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Should I stay or should I go?* De l’importance des souvenirs aversifs et du système endocannabinoïde

La mémoire n’est pas une simple boîte à souvenirs, elle est aussi et surtout une sécurité pour les organismes. Grâce aux souvenirs négatifs dits « aversifs » nous sommes capables d’éviter une menace à laquelle nous avons déjà été confrontés. Les chercheurs de l’Inserm et de l’Université de Bordeaux viennent de découvrir que les récepteurs cannabinoïdes du cerveau contrôlent ces souvenirs déterminants pour la survie. Cette étude est publiée dans Neuron.Mouse

© Charlie Padgett


Face à un danger, chaque individu doit faire un choix décisif. Ce type de décision « simple » peut déterminer son destin: si l’alarme incendie se déclenche, nous avons appris à la prendre en compte et à fuir et non à l’ignorer. De la même manière, nous évitons la nourriture et les boissons qui ont pu nous rendre malades dans le passé.

Ainsi, l’organisme est équipé de mécanismes neurologiques grâce auxquels il adapte son comportement en réponse à un stimulus. C’est le cas des souvenirs aversifs, processus clés de la survie, qui préparent l’organisme à éviter efficacement des dangers potentiels. Ces souvenirs sont accompagnés de réponses physiologiques (angoisse, fuite) qui permettent de se sortir d’une situation dangereuse.

Si le rôle de l’habénula, zone centrale du cerveau, dans ce phénomène a fait l’objet d’une grande attention ces dernières années, ce n’est pas le cas du système endocannabinoïde des neurones de l’habénula sur lequel Giovanni Marsicano et son équipe (particulièrement Edgar Soria-Gomez) se sont penchés. Ce système met en jeu les récepteurs cannabinoïdes de type 1. Ces derniers, dont l’activité normale est régulée par les endocannabinoïdes – molécules propres à l’organisme – sont la cible des composants psychoactifs principaux du cannabis.

Les chercheurs ont conditionné des souris pour qu’elles réagissent à certains signaux de danger (sons ou odeurs). Lorsqu’ils les mettent face à ces derniers, les souris ayant un déficit en récepteurs cannabinoïdes dans l’habénula n’expriment ni la peur ni la répulsion observées chez des souris normales. Curieusement, ce défaut réactionnel ne concerne pas les souvenirs neutres ou positifs qui restent inchangés chez ces souris.

Au niveau moléculaire, les scientifiques s’aperçoivent que, si le fonctionnement de l’habénula met normalement en jeu deux molécules (l’acétylcholine et le glutamate), le déficit observé chez ces souris est causé par un déséquilibre dans la neurotransmission qui implique uniquement l’acétylcholine.

« Ces résultats démontrent que le système endocannabinoïde dans l’habénula contrôle exclusivement l’expression des souvenirs aversifs sans influencer les souvenirs neutres ou positifs et ce, en modulant sélectivement l’acétylcholine dans les circuits neuronaux impliqués », explique Giovanni Marsicano, directeur de recherche Inserm.

Le contrôle de ces souvenirs particuliers est une part intégrale des maladies liées au processus émotionnel telles que la dépression, l’anxiété ou l’addiction aux drogues. Par conséquent, le système endocannabinoïde de l’habénula pourrait représenter une nouvelle cible thérapeutique dans la prise en charge de ces pathologies.

* Dois-je rester ou dois-je partir ?

ENS@T-HT, lancement d’un projet Europe H2020 coordonné par l’Inserm visant à améliorer le diagnostic et le traitement de l’hypertension artérielle

Des scientifiques provenant de 6 pays, réunis au sein du projet ENS@T-HT mettent en commun leur expertise afin d’améliorer le diagnostic et la prise en charge thérapeutique de l’hypertension artérielle primaire et secondaire par une approche axée sur les « omiques ». Le projet ENS@T-HT, coordonné par Maria-Christina Zennaro, Directrice de recherche à l’Inserm (Centre de recherche Cardiovasculaire de Paris), a été officiellement lancé ce mois-ci à Paris et durera 5 ans.

L’hypertension touche jusqu’à 45 % de l’ensemble de la population et cause 9,4 millions de décès par an dans le monde. Même de légères augmentations de la tension artérielle sont associées à des risques accrus d’accident vasculaire cérébral et de maladie cardiaque. Cependant, malgré l’existence d’un large éventail de traitements disponibles, la tension artérielle n’est toujours pas contrôlée comme il se doit chez de nombreux patients.

S’ils étaient correctement diagnostiqués, environ 10 % des cas actuels d’hypertension pourraient être traités et soignés. Cela concerne notamment les troubles de la glande surrénale qui accroissent la production d’hormones ayant une incidence sur la pression sanguine. L’identification précise de ces troubles est essentielle à une bonne prise en charge de la maladie sous-jacente et pour prévenir les complications cardiovasculaires. Cependant, en raison de la complexité du diagnostic, il peut se passer des années avant que ces maladies ne fassent l’objet d’un traitement approprié, ce qui expose les patients à des risques cardiovasculaires et métaboliques accrus ainsi qu’à une baisse de leur qualité de vie.

Le projet ENS@T-HT est un projet de recherche sur 5 ans mené dans le cadre d’Europe H2020 dont l’objectif est de s’attaquer à ces problèmes. Il est financé à hauteur de 7,6 millions d’euros et regroupe 13 institutions universitaires de France, d’Allemagne, d’Italie, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de l’Australie.

L’objectif principal est de développer un programme permettant d’améliorer le diagnostic de différentes formes d’hypertension d’origine surrénalienne, de mettre au point des traitements curatifs et de prévenir les complications.

 Pour ce faire, différentes techniques de pointe axées sur les « omiques » seront utilisées afin d’identifier dans le sang des patients des biomarqueurs qui permettent de définir une signature spécifique correspondant à leur pathologie. Les biomarqueurs utiles permettront également de stratifier les patients afin d’identifier ceux qui sont les plus susceptibles de bénéficier de traitements donnés et ainsi de maximiser l’efficacité et le rapport coût-efficacité des traitements.

