Menu

Dépression et maladie cardiaque : un cocktail explosif ?

Alors que les maladies cardiovasculaires représentent la première cause de décès, la dépression est en passe de devenir, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la deuxième affection au monde. Quid de l’interaction entre ces deux pathologies ? Une équipe internationale de chercheurs dont Hermann Nabi et Archana Singh-Manoux du Centre de recherche en Epidémiologie et Santé des Populations de l’Inserm, vient de mener une étude de cohorte montrant pour la première fois que les personnes associant des symptômes dépressifs et une pathologie cardiaque ont un risque de décès par maladie cardiovasculaire presque quatre fois supérieur aux patients ne présentant aucune de ces pathologies.. Ils recommandent alors de mieux repérer les symptômes dépressifs chez ces patients. Ces travaux sont publiés dans la dernière édition de Heart.

D’après une enquête menée en 2005 par l’Institut National de Prévention et d’Education à la Santé (INPES), 19 % des Français de 15 à 75 ans ont vécu ou vivront une dépression au cours de leur vie. L’impact de la dépression sur le développement et le pronostic des maladies chroniques et notamment des maladies cardio-vasculaires fait l’objet d’un regain d’intérêt de la part de la communauté scientifique depuis quelques années. Chez les populations en bonne santé, des études prospectives menées sur le long terme ont montré que la dépression était associée au développement des maladies cardio-vasculaires, indépendamment des facteurs de risque spécifiques de ces pathologies (déséquilibre alimentaire, tabagisme, sédentarité, obésité, hypertension…).

Ces études n’ont toutefois pas permis d’établir l’effet combiné de la dépression et des maladies cardiovasculaires sur le risque de décès.

Grâce à la cohorte Whitehall II, les chercheurs de l’Inserm et leurs collègues ont pu comparer chez 5936 fonctionnaires britanniques suivis sur cinq ans le risque de décès des sujets associant symptômes dépressifs et pathologie cardiaque à celui des sujets en bonne santé ou présentant une seule de ces pathologies. L’âge moyen des participants au début de l’étude était de 61 ans.

Les résultats montrent, après ajustement avec les facteurs de confusion potentiels, que le risque de décès toutes causes confondues chez les personnes associant dépression et maladie cardiaque est 2,9 fois supérieur à celui des sujets ne présentant aucune de ces deux pathologies. Ce risque est 1,1 fois supérieur chez les sujets présentant seulement une pathologie cardiaque et de 1,8 fois supérieur chez ceux présentant des symptômes dépressifs uniquement.
Quant au risque de décéder des suites d’une maladie cardiovasculaire, il est 1,3 fois supérieur chez les personnes présentant uniquement une pathologie cardiaque, 2,4 fois supérieur chez les personnes avec des symptômes dépressifs uniquement et jusqu’à 3,9 fois supérieur chez ceux associant symptômes dépressifs et pathologie cardiaque par rapport au groupe ne présentant aucune de ces pathologies.

Bien que les participants de la cohorte Whitehall ne soient pas exactement représentatifs de la population générale car bénéficiant tous d’un emploi, les chercheurs concluent que ces résultats fournissent des éléments significatifs en faveur d’une interaction importante des symptômes dépressifs avec les pathologies cardio-vasculaires. « Cela démontre l’importance pour les professionnels de santé de mieux repérer les troubles dépressifs chez leurs patients cardiaques et de développer des actions visant à réduire la mortalité liée à la dépression, même si les mécanismes en jeu doivent être mieux compris » conclut Hermann Nabi.

Les arrêts maladie pour raisons psychiatriques, marqueurs d’une plus grande mortalité prématurée?

Dans les pays industrialisés, les problèmes psychiatriques affectent entre 30 et 50 % des personnes au cours de leur vie et constituent l’une des causes majeures de maladies associées. Ces pathologies sont particulièrement fréquentes chez les adultes en âge de travailler et entraînent souvent des décès prématurés. L’équipe coordonnée par Maria Melchior et ses collaborateurs ont suivi 16 années durant une cohorte de quelque 20 000 personnes appelée GAZEL (constituée d’employés des entreprises GAZ de France et ELectricité de France) afin d’examiner les liens entre arrêts maladie pour raisons psychiatriques et mortalité. Les résultats de leur enquête montrent qu’il existe un lien entre absences pour raisons psychiatriques et risques de mortalité prématurée, en particulier par suicides. Le détail de ces travaux est publié dans l’édition publiée en ligne de la revue American Journal of Epidemiology.

La cohorte GAZEL a démarré en 1989, parmi plus de 20 000 employés des entreprises Electricité de France-Gaz de France (15011 hommes, 5614 femmes), d’âge compris entre 35 et 50 ans. Chaque année, les chercheurs de l’Inserm recueillent les données concernant la santé de ces personnes, par l’intermédiaire d’un questionnaire adressé à chaque participant, qui précise l’état de santé et détaille différents facteurs tels que le style de vie, l’environnement familial et social, les expositions professionnelles notamment.

cp-gazel-24-aout-2010

Les chercheurs ont choisi de s’intéresser au devenir des personnes ayant été arrêtées pour raisons psychiatriques, plus de 7 jours consécutifs entre le 1er janvier 1990 et le 31 décembre 1992. Les arrêts pour raisons psychiatriques pouvaient recouvrir différentes pathologies : principalement la dépression (59 %), d’autres types de névrose, les troubles anxieux et psychosomatiques (36 %) et les problèmes dus à l’alcool (5 %) Pour la première fois dans une étude aussi large, trois causes de mortalité, particulièrement fréquentes au sein de la population, ont ensuite pu être suivies par les chercheurs : décès par cancers, par maladies cardiovasculaires, par causes externes (dont suicides) entre le 1er janvier 1993 et le 31 décembre 2008.

