Menu

PREVAC-UP : Étendre le suivi et renforcer les capacités de recherche afin de soutenir la lutte contre Ebola

PREVAC – Centre de Vaccination de Landréah Conakry. Crédits : Inserm/Delapierre, Patrick

En 2016, les efforts déployés par les organismes de santé publique ont mis un frein d’arrêt à la transmission interhumaine du virus Ebola en Afrique de l’Ouest après la pire épidémie de virus Ebola jamais enregistrée. Toutefois, la menace reste bien réelle, comme l’ont démontré les flambées épidémiques survenues récemment en République démocratique du Congo (RDC). Par conséquent, il est essentiel de poursuivre et d’intensifier les efforts afin de développer une stratégie de vaccination sûre et efficace contre le virus Ebola, pour une protection durable dans toutes les populations, notamment chez les enfants.

Depuis août 2018, la RDC est aux prises avec la pire épidémie Ebola de son histoire, et la deuxième épidémie la plus importante au monde, comptabilisant à ce jour plus de 2 200 décès et plus de 3 300 cas d’infection confirmés. La crise en cours met en évidence, une nouvelle fois, la nécessité de développer des vaccins sûrs et efficaces contre le virus Ebola.

Cet objectif a été la priorité de l’essai PREVAC (Partnership for Research on Ebola Vaccinations ou Partenariat pour la recherche sur la vaccination contre Ebola)[1], un consortium international qui a bénéficié récemment d’un financement supplémentaire pour favoriser la recherche en Afrique de l’Ouest dans le cadre d’un nouveau projet : PREVAC-UP. Cette nouvelle initiative vise à déterminer la sécurité à long terme, ainsi que la durabilité des réponses immunitaires humorales et cellulaires de trois différents schémas vaccinaux contre le virus Ebola testés auparavant par le consortium. PREVAC-UP évaluera ces facteurs jusqu’à 5 ans après la vaccination.

L’étude évaluera également l’effet des co-infections, comme la malaria et les helminthes, sur la réponse immunitaire à la vaccination. Une analyse statistique intégrative de la réponse immunitaire sera utilisée pour étudier le mécanisme d’action des vaccins et identifier des corrélations précoces de l’induction durable d’anticorps. « Ce programme devrait avoir un impact significatif sur la prévention et le contrôle du virus Ebola chez les adultes et les enfants en Afrique. L’étude renforcera également les capacités de recherche en matière de développement et d’évaluation de nouveaux vaccins en Afrique subsaharienne », a indiqué le Dr Yazdan Yazdanpanah, investigateur principal de l’essai PREVAC.

Le projet est cofinancé par le programme EDCTP2 (European and Developing Countries Clinical Trials Partnership) soutenu par l’Union européenne[2]. Outre la subvention de l’EDCTP2, PREVAC-UP bénéficie d’un cofinancement de l’Inserm, du NIAID, de la LSHTM et du COMAHS et d’un soutien des pays hôtes, la Guinée, le Libéria, le Mali et la Sierra Leone.

Résultats PREVAC attendus en 2020

PREVAC-UP fait suite aux travaux déjà réalisés par le consortium PREVAC depuis mars 2017 en Afrique de l’Ouest. Intervenant au Libéria, en Guinée, en Sierra Leone et au Mali, l’équipe a mené un essai de phase 2 multicentrique, randomisé et contrôlé contre placebo – à ce jour, l’un des essais les plus importants sur la vaccination contre le virus Ebola – utilisant le vaccin récemment préqualifié de l’OMS rVSVΔG-ZEBOV-GP, développé par Merck, Sharpe & Dohme, Corp., et la stratégie de vaccination « prime-boost » Ad26.ZEBOVMVA-BN-Filo de Janssen Vaccines & Prevention, BV (Johnson & Johnson). L’objectif consistait à étudier la sécurité et l’immunogénicité sur 12 mois de trois stratégies de vaccination différentes impliquant ces vaccins, chez l’adulte et chez l’enfant âgé d’un an et plus.

Au total, PREVAC a recruté 4 789 personnes dans ces 4 pays, le recrutement de 2 802 participants (1 401 adultes et 1 401 enfants) ayant été finalisé en décembre 2018 pour la phase principale. Les premiers résultats sur l’immunogénicité à 12 mois après la vaccination sont attendus pour l’été 2020. Il est important de noter que le taux de rétention des participants est très élevé (95 % après 12 mois). « Cela reflète l’engagement important de tous les professionnels au niveau local et montre le niveau élevé de collaboration entre tous les partenaires impliqués dans le projet. De plus, cela souligne la volonté des populations d’avoir accès à la vaccination et l’efficacité des stratégies d’engagement communautaire », a indiqué le Dr Yazdanpanah.

PREVAC-UP permettra de rassembler des données complémentaires indispensables sur ces différentes stratégies de vaccination, permettant aussi de déterminer l’approche la plus sûre et la plus efficace pour protéger les populations vulnérables dans les pays menacés par Ebola.

 

 

 

[1] Pour en savoir plus sur PREVAC sur le site Web de l’Inserm : https://www.inserm.fr/en/news-and-events/news/ebola-already-more-than-2000-people-included-in-prevac-immunization-trial

 

[2] Organisations partenaires de PREVAC-UP 

Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm)*, France ; Centre National de Formation et de Recherche en Santé Rurale (CNFRSR)*, Guinée ; Institut Bouisson Bertrand* (IBB) / Centre de Recherche et de Formation en Infectiologie (CERFIG) France/Guinée ; London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM)*, Royaume-Uni ; University of Sierra Leone, College of Medicine and Allied Health Sciences (COMAHS)*, Sierra Leone ; Alliance for International Medical Action (ALIMA)*, France ; Inserm-Transfert SA*, France ; National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID), USA ; Université des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako (USTTB)*, Mali ; Ministry of Health (Centre pour le Développement des Vaccins –Mali)*, Mali ; National Public Health Institute of Liberia (NPHIL), Libéria

*Signataires de la convention de subvention de l’EDCTP

Inserm’s participation in PREVAC is in part through a subcontract with Leidos Biomedical Research, Inc. which operates the Frederick National Laboratory for Cancer Research on behalf of the National Cancer Institute. The content of this publication does not necessarily reflect the views or policies of the Department of Health and Human Services, nor does mention of trade names, commercial products, or organizations imply endorsement by the U.S. government.

The PREVAC UP project is funded by the European and Developing Countries Clinical Trials Partnership (EDCTP2) programme supported by the European Union and the UK Department of Health & Social Care (Grant number RIA2017S – 2014 -PREVAC-UP). Besides the EDCTP2 grant, PREVAC-UP benefits from co-funding from Inserm, the NIAID, the LSHTM and the COMAHS as well as host country support from Liberia, Sierra Leone, Guinea and Mali.

Une femme sur cinq ne reprend pas le travail un an après la fin des traitements d’un cancer du sein dans la cohorte CANTO

Publiée dans le Journal of Clinical Oncology, une nouvelle analyse de la cohorte CANTO (CANcer TOxicities) identifie les déterminants de la reprise de l’activité professionnelle après un cancer du sein. Le premier constat est que 21 % des femmes, soit une femme sur cinq, n’a pas repris une activité professionnelle alors que les traitements sont achevés depuis un an. Les déterminants d’une reprise d’emploi après la maladie sont multiples mais les chercheurs ont identifié trois principaux paramètres qui pèsent davantage : les symptômes dépressifs, un travail manuel et le type de traitement (chimiothérapie et trastuzumab). Les résultats mettent également en avant, pour la première fois, le rôle des toxicités sévères liées aux traitements.

