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Une micropompe électronique pour soigner au cœur du cerveau

De nombreux médicaments potentiellement efficaces sont créés pour traiter les désordres neurologiques, mais ne peuvent pas toujours être utilisés dans la pratique. Typiquement, pour une maladie telle que l’épilepsie, agir sur le cerveau exactement au bon moment et au bon endroit est essentiel. C’est pourquoi l’équipe de chercheurs dirigée par Christophe Bernard au sein de l’Unité Inserm 1106 « Institut de neurosciences des systèmes », avec l’aide de scientifiques de l’Ecole des Mines de St. Etienne et de l’Université de Linköping (Suède), a développé une micropompe électronique et organique qui, associée à un anti-épileptique, inhibe de manière localisée, la crise épileptique au niveau du cerveau in vitro. Ces travaux sont publiés dans la revue Advanced Materials.

Actuellement, les médicaments sont l’approche la plus utilisée pour traiter les maladies du cerveau. Pourtant, il arrive que des produits prometteurs échouent aux tests au niveau clinique pour plusieurs raisons :
– Ils sont dilués dans des solutions potentiellement toxiques,
– Ils peuvent eux-mêmes être toxiques lorsqu’ils atteignent des organes vers lesquels ils ne sont pas initialement dirigés,
– La barrière hémato-encéphalique, qui sépare le cerveau de la circulation sanguine, empêche la majorité des molécules d’atteindre leurs cibles cérébrales,
– Les médicaments qui réussissent à pénétrer dans le cerveau vont agir de manière non spécifique et donc sur des régions cérébrales saines.

L’épilepsie est un exemple typique pour lequel de nombreux médicaments n’ont pu être commercialisés à cause de leur nocivité, alors qu’ils étaient potentiellement efficaces pour traiter les patients résistants aux traitements classiques [1] .

Lors d’une crise d’épilepsie, les cellules nerveuses d’une zone précise du cerveau s’activent soudainement de manière excessive. Comment alors contrôler ce phénomène sans intervenir sur les régions cérébrales saines ? Pour répondre à cette question, l’équipe de Christophe Bernard, en collaboration avec l’équipe de George Malliaras au Campus Georges Charpak-Provence de l’Ecole des Mines de Saint-Étienne et des scientifiques suédois, ont développé une micropompe biocompatible permettant de délivrer les substances thérapeutiques directement dans les zones du cerveau concernées.

La micropompe (20 fois plus fine qu’un cheveu) est constituée d’une membrane dite « à échange de cations », c’est-à-dire que des ions négatifs sont fixés à sa surface. Ainsi, elle attire les petites molécules chargées positivement, que ce soient des ions ou des médicaments. Lorsqu’un courant électrique lui est appliqué, le flux d’électrons généré projette les molécules d’intérêt vers la zone visée.

Pour pouvoir valider cette nouvelle technique, les chercheurs ont reproduit l’hyperexcitabilité des neurones épileptiques dans le cerveau de souris in vitro. Puis, ils ont injecté le GABA, une molécule naturellement produite dans le cerveau qui inhibe les neurones, au niveau de cette région hyperactive grâce à la micropompe. Les scientifiques observent alors que la molécule a non seulement mis fin à l’activité anormale de la région ciblée mais surtout, n’interfère pas avec les fonctions des neurones avoisinants.

Cette technologie résoudrait donc les obstacles rencontrés classiquement par les thérapies en permettant une action très localisée, directement dans le cerveau et sans toxicité périphérique.

« En équipant des électrodes, comme celles utilisées pour traiter la maladie de Parkinson, avec cette micropompe, il serait envisageable de se servir de cette technologie pour soigner des patients épileptiques résistants aux traitements classiques, ainsi que ceux pour lesquels les effets secondaires sont trop importants » explique Christophe Bernard, directeur de recherche Inserm.


Sur la base de ces premiers résultats, les chercheurs travaillent désormais sur un passage au modèle animal in vivo et sur la possibilité d’allier ce système de haute technologie à la mini puce qu’ils ont déjà développée en 2013. Le dispositif pourrait être embarqué et autonome. La puce servirait à détecter l’arrivée imminente de la crise, afin de déclencher l’activation de la pompe pour l’injection du médicament au moment le plus propice. Il serait donc possible de contrôler l’activité du cerveau et quand c’est nécessaire.

Au-delà de l’épilepsie, cette technologie de pointe combinée avec des médicaments déjà existants, offre de nouvelles perspectives pour de nombreuses pathologies du cerveau qui restent difficilement traitables aujourd’hui.

PhotoCP-micropompe

La micropompe électronique organique (représentée par un cylindre violet) permet de libérer directement au milieu des neurones des molécules actives (sphères) qui vont permettre de contrôler l’activité de ces neurones (ici elles vont stopper une activité épileptique).

© Adam Williamson, Christophe Bernard, ID Labs, Arab4D (Christophe Bernard: Controlling Epileptiform Activity with Organic Electronic Ion Pumps. DOI: 10.1002/adma.201500482. 2015. Copyright Wiley-VCH Verlag GmbH & Co. KGaA. Reproduced with permission)


[1]  L’épilepsie en bref :

Cette pathologie, qui touche près de 50 millions de personnes dans le monde, est le désordre neurologique le plus fréquent après la migraine.

Les dysfonctionnements neuronaux des épileptiques entraînent des crises aux symptômes variés : de la perte de conscience aux troubles du mouvement, des sensations ou de l’humeur.

Malgré les progrès de la médecine, 30 % des personnes touchées sont résistantes à tout traitement.

La Fondation Bettencourt Schueller dévoile le palmarès varié et audacieux de ses prix scientifiques

La Fondation Bettencourt Schueller dévoile le palmarès varié et audacieux de ses prix scientifiques qui, pour un montant global de 1,9 million d’euros, récompensent la recherche biomédicale de haut niveau.