En 3 ans (du 1er janvier 1990 au 31 décembre 1992) 6,5 % des personnes incluses dans l’étude ont été absentes du travail au moins une fois plus de 7 jours pour raisons psychiatriques.

Les personnes ayant été absentes pour raisons psychiatriques ont une mortalité plus importante que celles qui n’ont pas eu d’arrêt maladie : ainsi les chercheurs observent 6 fois plus de suicides, 60 % de décès par cancer du fumeur (œsophage, bouche, pancréas, voies urinaires, poumons) supplémentaires et 80 % de décès par maladies cardiovasculaires supplémentaires.

L’association entre arrêt maladie pour raison psychiatrique et décès par cancer pourrait être le reflet d’un mauvais diagnostic de départ des premiers symptômes du cancer, tels que la fatigue, la perte de poids, interprétés comme symptômes psychiatriques, mais aussi d’une forte consommation de tabac chez les personnes atteintes de troubles psychiatriques.

Mais, une fois pris en compte (ajustés) les facteurs de risque de mort prématurée tels que l’âge, le sexe, le statut marital, la profession et catégorie sociale, le niveau de consommation d’alcool et de tabac, et les arrêts maladie dus à d’autres causes médicales, l’association ne reste statistiquement significative que pour les décès par suicide (risque de suicide multiplié par 5).

« Nous ne pouvons conclure que l’arrêt de maladie pour raisons psychiatriques est la cause du décès par suicide, met en garde Maria Melchior, chargée de recherche à l’Inserm, coordonnatrice de cette étude. En revanche, ces données montrent que l’arrêt maladie peut être un marqueur important et fiable de l’état de santé des personnes ».

Pour la chercheuse, les arrêts maladie enregistrés dans les bases de données médico-administratives pourraient permettre de suivre l’état de santé de personnes en activité professionnelle. D’autre part, cet indicateur pourrait être utile à la mise en place des interventions visant à réduire la mortalité prématurée.

En conclusion, les auteurs insistent sur l’intérêt de proposer un suivi de santé particulier aux personnes arrêtées fréquemment pour raisons psychiatriques, ce qui pourrait permettre une prise en charge spécifique du risque de suicide.4

La levure pour mieux comprendre l’infertilité masculine

L’homme et la levure ont un point commun : ils utilisent le même processus moléculaire pour assurer l’intégrité de leur patrimoine génétique pendant la reproduction. C’est ce que viennent de découvrir des chercheurs du CNRS, de l’Inserm et de l’Université Joseph Fourier à Grenoble. Les scientifiques vont donc étudier la levure pour comprendre les nombreux cas d’infertilité masculine liés au mauvais déroulement de ce processus lors de la spermatogenèse.

Spermatozoons, floating to ovule

© Fotolia

Les 50 dernières années, la fertilité masculine n’a fait que baisser. Les hommes auraient perdu la moitié de leurs spermatozoïdes en un demi-siècle, sans doute à cause des polluants. Mais la fragilité des spermatozoïdes restants est aussi responsable de cette situation. Si l’ADN qu’ils portent est endommagé, cela empêche le développement d’un embryon sain.

Lors de leur « voyage » vers l’ovule dans le corps féminin, les spermatozoïdes subissent des changements de température et autres agressions chimiques. Pour résister à ces conditions, l’ADN est compacté au cours de la spermatogenèse : il perd environ 90% en volume. Au niveau moléculaire, cela se traduit par la perte des histones, les molécules autour desquelles l’ADN est enroulé, au profit de plus petites, les protamines. Des défauts dans le processus de compactage sont responsables de nombreux cas d’infertilité masculine. Ils ont été mis en évidence notamment par la présence des histones qui restent dans l’ADN des spermatozoïdes.

L’équipe de Saadi Khochbin, directeur de recherche CNRS à l’Institut Albert Bonniot (Inserm/Université Joseph Fourrier à Grenoble) (1) a comparé les étapes moléculaires du compactage chez la souris à celles qui se produisent lors de la sporulation (la dissémination de spores) chez la levure, un champignon unicellulaire. La sporulation répond à un besoin de protection du patrimoine génétique contre les agressions de l’environnement. D’un point de vue fonctionnel, il est comparable au compactage lors de la spermatogenèse. Ce que les chercheurs ont découvert, c’est qu’il l’est aussi d’un point de vue moléculaire. Avant leur remplacement par les protamines, les histones ont déjà subi une altération chimique appelée hyperacétylation. C’est elle qui lance le signal du compactage. Les chercheurs ont mis en évidence l’existence de cette hyperacétylation chez la levure et d’un facteur moléculaire similaire chez la levure et chez l’homme, qui agit sur les histones acétylées.