Maria-Christina Zennaro, coordinatrice du projet ENS@T-HT (Unité 970 de l’Inserm, Centre de recherche Cardiovasculaire de Paris) affirme : « Ce projet repose sur une double ambition : premièrement, nous voulons définir des biomarqueurs obtenus à partir des « omiques » et valider leur précision dans le diagnostic de patients touchés par des formes d’hypertension d’origine surrénalienne. Deuxièmement, et c’est ce qu’il y a de plus important pour les patients, nous voulons utiliser ces biomarqueurs pour accélérer et optimiser le diagnostic et la prise en charge de ces pathologies. Ensuite, nous pouvons procéder à la stratification des patients susceptibles de bénéficier le plus d’un traitement ciblé spécifique ».

Davantage de détails sur le projet ENS@T-HT, un projet en plusieurs étapes reposant sur un accès à des cohortes exceptionnelles de patients en Europe

— Lors d’une phase initiale exploratoire, les partenaires définiront des signatures obtenues à partir des « omiques » correspondant à des patients souffrant de PA, PPGL et CS grâce à la modélisation bioinformatique de grands ensembles de données provenant de plateformes multiples.
— Les signatures seront validées en tant que biomarqueurs de stratification en établissant des valeurs et une variabilité de référence chez des sujets témoins en bonne santé.
— Elles seront ensuite utilisées dans une étude clinique prospective afin d’identifier des formes endocriniennes d’hypertension et de stratifier les patients souffrant d’hypertension artérielle. L’utilité et le rapport coût-efficacité de cette approche seront évalués en fonction des critères de référence actuels en matière de résultats et de coûts.
Le projet ENS@T-HT est basé sur l’exploitation de cohortes exceptionnelles de patients souffrant de PA, de PPGL et de CS recrutés par des centres de référence en matière de troubles de la surrénale organisés au sein du Réseau européen pour l’étude des tumeurs de la surrénale ENS@T (www.ensat.org). Le projet ENSAT-HT s’appuiera sur la collaboration prospective de six Centres d’excellence de la Société européenne de l’hypertension (European Society of Hypertension – ESH https://www.eshonline.org/), ce qui permettra de disposer de capacités exceptionnelles en matière de recrutement et d’étude d’une grande cohorte de patients souffrant d’hypertension.

Site web : https://www.ensat-ht.eu/

L’Inserm et CentraleSupélec signent un accord cadre

Le double objectif de cette nouvelle collaboration entre L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et CentraleSupélec est de former des profils d’ingénieurs mieux intégrés dans les laboratoires de recherche et des biologistes plus impliqués dans l’innovation technologique. Les 2 établissements souhaitant irriguer leurs actions communes par l’innovation et l’esprit d’entreprendre, la création d’entreprises sera également une dimension du programme mis en place.

Dès 2015, des collaborations scientifiques seront mises en place entre l’Inserm et Centrale Supélec sur la base de priorités scientifiques identifiées conjointement par les deux établissements. Pour démarrer ce partenariat, l’Inserm et CentraleSupélec souhaitent s’investir sur les thématiques suivantes :

– modélisation mathématique, base de données, imagerie

– microscopie, nano technologie pour la biologie.
Signature Inserm/CentraleSupélec

Signature de l’accord-cadre au siège de l’Inserm, entre le professeur Yves Lévy, Président-directeur général de l’Inserm et Hervé Biausser, Directeur de l’Ecole CentraleSupélec, le 21 septembre 2015, Paris. ©Inserm/Heidinger, Jean-Marie

Des projets basés sur ces thématiques prioritaires seront identifiés par les chercheurs des 2 établissements afin de déployer leurs complémentarités et faire avancer le front des connaissances au service d’enjeux aussi majeurs que le cancer ou les neurosciences.  Ces projets, donneront lieu à des sujets exploratoires proposés aux étudiants au cours de leur cursus de formation. Ainsi les élèves ingénieurs seront au plus près de l’innovation dans un domaine au cœur du progrès humain, aux côtés de chercheurs reconnus internationalement pour leur expertise dans les technologies pour la santé. Le volet pédagogique sera complété par un double programme d’accueil d’étudiants en apprentissage dans les laboratoires de l’Inserm et de personnels Inserm dans des modules de formation proposés par CentraleSupélec notamment dans le domaine de l’entreprenariat et de la création d’entreprises via la filière Centrale Entrepreneur.

Pour Yves Levy, Président-directeur général de l’Inserm, cette signature reflète un paysage de la recherche française dynamique et pluridisciplinaire. 

« Je suis convaincu qu’il faut former et attirer des ingénieurs à la biologie et la médecine tout comme les biologistes et médecins doivent plus s’impliquer dans l’innovation technologique. Aujourd’hui, la recherche en sciences de la vie ne saurait se concevoir sans l’apport des domaines tels que la physique, les mathématiques, la technologie. Je me félicite donc de cette collaboration avec CentraleSupélec, qui préfigure un avenir prometteur pour la recherche française en sciences de la vie. »

Un film antimicrobien pour les implants de demain

L’implantation de dispositifs médicaux n’est pas sans risques. Des infections dues à des bactéries ou des champignons peuvent survenir et la réponse immunitaire forte de l’organisme peut entrainer le rejet de l’implant. Des chercheurs de l’Unité 1121 « Biomatériaux et Bioingénierie » (Inserm/Université de Strasbourg) sont parvenus à créer un film biologique aux propriétés antimicrobiennes, antifongiques et anti-inflammatoires. Il pourrait recouvrir les dispositifs médicaux implantables (prothèses orthopédiques, pacemakers…) afin de prévenir ou contrôler les infections post-opératoires. D’autres dispositifs médicaux fréquemment utilisés à l’origine de nombreux problèmes infectieux tels que les cathéters pourraient aussi en bénéficier.

Ces résultats sont publiés dans la revue Advanced Healthcare Materials.

Voir la découverte en vidéo présentée par Philippe Lavalle, directeur de recherche Inserm :

Les dispositifs médicaux implantables (prothèses orthopédiques, pacemakers, valves cardiaques, implants dentaires) constituent une interface idéale pour les micro-organismes qui peuvent facilement coloniser leur surface. L’infection bactérienne peut alors survenir et entrainer une réaction inflammatoire. Elle risque d’aboutir au rejet de l’implant. Ces infections sont principalement dues aux bactéries, telles que les staphylocoques dorés (Staphylococcus aureus) hébergées par l’organisme et au bacille pyocyanique. Elles sont aussi parfois causées par des champignons ou des levures. L’enjeu lié à l’implantation des dispositifs médicaux dans l’organisme est de prévenir l’apparition de ces infections engendrant des réactions immunitaires qui compromettent le succès de l’implantation. Actuellement, des antibiotiques sont utilisés mais l’émergence de bactéries multi-résistantes limite dorénavant leur action.