Les projets des principaux lauréats récompensés sont marqués par l’originalité des thèmes, l’enthousiasme, la prise de risque appliquée à la santé humaine et une grande diversité de champs disciplinaires en recherche biomédicale.

« En matière de recherche, il faut de la passion, de la créativité, du travail, du temps… et un peu de chance », déclare le Professeur Hugues de Thé, nouveau président du conseil scientifique de la Fondation. En témoignent les personnalités et les travaux des six principaux lauréats, qui se rattachent cette année aux disciplines suivantes :

  • les neurosciences:

– éclairer le fonctionnement de la mémoire jusqu’à l’échelle du neurone pour révéler ce qui rend unique le comportement de chaque individu ;
– explorer le fonctionnement du cerveau in vivo, en activant sélectivement des neurones avec de la lumière ;
– explorer au cœur des neurones les mécanismes de la maladie de Huntington.

  • l’immunologie et la microbiologie :

– caractériser des virus géants pour remettre en cause les fondements de la virologie ;
– dessiner l’arbre généalogique des cellules immunitaires.

  • la biologie cellulaire :

– forcer la destinée des cellules souches en modulant leur environnement.

Les 20 lauréats de ce palmarès ont été honorés lors de deux cérémonies distinctes.

Le 7 avril 2015 à l’Institut de France, Françoise Bettencourt Meyers, présidente de la Fondation, a remis les prix Coups d’élan pour la recherche française en présence des deux partenaires de la Fondation que sont l’Inserm et le CNRS ainsi que d’éminents représentants de la communauté scientifique française. Ils ont été attribués à quatre laboratoires de recherche publique de premier plan, et sont destinés à optimiser les infrastructures et les conditions de travail des chercheurs : réaménagement, rénovation, acquisition de matériels… Ils permettent également aux laboratoires de bénéficier d’une aide au fonctionnement.

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© Christophe Petit Tesson / CAPA Pictures

Au premier plan de gauche à droite : Valentina Emiliani, Laboratoire Neurophotonique, Centre universitaire des Saints Pères, CNRS / Université Paris Descartes, lauréate ; Catherine Jessus, directrice de l’Institut des sciences biologiques du CNRS ; Frédéric Saudou, Grenoble Institut des Neurosciences, Inserm / Université Joseph Fourier / CHU de Grenoble, lauréat ; Chantal Abergel, Laboratoire Information génomique et structurale, Institut de Microbiologie de la Méditerranée, CNRS / Université Aix-Marseille ; Yves Levy, président-directeur général de l’Inserm.

Au second plan de gauche à droite : Olivier Brault, directeur général de la Fondation ; Hugues de Thé, président du conseil scientifique de la Fondation ; Manuel Théry, Institut Universitaire d’Hématologie, Hôpital Saint-Louis, Inserm / CEA, lauréat.

A ce jour, 50 laboratoires français et plus de 500 chercheurs ont déjà bénéficié des Coups d’élan pour la recherche française, dont le montant unitaire est de 250 000 euros.

Le 8 avril 2015, les autres prix de la Fondation ont été remis au cours d’une cérémonie au domicile de Liliane Bettencourt, présidente d’honneur de la Fondation :

Scott Waddell, professeur de neurobiologie à l’Université d’Oxford, a reçu le prix Liliane Bettencourt pour les sciences du vivant. La dotation du programme ATIP-Avenir a été remise à Leïla Perié (Unité physico-chimie Curie, CNRS / UPMC / Institut Curie) qui, de retour en France, va créer son équipe de recherche à l’Institut Curie, à Paris. Les prix pour les jeunes chercheurs ont été décernés à 14 jeunes chercheurs en sciences et/ou en médecine pour leur permettre d’effectuer leur stage post-doctoral dans les meilleurs laboratoires étrangers.

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© Christophe Petit Tesson / CAPA Pictures

Au premier plan de gauche à droite :Pr. Nicole Le Douarin, membre du conseil scientifique de la Fondation, Fred Etoc, lauréat, Pr. Alain Pompidou, membre du conseil scientifique, Pr. Hugues de Thé, président du conseil scientifique, Pr. Emiliana Borrelli, membre du conseil scientifique, Scott Waddell, lauréat du Prix Liliane Bettencourt pour les sciences du vivant, Olivier Brault, directeur général de la Fondation, Françoise Bettencourt Meyers, présidente de la Fondation, Jean-Pierre Meyers , vice-président de la Fondation, Liliane Bettencourt, présidente d’honneur de la Fondation, Nicolas Meyers, membre du conseil d’administration de la Fondation.

Au second plan de gauche à droite :Mandy Muller, Grégory Franck, Hervé Turlier, Paul Monnier, Edouard Hannezo, Denis Jallet, Jean-Rémi King, Paul Blanche, Fanny Langlet, Maël Lebreton, Séverine Martini, Sébastien Paque, lauréats du Prix pour les jeunes chercheurs ; Dr. Marcel Méchali, Pr. Alain-Jacques Valleron, Pr. Cédric Blanpain, membres du conseil scientifique de la Fondation ; Armand de Boissière, secrétaire général de la Fondation.

Fondation Bettencourt Schueller / Soutenir le déploiement des talents pour contribuer au bien commun

La Fondation Bettencourt Schueller met en œuvre la mission qui lui a été confiée il y a vingt-cinq ans par ses fondateurs, André et Liliane Bettencourt et leur fille Françoise Bettencourt Meyers : « donner des ailes au talent » pour contribuer à la réussite et au rayonnement de la France.

Cette mission s’exprime dans trois domaines d’engagement : les sciences de la vie, la culture et la solidarité. Elle est portée par des convictions qui définissent un esprit et des façons de travailler, pour l’intérêt général, sans but lucratif et dans un objectif de responsabilité sociale.