De plus en plus de femmes atteintes d’un cancer du sein sont traitées avec succès même si 25 à 50 % d’entre-elles conservent des séquelles physiques et psychologiques liées à la maladie et ses traitements1. « En se chronicisant, cette pathologie qui touche des femmes souvent encore en activité a rendu centrale la question du retour au travail qui est devenu un véritable enjeu sociétal, le non-retour au travail ayant un coût associé pour la collectivité aussi important que celui des traitements2 » précise Agnès Dumas, sociologue à l’INSERM et chercheuse associée à Gustave Roussy.

La reprise d’une activité professionnelle après les traitements est une question complexe, de nombreux paramètres agissant sur la capacité à travailler. L’objet de cette analyse est d’identifier quels facteurs cliniques, psychologiques et sociaux déterminent le retour au travail et de comprendre leur poids relatif.

Pour cela, l’analyse s’est basée sur une extraction de près de 1 900 femmes inclues dans la cohorte CANTO âgées de moins de 57 ans, en emploi au moment du diagnostic et dont la maladie n’avait pas rechuté. Un des points forts de CANTO est que toutes les femmes inclues dans cette cohorte répondent à plusieurs questionnaires répétés dans le temps, au diagnostic, à la fin des traitements et un an après, permettant d’éviter les biais de mémoire d’un questionnaire rétrospectif. C’est la première analyse prospective de cette ampleur sur les causes du non-retour au travail après un cancer du sein.

De manière globale, les chercheurs ont constaté que 21 % de femmes ne reprenaient pas le travail ; parmi ces femmes, 74 % étaient en arrêt maladie, 9 % à la recherche d’un emploi et 17 % étaient dans une autre situation.

Le retour au travail dépend d’un ensemble de facteurs et c’est pourquoi les chercheurs ont pris en considération de multiples paramètres pour comprendre les déterminants du non-retour : le stade de la maladie, l’état de santé général des femmes au moment du diagnostic de la maladie incluant la présence d’autres pathologies comme les troubles musculo-squelettiques, les toxicités et effets secondaires des traitements, la qualité de vie et notamment différents types de fatigue, selon qu’elle est physique, émotionnelle ou cognitive, l’anxiété, la dépression ainsi que des caractéristiques sociodémographiques (âge, vie en couple…) et socioprofessionnelles (catégorie professionnelle, temps de travail).

En prenant en compte tous ces facteurs, les chercheurs ont mis en évidence trois principales causes du non-retour un an après l’arrêt des traitements :

  • Les symptômes psychologiques sont le premier paramètre à peser. Les femmes rapportant des symptômes dépressifs à la fin des traitements sont moins enclines à reprendre le travail.
  • Vient ensuite le type de travail. Les femmes avec un travail manuel ont un risque de non-reprise très important. A cela s’ajoute la question du temps de travail, les femmes travaillant à temps partiel reprenant moins le travail que celles travaillant à temps plein au moment du diagnostic.
  • Enfin, le type de traitement a également un rôle important. Ainsi, les femmes ayant été traitées par chimiothérapie (sans distinction du type) associée à du trastuzumab avaient significativement moins repris une activité professionnelle un an après la fin des traitements.

« Toutes choses égales par ailleurs, par exemple le même type de chirurgie ou la prise en compte des symptômes dépressifs, le fait d’avoir du trastuzumab augmente clairement le risque de ne pas retourner au travail. Nous n’avons pas encore trouvé d’explication satisfaisante à son rôle : ce médicament n’ayant pas une toxicité considérée comme sévère (grade 3 ou 4), il ne devrait pas avoir un tel impact sur l’emploi. Est-ce sa toxicité à long terme, même si elle est faible, la cause ? Est-ce la formulation par voie intraveineuse et son administration à l’hôpital sur une longue durée qui joue ? Nous sommes en train d’affiner les paramètres pour mieux comprendre » conclut Ines Vaz-Luis, oncologue à Gustave Roussy et co-auteur de l’article.

En plus de ces trois principaux facteurs, l’étude CANTO montre pour la première fois le rôle des toxicités sévères liées aux traitements (dites de grade 3 ou supérieur, concernant les domaines cardiovasculaire, gynécologique, gastro-intestinal, rhumatologique, dermatologique, pulmonaire ou neurologique) à côté de facteurs déjà démontrés dans la littérature pour leur rôle négatif sur l’emploi tels que les douleurs au bras suite à la chirurgie.

Promue par Unicancer et dirigée par le Pr Fabrice André, oncologue spécialisé dans le cancer du sein à Gustave Roussy, directeur de recherche Inserm et responsable du laboratoire « Identification de nouvelles cibles thérapeutiques en cancérologie » (Inserm/Université Paris-Sud/Gustave Roussy), la cohorte prospective CANTO pour CANcer TOxicities est composée de 12 000 femmes atteintes d’un cancer du sein localisé prises en charge dans 26 centres français. Elle a pour objectif de décrire les toxicités associées aux traitements, d’identifier les populations susceptibles de les développer et d’adapter les traitements en conséquence pour garantir une meilleure qualité de vie dans l’après-cancer.

Les travaux de cette étude ont été soutenus par la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer, l’association Susan G. Komen, le programme Odyssea et la Fondation Gustave Roussy ; l’étude CANTO est soutenue par l’Agence nationale de la recherche, la Ligue Nationale contre le cancer et l’IRESP.

1 Ferreira AR, Di Meglio A, Pistilli B, Gbenou AS, El-Mouhebb M, Dauchy S, et al. Differential impact of endocrine therapy and chemotherapy on quality of life of breast cancer survivors: a prospective patient-reported outcomes analysis. Ann Oncol. 2019
2 Institut national du cancer (INCA), 2007, Analyse économique des coûts du cancer en France, INCA, Boulogne-Billancourt.

La mémoire collective façonne la construction des souvenirs personnels

Les chercheurs ont procédé à une analyse de la couverture médiatique de la Seconde Guerre mondiale, afin d’identifier les représentations collectives communes associées à cette période. Crédits : Adobe Stock

Pour les sociologues, nos souvenirs sont modelés par la mémoire collective de notre communauté. Jusqu’à maintenant, ce phénomène n’avait jamais été étudié au niveau neurobiologique. Des travaux menés par les chercheurs Inserm Pierre Gagnepain et Francis Eustache (Inserm/Université de Caen Normandie/Ecole Pratique des Hautes Etudes/CHU Caen/GIP Cyceron), associés à leurs collègues du projet Matrice piloté par Denis Peschanski, historien au CNRS, se sont intéressés aux représentations collectives de la Seconde Guerre mondiale en France. Ils montrent grâce à l’imagerie cérébrale comment la mémoire collective façonne la mémoire individuelle. Les résultats sont publiés dans la revue Nature Human Behaviour.