Cette étude suggère que la spermatogenèse aurait évolué à partir du processus plus simple de la sporulation, tout en conservant les mêmes principes moléculaires. Mais plus important encore : la sporulation chez la levure, un système simple à étudier, va pouvoir servir de modèle pour comprendre la spermatogenèse et étudier les pathologies humaines affectant la fertilité masculine.

(1) en collaboration avec des chercheurs de l’Université de Pennsylvanie

Deux éléments clés pour éviter la démence après 65 ans

L’élimination du diabète et de la dépression ainsi que l’amélioration des capacités intellectuelles et l’augmentation de la consommation de fruits et légumes sont des mesures susceptibles d’avoir le plus d’impact sur la réduction de l’incidence des démences (nombre de nouveaux cas) dans les années à venir, concluent Karen Ritchie et son équipe (Directrice Unité Inserm 888 « Pathologies du système nerveux : recherche épidémiologique et clinique », Montpellier) dans un article publié cette semaine sur bmj.com, le site de la revue British Medical Journal. Ces résultats suggèrent des priorités pour les interventions futures en santé publique.

Bien que la cause de la démence reste encore jusqu’alors inconnue, plusieurs facteurs de risque modifiables ont déjà été identifiés, notamment les facteurs de risques cardiovasculaires (pathologies cardiaques, accident vasculaire cérébral, hypertension, obésité, diabète, taux de cholestérol élevé), les antécédents de dépression, le régime alimentaire, la consommation d’alcool et le niveau d’éducation.

Fort de ces données, une équipe de chercheurs basée en France et en Grande-Bretagne a estimé lesquels de ces facteurs pouvaient le plus fortement réduire le poids de la démence, si aucun nouveau traitement n’était disponible.
Ils ont suivi 1 433 personnes en bonne santé, âgées de plus de 65 ans, recrutées entre 1999 et 2001 et habitant dans le Sud de la France (agglomération montpelliéraine). Les participants étaient soumis à des tests cognitifs au début de l’étude, puis 2, 4 et 7 ans plus tard. Un test de lecture (Neale score) a aussi été utilisé en tant qu’indicateur des capacités intellectuelles sur la vie entière.

Les antécédents médicaux, la taille, le poids, les revenus mensuels, le niveau d’éducation, la consommation d’alcool et de tabac ont également été relevés. Le risque génétique individuel de démence a été mesuré.

L’analyse de ces différentes données recueillies par l’équipe de Karen Ritchie montre que la suppression de la dépression et du diabète et une augmentation de la consommation de fruits et légumes conduiraient à une réduction globale de 21% des nouveaux cas de démences ou de déficits cognitifs modérés; la dépression ayant la plus forte contribution (10%)

.

Cependant, concernant la dépression, les chercheurs soulignent que la nature causale de la relation dépression-démence reste incertaine.
L’amélioration des capacités intellectuelles conduirait à une réduction de 18% du nombre de nouveaux cas, parmi la population générale, sur 7 ans.

Pour autant, estiment les chercheurs, « éliminer le principal facteur de risque génétique connu en population générale – allèle 4 du gène de l’apolipoprotéine E – ne réduirait seulement que de 7% le nombre de nouveaux cas ».

A la lumière de ces résultats, Karen Ritchie et ses collaborateurs suggèrent que les programmes de santé publique devraient inciter aux activités intellectuelles à tout âge, quelles que soient les aptitudes de chacun, au traitement rapide des symptômes dépressifs et à la détection précoce de l’intolérance au glucose et de la résistance à l’insuline, premiers signes du développement du diabète.

« Bien que ces résultats fournissent uniquement une estimation sommaire de l’impact sur l’incidence des démences, ils permettent de définir des priorités en termes de santé publique dans le domaine de la prévention », concluent les auteurs.

De plus amples études, incluant en particulier des adultes plus jeunes, sont désormais nécessaires pour tester l’impact de mesures d’intervention issues de ces résultats.

Réduction des risques chez les usagers de drogues – Une Expertise collective de l’Inserm

La mise en évidence chez les usagers de drogue d’une proportion élevée de contaminations par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) dès les années 1985, puis par le virus de l’hépatite C dans les années 1990, a été à l’origine dans divers pays de nombreuses actions engagées par des associations et des professionnels de santé pour aboutir progressivement à des politiques publiques de réduction des risques. En France, cette thématique a été inscrite dans la loi de santé publique d’août 2004, puis dans différents plans gouvernementaux de santé publique : plans de prise en charge et de prévention des addictions, le plan national de lutte contre les hépatites B et C et le plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les toxicomanies.

La Ministre de la santé et des sports a demandé à l’Inserm de réaliser une expertise collective afin de disposer du bilan des connaissances sur les dispositifs et les programmes de réduction des risques chez les usagers de drogue existant au niveau international, et sur les projets en expérimentation. Cette expertise doit contribuer à la définition de critères d’orientation, afin d’améliorer les outils de réduction des risques, les modes d’intervention et les pratiques des intervenants.

Pour répondre à cette demande, l’Inserm a constitué un groupe pluridisciplinaire de 14 experts regroupant des épidémiologistes, sociologues, économistes, professionnels de santé publique, psychiatres, hépatologues et addictologues. Plus de 700 articles scientifiques ont été analysés.

Le groupe d’experts a également auditionné plusieurs intervenants sur les politiques de réduction des risques menées en France et à l’étranger.