Un film biologique invisible à l’œil nu…

Dans ce contexte, les chercheurs de l’Unité 1121 « Biomatériaux et Bioingénierie » (Inserm/Université de Strasbourg) en collaboration avec quatre laboratoires[1], ont mis au point un film biologique aux propriétés antimicrobiennes et anti-inflammatoires. Pour sa mise au point, les scientifiques ont utilisé la combinaison de deux substances : la poly(arginine) (PAR) et l’acide hyaluronique (HA) pour réaliser un film invisible à l’œil nu (entre 400 et 600 nm d’épaisseur) constitué de plusieurs couches. L’arginine est métabolisée par les cellules immunitaires pour combattre les pathogènes, c’est pourquoi elle a été utilisée pour communiquer avec le système immunitaire afin d’obtenir l’effet anti-inflammatoire souhaité. L’acide hyaluronique, un composant naturel de l’organisme, a été choisi pour sa biocompatibilité et son effet inhibiteur de la croissance bactérienne.

illustration implant Inserm fr

…avec des peptides antimicrobiens embarqués,

L’originalité du film vient également du fait qu’il embarque des peptides antimicrobiens naturels, en particulier la catéstatine, pour empêcher d’éventuelles infections autour de l’implant. Ceux-ci constituent une alternative aux antibiotiques actuellement utilisés. En plus d’avoir une activité antimicrobienne importante, ces peptides sont peu toxiques pour l’organisme qui en sécrète également. Ils sont capables de tuer les bactéries en créant des trous dans leur paroi cellulaire tout en empêchant une contre-attaque de leur part.

…déposé sur une fine couche d’argent,

Dans cette étude, les chercheurs montrent que la poly(arginine) associée à l’acide hyaluronique possède une activité antimicrobienne contre le staphylocoque doré pendant plus de 24h. « Pour prolonger cette activité, nous avons déposé sur l’implant en titane un précurseur à base d’argent avant l’apposition du film. L’argent est une substance anti infectieuse actuellement utilisée sur les cathéters et les pansements. Cette stratégie nous a permis d’obtenir une activité antimicrobienne à long terme » explique Philippe Lavalle, directeur de recherche Inserm.

… efficace pour limiter l’inflammation, prévenir et contrôler les infections

Les résultats des nombreux tests réalisés sur ce nouveau film révèlent qu’il limite l’inflammation et prévient les infections bactériennes et fongiques les plus courantes.

D’une part, les chercheurs montrent, qu’au contact du sang humain, la présence du film sur l’implant supprime l’activation des marqueurs de l’inflammation produits en temps normal par les cellules du système immunitaire en réaction à l’implantation. D’autre part, « en présence de bactéries staphylocoques (Staphylococcus. aureus), d’une souche de levure (Candida albicans) ou de champignon (Aspegillus fumigatus) à l’origine d’infections fréquentes associées à l’implant, le film inhibe leur croissance et leur prolifération à long terme » souligne Philippe Lavalle.

Selon les chercheurs, ce film pourrait d’ici quelques années, être utilisé in vivo sur les implants ou dispositifs médicaux pour contrôler le microenvironnement complexe autour des implants et protéger l’organisme des infections.

Ces travaux ont reçu le soutien financier de l’Institut Carnot MICA et de la Commission européenne dans le cadre du projet européen « Immodgel ».

[1] la société Protip Medical, l’Université d’Heidelberg, l’Institut de physique et chimie des matériaux de Strasbourg (CNRS/Université de Strasbourg) et l’Institut Charles Sadron (CNRS) ;

Paludisme : la multi-résistance aux traitements devient plus alarmante que jamais

Depuis dix ans, les efforts de la communauté internationale dans la lutte contre le paludisme ont réussi à réduire le nombre de décès liés à cette maladie. L’apparition de résistances aux traitements standards menace toute l’Asie du Sud-Est, et, les nouveaux travaux conduits par l’équipe de Françoise Benoit-Vical directrice de recherche Inserm au sein du Laboratoire de chimie de coordination du CNRS, en collaboration avec l’Institut Pasteur et l’Inserm, ne sont pas rassurants. L’examen in vitro d’une souche de parasites pourtant uniquement exposée à l’artémisinine (le composé de base du traitement standard) montre le développement d’une résistance généralisée à la plupart des autres médicaments antipaludiques. Cette nouvelle résistance n’est pas détectable par les tests utilisés actuellement et constitue une menace supplémentaire pour les traitements antipaludiques sur le terrain.Ces travaux sont publiés dans la revue Emerging Infectious Diseases.

Le paludisme est dû à un parasite véhiculé par les piqûres de moustiques infectés du genre Anopheles. Cette maladie sévit majoritairement en zone tropicale et, s’il est encore responsable de plus de 600 000 morts chaque année, les politiques de lutte contre cette pathologie ont permis une diminution de 60 % de la mortalité en 15 ans. Or, le composé pharmaceutique de base des thérapies antipaludiques, l’artémisinine, rencontre de plus en plus d’échecs cliniques en raison de l’émergence de résistances dans toute l’Asie du Sud-Est. Pour le moment, celles-ci n’ont pas été observées sur le continent africain.

L’artémisinine est la substance active d’une plante chinoise dont les vertus sont connues depuis plus de 2 000 ans. Elle est utilisée en association avec d’autres antipaludiques. L’intérêt de ces associations thérapeutiques réside dans l’assurance que le parasite, même s’il développe une résistance à l’une des deux molécules, a moins de chance de développer une résistance simultanée aux deux molécules.

Néanmoins, face au développement récent et rapide des résistances à l’artémisinine, les scientifiques se doivent de conserver une longueur d’avance sur le parasite. C’est dans ce contexte que l’équipe de Françoise Benoit-Vical, directrice de recherche Inserm au sein du Laboratoire de chimie de coordination du CNRS à Toulouse, en collaboration avec l’Inserm à Toulouse et l’Institut Pasteur à Paris, étudie les mécanismes de résistance développés par Plasmodium falciparum, le parasite responsable du paludisme, et cherche de nouveaux médicaments à visée antipaludique.