Depuis 1990 ce sont 332 prix scientifiques qui ont été attribués et plus de 5000 chercheurs encouragés. Au total, la Fondation Bettencourt Schueller a attribué 257 millions d’euros de dons cumulés dans le domaine des sciences du vivant.

Pour en savoir plus : www.fondationbs.org

Des antiplaquettaires pour limiter la sévérité de la grippe

Les plaquettes sanguines jouent un rôle dans les infections pulmonaires sévères liées aux virus grippaux. C’est ce que révèlent pour la première fois des chercheurs de l’Inra, de l’Inserm et de l’Université Claude Bernard Lyon 1 dans des travaux publiés le 1er avril 2015 dans la revue American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine. Leurs résultats montrent que les médicaments antiplaquettaires représenteraient un accompagnement thérapeutique efficace contre les formes graves de grippe.

Dans le monde, les épidémies annuelles de grippe sont responsables d’environ trois à cinq millions de cas de maladies graves et de 250 000 à 500 000 décès, principalement parmi les groupes à haut risque (les très jeunes, les personnes âgées ou souffrant de maladies chroniques). Dans les cas de grippes sévères, les poumons sont le siège d’une inflammation excessive et délétère.

Des chercheurs de l’Inra, de l’Inserm et de l’Université Claude Bernard Lyon 1 se sont intéressés au rôle des plaquettes[1] pendant l’infection par les virus grippaux chez des souris. Ils ont tenté de comprendre les mécanismes responsables de l’inflammation exagérée des poumons qui survient dans les cas les plus graves. En révélant un afflux massif de plaquettes agrégées et activées, les scientifiques ont mis en évidence, pour la première fois, le recrutement des plaquettes dans les processus associés à la sévérité des infections pulmonaires.

Dans un second temps, cette même équipe a démontré le lien entre l’activation plaquettaire dans le poumon et la suractivation de l’inflammation. Ainsi, en suractivant les plaquettes, on observe une augmentation de la mortalité. Inversement, des souris ayant un défaut de fonction plaquettaire sont protégées.

Enfin, l’effet bénéfique des antiplaquettaires sur l’inflammation excessive dans le poumon a été prouvé. Les chercheurs ont testé, chez des souris, 4 molécules antiplaquettaires (dont 2 sur le marché) et 3 souches différentes de virus de la grippe. Il s’agissait de souches humaines modifiées pour entraîner des grippes sévères et de fortes pneumonies chez les souris.

En donnant une dose semi-létale de virus (entraînant une mortalité de 50 %), l’administration locale (ou par voie aérienne) d’antiplaquettaires a assuré une survie avoisinant 100%.

Ces travaux suggèrent donc que les médicaments antiplaquettaires (déjà présents dans la pharmacopée) pourraient être utilisés pour développer des traitements anti-inflammatoires efficaces lors des infections sévères à influenza. Ces résultats de recherche biologique pourraient donc connaître des développements en recherche clinique visant à évaluer leur transposition dans l’espèce humaine.

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Analyse par microscopie électronique de coupes de poumon. Des souris infectées par influenza ont été traitées par voie aérienne avec une solution contenant un antiplaquettaire (à droite) ou non (à gauche). La formation de larges amas de plaquettes activées et agrégées dans les poumons des souris contrôles (à gauche) est prévenue chez les souris ayant reçu l’antiplaquettaire (à droite) ; limitant l’inflammation et favorisant la survie. © Elisabeth Errazuriz-Cerda, CIQLE

[1] Les plaquettes sont des éléments cellulaires du sang qui assurent l’hémostase en jouant un rôle primordial dans la formation des caillots.

La cohorte Constances, un dispositif de recherche unique en France

Déjà plus de 65 000 volontaires inclus sur les 200 000 prévus et 41 projets de recherche engagés.

Deux ans après son lancement, la cohorte Constances rassemble les données relatives à la santé de plus de 65 000 volontaires de 18 à 69 ans affiliés au régime général de sécurité sociale, tirés au sort. Chaque volontaire bénéficie d’un examen de santé dans un Centre d’examens de santé (CES) de l’Assurance maladie et remplit des questionnaires annuels. Il accepte que des données le concernant, telles que sa consommation de soins, ses hospitalisations, ou sa trajectoire socioprofessionnelle, soient suivies par les chercheurs de la cohorte Constances. Dix-huit CES sont impliqués dans 17 départements. Constances est menée conjointement par l’Inserm, l’Université de Versailles-Saint-Quentin-En-Yvelines, l’Assurance maladie et l’Assurance retraite, avec le soutien de la Direction générale de la Santé.

La cohorte Constances permettra d’obtenir des données utiles pour la recherche et les politiques de santé publique. En outre, le très grand nombre de personnes suivies va permettre, à une échelle inédite, d’étudier l’influence à long terme de divers facteurs (pollution, habitudes alimentaires, traitements médicamenteux, lieu de résidence…) sur la santé de la population vivant en France.

« La grande originalité de Constances est d’avoir été conçue dès le départ comme un laboratoire épidémiologique ouvert aux équipes de recherche, dans un esprit de mutualisation. Un gros travail a été effectué pour respecter la confidentialité des données, conformément à la Loi Informatique et Libertés » souligne Marie Zins, responsable scientifique de cette cohorte.



Constances

Répartition des volontaires de la cohorte Constances au 25 mars 2015 (© Inserm/M. Nachtigal)



Le Conseil scientifique international de Constances vient de valider 41 projets de recherche, portés par une trentaine d’équipes.