En outre, plusieurs rencontres-débats organisées à différentes étapes de l’expertise collective ont permis aux associations et aux représentants des usagers de drogue de préciser leurs attentes vis-à-vis de la politique de réduction des risques à mener dans notre pays et les perspectives d’avenir à envisager.
Le contexte

La politique de réduction des risques (RDR) chez les usagers de drogues, fondée en France sur la mise en place d’un accès élargi au matériel d’injection stérile, aux traitements de substitution aux opiacés (TSO), au dépistage de l’infection par le VIH et aux traitements antirétroviraux, a permis d’une part, de réduire drastiquement l’incidence de l’infection par le VIH et le nombre de décès liés à l’usage de drogues et d’autre part d’améliorer l’accès aux soins des usagers de drogues. Cependant, vingt ans plus tard, la prévalence des hépatites C touchant prés de 60% des usagers, de nouvelles populations échappant aux dispositifs existants ainsi que la survenue de nouvelles pratiques à risque sont autant de paramètres imposant d’adapter la politique de RDR menée.

Les risques et les complications liés aux usages de drogues, notamment le risque de transmission du VIH et des hépatites virales B (VHB) et C (VHC), sont liés à de multiples facteurs : épidémiologiques (quantité dans le sang de ces virus, modalités de partage du petit matériel notamment et susceptibilité individuelle), psychosociaux (connaissances et attitudes par rapport à la prise de risques), consommation d’alcool, troubles psychiatriques et lieux de consommation (usage « pressé » dans des lieux publics, absence d’accès au matériel stérile, prisons). L’injection d’opioïdes (héroïne, morphine, buprénorphine) ou de cocaïne requérant des injections fréquentes, la persistance d’autres pratiques à risque comme le sniffing, le tatouage et le piercing et la surconsommation de stimulants et d’alcool, facilitant une prise de risque en particulier sexuelle, contribuent de façon significative à la transmission du VIH, du VHC et du VHB.
Les constats

La politique de RDR ne doit pas être réduite à la seule mise à disposition d’outils ; elle doit impérativement faire partie d’une stratégie plus globale de réduction des inégalités sociales de santé. Dans cet objectif, une culture commune doit être partagée par l’ensemble des acteurs intervenant dans le champ de la toxicomanie : les professionnels de santé (médecins libéraux, pharmaciens, médecins hospitaliers…), les associations et les acteurs des champs médico-social et social.
Les recommandations

A l’issue de l’analyse des travaux de la littérature et des rencontres avec les différents acteurs de terrain, les experts ont conclu à la nécessité de renforcer la cohérence des différentes politiques publiques sanitaire, sociale et pénale, afin de proposer une approche globale de la réduction des risques intégrant les spécificités individuelles et l’évolution des modes de consommation. Certaines populations, notamment les femmes, les mineurs et les personnes détenues devront faire l’objet de politiques spécifiques. Il est recommandé, de plus, de s’assurer du respect de l’équité de soins prodigués en détention et en milieu libre.

La RDR chez les usagers de drogues doit s’inscrire dans une logique de continuum, et non d’opposition, avec les stratégies de prise en charge de la dépendance. La RDR doit adapter, en fonction des besoins et leurs évolutions, la palette des mesures et des approches, tout en renforçant l’accès à des projets thérapeutiques personnalisés et à un suivi médical et social. Il s’agit en tout premier lieu de prévenir le passage à l’injection et de limiter, pour les usagers qui ne peuvent se passer de l’acte d’injection, d’en limiter les risques associés.

Les différents acteurs intervenant dans le champ sanitaire, social et judiciaire de la RDR doivent être sensibilisés, formés et coordonnés. De même, de nouvelles recherches devront être menées en réunissant les compétences des équipes universitaires à l’expérience et au savoir-faire des acteurs de terrain, des associations et des représentants d’usagers.

L’intégralité des recommandations du groupe d’experts est consultable en ligne.

Groupe d’experts

Pierre-Yves BELLO, Cellule de l’InVS en région (CIRE) d’Île-de-France, Institut national de veille sanitaire (InVS), Agence régionale de santé d’Île-de-France, Paris

Christian BEN LAKHDAR, Université Catholique de Lille (FLSEG) et LEM, UMR 8179 CNRS, Lille

Maria Patrizia CARRIERI, Sciences économiques et sociales, système et santé, sociétés, Inserm U 912, Observatoire régional de la santé Paca, Marseille

Jean-Michel COSTES, Observatoire français des drogues et de la toxicomanie (OFDT), Saint-Denis

Patrice COUZIGOU, Service d’hépatogastroentérologie, Hôpital Haut-Lévèque, Pessac

Françoise DUBOIS-ARBER, Institut universitaire de médecine sociale et préventive, Université de Lausanne

Anne GUICHARD, Direction des affaires scientifiques, Institut national de prévention et éducation pour la santé (INPES)

Marie JAUFFRET-ROUSTIDE, Département des maladies infectieuses, Institut national de veille sanitaire (InVS), Saint-Maurice

Gwenola LE NAOUR, Laboratoire Triangle UMR 5206, Institut d’Études Politiques de Lyon, Université de Lyon

Damien LUCIDARME, Département de pathologie digestive, Groupe hospitalier de l’Institut catholique de Lille