Au siècle dernier, le sociologue français Maurice Halbwachs soulignait que les souvenirs individuels sont influencés par les cadres sociaux dans lesquels ils s’insèrent. Selon cette perspective, le fonctionnement de la mémoire des individus ne peut être compris sans s’intéresser également à leur appartenance à un groupe, et aux cadres sociaux liés à la mémoire collective.

Jusqu’ici, ces théories n’avaient jamais été testées par les neuroscientifiques. Les chercheurs Inserm Pierre Gagnepain et Francis Eustache (Inserm/Université de Caen Normandie/Ecole Pratique des Hautes Etudes/CHU Caen/GIP Cyceron), associés notamment à leurs collègues du programme Matrice[1] piloté par l’historien CNRS Denis Peschanski, ont décidé de se pencher sur la question, en utilisant des techniques d’imagerie cérébrale. Ils ont pour la première fois mis en évidence dans le cerveau le lien qui existe entre mémoire collective et souvenirs personnels.

La mémoire collective est constituée de symboles, de récits, de narrations, et d’images qui participent à la construction identitaire d’une communauté. Pour mieux appréhender cette notion, les chercheurs ont d’abord procédé à une analyse de la couverture médiatique de la Seconde Guerre mondiale, afin d’identifier les représentations collectives communes associées à cette période. Ils se sont intéressés au contenu de 30 ans de reportages et de documentaires sur la guerre, diffusés entre 1980 et 2010 à la télévision française, et retranscrits par écrit.

A l’aide d’un algorithme, ils ont analysé ce corpus inédit et identifié des groupes de mots utilisés régulièrement pour parler de grandes thématiques associées à notre mémoire collective de la Seconde Guerre mondiale, comme par exemple le débarquement allié en Normandie. « Notre algorithme identifiait automatiquement les thématiques centrales et les mots qui y étaient associés de façon récurrente, dévoilant ainsi nos représentations collectives de cette période cruciale de notre histoire », précise Pierre Gagnepain.

Visite du Mémorial de Caen

Mais quel est le lien entre ces représentations collectives de la guerre et la mémoire individuelle ? Pour répondre à cette question, les chercheurs ont recruté 24 volontaires pour visiter le Mémorial de Caen et les ont invités à observer des photos de la période, accompagnées de légendes.

En s’appuyant sur les mots contenus dans ces légendes, l’équipe a pu définir le degré de relation entre les photos et les différentes thématiques de la mémoire collective identifiées précédemment. Si des mots qui avaient précédemment été associés à la thématique du débarquement se retrouvaient dans une légende par exemple, la photo était alors considérée comme associée à cette thématique dans la mémoire collective. Les chercheurs ont ainsi pu établir une proximité entre chacune des images : lorsque deux photos étaient associées aux mêmes thématiques, elles étaient considérées comme « proches » dans la mémoire collective.

Pierre Gagnepain et ses collègues se sont ensuite intéressés à la perception de ces photos dans la mémoire des individus. Ils ont cherché à savoir si le même degré de proximité entre les photos se retrouvait aussi dans les souvenirs individuels. Ils ont donc fait passer un examen IRM aux volontaires, pendant que ceux-ci se remémoraient les images vues la veille au Mémorial. Les chercheurs se sont notamment penchés sur l’activité du cortex préfrontal médian, zone du cerveau associée à la cognition sociale.

Proximité entre les photos

Avec toutes ces données, ils ont ainsi pu comparer le degré de proximité entre les photos, à la fois en s’intéressant aux représentations collectives de la guerre dans les médias, et par le biais de l’imagerie cérébrale, en s’intéressant aux souvenirs individuels que les participants à l’étude avaient de ces images suite à une visite du Mémorial. L’équipe a ainsi montré que lorsqu’une photo A était considérée comme proche d’une photo B, parce qu’associée de la même manière à une même thématique collective, elle avait aussi une probabilité plus élevée de déclencher une activité cérébrale similaire que cette photo B dans le cerveau des individus.

Cette approche novatrice a permis une comparaison indirecte entre mémoire collective et mémoire individuelle. « Nos données démontrent que la mémoire collective, qui existe en dehors et au-delà des individus, organise et façonne la mémoire individuelle. Elle constitue un modèle mental commun permettant de connecter les souvenirs des individus à travers le temps et l’espace », souligne Pierre Gagnepain.

D’autres travaux sont en cours pour mieux comprendre l’interaction entre mémoire collective et mémoire individuelle. Néanmoins, un enseignement peut déjà être tiré de cette étude : aucune recherche sur le fonctionnement de nos souvenirs ne peut se faire sans prendre en compte le contexte social et culturel dans lequel nous évoluons en tant qu’individus.    

[1] Dirigée par l’historien Denis Peschanski, l’équipex Matrice est un programme de recherche sur la mémoire prenant en compte tous ses aspects dans une approche transdisciplinaire, fondée sur les sciences humaines et sociales, les sciences du vivant et celles de l’ingénierie. Les autres laboratoires français impliqués sont le Centre européen de sociologie et de science politique de la Sorbonne (CNRS/Université Panthéon-Sorbonne/EHESS), l’Institut d’histoire des représentations et des idées dans les modernités (CNRS/ENS de Lyon/Universités Jean Monnet, Lumière Lyon 2, Jean Moulin et Clermont Auvergne) et le Laboratoire CNRS d’informatique pour la mécanique et les sciences de l’ingénieur.

La pollution de l’air pourrait influencer le déroulement du cycle menstruel

©AdobeStock_301035832

Les polluants atmosphériques pourraient-ils avoir un impact sur le bon déroulement du cycle menstruel ? C’est la question sur laquelle s’est penchée une équipe de recherche dirigée par le chercheur Inserm Rémy Slama au sein de l’Institut pour l’avancée des biosciences (Inserm/CNRS1/Université Grenoble Alpes). Les dosages hormonaux réalisés dans les urines de 184 femmes durant un cycle menstruel complet ont été mis en relation avec les niveaux de pollution auxquels ces femmes étaient exposées durant les 30 jours précédant ce cycle. Les chercheurs ont observé une association entre la concentration de particules fines dans l’air et la durée de la phase folliculaire du cycle (la phase précédant l’ovulation), cette dernière tendant à augmenter avec les niveaux de pollution.

Ces résultats originaux publiés dans Environmental Pollution incitent à mettre en place des études à plus grande échelle afin de confirmer ces résultats.

La pollution atmosphérique contient des milliers de composants gazeux, liquides et solides. De nombreuses études ont déjà démontré les effets toxiques de plusieurs de ces composants et en particulier des particules fines. Une fraction de ces polluants inhalés peut en effet atteindre, au-delà des poumons, la circulation sanguine, le cœur, le cerveau et les organes reproducteurs. Si les effets sur la mortalité et la fonction cardiovasculaire sont bien caractérisés, concernant la fonction de reproduction, c’est principalement un effet sur la croissance du fœtus et le risque de prééclampsie qui sont probables. Jusqu’à présent cependant, très peu d’études ont examiné l’impact de la pollution sur l’activité ovarienne et les différentes phases du cycle menstruel.