Deux projets sont particulièrement avancés : 

– COSMOS (Cohorte d’utilisateurs de téléphone mobile et santé en France), Centre international de recherche sur le cancer (CIRC, Lyon) : dans le cadre d’une étude européenne (Danemark, Finlande, Suède, Pays-Bas, Grande-Bretagne), Cosmos évalue les effets à long terme du téléphone mobile sur la santé. Responsable : Joachim Schüz (chef de la section Environnement et radiation) – rf.crai@somsoc

– ConstancesRespi : surveillance, déterminants, histoire et impacts des maladies respiratoires chroniques et du déclin accéléré des fonctions pulmonaires. Consortium de 7 projets provenant de 7 équipes animé par Nicolas Roche (Professeur à l’Université Paris Descartes) – rf.phpa.hcc@ehcor

Constances en bref :
La cohorte nationale française d’adultes est fortement soutenue par la CNAMTS et bénéficie d’un financement dans le cadre des Investissements d’Avenir. La taille et le fonctionnement de la cohorte Constances sont équivalents à d’autres grandes cohortes en cours de constitution en Europe, notamment en Allemagne. Les collaborations européennes permettront, à terme, des recherches à très grande échelle, et des comparaisons internationales inédites.
L’objectif est d’inclure 200 000 personnes volontaires.
La prochaine sélection de projets de recherche par le Conseil scientifique aura lieu en juillet 2015.

Vous êtes volontaires? Vous souhaitez participer ? Conditions et précisions en écrivant à rf.secnatsnoc@tcatnoc et sur le site www.constances.fr

Et si la gravité de votre grippe saisonnière était liée à votre patrimoine génétique ?

Alors que la plupart d’entre nous guérissent d’une grippe après une semaine, elle peut s’avérer très sévère, voire mortelle dans de rares cas sans que rien n’ait permis aux médecins de l’envisager. En analysant le génome d’une petite fille atteinte d’une forme sévère de la grippe à l’âge de 2 ans et demi, des chercheurs du Laboratoire de Génétique Humaine des Maladies Infectieuses (un laboratoire international associé franco-américain) regroupant des chercheurs de l’Inserm, de l’Université Paris Descartes, des médecins de l’AP-HP (Hôpital Necker-Enfants Malades) hébergés à l’Institut Imagine, et de la Rockefeller University de New York, ont découvert chez elle une mutation génétique jusqu’alors ignorée et responsable d’un dysfonctionnement subtil de son système immunitaire. Plus largement, ces résultats indiquent que des mutations génétiques pourraient être à l’origine du déclenchement de certaines formes sévères de grippe chez l’enfant, et indiquent en tout cas que les mécanismes immunitaires qui font défaut chez cette fillette sont exigés pour la protection contre ce virus chez l’homme. Ces résultats sont publiés dans la revue Science Express.
Woman coughing and blowing her nose in autumn

©fotolia

La grippe saisonnière est une infection virale aiguë provoquée par un virus grippal. Elle se caractérise par de fortes fièvres, des maux de tête, des courbatures, etc. En dehors de la vaccination, il n’existe aucun traitement sauf symptomatique (antidouleur) pour la contrer. Dans la majeure partie des cas, les personnes malades guérissent après une semaine mais chez les personnes les plus fragiles elle peut provoquer une détresse respiratoire aiguë pouvant entrainer le décès.

Les facteurs de risque connus des formes sévères de la grippe consistent surtout en quelques comorbidités acquises, comme les maladies pulmonaires chroniques. Mais l’origine de la plupart des cas mortels reste inexpliquée, particulièrement chez les enfants.

L’absence de cas de grippe sévère chez des patients avec des immunodéficiences acquises connues, qui d’habitude prédisposent aux infections, est aussi surprenante.

Face à ces différents constats, les chercheurs du laboratoire de Jean-Laurent Casanova et Laurent Abel, à Paris et New York, ont donc formulé l’hypothèse selon laquelle la grippe sévère frappant des enfants en bonne santé pourrait résulter d’erreurs génétiques.

Pour tester cette hypothèse, ils ont séquencé le génome entier d’une enfant de 7 ans ayant contracté une forme très sévère de grippe (souche H1N1 : influenza A virus) nécessitant son hospitalisation en service de réanimation pédiatrique en janvier 2011 à l’âge de deux ans et demi. Elle ne présentait alors aucune autre pathologie connue qui aurait pu suggérer une vulnérabilité plus forte que celle d’autres enfants au virus.

Cette analyse couplée à celle du génome de ses parents a permis de mettre en évidence que la petite fille avait hérité un allèle muté du gène codant pour le facteur de régulation IRF7 de chacun de ses deux parents. Ce dernier est un facteur de transcription connu pour amplifier la production d’interférons en réponse à une infection virale chez la souris et chez l’homme.

Contrairement à ses parents chez qui la mutation d’un seul allèle du gène n’entraîne aucune conséquence, chez la fillette, la mutation des deux allèles du gène codant pour IRF7 entraîne son inactivation. A la clé : une perte de production des interférons entraînant en cascade de nombreuses perturbations dans son système de défense contre l’infection par le virus de la grippe.

Par toute une série d’expériences réalisées à partir de cellules sanguines, notamment de cellules dendritiques, et en reconstituant des cellules pulmonaires à partir de cellules souches de la fillette, les chercheurs, ont établi la preuve que les mutations observées chez cette dernière expliquent le développement d’une grippe sévère. Par ailleurs, cette découverte démontre que l’amplification d’interférons dépendante de l’expression d’IRF7 est exigée pour la protection contre le virus de la grippe chez l’homme. Il leur faut à présent chercher des mutations de ce gène ou d’autres gènes chez les autres enfants recrutés après un épisode de grippe sévère inexpliquée.

Sur la base de ces premières constatations, les chercheurs de l’Inserm estiment que des stratégies thérapeutiques basées sur les interférons recombinants, disponibles dans la pharmacopée, pourraient aider à combattre les formes sévères de grippe chez les enfants.

Ces travaux multidisciplinaires ont nécessité des collaborations multiples en Europe et aux États-Unis.

