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Confirmation des premiers résultats de l’essai CORIMUNO-TOCI-1

Covid-19: Observation intracellulaire d’épithélium respiratoire humain reconstitué MucilAir™ infecté par le SARS-CoV-2. © Manuel Rosa-Calatrava, Inserm ; Olivier Terrier, CNRS ; Andrés Pizzorno, Signia Therapeutics ; Elisabeth Errazuriz-Cerda  UCBL1 CIQLE. VirPath (Centre International de Recherche en Infectiologie U1111 Inserm – UMR 5308 CNRS – ENS Lyon – UCBL1). Colorisé par Noa Rosa C.

Chez certains patients avec pneumonie Covid-19, un état hyperinflammatoire d’origine immunologique contribue à l’insuffisance respiratoire aigüe et au décès. La plateforme CORIMUNO-19 a été rapidement mise en place pour permettre de tester l’efficacité et la tolérance de divers médicaments immuno-modulateurs chez les patients adultes avec infection COVID-19 modérée à sévère, grâce à une série d’essais randomisés contrôlés multicentriques, qui ont débuté le 27 mars 2020.

Le tocilizumab est un anticorps monoclonal qui bloque le récepteur de la cytokine interleukine-6. Les résultats définitifs de l’essai randomisé contrôlé ouvert multicentrique du tocilizumab, sont publiés après revue par des pairs le 20 octobre 2020 dans la revue JAMA Internal Medicine.

Les résultats définitifs de cet essai confirment les résultats préliminaires communiqués le 27 avril 2020. Ils devraient être corroborés de manière indépendante par des essais supplémentaires. Les patients inclus étaient hospitalisés pour pneumonie COVID-19 modérée à sévère, nécessitant au moins 3 L/mn d’oxygène mais sans recours à la réanimation au moment de leur admission. Le critère de jugement primaire sur lequel s’est appuyée l’analyse pour juger de l’efficacité du traitement était la combinaison du besoin de ventilation (mécanique ou non invasive) ou du décès à J+14.[1] Au total, 130 patients d’âge médian 64 ans ont été inclus dans cet essai clinique randomisé ouvert : 67 pour le traitement usuel et 63 pour le tocilizumab associé au traitement usuel.

A l’inclusion les besoins médians en oxygène étaient de 5L/mn. La proportion de patients ayant nécessité une ventilation non invasive, une intubation ou décédés au 14ème jour était de 36 % avec les soins usuels et de 24 % avec le tocilizumab. Aucune différence de mortalité à 28 jours n’a été constatée entre les deux bras (11.1% et 11.9%), respectivement. 

Ainsi, au 14ème jour, le risque de mourir ou d’avoir recours à la ventilation non invasive ou mécanique a été diminué de 33% dans le groupe traité par le tocilizumab.

La proportion de patients ayant dû être transférés en réanimation a été diminuée de moitié dans le bras tocilizumab (18%) comparativement au bras traitement usuel (36%). Le pourcentage de patients ayant quitté l’hôpital au jour 28 était plus importante dans le groupe tocilizumab que dans le groupe traitement usuel : 83% versus 73%.

Enfin, Le tocilizumab n’a pas entraîné plus d’effets indésirables que le traitement usuel.

Plusieurs essais CORIMUNO testant d’autres immunomodulateurs, sont en cours d’analyse et la combinaison du tocilizumab à la dexamethasone est testée dans un autre protocole de CORIMUNO.

 

Cet essai multicentrique a été conduit par la collaboration de recherche académique COVID-19 Assistance Publique-Hôpitaux de Paris/Université Paris-Saclay/Université de Paris/INSERM-REACTing

 

[1] La ventilation non invasive regroupe l’ensemble des techniques d’assistance ventilatoire, en l’absence de dispositif endo-trachéal, donc sans intubation ou trachéotomie.

La plateforme d’essais cliniques CORIMUNO-19 est promue et financée par l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, et soutenue par l’Inserm via son consortium REACTing.

L’essai a reçu un financement du Programme Hospitalier de Recherche Clinique du Ministère de la Santé, un financement d’amorçage de l’Inserm par le biais du consortium REACTing/INSERM via la Fondation pour la Recherche Médicale, Paris, France, et un financement de la Fondation AP-HP pour la recherche, Paris, France. Le tocilizumab ainsi que 4 000 kits de dosage Elecsys d’interleukine 6 ont été fournis sans conditions par le laboratoire Roche, qui n’a été impliqué ni dans la conception de l’essai, la collection des données, l’analyse, l’interprétation, l’écriture du manuscrit ni dans la gouvernance de l’essai.

Une « signature » immunitaire pour identifier les patients diabétiques à risque de développer une forme grave de Covid-19

Les chercheurs ont identifié des biomarqueurs dans des échantillons sanguins de patients diabétiques. © Inserm/Latron, Patrice

Le diabète de type 2 est un facteur de risque de développer une forme grave de Covid-19. Identifier les marqueurs immunitaires et inflammatoires associés à ces formes sévères de la maladie chez cette population de patients permettrait de les prendre en charge de manière plus adaptée et plus précoce. Des chercheurs de l’Inserm, de l’AP-HP et de Université de Paris ont identifié une signature immunitaire chez des patients diabétiques hospitalisés qui permettrait de prédire le risque d’un passage en réanimation. Les résultats de ces travaux sont publiés dans le journal EMBO Molecular Medicine et viennent compléter les conclusions d’autres études parues ces derniers mois sur l’identification de biomarqueurs prédictifs de formes sévères de Covid-19.

Dès les premiers mois de la pandémie de Covid-19, le diabète de type 2 a été identifié comme un facteur de risque de développer une forme grave de la maladie et à une mortalité plus élevée. Comprendre pourquoi et identifier des biomarqueurs permettant de prédire quels patients diabétiques évolueront vers une forme sévère de Covid-19 nécessitant un passage en réanimation constitue donc une priorité de recherche afin de mieux les prendre en charge et d’augmenter leurs chances de survie.

Le diabète de type 2 est caractérisé par une inflammation chronique, liée à un dérèglement du tissu adipeux chez les patients, qui produit des lipides reconnus comme « signaux de danger » par certaines cellules du système immunitaire. La réponse immunitaire est alors dérégulée, entrainant une inflammation locale, puis systémique.

Au sein de l’équipe dirigée par le Directeur de recherche Inserm Nicolas Venteclef au Centre de Recherche des Cordeliers (Inserm/Université de Paris/Sorbonne Université), les chercheurs Fawaz Alzaid et Jean-Baptiste Julla ont mis au point une étude observationnelle en milieu hospitalier. Elle a été menée au « Centre Universitaire du Diabète et de ses Complications » dirigé par Jean-François Gautier, chercheur diabétologue à l’hôpital Lariboisière AP-HP. L’objectif était de mieux comprendre le lien entre l’inflammation préexistante dans le diabète et le risque de développer une forme grave de Covid-19. Les scientifiques ont cherché à caractériser les « signatures » immunitaires et inflammatoires de patients diabétiques hospitalisés suite à une infection par le SARS-CoV-2 présentant des symptômes sévères de la maladie.  

Ils se sont ainsi intéressés à la réponse immunitaire de 45 patients atteints de Covid-19 et hospitalisés, dont 30 étaient atteints de diabète de type 2. Parmi les participants à cette étude, 35 % des patients diabétiques ont développé une forme grave de la maladie nécessitant un passage en réanimation, contre 25 % des patients hospitalisés non diabétiques.

Les chercheurs ont analysé les échantillons sanguins de tous les patients. Ils ont constaté que les patients les plus sévèrement atteints avaient un nombre de lymphocytes (un type de globule blanc) inférieur à celui des patients qui n’avaient pas été en réanimation. L’équipe a notamment observé un taux particulièrement faible de lymphocytes cytotoxiques CD8+, des cellules immunitaires particulièrement impliquées dans la réponse antivirale avec des fonctions importantes de reconnaissance et d’élimination des cellules infectées. Ceci était observé chez tous les patients en réanimation, indépendamment du statut diabétique. 

Les patients diabétiques ayant nécessité des soins de réanimation différaient néanmoins des patients non diabétiques dans le même cas, car ils présentaient aussi un taux de monocytes (un autre type de globule blanc) dans le sang moins élevé. Des changements dans la morphologie de ces monocytes ont en outre été observés, ces cellules immunitaires chez les patients atteints de diabète de type 2 ayant une taille moyenne supérieure à celles retrouvées dans les échantillons sanguins des patients non diabétiques.