Le cycle menstruel est divisé en deux phases principales séparées par l’ovulation : la phase folliculaire, qui correspond à la croissance d’un ovocyte jusqu’à l’ovulation, et la phase lutéale, qui se situe après l’ovulation. La bonne régulation de ces phases est assurée par l’axe hypothalamo-hypophysaire-ovarien, chaîne de transmission d’informations hormonales entre l’hypothalamus dans le cerveau, l’hypophyse (la glande située sous l’hypothalamus) et les ovaires, lui-même influencé par d’autres chaînes de régulation hormonales. Or certains travaux suggèrent que cet axe peut être altéré par l’exposition aux particules fines.

Une équipe de recherche dirigée par Rémy Slama, chercheur Inserm, au sein de l’Institut pour l’avancée des biosciences (Inserm/CNRS/Université Grenoble Alpes) s’est intéressée aux potentiels effets à court terme d’une exposition récente aux polluants atmosphériques sur la durée du cycle menstruel et de ses deux phases.

Dans le cadre de l’Observatoire de la fertilité en France (Obseff)2, les chercheurs ont recruté et suivi 184 femmes n’utilisant pas de contraception hormonale. Ces dernières ont accepté de recueillir de l’urine tous les un ou deux jours durant un cycle complet. Des dosages hormonaux ont ensuite permis d’évaluer le jour correspondant à l’ovulation et de quantifier la durée de la phase folliculaire et de la phase lutéale.

Les niveaux de pollution (particules fines ou PM10 et dioxyde d’azote) à l’adresse du domicile de ces femmes ont été estimés et moyennés durant les 30 jours précédant le cycle3, via les informations fournies par le réseau des stations de mesure permanentes et un modèle national.

Les chercheurs ont observé que chaque augmentation de 10 µg/m3 de la concentration en particules fines (PM10) dans l’air sur la période de 30 jours avant le cycle considéré était associée à une augmentation de durée de la phase folliculaire d’environ 0,7 jour. En revanche, aucune variation nette de la durée de la phase lutéale ou de la durée totale du cycle n’a été constatée.

Selon Rémy Slama « Ces résultats sont cohérents avec les données plus fondamentales suggérant que la pollution atmosphérique peut perturber l’axe qui contrôle le cycle menstruel, et les hormones de stress comme le cortisol, qui peuvent l’influencer. »

 Il conclut « Il s’agit de travaux originaux qui génèrent une hypothèse nouvelle. Il faudra probablement un certain temps pour l’infirmer ou la confirmer sur de plus grands échantillons de population, étant donné le coût et l’effort que représentent de telles études. »

1 Autre laboratoire impliqué : Mathématiques appliquées à Paris 5 (CNRS/Université de Paris)

2 L’Observatoire épidémiologique de la fertilité en France est une vaste étude représentative réalisée par l’Inserm en 2007-2009 avec le soutien de Santé Publique France, de l’ANR et de l’ANSES, qui avait permis de fournir une description de la fréquence de l’hypofertilité sur le territoire. Environ 50 000 foyers avaient été contactés pour permettre l’identification d’environ un millier de femmes en âge de se reproduire et n’utilisant aucune méthode contraceptive ; un sous-groupe d’entre elles ont accepté de participer à cette étude.

3 Pour des raisons liées aux biais de confusion pouvant survenir quand on s’intéresse aux effets à long terme de l’exposition et à l’existence d’une étude expérimentale chez l’animal suggérant un effet à court terme, les chercheurs se sont restreints à une fenêtre correspondant au cycle menstruel précédant celui durant lequel ils ont mesuré les paramètres hormonaux.

Explorer la « carte » de notre cerveau pour ouvrir la voie à la médecine personnalisée du futur

Adobe Stock

L’imagerie cérébrale permet de visualiser les connexions qui existent entre les régions du cerveau. Ces connexions dessinent une véritable « carte » de la structure cérébrale, propre à chaque individu. Une équipe menée par Christophe Bernard, chercheur Inserm, et Viktor Jirsa au sein de l’Institut de Neurosciences des Systèmes (Inserm/Aix-Marseille Université), a montré que la connaissance de cette carte permet de prédire le fonctionnement du cerveau, le développement potentiel de maladies neurologiques et leur traitement. Leurs résultats sont publiés dans la revue PNAS.

 

Depuis une trentaine d’années, les rapides progrès de l’imagerie cérébrale (imagerie par résonnance magnétique ou IRM) ont permis de grandes avancées en neurosciences. Cette technique a ouvert la voie à une meilleure compréhension du cerveau et des mécanismes de certaines pathologies.

L’IRM permet d’avoir accès à l’organisation générale du cerveau, notamment la carte des connexions neuronales qui existent entre les différentes régions cérébrales (un peu comme une carte des routes qui relient les différentes villes entre elles). « Cette carte est unique à chaque personne, elle est même plus précise qu’une empreinte digitale », souligne le chercheur Inserm Christophe Bernard. Pour poursuivre l’analogie, les maladies neurologiques, telles que la maladie d’Alzheimer ou les épilepsies, sont associées à une réorganisation des cartes. Ainsi, les connexions entre régions cérébrales sont modifiées, certaines « routes » disparaissent.

Mais s’il est possible de visualiser très précisément le cerveau de chaque individu après avoir obtenu la carte des connexions avec l’IRM, est-il possible à partir de là de prévoir tout aussi précisément son fonctionnement cérébral ainsi que le développement éventuel de pathologies et leur traitement ? La connaissance de cette « carte » est-elle suffisante pour faire ce type de prédictions de manière individuelle, chez chaque patient ?

 

Cerveau virtuel

C’est à ces questions que Christophe Bernard, chercheur à l’Institut de Neurosciences des Systèmes (Inserm/Aix-Marseille Université) et ses collègues ont tenté de répondre dans une nouvelle étude publiée dans la revue PNAS. Les chercheurs ont d’abord visualisé très précisément par imagerie cérébrale les connexions existantes entre les régions cérébrales du cerveau de plusieurs souris.

À partir de ces « cartes », ils ont créé des modèles virtuels du cerveau de chaque souris grâce à une technologie appelée « Cerveau Virtuel »[1], en collaboration avec des chercheurs de Technion en Israël. Dans chacun de ces cerveaux virtuels, les chercheurs ont ensuite généré une activité électrique, mimant ce qui se passe dans un cerveau réel.

La carte des connexions cérébrales d’une souris permet de prédire l’activité du cerveau de cette même souris. Résultats obtenus après virtualisation du cerveau de souris sur la plateforme « Le Cerveau Virtuel ». Crédits : Christophe Bernard

Ceci leur a permis d’étudier quelle région du cerveau communique avec quelle région, résultats qui ont été comparés avec les données expérimentales obtenues à l’état de repos chez chaque souris en imagerie fonctionnelle. Les chercheurs ont ainsi montré que la connaissance de la « carte » de chaque souris suffit à expliquer l’activité du cerveau de cette même souris comme vue en imagerie fonctionnelle. Ils ont aussi pu démontrer quelles connexions font que chaque cerveau de souris est unique.

Ces résultats devront être validés chez l’Homme, mais ils permettent d’ores et déjà d’ouvrir la voie à la médecine personnalisée du futur. « Nos travaux valident la stratégie de virtualisation du cerveau des patients pour explorer dans l’ordinateur les stratégies thérapeutiques optimales avant leur transfert personnalisé. Nous pouvons imaginer que le fait de pouvoir prédire le développement de certaines pathologies chez un individu à partir de la carte unique de son cerveau nous permettent d’envisager des stratégies de prévention et des options thérapeutiques personnalisées », souligne Christophe Bernard.