Un composé pharmacologique pour restaurer la transmission neuromusculaire

Des chercheurs de l’Inserm, du CNRS et de l’université Paris Descartes viennent de mettre en évidence l’effet bénéfique du chlorure de lithium sur un groupe d’affections génétiques à l’origine de dysfonctionnements du muscle appelées myasthénies congénitales. Ces résultats obtenus sur un nouveau modèle d’étude de la pathologie chez la souris, sont publiés dans la revue The Journal of Neuroscience et constituent une étape importante dans la recherche de traitements pour ces maladies rares.

Les syndromes myasthéniques congénitaux (SMC) débutent habituellement dans la période néonatale, mais parfois plus tardivement au cours de l’enfance, de l’adolescence, voire à l’âge adulte. Ils se traduisent par une faiblesse musculaire des bras et des jambes, une atteinte oculaire, des muscles faciaux et bulbaires (succion, déglutition, dysphonie). Ils se caractérisent par le dysfonctionnement de la transmission neuromusculaire. Cette maladie rare touche de 1 à 2 individus pour 500 000 (source : Orphanet).
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© Fotolia. Les synapses des neurones permettent la transmission des messages neuromusculaires.

Des chercheurs du « Centre de neurophysique, physiologie, pathologie » (CNRS / Université Paris Descartes) à Paris étudient les mécanismes physiopathologiques de ces maladies de la transmission neuromusculaire.
Chez une souris transgénique modèle d’étude de la pathologie, ils viennent de montrer l’effet bénéfique d’un composé pharmacologique nommé chlorure de lithium (LiCl). Le chlorure de lithium était déjà connu dans le traitement de certaines maladies du système nerveux central, telles que la dépression et le syndrome bipolaire.

« Le traitement par le chlorure de lithium de ces souris diminue la faiblesse et la fatigabilité musculaire » explique Laure Strochlic, chercheur Inserm.

 En détail, les chercheurs ont injecté le produit une fois par jour dans le péritoine des souris. Le composé restaure en grande partie la structure altérée des synapses, ces structures qui permettent la transmission de l’information entre les cellules nerveuses. Il agit en inhibant une enzyme appelée « GSK3 » dans le muscle, ce qui permet de rétablir le déficit moteur causé par la maladie.

Les chercheurs travaillent désormais à la généralisation de ces résultats sur d’autres modèles des myasthénies congénitales et à l’ajustement du dosage et de la durée du traitement. Ils envisagent un essai clinique pour tester l’efficacité du LiCl et d’autres inhibiteurs de l’enzyme GSK3 d’ici deux à trois ans.

Ces résultats sont protégés par un brevet déposé par Inserm Transfert.

Cibler un récepteur de l’hôte plutôt que le virus : une nouvelle approche expérimentale contre le virus de l’hépatite C

Une collaboration internationale conduite par le Professeur Thomas Baumert (Unité mixte de recherche 1110 Inserm/Université de Strasbourg « Institut de recherche sur les maladies virales et hépatiques ») met en évidence qu’un anticorps monoclonal spécifiquement dirigé contre la claudine-1, une protéine du foie essentielle à l’infection par le virus de l’hépatite C (VHC), permet de prévenir et de traiter une infection chronique par ce virus dans un modèle animal. Cet anticorps, dont on savait qu’il inhibe l’entrée du VHC et empêche ainsi l’initiation de l’infection, se révèle également capable d’éliminer les cellules infectées. Cette découverte, publiée dans une lettre de Nature Biotechnology le 23 mars 2015, ouvre la voie au développement d’une approche non seulement préventive pour l’hépatite C mais aussi thérapeutique.

L’infection par le virus de l’hépatite C (VHC) entraine une cirrhose hépatique et un cancer du foie, seconde cause de décès par cancer dans le monde. Ces complications sont des indications majeures pour la transplantation hépatique mais la réinfection du greffon par le VHC est un défi. A ce jour il n’y a pas de vaccin et les nouveaux traitements récemment mis au point ne sont actuellement accessibles qu’à une minorité de patients à travers le monde en raison de leurs coûts élevés. Le développement de nouvelles stratégies préventives et thérapeutiques est donc toujours d’actualité.

L’équipe dirigée par le Pr Thomas Baumert (Unité mixte de recherche 1110 Inserm/Université de Strasbourg « Institut de recherche sur les maladies virales et hépatiques»), en collaboration avec des équipes internationales, a décidé de cibler une protéine du foie essentielle à l’infection virale plutôt que de cibler le virus. Ils ont choisi la claudine-1, une molécule importante pour les premières étapes de l’infection par le VHC et impliquée dans les contacts cellulaires.

En utilisant des modèles de souris ayant un foie de type humain, les chercheurs montrent qu’un anticorps monoclonal dirigé contre la claudine-1 peut prévenir l’infection par le VHC en bloquant l’entrée du virus dans les cellules du foie. De manière surprenante, les chercheurs ont également observé que cet anticorps permet de traiter l’infection chronique par le VHC en inhibant l’activation de voies de signalisation intracellulaires dont le virus a besoin pour survivre. En conséquence, les cellules infectées disparaissent et sont progressivement remplacées par des cellules non-infectées.

L’avantage de cette stratégie est qu’elle ne nécessite pas d’être associée à un antiviral.

 De plus, en utilisant différentes souches virales, les chercheurs montrent que le virus peut difficilement échapper à cet anticorps et développer une résistance.

« Claudine-1 » est une protéine habituellement localisée dans les jonctions serrées qui sont des points de contact entre cellules adjacentes. Il est intéressant de noter que des protéines de jonction serrées constituent des récepteurs pour d’autres pathogènes, tels que le virus de la dengue ou les shigelles. Cette approche innovante par injection d’un anticorps monoclonal dirigé contre une protéine de la cellule hôte permet d’entrevoir le développement d’une stratégie vaccinale et de nouvelles approches thérapeutiques contre le VHC et également contre d’autres pathogènes utilisant des mécanismes d’infection similaires.