Enfin, les chercheurs ont constaté une présence accrue de marqueurs inflammatoires associés à la voie des interférons de type 1, de puissantes molécules antivirales.

« Ces résultats ont d’importantes implications cliniques puisqu’ils suggèrent qu’il existe une signature immunitaire et inflammatoire propre aux patients diabétiques à risque de faire une forme grave de Covid-19. Si les médecins constatent une diminution de la fréquence des monocytes et un changement morphologique de ces cellules, ils ont alors la possibilité d’identifier les patients qui vont avoir besoin d’un suivi plus poussé et potentiellement d’une place en réanimation. Cela permet donc d’affiner et d’améliorer la prise en charge », explique le chercheur Inserm Fawaz Alzaid.

Ces travaux apportent donc des données pour soutenir les études cliniques en cours qui suggèrent l’importance d’un dérèglement de la voie des interférons de type 1 dans le développement de formes graves de la maladie, et le potentiel intérêt thérapeutique des médicaments anti-interférons, déjà souligné dans de récents travaux impliquant l’Inserm et publiés dans Science.

Premiers résultats des enquêtes de santé publique de l’Inserm sur la Covid-19 : facteurs de risque individuels et sociaux

La crise sanitaire a bouleversé les conditions de travail avec un changement majeur : le recours au télétravail. © Adobe Stock

Pour répondre aux questions de santé publique posées par l’épidémie de Covid-19, des enquêtes multidisciplinaires de grande ampleur ont été lancées à l’Inserm. Menées auprès de larges échantillons de la population française, elles ont pour objectif de fournir une cartographie fine du statut immunitaire de la population, mais aussi d’étudier les effets des conditions de vie sur l’exposition au virus et, réciproquement, ceux de l’épidémie sur les conditions de vie.

Deux grandes enquêtes de santé publique : SAPRIS, menée auprès de 130 000 volontaires suivis dans les grandes cohortes en population générale (Constances, E3N-E4N, NutriNet-Santé et Elfe-Epipage2) et EpiCoV, menée sur un échantillon représentatif de 135 000 personnes permettant de représenter toute la diversité de la population vivant en France, livrent aujourd’hui leurs premiers résultats. Dans le cadre de ces travaux, l’analyse biologique d’environ
25 000 échantillons a également été réalisée[1].

L’enquête SAPRIS a permis de recueillir des données dès le début du mois d’avril auprès des participants de grandes cohortes épidémiologiques existantes qui recueillaient déjà des données sur la santé des personnes depuis plusieurs années. Par la rapidité de son déploiement, elle a permis de documenter la situation dès le mois d’avril 2020. L’enquête EpiCoV, réalisée en mai 2020, permet quant à elle d’étudier l’épidémie sur un échantillon représentatif de la population française.

 

  • L’analyse des données d’EpiCoV montre que la séroprévalence (qui reflète un contact passé avec le virus), estimée à l’échelle nationale à partir de 12 000 prélèvements réalisés entre mai et début juin 2020 était de 4,5 %. L’étude fournit également une cartographie par région, et une séroprévalence précise dans certains départements. Elle montre l’importance des conditions d’habitat sur la circulation du virus, et notamment la densité urbaine, et le nombre de personnes avec qui on habite.

 

  • L’enquête SAPRIS, dont les premiers résultats sérologiques portent sur 14 600 participants interrogés pendant le confinement, révèle quant à elle une proportion de tests positifs nettement plus élevée chez les personnes ayant présenté des symptômes évocateurs de Covid, comme attendu. Toutefois, 20 % des participants testés positifs n’ont présenté aucun symptôme.

 

  • Les résultats des enquêtes SAPRIS et EpiCoV mettent en évidence une relation forte entre la positivité et l’âge, avec un pic de positivité chez les adultes âgés entre 30 et 50 ans. De plus, EpiCoV montre une prévalence de l’infection de 11 % chez les professionnels de santé, deux fois plus élevée que chez les autres actifs.

 

  • L’enquête SAPRIS révèle une relation claire entre la présence d’anticorps neutralisants et celle de symptômes chez les sujets positifs : plus les symptômes rapportés sont importants, plus le niveau d’anticorps est élevé.

 

  • Les premiers résultats de l’enquête EpiCoV montrent également que la crise sanitaire a accentué les inégalités sociales, notamment en matière de vulnérabilité professionnelle et financière.

 

  • Enfin, sur les effets du confinement, les résultats de SAPRIS montrent que si cette mesure inédite et l’adoption de mesures barrières ont contribué à réduire la propagation de l’épidémie dans les régions françaises les plus touchées, elle semble avoir été plus bénéfique, en terme d’évolution de la fréquence des symptômes évocateurs de la maladie, aux classes sociales aisées qu’aux classes populaires, renforçant ainsi le gradient social de santé.

 

4,5 % des français avaient eu un contact avec le virus au mois de mai 2020

L’analyse des données d’EpiCoV montre que la séroprévalence (proportion de sujets avec un test sanguin Elisa positif, qui reflète un contact passé avec le virus), estimée à l’échelle nationale à partir de prélèvements réalisés entre mai et début juin 2020 (au cours du confinement et du déconfinement) était de 4,5 %. Ce niveau de séroprévalence nationale est proche des niveaux observés dans les pays européens et est cohérent avec les estimations déjà publiées en France.

La région où la séroprévalence était la plus élevée est l’Île-de-France (9,2 %), suivie du Grand Est (6,7 %). La plus faible concerne la région Bourgogne-Franche-Comté (1,5 %), suivie de la région Centre-Val de Loire et de la Normandie (1,9 %). Les résultats entre départements sont également cohérents avec les données épidémiologiques de mortalité et d’hospitalisation, les plus touchés étant le Haut-Rhin (10,8 %), la petite couronne (9,5 %) et Paris (9 %). Des résultats qui s’avèrent cohérents avec ceux fournis par le volet biologique de l’enquête SAPRIS.

Dans les deux régions les plus touchées par l’épidémie, la proportion de personnes testées positives était du même ordre dans l’ensemble de l’Île-de-France (9,2 %) qu’à Paris ou en petite couronne, alors qu’elle tend à être plus faible dans la région Grand Est (6,7 %) que dans le département du Haut-Rhin (10,8 %). Les prévalences étaient très proches dans les aires urbaines de Mulhouse, de Strasbourg et de Paris : respectivement 9 % (6,3 à 11,6), 8,8 % et 9 %. Elles étaient nettement plus faibles dans les aires urbaines de Creil (Oise) et de Marseille : 2,8 % et 3,6 %. Ces résultats suggèrent un risque accru d’exposition dans les zones urbaines denses dans les régions où le virus circule fortement.

Dans les deux études, les adultes entre 30 et 50 ans constituent la classe d’âge où la séroprévalence est la plus élevée, atteignant 6,9 % de positifs dans EpiCoV. Ces deux études montrent par ailleurs une décroissance régulière de la positivité après 50 ans, ce qui n’empêche pas que, parmi les personnes souffrant du Covid, la mortalité soit plus élevée chez les plus de 70 ans.

Des inégalités sociales accentuées par la crise

La question des inégalités est abordée sous deux angles : d’une part, les facteurs d’exposition potentielle au virus liés au lieu de résidence, aux conditions de logement ou à la nécessité de travailler hors du domicile, et, de l’autre, les effets du confinement sur les conditions de vie (recours au télétravail, situation d’emploi, situation financière).

Des conditions de vies propices à la contamination  

D’après les données de l’enquête EpiCov, les personnes habitant un logement exigu ou surpeuplé (moins de 18 m2 par personne pour celles qui partagent un logement) sont 2,5 fois plus nombreuses à avoir été positives au Covid-19. Celles habitant une commune très densément peuplée (au moins 1 500 habitants par km2 avec un minimum de 50 000 habitants) sont deux fois plus nombreuses à avoir été positives.

Pour une partie de la population, surpeuplement du logement et densité communale se cumulent. C’est le cas des 25-34 ans et des personnes sans diplôme. Le cumul s’accentue au bas de l’échelle des revenus et parmi les personnes immigrées d’origine non européenne, reflétant des phénomènes de ségrégation socio-spatiale.

Ainsi les personnes issues de l’immigration vivent beaucoup plus souvent dans des communes de forte densité et dans des logements surpeuplés. Les personnes disposant des revenus les plus faibles vivent, elles, dans des communes moins densément peuplées mais beaucoup plus souvent dans des logements exigus et ont plus souvent travaillé à l’extérieur en comparaison des catégories avec les revenus les plus élevés.