[1] Le « Cerveau virtuel est une plateforme neuro-informatique, développée par Viktor Jirsa à l’Institut de Neuroscience des Systèmes (Inserm/Aix-Marseille Université) en collaboration avec Randy McIntosh (Baycrest Centre, Toronto) et Petra Ritter (Charité, Berlin). La technologie permet la création de modèles individuels du cerveau. En cours d’évaluation dans le contexte de patients épileptiques résistants aux médicaments, cet outil permet par exemple, après la virtualisation du cerveau d’un patient, d’explorer et de prédire quelle serait la meilleure intervention neurochirurgicale pour guérir une épilepsie résistante à tout traitement.

Troubles développementaux de la coordination ou dyspraxie, une expertise collective de l’Inserm

©Frédérique Koulikoff/Inserm

L’Inserm publie une nouvelle expertise collective sur le trouble développemental de la coordination (TDC), ou dyspraxie. Commandée par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), elle repose sur l’étude, par un groupe d’experts, de plus de 1400 articles scientifiques pour explorer ce trouble encore méconnu mais qui touche environ 5 % des enfants. Parmi les recommandations de cette expertise figurent celle de garantir l’accès pour tous à des professionnels formés au diagnostic et à la prise en charge des TDC, ainsi que celle de permettre à chaque enfant de mener à bien sa scolarité.

Chez l’enfant, le trouble développemental de la coordination (TDC), aussi appelé dyspraxie, est un trouble fréquent (5% en moyenne). Pour les activités nécessitant une certaine coordination motrice, les enfants atteints de TDC ont des performances inférieures à celles attendues d’un enfant du même âge dans sa vie quotidienne (habillage, toilette, repas, etc.) et à l’école (difficultés d’écriture).

La Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) a commandé à l’Inserm une expertise collective pour faire le point sur les connaissances scientifiques autour des TDC. Pendant deux ans, le pôle Expertise collective de l’Inserm a coordonné une douzaine de chercheurs et auditionné une dizaine de spécialistes pour passer en revue un corpus scientifique de plus de 1400 articles internationaux et proposer des recommandations pour un meilleur diagnostic et une meilleure prise en charge des jeunes présentant un TDC.

On observe une grande hétérogénéité dans l’intensité et la manifestation des TDC. Par ailleurs, l’expertise pointe leur association fréquente avec d’autres troubles neurodéveloppementaux (troubles du langage, de l’attention et des apprentissages) ainsi qu’avec un risque élevé d’apparition de troubles anxieux, émotionnels ou comportementaux. Ces troubles ont un impact sur la qualité de vie de l’enfant et sur sa participation aux activités, en particulier scolaires. Une des difficultés centrales pour l’insertion scolaire de ces enfants concerne l’écriture manuscrite.

Pour limiter ces répercussions du TDC sur la vie de l’enfant, l’expertise précise que le repérage des signes d’appel est un enjeu majeur pour la mise en place d’un suivi rapide de l’enfant et d’une prise en charge personnalisée en fonction de son âge, de la sévérité de son trouble, des troubles associés ou encore de ses compétences verbales.

 

Recommandations de l’expertise collective de l’Inserm

Les recommandations avancées par cette expertise collective peuvent être résumées selon trois grands axes.

Le premier axe de recommandations consiste à garantir l’accès pour tous à un diagnostic, et ce dans les meilleurs délais après le repérage des premiers signes. L’expertise pointe ainsi la nécessité de former des professionnels. Elle met l’accent sur l’importance d’approfondir les critères et de standardiser les outils nécessaires à l’établissement d’un diagnostic selon des normes internationales.

La pose d’un tel diagnostic implique au minimum la contribution d’un médecin formé aux troubles du développement ainsi que celle d’un psychomotricien ou d’un ergothérapeute.

Le deuxième axe de recommandations s’intéresse aux interventions post-diagnostic. Il n’existe pas d’intervention-type dont l’efficacité serait unanimement reconnue. Une fois le diagnostic posé, l’enjeu est donc de mettre en place une intervention adaptée prenant en compte le profil de l’enfant, sa qualité de vie ainsi que celle de sa famille. Les experts conseillent de prescrire des séances de groupe pour les enfants les moins touchés et des séances individuelles pour les autres. Par ailleurs, ils recommandent également de privilégier les interventions centrées sur l’apprentissage des compétences nécessaires à la scolarité et à la vie quotidienne. Enfin, ces interventions doivent impliquer davantage les familles, les enseignants et les encadrants extérieurs qui gravitent autour de l’enfant.

Le troisième et dernier axe a pour objectif de permettre à chaque enfant de mener à bien sa scolarité. Cela nécessite la mise en place par les enseignants et l’institution scolaire des aménagements nécessaires à l’enfant lors des examens, en application de la loi de 2005 sur le handicap. En outre, cela passe également par la sensibilisation et la formation des acteurs menés à encadrer et à interagir avec l’enfant dans la vie quotidienne, que ce soit à la maison, à l’école ou dans les loisirs.

Les métastases au fil du sang

Imagerie de billes fluorescentes filmées à très haute vitesse

Des billes fluorescentes sont filmées à très haute vitesse, et analysées pour suivre leur trajectoire, pour comprendre l’influence des forces fluidiques sur l’arrêt d’une cellule tumorale sur un tapis de cellules endothéliales. ©Harlepp S. /Goetz J

Les cellules tumorales circulantes utilisent les réseaux lymphatiques et sanguins pour se disséminer dans l’organisme et former des métastases à distance de la tumeur primaire. Jacky Goetz, chercheur Inserm, et son équipe Tumor biomechanics au sein du laboratoire Immunologie et rhumatologie moléculaire (Inserm/Université de Strasbourg) ont contribué à montrer que les propriétés des flux de ces liquides biologiques influent énormément sur le risque d’apparition de ces métastases. Ils ont notamment observé que le ralentissement du flux sanguin au niveau de la ramification des artères permettait aux cellules cancéreuses de s’accrocher à la paroi vasculaire et de s’extraire des vaisseaux pour aller coloniser les tissus. L’équipe de recherche fait le point sur ses travaux dans une revue de littérature publiée dans Nature Reviews Cancer.

Les cellules cancéreuses exploitent largement les fluides biologiques pour se disséminer dans l’organisme et former des métastases à distance des tumeurs primaires. Ainsi, si certaines empruntent directement la circulation sanguine, d’autres la rejoignent en s’échappant d’abord de la tumeur par le liquide interstitiel et le réseau lymphatique pour coloniser ensuite les ganglions lymphatiques avant de rejoindre le sang.

Jacky Goetz, directeur de recherche Inserm de l’équipe Tumor biomechanics au sein du laboratoire Immunologie et rhumatologie moléculaire (Inserm/Université de Strasbourg), s’intéresse depuis plusieurs années à ces mécanismes. Ses travaux sont mis à l’honneur dans Nature Reviews Cancer.