Les chercheurs viennent de montrer que les parasites qui subissent invitro cinq années de pression médicamenteuse à la seule artémisinine, développent une résistance généralisée à la plupart des autres antipaludiques dérivés ou non de l’artémisinine, y compris aux molécules partenaires présentes dans les combinaisons thérapeutiques utilisées en zone d’endémie

Les scientifiques ont démontré que ces parasites ne présentent pas de mutation dans un des gènes de résistance connus mais qu’ils échappent à l’effet toxique des médicaments par un phénomène d’endormissement (quiescence). En effet, les parasites sont capables de suspendre leur développement durant toute la durée de l’exposition aux antipaludiques. Dès qu’ils ne sont plus soumis au traitement antipaludique, ils se « réveillent » et prolifèrent à nouveau.

Cette nouvelle multi-résistance basée sur ce phénomène de quiescence n’est pas détectable par les tests actuellement réalisés pour analyser les résistances parasitaires. 

«Les tests in vitro effectués à partir du sang du patient prédisent une bonne sensibilité et donc l’efficacité du traitement, alors que les parasites sont résistants parce qu’ils sont quiescents. Il est donc indispensable de rechercher sur le terrain avec des tests pertinents et adaptés si le phénomène de multi-résistance que nous avons identifié in vitro est également présent afin de pouvoir concevoir les politiques thérapeutiques en conséquence » explique Françoise Benoit-Vical.

La capacité qu’ont les parasites déjà résistants aux artémisinines de développer une tolérance aux médicaments partenaires est une menace dramatique pour les combinaisons thérapeutiques.

Etude des leucémies de l’enfant à proximité des routes à fort trafic

Résultats du programme GEOCAP 2002-2007

Des chercheurs de l’Inserm du CRESS (Centre de Recherche Epidémiologie et Statistique Paris Sorbonne Cité, Inserm – Université Paris Descartes – Université Paris 13 – Université Paris Diderot – Inra) ont étudié le risque de leucémie aiguë chez l’enfant à proximité des routes à fort trafic. Pour aborder cette question, l’équipe de recherche a pris en compte la totalité des 2 760 cas de leucémie diagnostiqués chez des enfants de moins de 15 ans en France métropolitaine sur la période 2002-2007. Les résultats montrent que la fréquence de nouveaux cas de leucémie de type myéloblastique (418 cas sur les 2760 cas de leucémie) serait plus élevée de 30% chez les enfants dont la résidence se situe à moins de 150 m des routes à grande circulation et qui ont une longueur cumulée dans ce rayon dépassant 260m. En revanche, cette association n’est pas observée pour les leucémies les plus fréquentes de type lymphoblastique (2275 cas). Les chercheurs ont particulièrement étudié le cas de l’île-de-France grâce aux données modélisées par Airparif, chargé de la surveillance de la qualité de l’air francilien.

Ces résultats sont publiés dans la revue American Journal of Epidemiology.

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Les cancers touchent environ 1 700 enfants de moins de 15 ans chaque année en France, pour une population d’un peu plus de 11 millions d’enfants. Leur surveillance est assurée par le Registre National des Hémopathies malignes de l’Enfant depuis 1990 et le Registre National des Tumeurs Solides de l’Enfant depuis 2000. Avec 470 nouveaux cas chaque année, les leucémies (cancers du sang) sont les cancers les plus fréquents chez l’enfant, et ce sont majoritairement des leucémies aiguës lymphoblastiques. La leucémie « myéloblastique » ou « myéloïde » est un autre type de leucémie qui touche les cellules souches myéloïdes notamment à l’origine des globules rouges. La survie à 5 ans après une leucémie dans l’enfance est aujourd’hui de plus de 80 %.

L’objectif général du programme GEOCAP (Étude GEOlocalisée des CAncers Pédiatriques) est d’étudier le rôle des expositions environnementales dans la survenue des cancers de l’enfant de moins de 15 ans.

L’accroissement du risque des leucémies chez les enfants résidant au voisinage des routes à grande circulation fait partie des hypothèses de la communauté scientifique. L’augmentation du risque de leucémie myéloblastique est établie de longue date chez l’adulte dans le cadre d’expositions professionnelles au benzène.

L’équipe EPICEA (Épidémiologie des cancers de l’Enfant et de l’Adolescent) dirigée par Jacqueline Clavel, directrice de recherche Inserm, au sein du CRESS, rapporte les résultats d’une étude sur l’incidence des leucémies chez les enfants résidant à proximité des routes à grande circulation. Il s’agit d’une étude cas-témoins permettant d’évaluer le niveau de l’exposition à un ou plusieurs facteurs de risque. La totalité des 2760 cas de leucémie infantile diagnostiqués en France métropolitaine entre 2002 et 2007 ont été inclus dans l’étude et comparés à un échantillon contemporain de 30 000 enfants témoins représentatifs de la population métropolitaine et constitué en collaboration avec l’INSEE.

« La fréquence des leucémies de type myéloblastique serait plus élevée de 30 % chez les enfants habitant dans un rayon inférieur à 150 mètres des routes à fort trafic et lorsque la longueur cumulée des tronçons routiers dans ce rayon dépasse 260m » explique Jacqueline Clavel, directrice de recherche Inserm.

En revanche, il n’y avait pas d’association entre les leucémies aiguës lymphoblastiques – les plus fréquentes – et la concentration aérienne en dioxyde d’azote, la distance ou la longueur cumulée des routes à fort trafic au voisinage des habitations.

Les chercheurs ont particulièrement étudié le cas de l’île-de-France, la région la plus urbanisée pour laquelle la concentration moyenne annuelle en benzène, principalement issu du trafic routier, a été estimée au voisinage de chaque résidence de l’étude de façon particulièrement précise. Ils ont observé que le risque de leucémie aiguë myéloblastique de l’enfant était doublé chez les enfants franciliens dont l’habitat était le plus exposé au trafic, c’est dire quand simultanément la longueur cumulée des tronçons routiers dans un rayon de 150 m autour de la résidence dépassait 300 m et l’estimation de la concentration moyenne annuelle en benzène au voisinage de la résidence était supérieure à la valeur médiane observée en Ile-de-France (1,3 µg/m3).

En cohérence avec les hypothèses ayant fondé la réalisation de cette étude, l’exposition au benzène liée au trafic automobile pourrait donc être l’une des explications de cette association.