Quant aux personnes cadres supérieurs, elles sont plus à même de vivre dans des logements moins spacieux dans une grande ville. Cette catégorie sociale est par ailleurs celle qui, grâce au télétravail auquel elle a massivement recouru, s’est le moins souvent rendue sur son lieu de travail pendant le confinement.

Des conditions de travail bouleversées par la crise

Près de 11 % des personnes de 18 à 64 ans occupant un emploi n’ont pas travaillé pendant le confinement. Le taux de personnes avec un emploi qui n’ont pas travaillé durant le confinement s’élève à 18 % chez les 18-24 ans. Cette situation est également plus fréquente en milieu populaire : elle a touché 14 % des employés non qualifiés, 16 % des ouvriers qualifiés, 17 % des ouvriers non qualifiés, contre seulement 5 % des cadres et professions intellectuelles supérieures.

La crise sanitaire a bouleversé les conditions de travail avec un changement majeur : le recours au télétravail. Les contrastes sociaux vont dans le sens attendu, mais leur ampleur est saisissante : 50 % des cadres ont pratiqué exclusivement le télétravail pendant le confinement, contre 1 % seulement du monde ouvrier.

La proportion des personnes ayant dû travailler continument à l’extérieur est la même pour les femmes et les hommes, soit 31 %. Elle est plus élevée dans les tranches d’âges n’ayant pas encore d’enfants ou les ayant déjà élevés. À nouveau, les cadres se détachent, avec seulement 15 % de travail continu à l’extérieur, soit deux fois moins que la moyenne générale.

Un recours massif au chômage technique ou partiel

La mise au chômage technique ou partiel appliquée complètement (15 % des femmes, 16 % des hommes) ou en partie (17 % des femmes, 23 % hommes) a été massive, le lien avec l’emploi étant alors relâché mais pas rompu. Cette mesure s’est traduite par une baisse de revenu, l’allocation d’activité partielle prévue par l’État correspondant à 84 % du salaire net.

Les mesures de chômage partiel ou de chômage technique ont concerné davantage les jeunes, et les milieux populaires, dont le rapport à l’emploi était déjà fragile avant la crise sanitaire. Ainsi, les ouvriers, les immigrés de première génération, et les personnes les moins aisées financièrement ont été beaucoup plus souvent concernées par ces mesures que les autres catégories sociales. La distribution sociale de ces mesures révèle la réalité des inégalités sociales préexistantes.  

Plus d’une personne sur quatre a vu sa situation financière se dégrader

La majorité des personnes interrogées au mois de mai considèrent que leur situation financière n’a pas changé depuis le début du confinement : 61 % des femmes et 60 % des hommes. Cependant, une part importante juge qu’elle s’est dégradée : 28 % des femmes et 29 % des hommes. Les personnes ayant des enfants à charge ont été particulièrement concernées, dans une proportion d’un tiers.

Les personnes qui sont passées en chômage technique ou partiel ont été, logiquement, fortement affectées (51 % des personnes qui ont été totalement au chômage). Les catégories sociales les plus touchées sont les professions les plus vulnérables à la crise : agriculteurs, indépendants et entrepreneurs, ouvriers, personnes sans emploi, mais aussi plus largement, personnes à faible revenu et personnes immigrées de première et seconde génération.

Les résultats de la prochaine vague de l’enquête EpiCoV qui portera sur les 130 000 personnes ayant répondu à la vague 1 et auxquelles un test sérologique sera proposé, permettront d’éclairer ces effets sur le moyen terme. Quant à l’enquête SAPRIS, la seconde campagne de prélèvements est en cours depuis le 8 juillet et concerne 80 000 participants. Son objectif est de produire des estimations régionales de prévalence sur l’ensemble des régions françaises, d’étudier les circonstances de l’infection chez les enfants et leurs parents de la cohorte Elfe-Epipage2 et de permettre une comparaison dans le temps des différences de séroprévalence.

Le défi de l’enquête EpiCoV : interroger, en période d’épidémie, un échantillon représentatif de 135 000 personnes

L’enquête Épidémiologie et conditions de vie (EPICOV) a été lancée par l’Inserm et la DREES (le service statistique du ministère des solidarités et de la santé) avec le concours de l’Insee et de Santé publique France, pour analyser les effets de la pandémie de Covid-19. L’équipe EPICOV associe des épidémiologistes, des sociologues, des démographes et des économistes de l’Inserm, de l’Ined, du CNRS et des universités Paris-Saclay et Paris-Dauphine.

Son objectif est de caractériser la prévalence de l’épidémie à l’échelle nationale et départementale, mesurer les effets des conditions de vie sur l’exposition au virus et, réciproquement, ceux de l’épidémie sur les conditions de vie.

L’enquête se propose de suivre l’évolution de l’épidémie en interrogeant les mêmes personnes sur plusieurs vagues. La première s’est déroulée pour partie sur Internet et pour partie par téléphone, du 2 mai au 2 juin 2020, à cheval sur le confinement général décrété en mars et sur le déconfinement amorcé le 11 mai.

L’Insee a tiré dans la base Fideli (Fichiers démographiques sur les logements et les individus) un échantillon aléatoire de 135 000 personnes résidant en ménage ordinaire en France métropolitaine, en Martinique, en Guadeloupe et à la Réunion, âgées de 15 ans ou plus au 1er janvier 2020.  

Lire le communiqué de presse de l’Inserm du 27 avril 2020

 

S’appuyer sur les grandes cohortes nationales : les projets SAPRIS et SAPRIS-SERO

Le projet SAPRIS est piloté par l’Inserm, conduit en partenariat avec l’Unité de recherches des virus émergents (Marseille) et le Centre d’études du polymorphisme humain et avec l’aide de Santé publique France. Il s’appuie sur les cinq grandes cohortes nationales en population générale (Constances, E3N-E4N, NutriNet-Santé et Elfe-Epipage2) et est menée en étroite coordination avec les responsables de ces cohortes.

Entre le 1er avril et le 19 mai 2020, plus de 130 000 adultes et plus de 4000 familles ont été inclus dans SAPRIS et suivis sur Internet.

Son volet biologique, SAPRIS-SERO, a mobilisé dans une première vague 14 500 volontaires de trois cohortes d’adultes : Constances, Nutrinet-Santé et E3N/E4N. Début mai 2020, un kit d’auto-prélèvement sanguin sur papier buvard a été envoyé aux volontaires des régions Grand-Est, Île-de-France (régions alors les plus touchées par l’épidémie de Covid-19) et Nouvelle-Aquitaine (région alors peu touchée). La seconde vague couvrant tout le territoire et incluant 80 000 participants est en cours.

Lire le communiqué de presse de l’Inserm du 10 avril 2020

 

[1]  Les techniques de détection d’anticorps et les tests de séroneutralisation (tests qui permettent de quantifier le titre d’anticorps neutralisants contre un virus) sont les mêmes pour les deux enquêtes et réalisés par le même laboratoire. Ceci, associé à des critères d’analyse des données communs, assure une comparabilité des résultats des études.

Vaccins contre la Covid-19 : 25 000 volontaires pour conduire des essais cliniques de grande ampleur en France – ouverture des inscriptions

 

La recherche internationale est mobilisée pour développer des vaccins sûrs et efficaces contre la Covid-19. Une trentaine de candidats vaccins sont au stade des évaluations cliniques dont certains en phase 3 pour démontrer leur capacité à protéger de l’infection. À la demande du ministère des Solidarités et de la Santé et du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, la France, forte de l’excellence de sa recherche clinique en matière de vaccination, s’est organisée pour contribuer à l’évaluation des candidats vaccins les plus prometteurs avec la mise en place de la plateforme COVIREIVAC. Pilotée par l’Inserm, Covireivac fédère 24 centres d’investigation clinique au sein de CHU partout en France, en lien étroit avec le Collège national des généralistes enseignants. Le volet opérationnel clinique des différents CHU fait l’objet d’une coordination prise en charge par l’AP-HP. Covireivac ouvre aujourd’hui l’inscription des volontaires pour mener les premiers essais cliniques de grande ampleur en France.

Afin de pouvoir s’engager dans la conduite de plusieurs essais vaccinaux, la plateforme COVIREIVAC recherche 25 000 volontaires, âgés de 18 ans et plus, et lance le site d’inscription et d’information www.covireivac.fr. Élaboré avec le soutien de Santé publique France et de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), ce site vise à apporter l’information la plus précise possible sur le développement des vaccins pour éclairer la décision des volontaires potentiels.