Jacky Goetz et son équipe ont mis au point un modèle animal chez l’embryon de poisson zèbre, pour étudier les liens entre les propriétés du flux sanguin, la formation de terrains favorables à l’apparition des métastases et la survenue de celles-ci dans l’organisme. Cet animal transparent permet d’observer in vivo et en temps réel par microscopie le déplacement de cellules ou de vésicules extracellulaires tumorales rendues fluorescentes. Les scientifiques peuvent ainsi calculer précisément les caractéristiques du flux — ­vitesse et pression exercées sur les cellules ­­— et corréler ces données avec l’apparition de métastases.

Les chercheurs ont ainsi constaté que les cellules cancéreuses circulent rapidement dans les grandes artères sans pouvoir s’arrêter. En revanche, quand le diamètre des artères diminue et que le réseau sanguin se ramifie, le flux ralentit nettement, ce qui permet aux cellules tumorales de s’accrocher à la paroi des vaisseaux puis de s’en extraire pour aller coloniser les tissus. L’équipe de recherche a identifié un certain nombre d’endroits préférentiels (hotspots) pour cette extraction qui correspondent exactement aux sites métastatiques les plus fréquents chez l’humain, là où le réseau sanguin est formé de nombreux petits capillaires ; le cerveau, les poumons ou encore le foie. Ces travaux ont été confirmés en collaboration avec des équipes allemandes, dans une cohorte de 100 patients atteints de métastases cérébrales. L’équipe de Jacky Goetz a également découvert qu’il était possible chez le poisson zèbre de modifier l’emplacement des hotspots et donc des métastases en modifiant la vitesse du flux sanguin.

Toujours chez le poisson zèbre, les chercheurs ont observé que la formation de métastases était précédée par la libération de vésicules extracellulaires provenant de la tumeur. Celles-ci contiennent des protéines, de l’ADN ou encore des ARN et semblent agir comme de véritables éclaireurs pour les cellules tumorales, peut-être pour préparer leur implantation. L’équipe de recherche a pu montrer que le comportement dans le sang de ces vésicules est similaire à celui des cellules tumorales, et dépend également de la force du flux sanguin. 

Enfin, les chercheurs ont pu corréler la force du flux avec l’action de deux protéines situées à la surface des cellules tumorales et ne pouvant agir que lorsque le flux sanguin est ralenti. La première, CD44 agit comme un frein en s’accrochant à la paroi vasculaire.  La seconde, l’intégrine α5ß1 permet à la cellule de s’arrêter et de s’extraire du réseau sanguin. Chez le poisson zèbre et la souris, l’absence d’intégrine α5ß1 ralentit fortement la croissance des métastases.

« L’ensemble de ces travaux montre que pour prévenir l’apparition des métastases, il ne faut pas se focaliser seulement sur les propriétés intrinsèques de la tumeur, de son microenvironnement ou de celui des métastases, mais tenir compte aussi du rôle des fluides biologiques. Empêcher l’arrêt des cellules circulantes ou leur attachement à la paroi pourrait par exemple réduire ce risque », conclut Jacky Goetz.

 

Légende : Circulation, adhérence et extraction des cellules et vésicules tumorales pour former une métastase en fonction de la variation de la vitesse du flux sanguin. ©Jacky Goetz / Nature Reviews Cancer, 2019

20 ANS DE PRIX INSERM : La science pour la santé à l’honneur

Portraits des prix Inserm 2019

La cérémonie annuelle des Prix Inserm fête ses vingt ans cette année et distinguera, le mardi 10 décembre prochain au Collège de France, six chercheurs et ingénieurs dont les réalisations contribuent à l’excellence scientifique de l’Institut, au service de la santé de tous.

« En rendant hommage à ses scientifiques de talent pour la 20e année consécutive, l’Inserm célèbre la passion et l’engagement des femmes et des hommes qui font la diversité et l’excellence de notre recherche Inserm, au service de la santé de toutes et tous », salue Gilles Bloch, président-directeur général de l’Inserm.

Le Grand Prix Inserm 2019 sera décerné à Éric Gilson dont les travaux contribuent à des avancées majeures en biologie du vieillissement, fondateur et directeur de l’Institut de recherche sur le cancer et le vieillissement et coordinateur scientifique du programme de recherche Inserm AgeMed.

 

Éric GILSON, Grand Prix Inserm

Éric Gilson se passionne très tôt pour la « limite des connaissances » sur les chromosomes. Sa volonté de questionner les dogmes scientifiques va le conduire à jouer un rôle déterminant dans la compréhension du rôle des télomères, ces séquences répétées d’ADN situées à l’extrémité des chromosomes. On lui doit notamment, la découverte de leurs « capuchons » protéiques protecteurs qui contribuent à la stabilité des chromosomes. Loin de se limiter à la recherche fondamentale, Éric Gilson a souhaité relier sa thématique de recherche à des problématiques plus générales liées à la biologie du vieillissement et du cancer. Il a fondé en 2012 à Nice l’Institut de recherche sur le cancer et le vieillissement avec l’appui de l’Inserm, du CNRS et de l’université de Nice. À l’heure actuelle il dirige toujours cet institut qui fut l’un des premiers mondiaux à combiner cancer et vieillissement en une biologie commune et qui continue d’attirer des chercheurs d’excellence en France et à l’étranger. Depuis son lancement en 2016, il est également le coordinateur scientifique du programme de recherche Inserm AgeMed qui regroupe des chercheurs de tous horizons pour étudier le processus de vieillissement dans sa globalité. 

 

Mathilde TOUVIER, Prix Recherche

Le Prix Recherche distingue des chercheurs, enseignants chercheurs et cliniciens chercheurs, dont les travaux ont particulièrement marqué le champ de la recherche fondamentale, de la recherche clinique et thérapeutique et de la recherche en santé publique. Directrice de recherche Inserm au Centre de recherche en épidémiologie et statistiques, Mathilde Touvier est responsable de l’équipe Inserm de recherche en épidémiologie nutritionnelle. Elle y a participé à l’élaboration du Nutri-Score, l’étiquetage nutritionnel mis en place en France et dans plusieurs pays européens, qui représente une véritable avancée au service de la santé de chacun. Elle coordonne également l’étude NutriNet-Santé, première cohorte mondiale de recherche en nutrition, au sein de laquelle elle a dirigé des travaux mettant en lumière le lien entre la consommation de produits ultra-transformés et le développement de cancers et de pathologies cardio-vasculaires.

 

Michel SADELAIN, Prix International

Dans la longue tradition des coopérations internationales de l’Institut, le Prix International récompense les chercheurs installés à l’étranger. Cette année, l’Inserm récompense Michel Sadelain, directeur du Centre d’ingénierie cellulaire au Memorial Sloan-Kettering Cancer Center à New York. Fasciné par l’avenir du transfert génétique, ce médecin-chercheur a développé durant vingt années de travaux une technique révolutionnaire de lutte contre le cancer permettant d’améliorer l’efficacité des lymphocytes T dans les procédés d’immunothérapie. Son principe : manipuler le patrimoine génétique des propres cellules immunitaires du patient, avant de les lui réinjecter.