Laurent MICHEL, Santé mentale de l’adolescent, Inserm U 669, Maison de Solenn, Paris ; Centre de traitement des addictions, Hôpital Émile Roux, Limeil-Brevannes

Pierre POLOMENI, Service d’addictologie, Hôpital Jean Verdier, Bondy

André-Jean REMY, Service d’hépato-gastroentérologie digestive, Coordonnateur UCSA, Centre hospitalier de Perpignan

Laurence SIMMAT-DURAND, Université Paris Descartes, CERMES3 équipe CESAMES, Inserm U 988, Paris

Qu’est-ce que l’expertise collective de l’Inserm ?
L’expertise collective est une mission de l’Inserm depuis 1994. Une soixantaine d’expertises collectives ont été réalisées dans de nombreux domaines de la santé.
L’Expertise collective Inserm apporte un éclairage scientifique sur un sujet donné dans le domaine de la santé à partir de l’analyse critique et de la synthèse de la littérature scientifique internationale. Elle est réalisée à la demande d’institutions souhaitant disposer des données récentes issues de la recherche, utiles à leurs processus décisionnels en matière de politique publique. L’expertise doit être considérée comme une étape initiale nécessaire pour aboutir, à terme, aux prises de décision.
Pour répondre à la question posée, l’Inserm réunit un groupe pluridisciplinaire d’experts reconnus composé de scientifiques et de médecins. Ces experts rassemblent, analysent les publications scientifiques et en font une synthèse. Des « lignes forces » sont dégagées et des recommandations parfois élaborées.
Les conclusions apportées par les travaux d’expertise collective contribuent au débat des professionnels concernés et au débat de société.

Ensemble pour les sciences de la vie et de la santé : rencontre avec les associations de malades

Une rencontre réussie !
251 personnes ont participé à la rencontre de l’Inserm avec les associations de malades au sein de l’Assemblée nationale le 20 mai dernier.

Les témoignages ont été nombreux et unanimes pour apprécier la qualité des intervenants, l’équilibre du programme, l’intérêt des discussions. Les acteurs politiques, députés et sénateurs, qui ont participé aux débats ont également manifesté leur appui à cette démarche de dialogue entre les associations de malades et la recherche. Madame la Ministre de la santé et des sports a conclu en personne cette journée. Le message principal de la rencontre a bien été entendu : les associations sont de véritables partenaires qui agissent sur tout le continuum de la recherche jusqu’à l’information des malades.

Modélisation de la pandémie 1889, la « grippe russe »

L’équipe AP-HP – UPMC – Inserm d’Alain-Jacques Valleron, à l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP) (Unité « Epidémiologie, systèmes d’information, modélisation ») vient de publier dans les Proceedings of the National Academy of Sciences américains (PNAS) la première analyse de la pandémie de 1889, connue sous le nom de grippe russe.



Elle a pu retrouver les données de mortalité hebdomadaires de 96 villes européennes et américaines, ainsi que de nombreuses enquêtes épidémiologiques – en particulier en Allemagne et en Suisse et les données qui avaient été recueillies sur des centaines de milliers de soldats français, anglais et allemands. Il en ressort que la transmissibilité du virus était très comparable à celle observée durant les épidémies du 20ème siècle, et maintenant à celle de la grippe A (H1N1). La pandémie de 1889 a touché près de 50 % des populations européenne et américaine, mais sa mortalité fut faible, comparable à celles de 1957 et de 1968.

Cette nouvelle analyse renforce l‘aspect singulier, peut-être exceptionnel, de la pandémie de 1918. Ce travail montre aussi qu’il est possible de retrouver des données de grande richesse sur les pandémies passées. Une fois analysées avec les outils modernes de la modélisation épidémiologique, ces données devraient permettre de mieux apprécier ce qu’est une pandémie « typique », et donc d’améliorer la préparation à la prochaine.

Les pandémies du 20ème siècle (1918, 1957 et 1968) ont été étudiées en détail, principalement celle de 1918 réputée pour avoir causé entre 50 et 100 millions de morts. En revanche, aucune des 8 pandémies de grippe survenues au 18ème et 19ème siècles n’avait jusqu’ici été modélisée.

Un nouveau biomarqueur post-infarctus, un espoir pour des coeurs en peine

A la suite d’un infarctus, il est courant que les malades développent des anomalies au niveau du coeur, tel qu’un remodelage du ventricule gauche. A l’Institut Pasteur de Lille, des chercheurs de l’unité Inserm 744, et leurs collaborateurs, ont mis en évidence un nouveau marqueur biologique de ce phénomène. Cette découverte pourrait aider à identifier les patients susceptibles de développer un remodelage ventriculaire gauche important post-infarctus et ainsi améliorer leur diagnostic et leur suivi. Les résultats de cette étude paraissent online dans le journal European Heart Journal du 26 avril 2010.



