stade ultime de vieillissement des cellules afin de les rendre incapables de se multiplier.

Lors de ce traitement ciblé les chercheurs ont montré que la protéine p53**, arbitre entre mort cellulaire et survie, déclenche la sénescence grâce à l’implication de corps nucléaires PML. Ces structures sphériques sont présentes dans les cellules normales, mais sont désorganisées par PML/RARA dans la leucémie. Le traitement les réorganise (voir illustration ci-dessous), activant p53 et déclenchant la sénescence. Dans cette cascade d’événements (traitement, dégradation de PML/RARA, reformation des corps nucléaires, activation de p53) il suffit qu’un maillon manque pour que tous les effets thérapeutiques soient bloqués.

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Cellules leucémiques avant (gauche) et après traitement (droite). Le bleu représente l’ADN du noyau, le rouge les corps nucléaires PML. Ceux-ci sont réorganisés par le traitement PML/RARA.
©Photos transmises par le Pr. Hugues de Thé

C’est ce phénomène qui permet l’élimination des cellules malades et conduit à la guérison totale du patient, par le seul traitement combiné acide rétinoïque/arsenic. L’absence de chimiothérapie permet d’éviter beaucoup d’effets secondaires lourds.

Cette compréhension du mécanisme cellulaire et moléculaire de la guérison de la leucémie aiguë promyélocytaire ouvre des perspectives d’activation de cette même voie PML/p53 dans d’autres types de cancers.

Ces travaux ont été financés par La Ligue contre le cancer, la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer et l’European Research Council (ERC).

* A l’origine de cette leucémie aiguë promyélocytaire, la modification de deux gènes RAR et PML qui engendrent le développement de cellules cancéreuses ;

** Le gène codant pour la protéine p53 joue un rôle essentiel dans la prolifération cellulaire à l’état normal et dans le maintien de l’intégrité du génome cellulaire.

Maladie de Parkinson une avancée capitale grâce à la thérapie génique

Une équipe franco-anglaise (AP-HP, Inserm, UPEC, CEA/Mircen, Oxford Biomedica, Cambridge University) a mené une étude clinique de phase 1/2 de thérapie génique chez des patients souffrant d’une forme évoluée de la maladie de Parkinson. Quinze patients ont pu bénéficier de ce nouveau traitement consistant à injecter un vecteur exprimant les gènes de trois enzymes indispensables à la biosynthèse de dopamine, qui fait défaut dans la maladie de Parkinson. Grâce à cette thérapie, certaines cellules dans le cerveau se mettent de nouveau à fabriquer et à sécréter la dopamine. Chez tous les patients, les symptômes moteurs de la maladie ont été améliorés jusqu’à 12 mois après l’administration du traitement.
Avec un recul de 4 ans, cette étude démontre à ce stade l’innocuité et la tolérance du vecteur lentiviral utilisé pour la première fois chez l’homme. Cette étude a été coordonnée par le Pr Stéphane Palfi, chef du service de neurochirurgie de l’hôpital Henri-Mondor (AP-HP). Elle fait l’objet d’une publication dans The Lancet.

Ecouter les explications du Professeur Palfi (durée 15 min)

Palfi opération

repérage des cibles en téléradiographie – © AP-HP

Parkinson, une maladie neurodégénérative fréquente

Avec environ 120 000 patients en France, la maladie de Parkinson est l’affection neurologique dégénérative la plus fréquente après la maladie d’Alzheimer. Elle se traduit essentiellement par des symptômes moteurs de sévérité progressive et croissante, tels que des tremblements, une rigidité des membres et une diminution des mouvements du corps. Cette pathologie est due à la dégénérescence des neurones produisant la dopamine, un neurotransmetteur intervenant dans le contrôle de la motricité. Actuellement, le traitement des personnes atteintes de cette maladie consiste à prendre des médicaments mimant l’action de la dopamine manquante dans le cerveau de ces patients. Si ce traitement permet d’obtenir une bonne amélioration de l’activité motrice dans les premiers stades de la maladie, des effets indésirables sévères apparaissent au fils du temps : fluctuations de l’effet du traitement et mouvements anormaux involontaires, appelés dyskinésies.

Développer un nouveau traitement permettant une restitution physiologique de la dopamine manquante

Depuis quelques années, les experts de la maladie de Parkinson, chercheurs et médecins, ont émis l’hypothèse que la prise intermittente de médicaments dans la journée altère le fonctionnement du cerveau en stimulant de manière trop irrégulière les neurones. Ce phénomène serait à l’origine des complications du traitement dopaminergique.