Être volontaire pour devenir acteur contre la pandémie

En devenant volontaire à une participation aux essais cliniques des vaccins contre la Covid-19, chacun peut devenir acteur de la lutte contre la pandémie, faire avancer la recherche et ainsi contribuer sur le moyen terme à se protéger et à protéger chaque Français et notamment les populations les plus fragiles. Devenir volontaire, c’est aussi participer à un défi scientifique au côté de la communauté des médecins et des chercheurs.

Pour se porter volontaire, il suffit de se préinscrire sur le site www.covireivac.fr et de remplir un premier questionnaire de santé. Le volontaire sera ensuite contacté en fonction des besoins des différents protocoles de recherche (âge, conditions préexistantes, localisation géographique). Il pourra alors confirmer son accord pour participer à l’essai spécifique pour lequel il aura été appelé ou bien choisir d’y renoncer. Il est également possible qu’il ne soit jamais appelé. 

La recherche française, acteur du développement de vaccins sûrs et efficaces

Actuellement, deux essais cliniques portant sur des vaccins sont en cours en France : un essai clinique de phase 1 pour un vaccin développé par l’Institut Pasteur en collaboration avec la CEPI, Themis et MSD a débuté à l’hôpital Cochin (AP-HP) à Paris chez des sujets en bonne santé, ainsi qu’un essai sur la contribution du vaccin BCG au renforcement de l’immunité générale et à la protection contre la Covid-19 chez les personnels de santé, coordonné par l’AP-HP.

Les essais cliniques de grande ampleur envisagés en France sont de deux types. D’une part, des essais de phase 2, visant à étudier finement la capacité des vaccins à produire une réponse immunitaire (immunogénicité) sur des personnes âgées, dont le système immunitaire est généralement affaibli alors même qu’elles sont les plus à risque de développer des formes graves de la maladie. D’autre part, des essais de phase 3 pour étudier l’efficacité et la sécurité à grande échelle des candidats vaccins prometteurs, en fonction de l’intensité de la circulation du virus en France dans les prochains mois, sont également prévus.

Ces essais cliniques pourraient démarrer entre octobre et la fin de l’année, selon l’évolution de l’épidémie et des discussions en cours avec les industriels.

« L’étape des essais cliniques dans de bonnes conditions est capitale pour le développement de vaccins sûrs et efficaces. Chercheurs et médecins, nous sommes tous engagés pour une évaluation rigoureuse permettant de fournir aux autorités sanitaires les données indispensables pour garantir au public la qualité des vaccins développés. Nous avons aujourd’hui besoin de la mobilisation de volontaires à nos côtés », souligne Odile Launay, professeure en maladies infectieuses et tropicales à l’Université de Paris, coordinatrice du CIC Cochin-Pasteur à l’hôpital Cochin (AP-HP), coordinatrice de COVIREIVAC.

Outre le suivi et la surveillance des volontaires pendant les essais, un dispositif spécifique de surveillance des participants sera mis en place par la plateforme à la fin des essais, en lien avec les médecins généralistes et l’ANSM. Cette surveillance permettra ainsi de suivre la sécurité des vaccins à long terme.

COVIREIVAC, un « guichet unique » pour la France

La plateforme COVIREIVAC travaille en étroite collaboration avec le comité scientifique vaccins Covid-19, présidé par Marie-Paule Kieny, directrice de recherche à l’Inserm, membre du comité CARE. Les essais cliniques conduits porteront sur les vaccins les plus prometteurs, sélectionnés par le comité scientifique vaccins.

Covid-19 : 15 % des formes graves de la maladie s’expliquent par des anomalies génétiques et immunologiques

Image de microscopie du Coronavirus SARS-CoV-2 responsables de la maladie COVID-19 accrochés aux cellules épithéliales respiratoires humaines

SARS-Cov-2 coronavirus responsible for COVID-19 disease attached to human respiratory epithelial cells ©M.Rosa-Calatraval/O.Terrier/A.Pizzorno/E.Errazuriz-Cerda

Pourquoi la réponse individuelle à l’infection par le virus SARS-CoV2 varie-t-elle autant d’une personne à l’autre ? Résoudre ce mystère permettrait d’identifier les patients à risque, d’anticiper et d’améliorer leur prise en charge et d’offrir de nouvelles voies thérapeutiques fondées sur une meilleure compréhension de la maladie. Des chercheurs de l’Inserm, d’Université de Paris et de l’AP-HP à l’Institut de recherche Imagine (hôpital Necker-Enfants malades AP-HP), et de l’Université Rockefeller et du Howard Hughes Medical Institute à New York en collaboration avec l’équipe dirigée par le Pr Guy Gorochov au Centre d’Immunologie et des Maladies Infectieuses (Sorbonne Université/Inserm/CNRS), ont pour la première fois répondu à cette question clé.

L’équipe franco-américaine, dirigée conjointement par Jean-Laurent Casanova et Laurent Abel*, a identifié les premières causes génétiques et immunologiques expliquant 15 % des formes graves de Covid-19. Ces malades ont un point commun : un défaut d’activité des interférons de type I, molécules du système immunitaire qui ont normalement une puissante activité antivirale. Ces découvertes permettraient de dépister les personnes à risque de développer une forme grave, et de mieux soigner ce groupe de patients. Les résultats de ces travaux sont publiés dans la revue Science.

Dès le début de pandémie de Covid-19, le chercheur Jean-Laurent Casanova et son équipe ont mis en place un consortium international, COVID human genetic effort dans le but d’identifier les facteurs génétiques et immunologiques pouvant expliquer la survenue de formes graves de la maladie. Ils se sont intéressés à des patients atteints de ces formes sévères, dont certains patients inclus dans les cohortes French-Covid et CoV Contact promues par l’Inserm. En ciblant leur recherche sur des mécanismes spécifiques de l’immunité – la voie des interférons (IFN) de type I qui sont de puissantes molécules antivirales – les chercheurs ont mis en évidence chez certains patients des anomalies génétiques qui diminuent la production des IFN de type I (3-4% des formes graves). Chez d’autres patients, ils ont identifié des maladies auto-immunes qui bloquent l’action des IFN de type I (10-11% des formes graves). L’ensemble de ces découvertes expliquerait donc 15 % des formes graves de Covid-19

Le premier article publié dans Science décrit ainsi des anomalies génétiques chez des patients atteints de formes sévères de Covid-19 au niveau de 13 gènes déjà connus pour régir la réponse immunitaire contrôlée par les IFN de type I contre le virus grippal. Des mutations de ces gènes sont la cause de certaines formes sévères de grippe.La principale conséquence de ces mutations est un défaut de production des IFN de type I. C’est par exemple ce qu’ont montré les laboratoires d’Ali Amara et Vassili Soumelis à l’Institut de Recherche Saint Louis à partir des cellules d’un patient porteur d’une mutation dans le gène IRF7.  

Quel que soit leur âge, les personnes porteuses de ces mutations sont plus à risque de développer une forme potentiellement mortelle de grippe ou de Covid-19.

Un moyen simple et rapide de détecter certains de ces sujets à risque pourrait être le dosage sérique des IFN de type I par la technique ultra-sensible d’ELISA digitale utilisée pour ce travail par l’équipe de Guy Gorochov au Centre d’Immunologie et des Maladies Infectieuses.

La prise précoce d’IFN de type 1 chez ces patients pourrait être une piste thérapeutique. Ces médicaments sont disponibles depuis plus de 30 ans et sans effets secondaires notables s’ils sont pris pendant une courte période.

Dans la seconde étude également publiée dans Science, les chercheurs montrent chez les patients atteints de formes graves de Covid-19, la présence à taux élevé dans le sang d’anticorps dirigés contre les IFN de type I des individus (auto-anticorps) et capables de neutraliser l’effet de ces molécules antivirales. Ces auto-anticorps sont retrouvés chez plus de 10 % des patients développant une pneumonie grave par infection au SARS-CoV2. D’une manière intéressante, ils ont pu être retrouvés bien avant la pandémie chez certains patients suivis de longue date à l’AP-HP pour d’autres pathologies. Ils sont absents chez les personnes qui développent une forme bénigne de la maladie et sont rares dans la population générale. Leur présence empêche les IFN de type I d’agir contre le virus SARS-CoV2. La production de ces anticorps dirigés contre le système immunitaire des patients témoigne probablement d’autres altérations génétiques qui sont en cours d’étude. Ces personnes pourraient bénéficier d’une plasmaphérèse (prélèvement de la partie liquide du sang contenant notamment les globules blancs et les anticorps), ou d’autres traitements pouvant réduire la production de ces anticorps par les lymphocytes B.