Le programme GEOCAP (Étude GEOlocalisée des CAncers Pédiatriques)

L’objectif général du programme GEOCAP est d’étudier le rôle, dans la survenue des cancers de l’enfant de moins de 15 ans, d’expositions environnementales estimées par géocodage, notamment :

– des lignes à haute tension, à l’origine d’expositions aux champs magnétiques à extrêmement basse fréquence

– du trafic routier, et de la pollution atmosphérique au benzène et aux hydrocarbures polycycliques aromatiques,

– des stations-service, sources d’exposition au benzène,

– des sites nucléaires

– et de certaines installations industrielles.

Il porte également sur d’autres facteurs, notamment les évolutions démographiques et les disparités socioéconomiques des communes d’habitation.

Plus d’informations sur GEOCAP: https://rnce.inserm.fr/geocap.php

Les adresses des enfants inclus dans l’étude ont été géolocalisées à l’aide d’un système d’information géographique fondé sur les données de l’IGN, exploitées en collaboration avec la société Géocible.

Ces travaux ont reçu le soutien financier de l’InVS, l’ANSES, l’ARC, la Fondation Pfizer, l’INCa et de l’ANR.

 

 

Le microbiote intestinal : acteur incontournable de la régulation du fer dans notre organisme

Les bactéries de notre intestin agissent-elles sur le métabolisme du fer, élément essentiel à la bonne santé de l’organisme ? Pour la première fois, des équipes de l’Inra et de l’Inserm, en collaboration avec le CNRS, ont montré comment les bactéries modifient les capacités de distribution et de stockage du fer dans les cellules intestinales. Le microbiote peut être considéré comme un nouveau régulateur physiopathologique de l’absorption intestinale du fer. Ces travaux sont publiés en ligne dans The Faseb Journal le 15 septembre 2015.bacterie e.coli

Escherichia Coli, entérobactérie, hôte normal du tube digestif. ©Inserm

Le fer est un élément vital dont l’organisme ne peut pas se passer. Sa régulation et son bon contrôle dans l’organisme sont garants d’une bonne santé. Si un déficit en fer est délétère, une surcharge présente également un risque pour la santé. Actuellement, de nombreuses questions sociétales sont soulevées, notamment celle de l’efficacité et la nécessité de supplémenter des régimes en fer chez l’homme.

Dans l’intestin, les bactéries (constituant le microbiote) et les cellules intestinales vivent en symbiose et ont chacune besoin du fer pour survivre. La porte d’entrée unique du fer alimentaire dans l’organisme est l’intestin. Quand l’organisme a besoin de fer, son absorption est favorisée par les cellules intestinales et quand les besoins baissent, ces cellules diminuent leurs capacités d’absorption. Ces mécanismes fins de régulations répondent en outre à une hormone, l’hepcidine, découverte il y a quelques années par une équipe de l’Inserm.

Des chercheurs de l’Inra et de l’Inserm, en collaboration avec le CNRS, se sont intéressés à l’effet du microbiote sur l’absorption intestinale du fer, et ce, indépendamment des effets hormonaux. Pour cela, ils ont comparé des animaux (des rongeurs) dépourvus de microbiote intestinal (animaux dits « axéniques ») avec des animaux dont le microbiote est contrôlé. En absence de microbiote, les cellules intestinales présentent des stocks de fer très faibles et les systèmes de transport vers l’organisme sont très peu abondants. En revanche, dès que le microbiote s’installe dans l’intestin, les cellules intestinales acquièrent une très grande capacité de stockage du fer (sous la forme de ferritine) et favorisent son transport vers l’organisme (augmentation de la ferroportine). 

Ainsi, en présence de bactéries du microbiote, il y a une adaptation des cellules intestinales quant à leur capacité à distribuer et stocker le fer.

La mise en évidence de cette nouvelle voie de contrôle du métabolisme du fer va conduire à mieux contrôler les apports en fer et devrait permettre de mieux comprendre les anomalies du fer dans les maladies impliquant des déséquilibres du microbiote appelés « dysbioses ».

Moduler le cholestérol cérébral : une nouvelle piste de recherche pour traiter la maladie d’Alzheimer ?

On sait depuis quelques années que la maladie d’Alzheimer est caractérisée par deux lésions : les plaques amyloïdes et les dégénérescences de protéine Tau. Le cholestérol joue un rôle important dans la physiopathologie de cette maladie. Deux équipes de recherche françaises (Inserm/CEA/Université de Lille/Université Paris-Sud[1]) viennent de montrer, sur un modèle rongeur, que la surexpression d’une enzyme capable d’éliminer le cholestérol en excès dans le cerveau peut agir de façon bénéfique sur la composante Tau de la maladie et la corriger complètement. C’est la première fois que l’on montre le lien direct entre la composante Tau de la maladie d’Alzheimer et le cholestérol. Ces travaux sont publiés dans la revue Human Molecular Genetics datée du 10 septembre 2015.

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Marquage fluorescent de la protéine Tau dans une cellule humaine hNT. © Inserm/U837

Le cholestérol cérébral en excès ne peut franchir librement la barrière hématocérébrale; pour être éliminé, il doit être transformé par l’enzyme CYP46A1 (cholestérol-24 hydroxylase) en 24-hydroxy-cholestérol (24-OHC). Au sein de l’unité INSERM 1169, Nathalie Cartier, coordinatrice de ces travaux, et Patrick Aubourg, directeur de l’unité, ont émis l’hypothèse qu’augmenter l’efflux du cholestérol hors du cerveau en surexprimant l’enzyme CYP46A1 pourrait avoir un effet bénéfique sur les éléments de la pathologie Alzheimer. 

La première étape de ce travail a permis de montrer que l’injection d’un vecteur viral AAV-CYP46A1 corrige effectivement un modèle murin de pathologie amyloïde de la maladie, la souris APP23. L’enzyme CYP46A1 apparaissait ainsi comme une cible thérapeutique pour la maladie d’Alzheimer. 

A contrario, l’inhibition in vivo de cette enzyme en utilisant des molécules ARN anti-sens apportées par un vecteur AAV administré dans l’hippocampe induit chez les souris une augmentation de la production des peptides Aß, de Tau anormale, la mort des neurones et une atrophie de l’hippocampe à l’origine de troubles de la mémoire. L’ensemble reproduit un phénotype mimant la pathologie Alzheimer.