Chaque année en France, en plus des 150 000 personnes qui décèdent d’une maladie cardiovasculaire, 120 000 personnes déclarent un infarctus du myocarde et 500 000 autres sont atteints d’insuffisance cardiaque. Nul doute que ces chiffres conséquents reflètent un grand problème de santé publique. Malgré des progrès significatifs dans le traitement de l’insuffisance cardiaque, il reste encore beaucoup à découvrir pour améliorer sa prise en charge.

fig1_pinet Coeur insuffisance cardiaqueL’infarctus du myocarde est une des principales causes d’insuffisance cardiaque. En effet, après un infarctus du myocarde suffisamment étendu, il se produit des modifications géométriques et fonctionnelles du ventricule gauche regroupées sous le terme de remodelage ventriculaire gauche. Ce phénomène est asymptomatique pendant une période plus ou moins longue, mais entraine bien souvent une insuffisance cardiaque et parfois la mort. Bien que plusieurs facteurs de risques aient été identifiés, l’évolution du remodelage ventriculaire gauche reste difficile à prédire. Or, en apprenant à mieux le cerner, le suivi et le traitement des malades seraient plus ciblés et efficaces.

Comment appréhender le développement du remodelage ventriculaire gauche ?

De récents résultats ont déjà permis d’ouvrir de nouvelles possibilités pour l’identification de protéines impliquées dans les pathologies cardiovasculaires. Grâce à ces avancées, Florence Pinet et son équipe de l’unité Inserm 744 « Santé publique et épidémiologie moléculaire des maladies liées au vieillissement » à l’Institut Pasteur de Lille, en collaboration avec le CHRU de Lille et l’unité Inserm U644 à Rouen, viennent de découvrir un marqueur biologique du remodelage ventriculaire gauche post-infarctus : la phosphorylation de la troponine T. En développant des outils, des anticorps, ils ont démontré que des changements fonctionnels importants dans ce processus peuvent survenir dans le myocarde de modèles animaux souffrant d’insuffisance cardiaque, en comparaison avec un coeur sain. Ils ont mis en évidence la diminution de la phosphorylation de la troponine T au niveau du ventricule gauche des animaux en insuffisance cardiaque et observé la même diminution au niveau du plasma. La phosphorylation devient alors un bon indicateur des modifications survenues suite à un infarctus du myocarde.

De l’animal à l’homme
fig2_pinet Tropopine T remodelage ventriculaire

© Inserm, F. Pinet Mise en évidence de la tropopine T phosphorylée en fonction du degré de remodelage ventriculaire gauche, chez l’animal et chez l’homme.


Les résultats obtenus chez l’animal ont été confirmés chez l’homme sur 91 patients ayant eu un infarctus et faisant alors partie d’une cohorte nommée REVE (REmodelage VEntriculaire). Les anticorps développés reconnaissent également la forme phosphorylée de la troponine T d’origine humaine. Une association entre le niveau de cette phosphorylation et le degré de remodelage ventriculaire gauche a également été démontrée. En effet, plus le patient présente un fort remodelage ventriculaire gauche, plus la phosphorylation observée est faible

Par cette approche, les chercheurs ont fait l’hypothèse que le niveau de troponine T phosphorylée circulante pourrait être un nouveau biomarqueur et aider à augurer un remodelage ventriculaire gauche important post-infarctus chez les patients. Un brevet a été déposé avec Inserm-Transfert et, en raison du grand intérêt de cette découverte pour améliorer le diagnostic, une extension internationale a été demandée.

Aujourd’hui, il est important de confirmer ces résultats dans une autre cohorte de patients et de déterminer si ce marqueur peut également permettre le pronostic de sévérité chez des patients atteints d’insuffisance cardiaque. L’objectif des chercheurs et cliniciens est de pouvoir évaluer l’échelle de risque chez les patients en post-infarctus ou en insuffisance cardiaque en utilisant une méthode non invasive, largement disponible et peu onéreuse.

Grippe A : pourquoi les Français n’ont-ils pas mieux adhéré à la campagne de vaccination ?

Fin 2009, des chercheurs de l’Inserm au sein de l’Unité 912 « Sciences économiques et sociales, systèmes de santé, société » ont mené, avec le soutien de l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé (INPES), et dans le cadre du programme de recherches coordonné par l’Institut de Microbiologie et Maladies Infectieuses (IMMI), une vaste enquête sur Internet pour mieux comprendre les attitudes et les comportements des Français vis-à-vis de la campagne de vaccination contre la grippe A(H1N1). Les résultats publiés ce jour dans la revue Plos One, montrent que les messages sanitaires n’ont pas suffi à mobiliser les Français. Une majorité des quelque 2000 personnes interrogées ont jugé la gravité de la maladie insuffisante au regard des risques supposés des vaccins.



Suivant les recommandations de l’OMS, la France a lancé en juillet 2009 une large campagne de vaccination contre la grippe A(H1N1). Pour mieux comprendre les comportements de protection contre la grippe A(H1N1), un échantillon de 2 253 individus représentatifs des adultes âgés de 18 à 64 ans a été interrogé par Internet du 17 au 25 novembre 2009 (soit une semaine avant le pic pandémique). Les résultats de l’enquête de l’Inserm, montrent qu’en novembre seuls 17% d’entre eux étaient déjà vaccinés ou avaient l’intention de le faire. Ces résultats corroborent la faible couverture vaccinale constatée chez les Français (5,7 millions d’individus).

transmission virus grippe A

© Inserm, Rosa-Calatrava, Manuel & Rivoire, Annie  Observation en microscopie électronique à transmission de virus pandémiques de la grippe A/H1N1. Plateforme de microscopie électronique CTµ EZUS UCBL1).