L’analyse d’un échantillon contrôle de 1 227 personnes en bonne santé a permis d’évaluer la prévalence d’auto-anticorps contre l’IFN de type 1 à 0,33 % dans la population générale, soit une prévalence 15 fois inférieure à celle observée chez les patients atteints de formes sévères. Ces résultats laissent penser qu’il faut donc dépister la population générale afin de détecter ces anticorps.

« Qu’il s’agisse de variants génétiques qui diminuent la production d’IFN de type I pendant l’infection ou d’anticorps qui les neutralisent, ces déficits précèdent l’infection par le virus et expliquent la maladie grave. Ces deux publications majeures mettent donc en évidence le rôle crucial des IFN de type I dans la réponse immunitaire contre le SARS-CoV2 », concluent Jean-Laurent Casanova et Laurent Abel.

Une piste pour comprendre l’incidence de forme sévère chez les hommes et les plus de 65 ans

Dans la deuxième publication, sur les 101 patients présentant ces anticorps dirigés contre les IFN de type 1, 95 étaient des hommes. Cette proportion est supérieure à celle observée chez les patients atteints de formes sévères sans anticorps neutralisants. De plus l’une des 6 femmes chez qui la présence d’auto-anticorps a pu être détectée, était par ailleurs atteinte d’Incontinentia pigmenti, une maladie génétique due à une mutation d’un gène porté par le chromosome X, l’un des chromosomes qui distingue les males des femelles. Ces données suggèrent que la production de ces anticorps pourrait être liée au chromosome X.

Par ailleurs 49,5 % des patients testés positif pour ces anticorps avaient plus de 65 ans, contre 38 % dans le reste de la cohorte, ce qui laisse également supposer que la fréquence de ces anticorps augmente avec l’âge.

* Jean-Laurent Casanova dirige la génétique et l’immunologie expérimentale dans les deux branches, tandis que Laurent Abel dirige la génétique et l’épidémiologie mathématique dans les deux branches.

Les lymphocytes T non conventionnels chez les patients atteints de formes sévères de Covid-19 sont prédictifs de l’évolution de la maladie

Coronavirus SARS-CoV-2 responsable de la maladie COVID-19 observé en gros plan à la surface d’une cellule épithéliale respiratoire humaine. ©M.Rosa-Calatrava/O.Terrier/A.Pizzorno/E.Errazuriz-Cerda

Des chercheurs de l’Inserm, de l’Université de Tours et du CHRU de Tours ont découvert que les patients souffrant de formes sévères de Covid-19 présentent des changements dans une classe de cellules immunitaires connues sous le nom de « lymphocytes T non conventionnels ». L’étude, publiée dans le Journal of Experimental Medicine (JEM), suggère que surveiller l’activité de ces cellules dans le sang des patients pourrait permettre de prédire la gravité et l’évolution de la maladie.

Alors que la plupart des personnes infectées par le virus du SARS-CoV-2 présentent des symptômes relativement bénins, certains patients développent une réponse inflammatoire anormale associée à des lésions pulmonaires et à un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA), pouvant entraîner le décès du patient. Cependant, les cellules immunitaires et les molécules inflammatoires responsables du SDRA associé au Covid-19 restent mal connues des chercheurs.

Les lymphocytes T non conventionnels sont une classe de cellules immunitaires qui participent au contrôle de la réponse à une infection virale et sont fréquemment retrouvées dans les poumons et dans d’autres tissus muqueux de l’organisme. « Néanmoins, le rôle des lymphocytes T non conventionnels dans le processus physiopathologique du SDRA causé par le SARS-CoV-2 n’a pas encore été exploré », souligne Christophe Paget, dernier auteur et chercheur Inserm au Centre d’Etude des Pathologies Respiratoires (Inserm/Université de Tours). 

Avec ses collègues, dont le co-auteur de l’étude Youenn Jouan, Christophe Paget s’est intéressé à 30 patients admis en Médecine Intensive Réanimation au CHRU de Tours, atteints de formes graves de Covid-19. Les chercheurs ont comparé la quantité et le type de cellules immunitaires présentes dans leur sang et leurs voies respiratoires à celles retrouvées chez des volontaires sains ou des patients admis en réanimation pour des raisons autres que le Covid-19. 

Ils ont ainsi découvert que deux populations de lymphocytes T non conventionnels, connues sous le nom de lymphocytes T invariants associés aux muqueuses (MAIT) et de lymphocytes T Natural Killer (iNKT), se retrouvaient en quantité considérablement réduite dans le sang des patients atteints de Covid-19 sévère. A l’inverse, la quantité des MAIT dans les voies respiratoires de ces patients était augmentée, ce qui pourrait suggérer une migration de ces cellules vers les poumons afin de contrôler localement l’infection par le SARS-CoV-2.

Par ailleurs, les MAIT et iNKT des patients atteints de Covid-19 semblaient être fortement activées, produisant de nombreuses molécules inflammatoires. Les chercheurs ont découvert que les patients dont les MAIT et iNKT du sang étaient particulièrement activées au moment de leur admission en réanimation présentaient une meilleure évolution de leur niveau d’hypoxémie (faible taux d’oxygène dans le sang). De plus, ces patients sortaient également plus tôt des soins intensifs, suggérant donc une évolution plus rapide et favorable de leur maladie.

« Ces résultats suggèrent que les cellules MAIT et iNKT pourraient jouer un rôle bénéfique lors d’une Covid-19 grave bien que leurs fonctions précises et les mécanismes associés nécessitent des recherches plus approfondies », explique Youenn Jouan.

« Dans l’ensemble, nos conclusions devraient encourager d’autres études sur les cellules MAIT et iNKT dans les cas de SDRA induits par le SARS-CoV-2 afin d’évaluer leur potentiel en tant que biomarqueurs et/ou cibles pour les stratégies d’intervention immunitaire. Cette piste est intéressante car nous savons déjà manipuler les lymphocytes T non conventionnels dans des modèles expérimentaux. Toutefois, ces perspectives cliniques sont à envisager à plus long terme », ajoute Christophe Paget.

Prise en charge des formes sévères de Covid-19 : une méta-analyse incluant l’étude CAPE-COVID plaide en faveur de la corticothérapie

Coronavirus SARS-CoV-2 accrochés au niveau des cils de cellule épithéliale respiratoire humaine. © Manuel Rosa-Calatrava, Inserm ; Olivier Terrier, CNRS ; Andrés Pizzorno, Signia Therapeutics ; Elisabeth Errazuriz-Cerda  UCBL1 CIQLE. VirPath (Centre International de Recherche en Infectiologie U1111 Inserm – UMR 5308 CNRS – ENS Lyon – UCBL1). Colorisé par Noa Rosa C.

Identifier un traitement pour les formes sévères de Covid-19 et en particulier pour l’insuffisance respiratoire aiguë qui y est associée, s’avère une priorité pour améliorer la prise en charge et le pronostic vital des patients. Le repositionnement médicamenteux de corticoïdes est récemment apparu comme une piste thérapeutique à explorer. Des scientifiques de l’Inserm, du CHU de Tours et de l’AP-HP publient ce 2 septembre les résultats de l’étude CAPE-COVID dans le Journal of the American Medical Association, en parallèle de la publication dans cette même revue d’une méta-analyse coordonnée par l’OMS et l’Université de Bristol, regroupant 7 études (dont CAPE-COVID). Pris collectivement, les résultats de ces travaux montrent qu’un traitement par corticoïdes diminuerait de 21% le risque de mortalité des formes sévères de Covid-19.

Les formes sévères de Covid-19 peuvent amener les patients en réanimation, le plus souvent en raison d’une insuffisance respiratoire aiguë. Aucun médicament repositionné n’ayant jusqu’à récemment montré d’efficacité significative, le traitement ne reposait que sur différentes techniques d’oxygénation et de ventilation artificielle (on parle alors de « traitement symptomatique » ou de « soins standards »).