Cette étude a reçu le soutien de l’Union Européenne (ERC, INTERREG-IV-Rhin Supérieur-FEDER, FP7), l’ANRS (France REcherche Nord & sud Sida-hiv Hépatites), les Laboratoires d’Excellence HepSYS et netRNA de l’Agence nationale de la recherche (ANR), la Fondation ARC pour la recherche contre le cancer, l’IHU MIX-Surg, la Fondation Wilhelm Sander, la Région Alsace, l’Institut National du Cancer, l’Inserm, le Centre National de la Recherche Scientifique, l’Université de Strasbourg, l’Université de Gand (GOA 01G01712), la Research Foundation—Flanders) et Cardiex (Nantes).

Prédire la fin de la période de fertilité des femmes après un cancer pédiatrique

Des chercheurs de l’AP-HP, de l’Inserm, des Instituts Gustave Roussy, Curie et du Centre Oscar Lambret, coordonnés par le Docteur Cécile Thomas-Teinturier du service d’endocrinologie pédiatrique de l’hôpital Bicêtre se sont intéressés à l’impact de certaines thérapeutiques sur la fertilité des femmes qui sont guéries d’un cancer pédiatrique. Ces recherches réalisées avec le soutien financier de La Ligue contre le cancer font l’objet d’une publication dans la revue Human Reproduction le 23 mars 2015.

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Avec l’augmentation de la survie, l’impact des thérapeutiques sur la fertilité future des filles guéries d’un cancer dans l’enfance peut altérer leur qualité de vie. Chez toutes les femmes, la durée de la vie reproductive est liée au nombre de follicules présents dans les ovaires, dont le stock n’est pas renouvelable et décline au cours du temps. La ménopause survient lorsque ce stock descend en-dessous d’un certain seuil, 5 à 10 ans après la fin de la période de fertilité.

Dans cette étude, les chercheurs ont émis l’hypothèse que les femmes traitées par chimiothérapie avec des médicaments de la classe des alkylants – cyclophosphamide, ifosfamide, procarbazine – pour un cancer dans l’enfance auraient un capital folliculaire diminué bien que leur fonction ovarienne apparente soit encore intacte (cycles réguliers).

Ils ont évalué la réserve ovarienne de 105 femmes guéries d’un cancer dans l’enfance, qui avaient reçu dans leur enfance des alkylants, mais sans radiothérapie sur la région du petit bassin. Les investigations ont comporté des dosages hormonaux, notamment  hormone anti-müllerienne ( un marqueur fiable de la réserve ovarienne) la mesure, par échographie, de la taille des ovaires et le comptage du nombre de follicules. Les résultats ont été comparés à ceux de 20 femmes du même âge, n’ayant pas reçu de chimiothérapie.

L’équipe a constaté que les 105 femmes guéries d’un cancer pédiatrique avaient des ovaires plus petits que les femmes non traitées et un taux d’hormone anti-müllerienne significativement plus bas. Cette diminution était plus marquée chez les patientes ayant reçu de la procarbazine pour un lymphome de Hodgkin, ou une chimiothérapie par alkylants à forte dose avant une greffe de moelle osseuse. Ni la dose de cyclophosphamide ni celle d’ifosfamide ne semblait associée avec une réserve ovarienne diminuée.

« Ces résultats semblent confirmer notre hypothèse » explique le Dr Thomas-Teinturier. « D’un point de vue théorique, la fin de la période de fertilité risque de survenir plus tôt chez ces femmes guéries d’un cancer pédiatrique. Ceci ajouté au recul de l’âge à la première grossesse risque chez elles d’augmenter les difficultés à la procréation ».

Cependant, bien que l’évaluation de la réserve ovarienne semble un bon facteur de prédiction du taux de grossesse chez les femmes infertiles soumises aux techniques de procréation médicalement assistée, il existe peu de données concernant son utilité réelle pour conseiller les jeunes femmes guéries d’un cancer pédiatrique sur l’atteinte éventuelle de leur fertilité, et leur risque de progression vers une ménopause précoce.

« Il nous paraît donc nécessaire de suivre l’évolution de ces marqueurs dans cette cohorte de patientes afin de définir les seuils qui permettraient de prédire la fenêtre de fertilité et la survenue de la ménopause au cours des années suivantes » poursuit le Dr Thomas-Teinturier. « L’ultime objectif de notre étude est de pouvoir, dans le futur, conseiller individuellement ces jeunes femmes sur leur capacité de procréation au cours des cinq années suivantes en se basant sur les résultats de leur bilan à un moment donné. »

Le nouveau visage de nos adolescents

Une grande enquête, coordonnée par l’Unité Inserm 1178 « Santé mentale  et santé publique » et le pôle Universitaire de la Fondation Vallée, dresse un état des lieux des problématiques et enjeux actuels de l’adolescence. Ces données, recueillies au moyen d’auto-questionnaires, confrontent les perceptions de 15 235 jeunes scolarisés, âgés de 13 à 18 ans, concernant leur propre adolescence. L’étude aborde des sujets aussi divers que leur santé physique et mentale, leurs consommations, leurs loisirs, ou encore leur sexualité. Les résultats obtenus réaffirment le caractère complexe de ces adultes en devenir, avec une différence fille/garçon bien inscrite et un gradient selon l’âge. Ils devraient permettre d’améliorer les connaissances sur les comportements de ces derniers, et d’identifier de nouveaux indicateurs de difficultés, utiles à la mise en place d’actions de prévention.

Les chiffres clés :

  • Près de 50 % des adolescents a confiance en l’avenir ;
  • Pour 56 % des jeunes interrogés, l’adolescence n’est pas toujours une période facile ;
  • Une très grande majorité (74,5 % de filles et 57,6 % de garçons), privilégie l’isolement en cas de mal-être ;
  • 75 % des adolescents reconnaissent avoir besoin de limites.