Ces résultats démontrent le rôle clé du cholestérol dans la pathologie et confirment la pertinence de l’enzyme CYP46A1 comme cible thérapeutique potentielle (travaux publiés le 3 juillet 2015 dans Brain).

L’ensemble de ces travaux permet aujourd’hui à l’équipe de recherche coordonnée par Nathalie Cartier, directrice de recherche à l’Inserm, de proposer une approche de thérapie génique de la maladie d’Alzheimer : l’administration intracérébrale d’un vecteur AAV-CYP46A1 chez des patients atteints de formes précoces et sévères (1 % des patients, formes familiales) pour lesquels aucun traitement n’est disponible.

« Pour atteindre cet objectif, nous réalisons toutes les étapes pré-cliniques de développement et validation des outils (vecteur, protocole neurochirurgical, éléments de suivi) pour démontrer l’efficacité et la tolérance de la stratégie, afin de déposer à moyen terme une demande d’autorisation d’essai clinique », explique Nathalie Cartier.

Ce projet est soutenu par la Fondation pour la Recherche Médicale (Bioingénierie pour la Santé) et par la Fondation France Alzheimer.

[1] L’équipe de David Blum et de Luc Buée (Centre de recherche Jean-Pierre Aubert Unité Inserm 1172/Université Lille/.CHRU) et l’équipe de Nathalie Cartier, Directrice de recherche Inserm (Unité Inserm 1169 « Therapie genique, genetique, epigenetique en neurologie, endocrinologie et développement de l’enfant », Université Paris Sud, CEA, Paris), basée à MIRCen (Molecular Imaging Research Center), installation de recherche préclinique du centre CEA de Fontenay-aux-Roses

Comment évaluer l’efficacité de l’hypnose ?

Si l’hypnose existe depuis des centaines d’années, il reste encore aujourd’hui difficile de juger clairement de son utilité dans le domaine médical. Dans un rapport remis à la Direction Générale de la Santé, les chercheurs de l’Inserm sous la direction de Bruno Falissard ont évalué l’efficacité de cette pratique de médecine complémentaire dans certaines de ses indications (santé des femmes, troubles digestifs, chirurgie, psychiatrie…). Cette étude met en évidence son intérêt thérapeutique lors d’une anesthésie et pour la prise en charge du syndrome du côlon irritable. Elle confirme également que les risques liés à l’hypnose sont particulièrement limités.

Woman using pendulum

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L’hypnose n’est ni un état de vigilance ni un état de sommeil mais un état modifié de conscience. A l’échelle biologique, les effets de l’hypnose ont été confirmés par les techniques d’imagerie modernes. Celles-ci ont mis en évidence des modifications de l’activité de certaines régions cérébrales lors de suggestions chez un sujet sous hypnose.

On distingue plusieurs types d’hypnose selon leur application médicale : l’hypnoanalgésie utilisée comme méthode antalgique, l’hypnosédation qui couple l’hypnose à des produits anesthésiques et enfin l’hypnothérapie à visée psychothérapeutique. En plus de ces pratiques, le rapport s’intéresse aussi à l’EMDR – « Eye Movement Desensitization and Reprocessing » ou technique de désensibilisation et retraitements par mouvements oculaires. Cette approche intégrative faisant intervenir certaines pratiques issues de l’hypnose a été développée pour soigner le syndrome de stress post traumatique.

En France, la pratique de l’hypnose est très hétérogène. Le terme d’hypnothérapeute n’est pas protégé et les formations à l’hypnose sont dispensées autant par les universités (diplômes non reconnus par l’ordre des médecins) que par des associations ou des organismes privés. Elles sont pour certaines réservées aux professionnels de santé alors que d’autres sont ouvertes à un public plus large.

Devant ce paysage hétéroclite, l’étude menée par Bruno Falissard et Juliette Gueguen, Caroline Barry et Christine Hassler (Unité Inserm 1018 « Santé mentale et santé publique ») a tenté d’évaluer l’efficacité de cette thérapie complémentaire dans le traitement de plusieurs pathologies. Dans ce but, les chercheurs ont analysé les résultats de 52 essais cliniques ainsi que ceux de 17 essais concernant l’usage de l’EMDR.

L’hypnose a un intérêt thérapeutique dans le syndrome du côlon irritable

Le syndrome du côlon irritable est caractérisé par des douleurs au ventre, des sensations de ballonnement et des phases de diarrhées ou constipations, altérant la qualité de vie des personnes atteintes. Les études testant l’hypnose pour traiter cette pathologie confirment son potentiel : des séances régulières d’hypnothérapie limitent les symptômes digestifs.

L’hypnose réduit la consommation d’antalgiques et de sédatifs

Les scientifiques se sont intéressés à la pratique de l’hypnosédation pendant des examens de chirurgie et radiologie interventionnelle : extraction de dents de sagesse, biopsies mammaires, interventions transcatheter, interruptions de grossesse … Les critères choisis étaient très variables et concernaient autant les patients (intensité douloureuse, anxiété,  consommation médicamenteuse, effets secondaires indésirables) que l’intervention elle-même (durée, coût). Bien que les études ne permettent pas de statuer sur une majorité de ces critères, les résultats concordent sur la consommation de médicaments antalgiques ou sédatifs. Pendant une opération sous anesthésie locale ou générale, l’action des sédatifs est complétée par l’administration d’antalgiques pour contrôler la douleur. Les études montrent que, grâce à l’hypnose, l’usage de ces médicaments est réduit durant ces interventions.

L’EMDR, une thérapie efficace dans la prise en charge du syndrome stress post-traumatique

Les données actuelles n’assurent pas l’avantage de l’hypnose par rapport aux traitements classiques du syndrome de stress post-traumatique, mais l’EMDR a, elle, fait ses preuves. Les thérapies cognitivo-comportementales centrées sur le traumatisme et l’EMDR seraient même les plus efficaces des psychothérapies dans ce cas. Ces conclusions ne s’appliquent cependant qu’aux adultes, trop peu d’essais ayant évalué les effets sur l’enfant ou l’adolescent.