Les enjeux actuels du traitement de la maladie de Parkinson consistent donc à développer une technologie qui permettrait d’induire :

·  une stimulation dopaminergique continue ;

·  une stimulation dopaminergique locale afin d’induire des effets moteurs bénéfiques tout en évitant les complications consécutives à la stimulation dans d’autres régions du cerveau non atteintes par la maladie de Parkinson.

C’est pourquoi, aujourd’hui, les chercheurs se tournent vers la thérapie génique, qui consiste à faire exprimer directement un gène thérapeutique par les cellules du cerveau.


Les travaux du Pr Palfi : augmenter la synthèse de dopamine par thérapie génique


Dans la majorité des cas, la maladie de Parkinson n’est pas d’origine génétique. Cependant, les modifications biochimiques responsables des symptômes peuvent être corrigées par une stratégie de thérapie génique de type « remplacement ou restauration de fonction » pour augmenter la synthèse de dopamine (par expression des gènes impliqués dans la biosynthèse de la dopamine) et restaurer en partie la fonction des cellules dopaminergiques. C’est cette approche qui a été adoptée dans l’étude biomédicale de phase I/II coordonnée par le Pr Stéphane Palfi (hôpital Henri- Mondor, AP-HP), dont les résultats viennent d’être publiés. Quinze patients ont été opérés par le Pr Palfi, investigateur coordonnateur, dans 2 centres d’excellence de neurochirurgie : l’hôpital Henri Mondor (AP-HP) en France et l’hôpital Addenbrookes à Cambridge, au Royaume-Uni.

Pour la 1ère fois chez l’homme, l’équipe a utilisé un vecteur lentiviral 1, qui exprime les gènes de trois enzymes – AADC (décarboxylase des acides aminés aromatiques), TH (tyrosine hydroxylase) et CH1 (GTP-cyclohydrolase 1) – indispensables à la biosynthèse de la dopamine.

Le produit a été administré dans la région du cerveau appelée le striatum lors d’une opération chirurgicale lourde.

Une fois au bon endroit, les gènes contenus dans le lentivirus peuvent s’exprimer et reprogrammer des cellules qui se mettent à fabriquer et à sécréter de la dopamine dans le milieu extracellulaire. Trois niveaux de doses croissantes (1x, 2x et 5x) ont été testés.

La production de dopamine in vivo de façon locale et continue a été restaurée chez les 15 patients souffrant d’une forme évoluée de cette maladie.


Le suivi sur le long terme de ces patients (4 ans) a mis en évidence l’innocuité, la tolérance et des signes d’efficacité thérapeutique du vecteur viral indéniables et dépendant de la dose administrée : la plus forte dose de vecteur induisant des effets thérapeutiques plus importants.

« Cette étude biomédicale de thérapie génique montre l’innocuité sur le long terme du transfert de gènes par le vecteur lentiviral lorsqu’il est injecté directement dans le cerveau de patients atteints par la maladie de Parkinson » explique le Pr Stéphane Palfi. « L’analyse clinique suggère que le vecteur utilisé permet une réduction des symptômes moteurs selon la dose de vecteur administrée, la plus forte dose étant la plus efficace. Les prochains développements cliniques du vecteur auront pour objectifs de valider une construction virale améliorée permettant d’induire une libération accrue de dopamine (phase 2a). Cette phase sera suivie de l’étude de l’effet thérapeutique de ProSavin® en comparant un groupe de patients traités à un autre groupe non traité (phase 2b). Cette étude pionnière de l’utilisation en thérapie génique d’un lentivirus injecté in-situ va certainement ouvrir de nouvelles perspectives thérapeutiques dans les maladies du système nerveux. »

Des recherches entamées en 2009

Cet essai clinique fait suite à une étude préclinique publiée en 2009, qui avait montré pour la première fois l’efficacité et l’innocuité du médicament chez un modèle animal. Réalisée au sein de la plateforme translationnelle MIRCen du CEA, elle a ouvert la voie à l’étude clinique de ProSavin®.

La thérapie génique consiste à introduire des gènes thérapeutiquesin vivo afin qu’ils s’expriment directement dans les cellules ciblées. Elle repose sur l’utilisation des vecteurs viraux, tels que les lentivirus, les adénovirus et les AAV (« adeno-associated virus », qui ont la capacité d’introduire leur matériel génétique dans le noyau des cellules hôtes. Plusieurs exigences doivent être absolument satisfaites pour qu’un virus sauvage puisse être transformé en vecteur capable d’assurer un transfert de gènes d’intérêt thérapeutique en toute sécurité : ces enveloppes virales sont débarrassées de leurs propriétés de multiplication et rendues non pathogènes.
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