Le 17 juillet 2020, une équipe britannique a publié les résultats d’une partie de l’essai randomisé RECOVERY, montrant qu’un traitement par dexamethasone, un corticoïde de synthèse, diminuait d’environ 11% la mortalité à 4 semaines chez les patients hospitalisés pour une Covid-19, par rapport au traitement usuel. Ce bénéfice ne semblait observé que chez les patients recevant de l’oxygène, et était plus important chez les patients sous ventilation mécanique, dont la mortalité relative diminuait de près de 30%. Quand les premiers résultats de cette étude ont commencé à circuler, plusieurs essais thérapeutiques évaluant la corticothérapie dans les formes sévères de Covid-19 étaient en cours dans le monde. Suite aux résultats positifs de RECOVERY quant à l’efficacité de la corticothérapie, ces différents essais ont été interrompus. A l’initiative de l’Organisation Mondiale de la Santé, les résultats des sept essais randomisés les plus avancés (dont ceux des patients de RECOVERY sous ventilation mécanique) ont fait l’objet d’une méta-analyse, méthode statistique qui, en regroupant les patients de différentes études, permet d’augmenter la puissance statistique de ces dernières. Une telle analyse se justifiait dans le cas présent, pour pallier l’arrêt prématuré de 6 de ces études.

Parmi les 7 essais inclus dans ce travail, 3 font l’objet d’une publication simultanée dans le Journal of the American Medical Association, dont l’essai CAPE-COVID, un essai multicentrique français promu par le CHRU de Tours et dirigé par le Professeur Pierre-François DEQUIN, chef du service de médecine intensive – réanimation du CHU de Tours, au sein du Centre d’étude des pathologies respiratoires (Inserm/Université de Tours), avec le Pr Djillali Annane, chef du service de médecine intensive réanimation de l’hôpital Raymond-Poincaré, AP-HP, Université Paris-Saclay et en collaboration avec le réseau de recherche CRICS-TriGGERSep, coordonné par l’Inserm.

Dans ce travail, 149 patients inclus du 7 mars au 1er juin dans 9 centres français ont reçu en aveugle (les équipes en charge du patient ignoraient quel traitement lui était administré) soit de l’hydrocortisone, un corticoïde naturel, soit un placebo.

L’objectif était ici d’évaluer l’efficacité de l’hydrocortisone à 3 semaines après le début du traitement en comparant dans chaque groupe le nombre de patients pour lesquels il était nécessaire de poursuivre la ventilation mécanique ou toute autre technique d’oxygénothérapie propre à la réanimation, ainsi que le nombre de décès.


Les différences qui ont été observées entre les deux groupes dans cette étude sont trop faibles pour conclure au bénéfice de l’hydrocortisone sur la base de cette seule publication. En effet, si la mortalité relative à 3 semaines apparaissait diminuée de 46% l’effectif trop faible ne permettait pas de conclure que cette différence n’était pas due au hasard. L’étude a en effet été interrompue, avant d’avoir atteint les 290 patients initialement attendus. En revanche, cette étude a permis de constater que les infections secondaires nosocomiales, un risque redouté avec les corticoïdes lors d’une infection virale, n’étaient pas plus fréquentes sous hydrocortisone.

L’équipe du Pr Djillali Annane a également participé à l’étude internationale REMAP-CAP, coordonnée par l’Université de Pittsburgh, dont les résultats font aussi l’objet d’une publication dans le Journal of the American Medical Association. [1]

Les équipes du CHRU de Tours, de l’Inserm et de l’AP-HP ont également participé à la méta-analyse, coordonnée par l’OMS et effectuée par des chercheurs du National Institute for Health Research (NIHR, Institut national pour la recherche en santé) à l’Université de Bristol, publiée en parallèle dans le Journal of the American Medical Association et dont les résultats incluent CAPE-COVID, REMAP-CAP et RECOVERY. Cette étude a compilé les données de 1 703 patients provenant de 12 pays ayant reçu par tirage au sort, soit les soins standards, soit un placebo associé aux soins standards, soit un corticoïde (dexamethasone, hydrocortisone ou methylprednisolone).

Entre 3 et 4 semaines après le début du traitement, les patients traités par un corticoïde présentaient un risque relatif de mortalité inférieur à 21% par rapport aux patients recevant le seul traitement symptomatique ou le traitement symptomatique associé au placebo. De plus, aucun effet secondaire spécifique au traitement par corticoïdes n’a été mis en évidence.

« La publication de la méta-analyse confirme aujourd’hui le bénéfice des corticoïdes dans les formes sévères de COVID-19 », précise Pierre-François Dequin, « bénéfice qui n’avait jamais été montré dans une infection respiratoire et systémique due à un virus. C’est une étape thérapeutique importante qui a été franchie cet été, ajoute-t-il elle ne s’applique en revanche qu’à des patients hospitalisés pour une forme sévère : le bénéfice et surtout la sécurité des corticoïdes ne sont pas montrés dans d’autres formes. » Pour Djillali Annane, « c’est un tournant dans la lutte contre la pandémie. L’augmentation spectaculaire des chances de survie grâce au traitement par de faibles doses de corticoïdes est confirmé par sept études indépendantes dont les résultats sont aujourd’hui publiés dans 4 articles dans la prestigieuse revue JAMA. En réaction l’OMS recommande dans un article publié simultanément dans le British Medical Journal, le traitement par les corticoïdes des patients COVID 19 nécessitant un traitement par oxygène avec ou sans assistance ventilatoire ».

D’autres données sont attendues dans les mois à venir, notamment celles du suivi des patients à plus long terme. Par ailleurs, l’Inserm, à travers le Centre d’Etude des Pathologies Respiratoires, étudie actuellement des échantillons sanguins d’une partie de ces patients, pour mieux comprendre l’impact des corticoïdes sur les défenses immunitaires des patients atteints de Covid-19.

 

[1] Effect of Hydrocortisone on Mortality and Organ Support in Patients with Severe COVID-19
The REMAP-CAP COVID-19 Corticosteroid Domain Randomized Clinical Trial
Journal of the American Medical Association, doi:10.1001/jama.2020.17022

Covid-19 : Évaluation de la performance de plusieurs tests sérologiques de détection d’anticorps

Echantillons sanguins dans la cohorte Constances et tests sérologiques de l’infection au virus SARS-Cov-2  Crédits :   ©Unité des Virus Émergents (Inserm - Aix Marseille Université - IRD)  Image « UVE Séroneutralisation cellules » :  des cellules non infectées par le virus SARS-CoV-2, preuve que l’échantillon de sang contenait des anticorps neutralisants capable d’empêcher le virus d’entrer dans les cellules.   Image « UVE Séroneutralisation cellules infectées » : de nombreuses cellules ont été détruites, preuve de l’absence d’anticorps neutralisants contre le virus.

 Echantillons sanguins dans la cohorte Constances et tests sérologiques de l’infection au virus SARS-Cov-2. A gauche : des cellules non infectées par le virus SARS-CoV-2, preuve que l’échantillon de sang contenait des anticorps neutralisants capable d’empêcher le virus d’entrer dans les cellules. A droite : de nombreuses cellules ont été détruites, preuve de l’absence d’anticorps neutralisants contre le virus. ©Unité des Virus Émergents (Inserm – Aix Marseille Université – IRD)

Des chercheurs de l’Institut Pasteur, du CNRS, de l’Inserm et d’Université de Paris ont réalisé une étude pilote pour évaluer la fiabilité de plusieurs tests de laboratoire afin de mieux comprendre le profil de réponses en anticorps contre le SARS-CoV-2 et la propagation du virus dans la population. A ce jour, quatre tests de détection d’anticorps anti SARS-CoV-2 ont été développés et évalués ainsi que deux tests de détection d’anticorps neutralisants. Ces tests, dits de laboratoire, sont une première étape pour les études épidémiologiques sur COVID-19. Les résultats de cette étude ont été publiés en ligne sur MedRxiv, le 24 avril 2020, puis dans Science Tanslational Medicine, le 17 août 2020. 

Pour endiguer l’épidémie et mieux comprendre la propagation du virus, il est extrêmement important d’évaluer la prévalence des cas asymptomatiques et symptomatiques d’infection par le SARS-CoV-2 et leur profil de réponses en anticorps.

Actuellement, les tests basés sur la PCR sont largement utilisés en France et dans le monde, pour le diagnostic du COVID-19 et pour la détection et la quantification de l’ARN du SARS-CoV-2. Ces tests virologiques sont essentiels pour identifier et surveiller les individus atteints d’infections actives.