Caractéristiques individuelles
D’après les résultats des chercheurs de l’Inserm, les groupes qui acceptaient le mieux le principe de la vaccination au moment de l’enquête étaient les hommes et les personnes ayant été vaccinées au moins une fois contre la grippe saisonnière dans les 3 dernières années. La présence d’un seul enfant au sein du foyer familial était associée à un plus fort taux d’acceptabilité.

L’âge est également un paramètre important puisque les adultes de moins de 35 ans étaient les plus réticents face au vaccin alors que les intentions d’y recourir augmentaient au delà de 35 ans.

Si l’on s’attache à regarder les attitudes selon le niveau d’éducation, ce sont à la fois les personnes avec un haut niveau d’étude et les moins diplômées qui étaient les plus disposées à se faire vacciner.

Enfin, de façon rassurante en terme de santé publique, les femmes enceintes et les autres groupes à risque de complications liées au virus H1N1 (1) exprimaient une acceptabilité beaucoup plus forte de la vaccination : près de 40% de ces personnes étaient déjà vaccinées ou avaient l’intention de le faire.

Perception du risque
La majorité de la population française n’a pas associé la grippe A à un risque majeur pour leur santé. Effectivement, d’après les données de l’enquête, seuls 35 % des Français ont jugé la grippe A(H1N1) comme une maladie sévère ou très sévère.

Les doutes sur la « sécurité » du vaccin (71%) ou plus précisément la crainte de ses potentiels effets secondaires (68%) sont les raisons les plus évoquées par les personnes qui ont refusé la vaccination. A l’inverse, se protéger et protéger ses proches sont les principales causes qui ont poussé à la vaccination. Le fait qu’elle soit recommandée par les pouvoirs publics n’arrive qu’au cinquième rang des raisons évoquées.

« Nos résultats montrent que les messages sanitaires sur le risque pandémique ont été contrebalancés par le vécu rassurant de la grippe au quotidien alors que la crainte de risques éventuels du vaccin était la principale préoccupation. » déclare Jean-Paul Moatti, directeur de l’Unité 912.



Vaccination Grippe H1N1

* Les items de réponse étaient proposés dans un ordre aléatoire et tous pouvaient être sélectionnés, aussi les pourcentages ne s’additionnent pas à 100%.

Les médecins de ville: des relais incontournables ?
Une part importante du travail des chercheurs a constitué à étudier quel était le rôle d’information des médecins généralistes lors d’une campagne de vaccination telle que celle menée contre la grippe A(H1N1). « Notre étude montre que l’acceptabilité de la vaccination pandémique est fortement liée à sa recommandation par le médecin » déclare Jean-Paul Moatti. Près de 60% des personnes ayant reçu une recommandation médicale en faveur de la vaccination se déclaraient prêtes à se faire vacciner. En l’absence de recommandation de leur médecin, ce chiffre s’effondre à 11%.

« Lorsqu’on sait qu’au moment de l’enquête, 75% des Français déclarent avoir consulté leur médecin généraliste au cours des 6 derniers mois, explique Jean-Paul Moatti, il apparaît que l’on peut rapidement comprendre le rôle d’information important que les médecins généralistes peuvent jouer dans ce type de pandémie ». Jean Paul-Moatti poursuit « je pense que les médecins généralistes étaient initialement largement favorables à la vaccination H1N1, comme le montre une autre enquête réalisée durant l’été 2009 et précédemment publiée (2), et ils jouent habituellement un rôle pivot dans l’administration du vaccin pour la grippe saisonnière ».

De nouvelles enquêtes en population, si possible coordonnées à l’échelle européenne comme vient de le suggérer un colloque de l’European Science Foundation (3), sont indispensables pour mesurer en quoi l’épisode H1N1 a pu affecter à long terme l’acceptabilité de la vaccination anti-grippale en général et comment mieux se préparer à l’avenir aux risques pandémiques.

Notes :
(1) Personnes asthmatiques, diabétiques, atteintes de bronchite chronique ou de pathologies cardiaques.

(2) M. Schwarzinger, P. Verger, M. Guerville, C. Aubry, S. Rolland, Y. Obadia, J. Moatti. Positive attitudes of French general practitioners towards A/H1N1 influenza-pandemic vaccination: A missed opportunity to increase vaccination uptakes in the general public? Vaccine, 2010, Volume 28, Issue 15, Pages 2743-2748.

(3) European Science Foundation. Managing medical risk in the European Union : the H1N1 case. Barcelona, April 12-13 2010.

Rôle des comportements de santé dans l’inégalité sociale en matière de mortalité

Issue d’une collaboration franco-anglaise, une analyse de données collectées sur presque 25 ans et portant sur quelque 10 000 fonctionnaires londoniens a fait apparaître un lien entre le niveau socio-économique et le risque de décès. Ce lien serait en grande partie déterminé par des comportements de santé tels que le tabagisme, la consommation d’alcool, l’alimentation et l’activité physique. C’est ce que démontre une étude réalisée par l’équipe Inserm « Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations » de Villejuif, et ses collaborateurs anglais du University College London, parue dans le numéro du 24 au 31 mars de JAMA.



La plus forte prévalence des comportements à risque chez les personnes ayant un plus faible niveau socio-économique jouerait donc un rôle dans la corrélation entre faible niveau socio-économique et mauvaise santé. « Des changements importants sont apparus dans les modes de vie de la population : la baisse de la prévalence du tabagisme et l’accroissement considérable de l’obésité depuis les années 1990 en sont deux exemples. Il est possible que les études précédentes avec une seule évaluation des comportements aient fourni une estimation erronée de leur rôle dans la corrélation entre les facteurs socio-économiques et la mortalité », écrivent les auteurs.