 

Jean-François DELFRAISSY, Prix d’Honneur

Le Prix d’Honneur témoigne de la carrière d’une personnalité scientifique éminente. Jean-François Delfraissy, président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), est récompensé par ce prix pour ses découvertes et ses travaux en infectiologie, ainsi que pour son engagement dans la lutte contre le sida et auprès des patients. Impliqué dès la fin des années 1980 dans la lutte contre l’épidémie de VIH qui prend alors de court le milieu médical, il monte l’unité de recherche Virus, neurones et immunité à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre et crée les premières cohortes de patients atteints par le sida, alliant recherches fondamentale et clinique. À la tête de l’ANRS de 2005 à 2016, il fut aussi directeur de l’institut thématique d’Aviesan immunologie, inflammation, infectiologie et microbiologie et dirigea la task-force Ebola en 2014.

 

Hervé CHNEIWEISS, Prix OPECST-Inserm de l’impact sociétal

Avec ce prix, l’Institut récompense les efforts de valorisation de la recherche et sa capacité à être véritablement en dialogue avec les attentes de la société et les questions des citoyens sur leur santé. Président du comité d’éthique de l’Inserm, Hervé Chneiweiss est reconnu pour son travail sur les astrocytes dont il a démontré les fonctions. Ses travaux, à la frontière de la neurologie et de la génétique l’ont très vite amené à s’intéresser à la bioéthique et à la question de la place de la science dans la société. Conseiller au cabinet du ministre de la Recherche de 2000 à 2002, il a notamment été en charge de la première révision des lois de bioéthique. L’Inserm, ainsi que l’’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques, dont il a été membre du comité scientifique, souhaitent rendre hommage à la carrière de celui qui, élu en juillet à la présidence du comité international de bioéthique de l’Unesco, porte désormais cet engagement hors de nos frontières.

 

Chiara GUERRERA, Prix Innovation

La recherche se compose aussi des ingénieurs, techniciens ou administratifs qui l’accompagnent : le Prix Innovation leur est dédié. Venue d’Italie, Chiara Guerrera a rejoint en 2006 la toute nouvelle plateforme universitaire de protéomique Structure fédérative de recherche Necker (Inserm/APHP/Université de Paris) en tant qu’ingénieure de recherche. Elle a travaillé au développement de cette jeune structure afin d’en faire une plateforme de très haut niveau qui propose non seulement une assistance technique adaptée aux besoin des chercheurs mais également des soutiens stratégique et méthodologique adéquats. Son équipe participe à l’identification de biomarqueurs déterminants dans la compréhension de maladies graves comme la cystinurie ou la mucoviscidose.

Les risques de complication de l’obésité dépendraient avant tout de la composition du tissu adipeux

Maintenance et pesée d’une souris obèse au laboratoire de l’unité de recherche Inserm 1073 « Nutrition, inflamation et dysfonction de l’axe intestin-cerveau », Université de Rouen. ©Inserm/Guénet, François

Se reposer uniquement sur la quantité de masse grasse semble constituer une approche trop réductrice pour prédire efficacement le risque de complications métaboliques et cardiovasculaires associées à l’obésité. L’équipe Inserm de Laurent Lagrost (Inserm UMR1231 “Lipides, nutrition, cancer”, Université de Bourgogne-Franche-Comté, Dijon) montre que, chez la souris, c’est la composition du tissu adipeux, et non sa quantité, qui est associée à l’espérance de vie. Ces travaux sont parus dans Scientific Reports.

Plusieurs études observationnelles menées chez des sujets obèses ont montré que certains présentent un métabolisme très altéré, alors que d’autres se portent plutôt bien. Autrement dit, il existe une hétérogénéité chez les personnes obèses face aux complications liées à cette obésité.

Une équipe Inserm a voulu comprendre ce phénomène. Pour cela, elle a analysé le métabolisme et le tissu adipeux de jeunes souris obèses qui disposaient à volonté d’aliments gras et sucrés. De précédentes études ayant montré que des antioxydants peuvent améliorer l’espérance de vie des rongeurs obèses, certains animaux ont par ailleurs reçu un extrait polyphénolique riche en divers antioxydants.

Dans le laboratoire Inserm de Laurent Lagrost à Dijon, les chercheurs se sont aperçus que le régime gras et sucré altérait nettement le métabolisme des souris par rapport à des animaux contrôles non obèses. Elles présentaient notamment des signes d’hyperglycémie et d’hypercholestérolémie. Ce régime était de plus associé à un stress oxydatif important au niveau des cellules du tissu adipeux, conduisant notamment à l’accumulation de composés potentiellement toxiques tels que le cholestérol et ses dérivés oxydés. En outre, les auteurs ont constaté une infiltration importante de ce tissu adipeux par des cellules immunitaires pro-inflammatoires.  Ces souris ont vécu moins longtemps que des souris minces : leur espérance de vie était réduite en moyenne de 36%.

Antioxydants polyphénoliques

Toutefois, chez les souris ayant reçu en plus un extrait d’antioxydants polyphénoliques, les résultats sont tout à fait différents. Les animaux sont bien devenus obèses, avec une masse grasse équivalente aux rongeurs ayant reçu seulement le régime gras et sucré. Cette fois-ci néanmoins, leur espérance de vie était plus longue, équivalente à celle des animaux non obèses.

Les chercheurs ont donc regardé à quels paramètres biologiques cette différence de survie pouvait être imputable. Ils ont constaté que ces souris présentaient un métabolisme plus équilibré mais, aussi, que le niveau d’oxydation était moindre au niveau du tissu adipeux. Celui-ci présentait un taux d’infiltration par les cellules immuno-inflammatoires nettement réduit par rapport aux souris obèses. Au-delà de la masse grasse, ce sont ces facteurs qui sont associés à la pathogénicité de l’obésité.

« En utilisant ce mélange de polyphénols nous avons gommé les anomalies du tissu adipeux générées par un régime gras et sucré, et avons restauré l’espérance de vie à hauteur de souris minces, indépendamment du surpoids des animaux », résume Laurent Lagrost, responsable de ces travaux.

C’est la première fois qu’une équipe parvient à augmenter l’espérance de vie d’animaux obèses en modifiant uniquement la composition du tissu adipeux, sans perte de poids. Les chercheurs démontrent ainsi expérimentalement que la composition du tissu adipeux contribue plus que sa quantité à expliquer la pathogénicité de l’obésité chez la souris.

Si ces résultats se confirmaient chez l’homme, ces travaux pourraient avoir plusieurs retombées. D’une part, « ils montrent que la composition du tissu adipeux peut varier et que cela fragilise ou au contraire protège des dommages de l’obésité. Il faudra donc davantage tenir compte de cela lors de l’évaluation des facteurs de risque et des complications liées à l’obésité et ne pas se focaliser uniquement sur la masse grasse et le poids corporel », clarifie le chercheur.

D’autre part, « ils semblent indiquer qu’un régime alimentaire équilibré et riche en antioxydants pourrait améliorer la composition du tissu adipeux en limitant les phénomènes d’oxydation et d’infiltrations de cellules immuno-inflammatoires. Ces observations restent maintenant à vérifier chez les personnes obèses », conclut-il.

Opération Cortex, l’escape game de l’Inserm

© Emeraude Escape

Le premier escape game de l’Inserm, Opération Cortex, expérience immersive destinée à sensibiliser à la recherche en santé ouvre ses portes à toutes et tous le 15 novembre. Ce nouveau format de dialogue avec le public répond à la volonté de l’Institut de promouvoir la culture scientifique et de faire découvrir les laboratoires de l’Inserm au public.