Transition entre l’enfance et l’âge adulte, l’adolescence est une période de bouleversements psychologique et physiologique complexes, pouvant entrainer certaines difficultés, et mener à des conduites à risque. L’enquête « Portraits d’adolescents », coordonnée par l’Unité Inserm 1178 « Santé mentale  et santé publique » et le pôle Universitaire de la Fondation Vallée, permet une analyse des « profils » de ces 15 235 jeunes scolarisés à partir de la 4ème jusqu’à la fin du second cycle, grâce à des données recueillies par auto-questionnaires anonymes.

Des ados loin d’être caricaturaux
La génération des adolescents d’aujourd’hui est souvent présentée comme inconsciente, désenchantée, paresseuse et dépendante des objets plus que des liens. Cette étude montre toutefois que près de la moitié des adolescents (48,4 %) a confiance en l’avenir (surtout les garçons, 58,6 % contre 38,9 % de filles).
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Une grande majorité se sent bien dans ses relations avec ses parents, et pense que ces derniers posent un regard positif sur eux. La plupart estime par ailleurs que les adultes en général sont trop inquiets pour les adolescents (72,8 %).

88 % de ces jeunes (90,3 % des filles versus 85,5 % des garçons) considèrent que leur propre valeur ne dépend pas du nombre d’objets qu’ils possèdent. La valeur qu’ils s’accordent est liée à l’image qu’ils donnent aux autres, à leurs résultats scolaires, mais aussi à leur créativité.

En terme de représentation des limites, les adolescents d’aujourd’hui sont loin d’être caricaturaux : si plus de la moitié pense que les adultes posent trop de limites, ils sont encore plus nombreux à reconnaitre en avoir besoin (74,9 %). Toutefois, plus des trois quarts d’entre eux pensent que trop de limites poussent, au contraire, à prendre des risques (77 %).

La prise de risques est, par ailleurs, généralement décrite comme essentielle dans les processus d’adolescence. Pour plus d’un tiers de ces jeunes (34,1 %) pour vivre bien, « il faut prendre des risques sans les calculer ». Ces données rendent compte de l’ambivalence bien connue des adolescents.

Les nouvelles formes du mal-être
Les adolescents ont conscience que la période qu’ils traversent n’est pas facile : ils se posent assez souvent ou très souvent des questions sur eux-mêmes (49,3 %), surtout les filles (61,7 % vs 35,7 % pour les garçons). La moitié s’en pose sur le monde qui les entoure, davantage de filles (57,8 %) que de garçons (49,6 %). Cette période de profonds remaniements identitaires accentue la vulnérabilité psychopathologique de ces jeunes, propice aux conduites à risque.

Les tentatives de suicide semblent être plus fréquentes qu’auparavant : 7,8 % des jeunes en ont déjà effectué une, 3,7 % plus d’une. La dépression touche 16,8 % des filles et 7 % des garçons. Par ailleurs, 38,9 % des jeunes ont déjà pensé que « la vie ne valait pas la peine d’être vécue ». Des chiffres alarmants, d’autant qu’une très grande majorité des adolescents (74,5 % de filles et 57,6 % de garçons), privilégie l’isolement comme « modalités de lutte » lorsqu’ils se sentent mal. Ce qui pose le problème du repérage de leur mal-être par les autres, les amis ne représentant que la troisième ressource, derrière l’écoute de la musique (surtout les filles) ou les jeux vidéo (surtout les garçons). On peut aussi s’inquiéter des chiffres de jeunes « subdépressifs », ou légèrement déprimés, 33,6 % de filles et 21,6 % de garçons, en grande augmentation par rapport aux dernières données disponibles.Graphique2

Si l’objectif de cette étude était de mieux comprendre la perception qu’ont les adolescents d’eux-mêmes, de nombreux résultats figurent dans ce rapport, concernant notamment :

Leur rapport aux réseaux sociaux :
88 % des adolescents sont sur les réseaux sociaux. Pour 76,9 %, ce choix est justifié par la présence d’amis sur ce même réseau.

Leur consommation de substances psychoactives :
Globalement, les filles consomment surtout du tabac (9,2 % d’entre elles se disent « accro », contre 7,8 % de garçons), les garçons, de l’alcool, avec des chiffres inquiétants « d’alcoolisation ponctuelle importante » dans le mois précédant l’enquête (37,6 %). La consommation régulière de cannabis touche 7,1 % des jeunes.

Leur sexualité :
10,7 % des garçons versus 4,2 % des filles disent avoir eux des rapports sexuels avant 13 ans, ce qui reste un chiffre préoccupant.

Leur scolarité :
Une très grande majorité d’entre eux la trouve fatigante, stressante et énervante, voire pénible. Seulement un tiers des jeunes la trouve agréable, bien qu’ils la considèrent comme essentielle.

Leurs loisirs :

Le sport, la musique, les amis, internet et les jeux sur ordinateurs (surtout les garçons) sont les loisirs les plus plébiscités par les adolescents.

Téléchargez l’enquête « Portraits d’adolescents » dans son intégralité

La qualité de l’air dans les maisons de retraite affecte la santé pulmonaire des résidents

D’après une nouvelle étude, la qualité de l’air intérieur dans les maisons de retraite a un effet important sur la santé pulmonaire des résidents âgés. L’étude, qui est publiée le 12 mars 2015 dans l’European Respiratory Journal est la première à détailler les effets négatifs d’une mauvaise qualité de l’air dans les maisons de retraite de plusieurs pays.vieillesse

© Fotolia


Des chercheurs du projet GERIE, financé par l’UE, ont collecté des données sur cinq polluants de l’air intérieur: les particules de diamètre de 10 microns (PM10), les particules ultra-fines (PM0.1), le formaldéhyde, le dioxyde d’azote (NO2) et l’ozone (O3). Ces polluants viennent de plusieurs sources, dont le chauffage, les matériaux de construction, le mobilier, les produits nettoyants et de ménage, les désinfectants et les systèmes de refroidissement.