Parallèlement, des tests sérologiques sont également mis en œuvre. Ces tests sont de deux types :

  • Les tests de détection d’anticorps qui permettent d’évaluer si une personne a développé des anticorps contre des protéines du SARS-CoV-2, et donc, si elle a antérieurement contracté le virus.
  • Les tests de neutralisation qui permettent quant à eux de déterminer si une personne possède des anticorps neutralisants et si elle est donc immunisée contre le virus.

Des tests fiables nécessaires

Des tests fiables sont essentiels. Plusieurs équipes de l’Institut Pasteur, du CNRS, de l’Inserm et d’Université de Paris se sont donc mobilisées pour développer différents tests sérologiques et ont donc réalisé une étude pilote pour évaluer la fiabilité de 4 tests de détection en mesurant les niveaux d’anticorps anti-SARS-CoV-2. Parallèlement, deux tests de détection ont été développés et ont permis une comparaison supplémentaire. Les groupes d’échantillons sanguins proviennent de différentes catégories d’individus. Ces groupes ayant servi à l’évaluation de ces tests étaient répartis de la manière suivante : 

  • des échantillons de 400 individus pré-épidémiques (2017-2019), servant d’échantillons de comparaison afin d’établir la spécificité des tests en s’assurant qu’il n’y a pas ou très peu de « faux positifs » ;
  • des échantillons de 51 patients positifs au COVID-19 avec des formes sévères ou critiques, provenant de l’hôpital Bichat (Paris). Cela permet d’établir la sensibilité des tests, et d’étudier les cinétiques d’apparition des anticorps ;
  • des échantillons de 209 individus présentant des symptômes légers (fièvre ou toux par exemple) prélevés dans le département de l’Oise les 3 et 4 mars 2020 ;
  • des échantillons de 200 donneurs de sang de l’Oise, asymptomatiques et prélevés entre le 20 et le 24 mars 2020.

Résultats de séroprévalence

La séropositivité (présence d’anticorps) a été détectée chez 32% des individus ayant présenté des signes légers compatibles avec COVID-19 dans les 15 jours précédant les prélèvements et chez 3 % des personnes asymptomatiques, ayant donné leur sang.
 Délai d’apparition des anticorps

Les chercheurs ont caractérisé les délais d’apparition des anticorps chez les personnes hospitalisées atteintes de COVID-19. Les anticorps apparaissent dès 5-6 jours après les premiers symptômes et ils possèdent une activité neutralisante dès 7-14 jours.

Ce délai est probablement plus long chez les personnes pauci-symptomatiques (avec peu de symptômes) ou asymptomatiques (aucun symptôme), et les titres (concentration) d’anticorps plus faibles.
 

Description et évaluation des tests

Les équipes de recherche ont conçu quatre tests de laboratoire pour évaluer les niveaux d’anticorps anti-SARS-CoV-2 dans le sérum humain.

Tests ELISA : Les deux tests ELISA sont des tests classiques, utilisant comme antigènes cibles la protéine N entière du SARS-CoV-2 (ELISA N) ou le domaine extracellulaire du spicule du virus (S).

Avantages : ces tests utilisent une technique facilement transposable et qui est utilisée dans des kits commerciaux. Le test ELISA S est un peu plus sensible que l’ELISA N.

Pour ces deux tests, se pose la question de leur utilisation à grande échelle, ou de leur industrialisation. Pour l’instant ce sont des tests maison. Des tests de principe similaire sont déjà commercialisés, et sont en cours d’évaluation par le CNR.
Les performances des tests commerciaux sont évaluées par le CNR en utilisant des sérums qui ont été qualifiés comme négatifs ou positifs en anticorps dirigés contre le SARS-CoV-2 à l’aide d’au moins deux des tests sérologiques développés à l’Institut Pasteur.

Test S-Flow : ce test détecte la protéine du spicule du SARS-Cov-2 dans sa conformation naturelle, à la surface de la cellule. Il est très sensible et spécifique. Les résultats sont similaires à ELISA S, avec une sensibilité supérieure lorsque les taux d’anticorps sont faibles.  Mais le test nécessite un appareillage de lecture particulier (cytomètre de flux), moins répandu que le lecteur de plaques dans les laboratoires d’analyse. Il est donc adapté à des activités de recherche épidémiologique plutôt qu’au diagnostic individuel à grande échelle.

Test LIPS : ce test dit « d’immunoprécipitation », utilise une technique différente des précédents et détecte les anticorps se fixant sur les protéines N ou S du SARS-Cov-2 ou leurs sous-domaines. Le test permet de caractériser de façon fine les régions des protéines virales cibles de la réponse anticorps. Le test utilise donc différents « antigènes cibles » de détection, et la sensibilité du test varie avec l’antigène détecté. Dans le cadre de cette étude une partie de N et une partie de S (S1) ont été utilisées. Par ailleurs ces tests sont utilisables sans modification chez la plupart des animaux

Les équipes de recherche ont par ailleurs développé deux tests dédiés à la recherche d’anticorps neutralisants dans le sérum des personnes infectées.  Un test qui utilise du virus infectieux SARS-Cov-2, et nécessite un accès en laboratoire P3. Et un test avec un « pseudovirus » qui permet de travailler hors P3.

Le test de neutralisation avec le virus SARS-CoV-2 infectieux est plus fastidieux à mettre en œuvre car il nécessite une manipulation en laboratoire P3. Il utilise une dose fixe de virus qui détruit 100 % des cellules. Après mélange avec différentes dilutions de sérum, on observe si la présence d’anticorps anti-SARS-CoV-2 permet de neutraliser le virus et donc d’inhiber la multiplication virale et par conséquent d’empêcher la destruction des cellules.

Les équipes de recherche ont également mis au point un test de séro-neutralisation, appelé Lenti S, utilisant non pas le virus SARS-CoV-2 mais un pseudovirus non infectieux. Ce test ne nécessite donc pas de confinement en laboratoire de sécurité ce qui en assure une grande facilité de mise en œuvre à large échelle.

A l’inverse des tests de type ELISA qui détectent la présence d’anticorps, un test de séro-neutralisation mesure la capacité des anticorps à bloquer l’entrée du virus dans les cellules. Il permet donc de déterminer si une personne possède des anticorps capables de limiter la multiplication du virus et donc susceptibles de contribuer à la protection contre une nouvelle infection par le SARS-CoV-2. Les équipes de recherche souhaitent adapter ce test pour qu’il puisse être utilisé à très haut débit. D’autres travaux seront nécessaires pour déterminer la quantité d’anticorps neutralisants susceptible de contribuer à la protection, ainsi que leur persistance dans le temps.
 

Corrélation entre les tests

Pour évaluer la fiabilité des tests les uns par rapport aux autres, les équipes de recherche ont comparé les tests en utilisant les trois cohortes.

Chez les patients hospitalisés, un nombre à peu près similaire de cas positifs a été obtenu avec les tests sérologiques visant N ou S alors que la recherche d’anticorps anti-S1 est moins sensible dans cette application diagnostique, l’objectif de ce dernier test étant l’étude d’une corrélation avec la protection.

Avec la cohorte d’individus symptomatiques de l’Oise, le test S Flow, le test ELISA S, la combinaison LIPS N+S1 ont donné des résultats très proches et des taux de détection plus élevés que les autres tests. Chez les donneurs de sang, les cas positifs n’ont été détectés qu’avec les tests S Flow et le test ELISA S.
 

En conclusion :

1. Les équipes de recherche ont comparé les performances de 4 tests d’identification d’anticorps anti SARS-CoV-2. Globalement, ils fonctionnent très bien, avec des différences de sensibilité en fonction des tests et surtout des antigènes visés.

2. En ce qui concerne les tests d’identification d’anticorps neutralisants, le test de séro-neutralisation avec pseudovirus est simple et robuste mais il nécessite un équipement de culture cellulaire et des machines spéciales. Les tests sérologiques permettent d’estimer un taux d’anticorps se liant au virus sans préjuger de leur activité fonctionnelle.

3. Les chercheurs établissent actuellement des corrélations, qui permettront d’estimer, en fonction des taux d’anticorps se fixant sur différentes parties du virus, les échantillons de sang qui ont une activité neutralisante.

4. La présence d’anticorps neutralisants dans le sang est très probablement un signe que la personne est protégée contre une nouvelle infection, de manière d’autant plus importante que leur titre est élevé, mais cela n’a pas été encore formellement démontré.