Depuis plus de cinquante ans, l’Inserm agit au quotidien pour que la science améliore la santé de chacun. L’Institut contribue à la diffusion des connaissances et de la culture scientifique auprès des citoyens, et propose à tous des formats de culture scientifique innovants.

Dans Opération Cortex, les joueurs sont ainsi conviés à se laisser transporter en 2064, dans un futur où les scientifiques de l’Inserm ont réussi à mettre au point un cerveau artificiel, dédié à l’étude des perceptions sensorielles, du sommeil, des maladies… un outil qui offre des perspectives exceptionnelles pour faire avancer les connaissances. Mais en visitant le laboratoire qui est à l’origine de cette prouesse scientifique, tout ne va pas se passer comme prévu… et ce sera dès lors à chacun de faire carburer ses méninges pour réussir à ressortir du bâtiment !

Pour Gilles Bloch, président-directeur général de l’Inserm : « Il est important de faire entrer le public dans nos laboratoires Inserm afin qu’il se rende compte du travail réalisé au quotidien pour la recherche en santé, afin d’expérimenter la modernité des méthodes et les technologies de pointe qui y sont développées. Echanger et dialoguer avec le public de cette façon saisissante car immersive est notre pari avec cet escape game. »

Ce jeu, d’une durée de 45 minutes, s’adresse à tous à partir de 10 ans (les enfants doivent être accompagnés d’adultes). Il est suivi d’un échange privilégié avec les chercheurs de l’Inserm qui accueillent les participants. De nombreuses séances, en journée et en soirée, sont d’ores et déjà organisées dans quatre laboratoires parisiens en novembre. Des sessions seront organisées dans plusieurs villes en région dès janvier 2020. La participation est gratuite, mais l’inscription est obligatoire. L’ensemble des dates d’ouverture au public seront communiquées au fur et à mesure via le compte Facebook de l’Inserm et sur le site Inserm.fr.

Visualiser la vidéo teaser de l’évènement et l’affiche du jeu

Les laboratoires de recherche parisiens accueillant l’escape game :

Ont participé au comité scientifique et organisationnel de l’Escape Game : Thierry Galli, directeur de recherche Inserm, directeur de l’Institut de psychiatrie et de neurosciences de Paris ; Nicolas Ramoz, chercheur Inserm, spécialiste en neuropsychiatrie moléculaire ; Diana Zala, chercheuse Inserm spécialiste en neurobiologie cellulaire ; Armelle Rancillac, chercheuse Inserm, neurobiologiste ; Elisabeth Davenas, secrétaire générale de l’Institut de psychiatrie et de neurosciences de Paris ; Patricia Oliviero, chargée de communication à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière ; Thu Mai Nguyen, manager de projet scientifique à l’ART Ultrasons biomédicaux ; Cyrille Mahieux, secrétaire général du Paris centre de recherche cardiovasculaire ; Muriel Delacroix, gestionnaire administrative, Paris centre de recherche cardiovasculaire.

Conception et réalisation du jeu : agence Emeraude Escape.

Une piste prometteuse pour la prévention de la sarcopénie et le traitement des maladies neuromusculaires.

 

Protéine CaVβ1E

Le muscle est l’organe qui dépense la plus grande quantité d’énergie pour assurer les fonctions vitales (battements du cœur, respiration, motricité…) et il représente environ 40% de la masse corporelle totale. Au cours du vieillissement, une perte de la masse et de la force des muscles survient chez une grande majorité des individus, pouvant entraîner invalidité et dépendance. C’est ce que l’on appelle la sarcopénie. En étudiant des muscles jeunes et vieillissants dans un modèle murin, des chercheurs du Centre de recherche en myologie (Sorbonne Université / Inserm) de l’Institut de Myologie sont parvenus à identifier une protéine, la CaVβ1E, qui est à l’origine de l’activation du facteur GDF5. Ce mécanisme permet de prévenir la sarcopénie en maintenant la masse et la force musculaire des souris âgées. L’équipe a identifié la protéine CaVβ1E chez l’homme et montré que son expression est corrélée à la perte de masse musculaire des sujets âgés. Publiée ce jour dans Science Translational Medicine, cette étude ouvre un nouveau champ dans le développement de stratégies thérapeutiques contre le déclin musculaire lié à l’âge.

La sarcopénie est définie par une perte progressive et généralisée de la masse, de la force et de la qualité de l’ensemble de la musculature dès l’âge de 50 ans, pouvant conduire à terme, à une diminution supérieure à 30% de la masse musculaire initiale. Ses conséquences sont nombreuses : augmentation du risque de chutes (première cause de décès liée à une blessure chez les plus de 65 ans), augmentation de la durée d’hospitalisation, des risques infectieux, de la dépendance des personnes touchées… Qualifiée de « maladie » en 2016 par l’Organisation Mondiale de la Santé, la sarcopénie, touche actuellement environ un Européen sur cinq de plus de 55 ans (30 millions d’ici 2045) : c’est un réel enjeu de santé publique.

La masse musculaire dépend de l’innervation et du couplage excitation (nerf) – contraction (muscle). Elle peut varier en fonction de changements environnementaux, augmenter (hypertrophie) comme avec l’entraînement musculaire ou diminuer (atrophie) comme au cours d’une immobilisation prolongée, un endommagement des nerfs, dans un contexte pathologique ou au cours du vieillissement. La réponse du muscle à une atrophie est la mise en place de mécanismes moléculaires qui tendent à limiter sa perte.

Dans le cadre de recherches pour la prévention et/ou le traitement de la sarcopénie, France Pietri-Rouxel responsable d’équipe au Centre de recherche en myologie (Sorbonne Université / Inserm) et Sestina Falcone, cheffe d’équipe et chercheuse à l’Institut de Myologie, ont défini le rôle d’une protéine, la CaVβ1E, dans le muscle adulte murin. Celle-ci est à l’origine de l’activation du facteur GDF5, un mécanisme qui permet de prévenir la sarcopénie, en maintenant la masse et la force musculaire des souris âgées.

La CaVβ1E est une protéine normalement exprimée dans le muscle chez l’embryon. Après une atteinte du nerf périphérique, l’équipe a observé, pour la première fois, la réexpression de cette protéine dans le muscle adulte. Elle active alors GDF5 pour contrecarrer l’atrophie due à la dénervation. Au cours du vieillissement, le mécanisme impliquant la protéine CaVβ1E est altéré, entraînant, de ce fait, l’incapacité du muscle à répondre à une perte de masse musculaire.

L’équipe a testé l’efficacité d’une surexpression de CaVβ1E ou de GDF5 dans des souris âgées de 78 semaines (l’équivalent de 70 ans chez l’Homme). Après plusieurs semaines de traitement, les souris ne perdaient plus de masse musculaire et gagnaient en force.

Forte de ces travaux, l’équipe a identifié la présence de la protéine CaVβ1E chez l’homme (hCaVβ1E) et montré qu’une diminution de son expression est corrélée à la perte de masse musculaire des sujets âgés. Elle travaille aujourd’hui sur des traitements permettant le maintien de la masse, de la force et de la qualité du muscle au cours du vieillissement.

fermer