Ils ont évalué de manière objective les niveaux de concentration des polluants dans 50 maisons de retraite de sept pays (Belgique, Danemark, France, Grèce, Italie, Pologne et Suède). Un total de 600 résidents âgés de 65 ans (82 ans en moyenne) ont participé à l’étude.

Chaque participant a subi un certain nombre de tests cliniques, parmi lesquels des tests de la fonction pulmonaire et a rempli un questionnaire de santé. Les résultats montrent que l’exposition à des niveaux élevés de PM10 et de NO2 est associée de manière significative à l’essoufflement et la toux. De hauts niveaux de PM0.1 étaient associés à des sifflements dans la poitrine l’année précédant la mesure de la qualité de l’air, et de hautes concentrations de formaldéhyde sont liées à la bronchopneumopathie obstructive chronique (BPCO).

On retrouve ces associations avec des concentrations modérées de polluants de l’air intérieur inférieures à celles des directives internationales existantes.

Les résultats sont renforcés dans les foyers mal ventilés et chez les résidents de plus de 80 ans. Avec l’augmentation de l’espérance de vie, de plus en plus d’individus vivent dans des maisons de retraite. Avec le vieillissement, l’organisme devient plus vulnérable aux risques liés à la pollution de l’air. L’activité physique réduite entraîne aussi une exposition accrue à la pollution de l’air intérieur.

La Dr Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche Inserm et auteure principale de l’étude, indique: « Nos résultats montrent l’effet indépendant de plusieurs polluants de l’air intérieur sur la santé pulmonaire des personnes âgées vivant en maison de retraite. Le problème est préoccupant puisque la capacité de l’organisme à traiter les polluants nuisibles de l’air diminue avec l’âge. Les maisons de retraite devraient accroître leurs efforts pour diminuer la pollution de l’air intérieur en limitant ses sources, et en améliorant la ventilation de leurs bâtiments. La santé respiratoire des résidents devrait également faire l’objet de vérifications régulières. »

Dan Smyth, président de l’European Lung Foundation, ajoute : « La majorité des maladies pulmonaires peuvent être évitées. Nous devons donc nous concentrer sur des stratégies ciblant les facteurs de risque liés à ces maladies. Ces résultats viennent s’ajouter aux preuves confirmant que la pollution de l’air intérieur est l’un de ces facteurs de risque. Nous devons sensibiliser l’opinion là-dessus, avec des campagnes telles que Healthy Lungs for Life (des poumons sains pour la vie), afin que le public, les patients, les professionnels des soins de santé et les décideurs politiques comprennent l’importance de respirer un air propre pour prévenir la survenue de maladies. »

Les auteurs estiment que des recherches supplémentaires sont nécessaires afin d’évaluer davantage de maisons de retraite dans différents pays et de mener des études d’intervention pour déterminer quelles méthodes de prévention sont les plus efficaces.

Réparer le cortex cérébral, c’est possible

L’équipe d’Afsaneh Gaillard (Unité Inserm 1084, Laboratoire de neurosciences expérimentales et cliniques, Université de Poitiers) en collaboration avec l’Institut de recherche interdisciplinaire en biologie humaine et moléculaire de Bruxelles, vient d’aboutir à un premier pas important dans le domaine des thérapies cellulaires : réparer le cortex, chez la souris adulte, grâce à une greffe des neurones corticaux dérivés de cellules souches embryonnaires. Ces résultats viennent d’être publiés dans Neuron.

Le cortex cérébral est une des structures les plus complexes de notre cerveau, il est composé d’une centaine de type de neurones organisés en 6 couches et en de nombreuses aires distinctes sur le plan neuroanatomique et fonctionnel.

Les lésions cérébrales, qu’elles soient d’origine traumatique ou neurodégénérative, entrainent une mort cellulaire associée à des déficits fonctionnels importants. Afin de pallier les capacités limitées de régénération spontanée des neurones du système nerveux central adulte, les stratégies de remplacement cellulaire par transplantation de tissu embryonnaire présentent un potentiel intéressant.

Un défi majeur pour la réparation du cerveau est d’obtenir des neurones corticaux de couche et d’aire appropriées afin de rétablir de façon spécifique les voies corticales lésées.

Les résultats obtenus par les équipes d’Afsaneh Gaillard et de Pierre Vanderhaeghen de l’Institut de Recherche Interdisciplinaire en Biologie humaine et moléculaire de Bruxelles démontrent, pour la première fois, chez la souris, que les cellules souches pluripotentes différenciées en neurones corticaux permettent de rétablir les circuits corticaux lésés adulte sur le plan neuroanatomique et fonctionnel.
Ces résultats suggèrent par ailleurs que la restauration des voies lésées n’est possible que par des neurones de même type que la région lésée.

Cette étude constitue une étape importante dans le développement de thérapie cellulaire appliqué au cortex cérébral.

Cette approche, n’est encore qu’expérimentale (uniquement chez la souris de laboratoire). De nombreuses recherches seront nécessaires avant une application clinique éventuelle chez l’homme. Néanmoins, pour les chercheurs, « le succès de nos expériences d’ingénierie cellulaire, permettant de générer des cellules nerveuses de façon contrôlée et illimitée, et de les transplanter, constitue une première mondiale. Ces travaux ouvrent de nouvelles voies d’approche de réparation du cerveau endommagé, notamment après accidents vasculaires ou traumatismes cérébraux », expliquent-ils.
Neuron

Illustration montrant l’intégration des neurones greffés dans le cerveau après la lésion deux mois après greffe. Les projections spécifiques de cerveau adulte (rouge) vers les neurones greffés (vert). © A. Gaillard/Inserm

Ce projet a été financé par Agence Nationale de la Recherche (ANR-09-MNPS-027-01).

 

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