5. Les tests de sérologie permettent de faire des études épistémologiques de séroprevalence sur des groupes donnés.

6. Le virus a bien circulé au sein du cluster de premiers cas, dans l’Oise : 32% de personnes avec signes cliniques modérés compatibles avec COVID-19 avaient des anticorps.

7. Concernant les tests chez les personnes asymptomatiques, les résultats dépendent des groupes étudiés et de leur localisation. Par exemple, les donneurs de sang asymptomatiques (les personnes ayant présenté des signes récents ne peuvent donner leur sang) dans l’Oise montrent 3 % de cas positifs parmi 200 cas testés.

« Ces tests servent à détecter la séroprévalence dans des études épidémiologiques et aussi à réaliser des diagnostics individuels. Ils sont également très utiles pour caractériser complètement des panels de sérums lors de l’évaluation des tests commerciaux. Cette étude a associé de nombreuses équipes de l’Institut Pasteur, qui ont travaillé en collaboration avec des médecins et virologistes de l’APHP, de l’INSERM, des épidémiologistes, l’EFS. Nous remercions les patients et les volontaires qui ont donné leur sang pour cette étude » soulignent Marc Eloit, Hugo Mouquet, Olivier Schwartz et Sylvie van der Werf, co-auteurs de cette étude.

« Les test ELISA N et ELISA S sont particulièrement intéressants dans le contexte actuel. A l’Institut Pasteur, il pourra être effectué plusieurs milliers de tests par semaine et la technique pourra être partagée avec d’autres laboratoires » explique quant à elle Sylvie van der Werf, responsable du Centre National de Référence des virus des infections respiratoires et co-dernière auteure de l’étude.

« Les tests de type LIPS ont une sensibilité équivalente pour un même antigène à des tests de type ELISA et sont adaptés à l’étude fine d’une probabilité de protection contre une nouvelle infection sur les cohortes de quelques milliers de sérums, pour définir les antigènes optimaux à utiliser pour des tests à très haut débit, ce qui correspond à une des demandes majeures pour la gestion du déconfinement. Depuis ces travaux, nous avons également étendu l’utilisation du test LIPS à la détection de l’infection par des coronavirus saisonniers et à la détermination de leur rôle dans la protection contre le SARS-CoV-2 ou sa facilitation » souligne Marc Eloit, responsable du laboratoire de Découverte de Pathogènes et co-dernier auteur de l’étude.
« Depuis le début de cette étude, en mars 2020, le test S-Flow est utilisé pour étudier l’importance de la réponse humorale chez les individus positifs à la PCR, présentant des symptômes bénins. Nous évaluons actuellement la durée de cette réponse. Nous analysons des échantillons d’individus convalescents collectés à différents points dans le temps après l’apparition des symptômes », explique Olivier Schwartz, responsable de l’unité Virus et immunité et co-dernier auteur de l’étude.

Identification d’une nouvelle cible thérapeutique potentielle contre le Covid-19

Image de microscopie du Coronavirus SARS-CoV-2 responsables de la maladie COVID-19 accrochés aux cellules épithéliales respiratoires humaines

Coronavirus SARS-CoV-2 responsables de la maladie COVID-19 accrochés aux cellules épithéliales respiratoires humaines
©M.Rosa-Calatraval/O.Terrier/A.Pizzorno/E.Errazuriz-cerda

Une étude menée par des chercheurs et médecins de Gustave Roussy, de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris AP-HP, de l’Inserm , de l’Université Paris-Saclay et d’Université de Paris, en collaboration avec plusieurs équipes étrangères (Singapour, Chine, Israël), révèle que les patients atteints d’une forme grave de Covid-19 présentent un déficit des fonctions de l’immunité innée des cellules myéloïdes (fraction des globules blancs) comme les polynucléaire neutrophiles, monocytes), associé à un taux très élevé de calprotectine, une protéine pro-inflammatoire de la famille des alarmines, dans le sang.

Publiés dans la prestigieuse revue Cell, ces résultats permettent de proposer un test diagnostique susceptible d’identifier rapidement les patients risquant de développer une forme sévère de la maladie et ouvrent la voie à une approche thérapeutique inédite : le blocage du récepteur de la calprotectine, une protéine pro-inflammatoire de la famille des alarmines.

Dirigés par Aymeric Silvin, chercheur en immunologie, spécialiste des cellules myéloïdes, au sein de l’Unité 1015 Gustave Roussy / Inserm / Université Paris-Saclay, ces travaux ont été réalisés en collaboration étroite avec le docteur Florent Ginhoux, éminent chercheur du Singapore Immunology Network (SIgN), la Professeure Michaela Fontenay, cheffe du service d’hématologie biologique de l’hôpital Cochin, APHP, et directrice d’équipe à l’Institut Cochin dans l’Unité 1016 Inserm / CNRS / Université de Paris, et le Professeur Eric Solary, de l’Unité 1287 Gustave Roussy / Inserm / Université Paris-Saclay.

L’étude s’est appuyée sur l’analyse d’échantillons sanguins provenant de 158 patients admis aux urgences pour suspicion de Covid-19. Parmi eux, 72 patients ont été testés négatifs par PCR et 86 se sont révélés positifs, en présentant trois degrés de sévérité de la maladie (léger, modéré, sévère).

De multiples analyses des cellules sanguines de ces patients, notamment par cytométrie spectrale en flux, ont révélé des modifications de la production et de la répartition de certaines cellules myéloïdes du système immunitaire chez les patients atteints d’une forme grave de la Covid-19, aboutissant à une immunosuppression. Ces modifications incluent :

  • Un nombre élevé de monocytes « classiques » sous exprimant l’antigène HLA-DR, favorisant l’immuno-suppression
  • Une forte diminution des monocytes « non classiques », qui constituent habituellement 10% des monocytes mais représentent moins de 4% chez les patients sévères
  • La libération de cellules myéloïdes correspondant à des polynucléaires neutrophiles immatures aux propriétés immunosuppressives (myélopoïèse d’urgence). Cette libération pourrait être liée à un taux très élevé de calprotectine.

En effet, l’analyse de multiples protéines du plasma sanguin a révélé un taux très élevé de calprotectine (taux normal multiplié par 100 à 1 000) chez les patients atteints de forme sévère de Covid-19.  La calprotectine est une protéine générée dans un contexte inflammatoire.

« Nos résultats suggèrent que la calprotectine pourrait être responsable de l’aggravation de la Covid-19, puisque sa quantité corrèle avec les besoins en oxygène ainsi que les facteurs impliqués dans la thrombose, souligne Aymeric Silvin. La forte augmentation de calprotectine dans le sang pourrait intervenir avant l’orage cytokinique associé à l’emballement inflammatoire des patients développant une forme sévère.  Nous pensons qu’une boucle d’amplification se crée entre la calprotectine et l’interleukine-6, induisant une inflammation chronique aboutissant à une immuno-suppression ».

La Professeure Michaela Fontenay, cheffe du service d’hématologie biologique de l’hôpital Cochin, AP-HP, précise qu’« un diagnostic précoce d’une forme grave peut être réalisé par la combinaison d’un dosage de calprotectine et d’un test de routine de cytométrie en flux implantable dans les laboratoires d’hématologie. Un test de routine équivalent a déjà été déployé en France dans le but de faciliter le diagnostic d’une maladie hématologique. »

Ces résultats inédits permettent d’envisager de nouvelles stratégies thérapeutiques pour contrer l’aggravation de la Covid-19, en bloquant par exemple les récepteurs de la calprotectine et la myélopoïèse d’urgence. Ces stratégies sont à évaluer par des essais cliniques. Des discussions ont démarré pour repositionner un médicament anticancéreux dans cette indication.

Les conclusions de l’étude indiquent aussi que les taux de calprotectine et de monocytes non classiques dans le sang constituent des marqueurs susceptibles d’identifier les patients qui vont développer une forme grave de Covid-19. L’analyse de ces biomarqueurs pourrait être effectuée en routine. « Le diagnostic précoce d’une forme grave de la Covid-19 peut être réalisé sur un tube de sang en combinant un dosage de la calprotectine et un test de cytométrie en flux facilement implantable dans les laboratoires d’hématologie de routine, indique Pre Michaela Fontenay. Un test équivalent a été déployé ces dernières années en France dans le but de faciliter le diagnostic d’une maladie hématologique »

Cette étude a pu être réalisée grâce au soutien financier d’Amazon et de la Fondation Carrefour, des mécènes de Gustave Roussy, et du centre national de médecine de précision PRISM, soutenu par l’Agence Nationale de la Recherche.
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