Les données actuelles sont insuffisantes pour la majorité des autres applications de l’hypnose

Dans certaines pratiques médicales, les études analysées par les scientifiques de l’Inserm n’ont pas permis de conclure à un intérêt de l’hypnose notamment dans :

  • La prise en charge de la douleur pendant l’accouchement
  • La prévention de la dépression post-partum
  • La schizophrénie
  • Le sevrage tabagique
  • Les soins dentaires chez l’adulte et l’enfant

Les données concernant la sécurité de l’hypnose sont rassurantes

L’équipe de Bruno Falissard a également examiné la sécurité de l’hypnose rapportée dans la littérature. De manière rassurante, aucun effet indésirable grave ne paraît attribuable à l’hypnose. D’après les chercheurs, on ne peut pour autant exclure l’existence de tels évènements indésirables mais s’ils existent, leur incidence est relativement faible.

Si cette analyse démontre le réel intérêt des praticiens pour l’hypnose et les techniques dérivées, elle souligne surtout la nécessité de repenser les standards méthodologiques classiques. Elle fait également ressortir le besoin d’un questionnement sur le choix des groupes contrôle et des critères de jugements, et au-delà, du design même des études.


Pour les auteurs, il est également particulièrement important que des études qualitatives analysant le bien être des patients, soient prises en compte pour déterminer ce qu’ils ont vécu subjectivement pendant leur prise en charge.

Au vu de ces conclusions, l’enjeu de l’hypnose se situe aussi au niveau éthico-juridique. Nonobstant les chartes éthiques déjà mises en place à ce jour, la législation en France est toujours vague : l’hypnose peut être proposée autant par des non professionnels de santé comme par le personnel médical. Ainsi, la création d’un système de surveillance semble pertinente pour recueillir les données issues du terrain, mais surtout pour éviter le risque inhérent à tout recours alternatif aux thérapeutiques non conventionnelles : celui de retarder ou d’entraver l’accès à des soins conventionnels qui seraient par ailleurs nécessaires. 

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Un nouveau type de sarcome identifié

Les équipes Inserm du Pr Jean-Yves Blay et de Christophe Caux à Lyon[1], de Franck Tirode et d’Olivier Delattre à Paris[2] viennent de mettre en évidence un nouveau variant génétique de tumeurs non identifiées à ce jour. Leurs résultats permettent de mieux diagnostiquer ces tumeurs grâce à un biomarqueur validé. Cette étude est publiée dans la revue Nature Genetics.

L’application en cancérologie des techniques de séquençage dites de « haut débit » bouleverse actuellement notre compréhension de la genèse et de l’évolution naturelle des cancers. Ces nouvelles données ont partiellement remis en cause les classifications des tumeurs établies à partir des techniques classiques comme l’anatomopathologie. Selon le Pr Jean-Yves Blay, codirecteur de cette étude, « notre priorité est d’affiner les classifications des tumeurs utilisées en pratique clinique afin d’offrir aux patients l’option thérapeutique la plus adaptée. C’est particulièrement important dans le domaine des sarcomes, où nous sommes régulièrement confrontés au problème de tumeurs très indifférenciées dont le classement est difficile ».

Un même objectif, deux stratégies

L’étude publiée dans Nature Genetics vise à caractériser des tumeurs malignes suspectées d’appartenir au groupe des sarcomes mais restées jusqu’à présent inclassables. Les investigations moléculaires ont mis en évidence des altérations du gène SMARCA4 codant une des sous-unités des complexes BAF. Ces complexes participent à la régulation de la structure de la chromatine, forme compactée de l’ADN dans le noyau des cellules.

Pour obtenir ces résultats, deux approches complémentaires et indépendantes ont été menées (schéma en annexe page 4). La première, basée sur des analyses anatomopathologiques, a été conduite par les chercheurs du Centre de recherche en cancérologie de Lyon (Inserm/CNRS/Université Lyon 1/Centre Léon Bérard), et s’est focalisée sur des sarcomes non classés à partir de leurs caractéristiques microscopiques.

Parallèlement, les chercheurs de l’Institut Curie ont entrepris une démarche de caractérisation « à l’aveugle » en effectuant l’analyse des profils d’expression par séquençage de l’ARN à haut-débit d’une trentaine de sarcomes indifférenciés. Franck Tirode, chargé de recherche Inserm et codirecteur de l’étude, a ainsi identifié dans cette cohorte un sous-groupe de tumeurs dont les profils d’expression étaient très semblables, suggérant leur nature commune.

Les chercheurs parisiens et lyonnais ont ensuite mis en commun leurs résultats après s’être aperçu qu’ils s’intéressaient au même type de pathologie. Ils ont validé ces résultats préliminaires prometteurs en retrouvant d’autres cas ou observations similaires en un an grâce à la collaboration de nombreux établissements hospitaliers répartis sur toute la France.

Une nouvelle entité tumorale

Cette étude collaborative a permis d’identifier au final 19 échantillons tumoraux comportant tous une inactivation du gène SMARCA4. Ces tumeurs présentaient des caractéristiques cliniques et pathologiques similaires, produisant de larges masses tumorales comprimant les voies respiratoires et progressant très rapidement, le plus souvent chez des hommes jeunes et consommateurs de tabac. Par ailleurs, elles étaient toutes, vues au microscope, très proches des tumeurs rhabdoïdes, une forme de cancer pédiatrique de très mauvais pronostic. Or, ces mêmes tumeurs, décrites il y a près de 17 ans par l’équipe d’Olivier Delattre à l’Institut Curie sont, de manière remarquable, associées à des mutations du gène SMARCB1, codant une sous-unité du complexe BAF, dont SMARCA4 fait partie.

Les chercheurs ont comparé les profils d’expression de toutes leurs tumeurs avec de nombreux autres types tumoraux et confirment non seulement l’exceptionnelle homogénéité de ces tumeurs entre elles mais surtout la parenté de leur signature avec les tumeurs rhabdoïdes. « Toutefois, bien que l’événement oncogénique soit comparable, la complexité génomique des tumeurs que nous avons étudiées diffère considérablement de la génomique simple des tumeurs rhabdoïdes », précise Franck Tirode.

Forts de ces résultats, les scientifiques ont ainsi pu affirmer que leur cohorte correspondait à une nouvelle entité homogène qu’ils ont baptisée « sarcome thoracique SMARCA4-déficient ».