Silvia Stringhini, doctorante dans l’équipe de Archana Singh-Manoux au Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations de Villejuif (unité Inserm 1018), a examiné le rôle des comportements de santé dans la relation entre le niveau socioéconomique et la mortalité. Elle a également cherché à savoir si le rôle des comportements de santé variait selon s’ils étaient évalués uniquement au début du suivi ou tout au long de la période de surveillance. La cohorte prospective Whitehall II, lancée en 1985, comprend un panel de 10 308 fonctionnaires âgés de 35 à 55 ans vivant à Londres. Les analyses ont porté sur 9 590 hommes et femmes dont la mortalité a été suivie jusqu’au 30 avril 2009. C’est la catégorie socioprofessionnelle dans la fonction publique (élevée, intermédiaire et basse) qui a déterminé le niveau socio-économique au début de l’étude. Le tabagisme, la consommation d’alcool, l’alimentation et l’activité physique ont été évalués à 4 reprises pendant la période de surveillance.

Globalement, ces travaux montrent que les comportements de santé expliquent 72% de la relation entre niveau socioéconomique et la mortalité lorsqu’ils sont pris en compte de façon répétée au cours du suivi, contre 42% lorsqu’ils sont mesurés uniquement au début du suivi comme dans les études précédemment menées.

« La différence entre les évaluations effectuées uniquement au début du suivi et les évaluations répétées des comportements de santé est principalement due à un pouvoir explicatif accru de l’alimentation, de l’activité physique et de la consommation d’alcool. Il n’y a pas de changement dans le rôle du tabagisme, le plus fort médiateur dans ces analyses, entre les évaluations effectuées au début du suivi et les évaluations répétées », écrivent les chercheurs.

« Cette étude suggère que les comportements de santé sont à l’origine d’une grande partie des inégalités sociales dans la mortalité. Elle montre qu’il est important de tenir compte des évolutions des comportements de santé dans le temps pour évaluer leur rôle dans les inégalités sociales. »

Halte aux poux : l’efficacité d’un nouveau traitement oral démontrée

Des chercheurs et médecins français associant l’AP-HP (Hôpital Henri Mondor et Hôpital Avicenne) et l’Inserm (Unité 738 « Modèles et méthodes de l’évaluation thérapeutique des maladies chroniques » et CIC 202, Tours) viennent de démontrer l’efficacité d’une nouvelle molécule dans la lutte contre les poux. Face à l’émergence d’une résistance de ces parasites aux traitements classiques, ce nouveau médicament représente une réelle alternative thérapeutique efficace dans 95% des cas. Ces travaux sont publiés dans l’édition du 11 mars de The New England Journal of medicine.



Les poux sont des parasites qui infestent plus de 100 millions de personnes à travers le monde chaque année. Entre 3 et 11 ans, les enfants sont particulièrement vulnérables, du fait de leurs comportements sociaux (jeux etc.) qui favorisent la propagation des parasites. Si les lotions anti-poux classiques sont efficaces dans un certain nombre de cas, on observe de plus en plus de résistance aux traitements. Comme de nombreux parasites, les poux ont en effet développé leur propre stratégie pour survivre dans des conditions difficiles.

En faisant évoluer leur patrimoine génétique, ils deviennent insensibles aux insecticides (malathion ou pyréthrine) contenus dans les lotions. En ce qui concerne la pyréthrine, des mutations d’acides aminés impliqués dans la voie des canaux sodium dépendants au niveau du système nerveux central des poux ont été identifiées et sont responsables de ces résistances. L’apparition de nouvelles formes de résistance semble être en constante augmentation et les épidémies de poux de plus en plus difficiles à traiter et éradiquer. D’où la nécessité de trouver de nouvelles alternatives thérapeutiques.

milbe oder laus im eletronenmikroskop

© Fotolia

Une étude multicentrique internationale

Les chercheurs de l’AP-HP et de l’Inserm ont donc conduit une étude clinique pour comparer l’efficacité d’un nouveau traitement oral (Ivermectine orale administrée à 400 μg par kilo) à celle d’un traitement anti-poux classique (malathion lotion 0,5%). Pour cela ils ont administré deux fois à 7 jours d’intervalle l’un ou l’autre des produits à 812 personnes contaminées provenant de 376 familles.
L’ivermectine est un composé de la famille des avermectines qui agit en bloquant les neurotransmissions au niveau du cerveau des invertébrés.

Les résultats obtenus par les chercheurs sont probants : 95% des 398 des personnes ayant reçu l’ivermectine étaient débarrassés des poux 15 jours après le début du traitement contre 85% des 414 avec le malathion. L’ivermectine est une molécule qui existe déjà sur le marché. Elle est prescrite notamment dans le traitement de la gale.

Pour Olivier Chosidow, coordonateur de cette étude, il n’y a pas de doute, « Lorsque les traitements classiques contre les poux ne fonctionnent pas, la prise d’ivermectine deux fois à 7 jours d’intervalle offre de très bons résultats et représente une réelle alternative aux lotions anti-poux classiques. »


fermer