Mieux diagnostiquer pour accélérer la prise en charge

Les chercheurs soulignent que ces tumeurs sont très agressives et résistent aux modalités actuelles de traitements. Le complexe BAF présente des altérations dans près de 20% des cancers humains et fait l’objet d’intenses recherches pour son ciblage thérapeutique. Si cette publication n’apporte pas dans l’immédiat de proposition thérapeutique pour les patients affectés, elle démontre en revanche que ces tumeurs sont facilement reconnaissables dans la pratique clinique. En effet, des nouveaux cas « prospectifs » ont pu être identifiés pendant l’étude permettant d’accélérer la prise en charge des patients.

C’est dans cet objectif que les auteurs de l’étude ont validé le biomarqueur SOX2, qui est particulièrement surexprimé par cette nouvelle entité tumorale, facilitant ainsi le diagnostic clinique. Ils soulignent que l’agressivité de ces tumeurs n’est sans doute pas sans lien avec la surexpression de SOX2, capable de conférer aux cellules des propriétés de cellules souches.

En conclusion, ce travail s’inscrit pleinement dans la conception actuelle de l’oncologie et de la « thérapie personnalisée », dans laquelle établir un diagnostic précis est un préalable indispensable au succès de la médecine de précision.

Les sarcomes

Les sarcomes sont des tumeurs rares qui représentent moins de 1 % de tous les nouveaux cas de cancer, soit environ 3 500 nouveaux cas par an. Ils affectent des personnes de tous âges, même si on les observe le plus souvent chez des enfants et jeunes adultes. Ils sont situés dans les os, le cartilage, les tissus adipeux, les muscles, les vaisseaux sanguins ou d’autres tissus conjonctifs ou de soutien. Le diagnostic de ces tumeurs rares est coordonné à l’échelle nationale par le réseau du Groupe Sarcome Français comprenant 3 centres de référence régionaux incluant l’Institut Bergonié (Bordeaux), le Centre Léon Bérard (Lyon) et l’Institut Gustave Roussy (Villejuif).

[1] Centre de recherche en cancérologie de Lyon, Inserm U1052 CNRS 5286 Université Claude Bernard Lyon 1 Centre Léon Bérard, Equipe Ciblage thérapeutique de la cellule tumorale et de son environnement immunitaire

[2] Institut Curie, Inserm U830, Equipe Génétique et Biologie des cancers pédiatriques

Un robot humanoïde capable de transmettre des connaissances entre les équipages de stations spatiales

Une équipe de chercheurs français de l’Institut cellule souche et cerveau (Inserm/Université Claude Bernard Lyon 1), dirigée par Peter Ford Dominey, directeur de recherche CNRS, a développé « une mémoire autobiographique»[1]  pour le robot Nao, qui lui permet de transmettre des connaissances à des humains novices après les avoir lui-même apprises d’autres êtres humains. Cette avancée technologique pourra notamment être utilisée pour les opérations sur la Station spatiale internationale où le robot, seul membre permanent de la station, serait le trait d’union pour le partage des connaissances entre les différents équipages, renouvelés tous les six mois. Ces résultats seront présentés au 24e Symposium international IEEE sur les robots et la communication interactive humaine, le 3 septembre 2015 à Kobe, au Japon.

La culture humaine se compose de connaissances acquises par l’expérience partagée de la société. La transmission culturelle permet aux nouveaux membres de la société d’apprendre rapidement de cette expérience accumulée. Pour qu’un robot appréhende le comportement coopératif, nécessaire à la transmission culturelle des connaissances, des chercheurs ont créé un système grâce auquel un agent humain peut enseigner à l’humanoïde Nao de nouvelles actions par démonstration physique (en plaçant les membres du robot dans la bonne position), par imitation visuelle (via un système Kinect) ou par commande vocale. Ces actions individuelles sont ensuite rassemblées en procédures et stockées dans la mémoire autobiographique du robot, développée par les chercheurs, afin qu’il puisse les restituer si nécessaire à d’autres agents humains.

Les chercheurs ont développé ce système de mémoire autobiographique pour répondre au défi de la coopération entre les hommes et les robots, de plus en plus une réalité notamment dans le domaine spatiale, l’humanoïde Robonaut 2[2] volant désormais de façon permanente à bord de la Station spatiale internationale.

Pour tester leur système, ils ont imaginé un scénario qui pourrait se passer dans la Station spatiale internationale. La transmission des informations à bord y est essentielle puisque les équipages sont renouvelés entièrement tous les six mois. Dans ce scénario : une carte électronique est endommagée. Nao joue le rôle de l’assistant du scientifique suivant ses consignes, apportant ou tenant les éléments de la carte au cours de la réparation. Grâce au souvenir de cet évènement, si cette même panne se reproduit, le robot pourra montrer à un nouveau membre de l’équipage, via un système vidéo la réparation qui avait déjà été réalisée. Il pourra également répondre à des questions sur l’évènement précédent tout en aidant à la nouvelle réparation. Si une panne légèrement différente se produit, le robot pourra partager son expertise sur les défaillances de ce type tout en enregistrant les tâches à mener pour résoudre ce nouveau problème et les transmettre aux scientifiques de l’équipage suivant.

Ces résultats démontrent la faisabilité de ce système et indiquent que de tels robots humanoïdes constituent une solution potentielle pour l’accumulation et le transfert de connaissances.

Les chercheurs souhaitent désormais tester leur robot Nao dans les conditions réelles des opérations spatiales, en gravité zéro, mais aussi développer un autre domaine d’application, l’assistance aux personnes âgées, le robot jouant cette fois-ci le rôle d’un aide-mémoire personnel.

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Peter Ford Dominey et le robot Nao, étude de la cognition robotique développementale. Au lieu d’employer des plans préétablis, le robot peut apprendre en temps réel par interaction directe avec un humain. ©Inserm/Patrice Latron

Pour découvrir le robot Nao en train d’apprendre à réparer la carte électronique : 

[1] La mémoire autobiographique concerne les événements personnellement vécus, avec leur contexte. Elle permet de dater les souvenirs, de les localiser et de déterminer qui était présent lors de l’évènement. Chez les êtres humains, la mémoire autobiographique contribue à construire l’histoire personnelle d’un individu.

[2] Robonaut 2 est un robot humanoïde né du programme Robonaut, une étroite collaboration entre la NASA et la DARPA. Un exemplaire a été livré à l’ISS en février 2011 pour contrôler le fonctionnement du robot en apesanteur. Il a été conçu dans le but d’aider le travail des astronautes dans des situations délicates, notamment lors de sorties extravéhiculaires.

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