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Détecter la survenue d’hallucinations auditives à partir de l’activité cérébrale de patients souffrant de schizophrénie

cerveau hallucination

Les chercheurs ont pu mettre en évidence des activités cérébrales spécifiques, prédictives des hallucinations acoustico-verbales. Crédits Adobe Stock

Une étude conduite par Renaud Jardri, Professeur à l’Université de Lille et pédopsychiatre au CHU de Lille (Unité Inserm U-1172 Lille Neuroscience & Cognition), le Dr Philippe Domenech à l’Institut  du Cerveau (Inserm/CNRS/AP-HP/Sorbonne Université), et leurs collaborateurs, montre qu’il est possible de prédire la survenue des hallucinations auditives chez les patients schizophrènes grâce à la combinaison d’IRM fonctionnelle et d’algorithmes d’intelligence artificielle. Ces résultats, publiés dans Biological Psychiatry, ouvrent la voie au développement de nouvelles thérapies de neuromodulation et de neurofeedback en boucle fermée pour traiter ces hallucinations.

Les hallucinations auditives et verbales (AVH) sont malheureusement résistantes aux thérapeutiques conventionnelles chez près de 30% des patients atteints de schizophrénie. Elles se manifestent et sont ressenties de façon très variable, rendant d’autant plus difficile à la fois leur compréhension et leur traitement. Pour répondre à ces enjeux, les équipes de Renaud Jardri et Philippe Domenech ont cherché à développer une méthode de détection des épisodes hallucinatoires par imagerie cérébrale, robuste et facilement applicables à l’ensemble des patients.

Pour cela, ils ont développé une nouvelle approche d’IRM fonctionnelle combinée à des algorithmes d’intelligence artificielle sur la base des données obtenues dans un premier groupe de 23 patients atteints de schizophrénie. Ils ont ainsi pu mettre en évidence des activités cérébrales spécifiques, prédictives des hallucinations acoustico-verbales, à la fois chez un même patient, mais également entre patients. Ils ont ensuite validé la capacité de leur approche à être généralisée   à n’importe quel nouveau groupe  de  patient  souffrant  de  schizophrénie  grâce à une validation croisée de leurs résultats avec un second groupe de 34 patients schizophrènes, ainsi que chez des sujets témoins.

Les chercheurs ont ainsi validé l’efficacité de leur méthode à distinguer l’activité cérébrale associée aux hallucinations auditives de l’état de repos et d’un état d’activité associé à une tâche d’imagerie verbale, durant laquelle des volontaires sains imaginaient volontairement entendre des voix. Les chercheurs ont également pu montrer que cette détection des hallucinations auditives dépendait quasi-exclusivement d’une région cérébrale, centrée sur l’aire de Broca qui est classiquement connue pour son rôle dans la production des mots parlés.

Pour le Pr. Jardri, coordonnateur de l’étude : « Il s’agit d’une étape importante dans ce que l’on appelle la psychiatrie de précision, c’est-à-dire l’utilisation d’outils de caractérisation modernes, tels que l’imagerie cérébrale, afin de définir de nouvelles cibles thérapeutiques en psychiatrie. Dans le cas présent, nous souhaitons désormais guider des traitements à partir de ce nouvel outil   de capture fonctionnelle du symptôme et ainsi soulager les personnes souffrant d’hallucinations pharmaco-résistantes. Un essai thérapeutique doit justement démarrer sur la base de cette découverte dans les mois qui viennent au CHU de Lille afin de tester et valider ce nouveau champ d’application en psychiatrie »

Maltraitance physique infantile : homogénéiser les recommandations pour optimiser le diagnostic

La maltraitance physique concerne 4% à 16% des enfants âgés de moins de 18 ans dans les pays développés. © Adobe Stock

 

Le diagnostic de maltraitance physique chez le nourrisson peut être difficile à établir. Pour guider les professionnels de santé, des recommandations définissant les pratiques à adopter lors d’une suspicion de maltraitance physique sont produites par des sociétés savantes, des autorités publiques ou par des groupes d’experts indépendants. Malgré ce cadre, les prises en charge observées sont différentes en fonction des praticiens, en France comme dans d’autres pays avec des économies développées. Pour tenter de comprendre cette variabilité, des chercheurs de l’Inserm et enseignants-chercheurs d’Université de Paris au Centre de Recherche en Épidémiologie et Statistiques (CRESS), de l’AP-HP et du CHU de Nantes, ont analysé et comparé différentes recommandations cliniques publiées dans quinze pays. Ils ont découvert une grande hétérogénéité entre les différents pays et même au sein d’un même pays où plusieurs documents de référence coexistent parfois. Les résultats de cette revue systématique soulignent la nécessité d’un processus de consensus international afin de produire des recommandations claires et standardisées pour optimiser les pratiques des professionnels de santé. Ils font l’objet d’une publication dans JAMA Network Open.

La maltraitance physique concerne 4% à 16% des enfants âgés de moins de 18 ans dans les pays développés et environ un tiers des diagnostics de maltraitance physique sont posés avec retard. Les nourrissons âgés de moins de deux ans sont les plus concernés, ce qui ajoute aux difficultés d’un diagnostic rapide reposant sur une combinaison d’évaluations cliniques et sociales, d’examens d’imagerie et de laboratoire.

Plusieurs études antérieures ont révélé des pratiques divergentes de la part des praticiens lors d’une suspicion de maltraitance physique. Une étude française publiée en 2015[1] a par exemple montré que dans le cas théorique d’un nourrisson de 9 mois présentant une fracture du fémur, de nombreuses ecchymoses et un traumatisme crânien, seuls 28% des pédiatres interrogés auraient demandé une IRM du crâne, un examen pourtant recommandé après le scanner dans ce cadre de potentiels traumatismes infligés.

Face à ce constat, et pour essayer de comprendre ces différences entre les pratiques, l’étude s’est intéressée aux recommandations destinées à guider les professionnels de santé dans le diagnostic de la maltraitance physique infantile. Ces dernières, accessibles en ligne, sont émises par des sociétés savantes, des agences sanitaires ou par des groupes d’experts de pédiatrie. Il s’agit notamment de documents rédigés par la Haute Autorité de Santé en France, le Royal College of Paediatrics and Child Health au Royaume-Uni ou encore l’American Academy of Pediatrics aux Etats-Unis.

Les scientifiques ont pu extraire les données contenues dans 20 documents de référence publiés entre 2010 et 2020, issus de 15 des 24 pays les plus développés selon les Nations-Unies. Ils ont comparé les recommandations d’examens diagnostiques préconisés en cas de suspicion de maltraitance physique infantile. Ils ont ensuite déterminé pour chaque examen si celui-ci était recommandé de façon systématique, conditionnelle (au cas par cas en fonction du contexte clinique), n’était pas recommandé ou n’était même pas mentionné.

Des divergences entre les documents de référence qui créent le flou

Selon les résultats de l’étude, il existe une grande hétérogénéité entre les recommandations internationales qui pourrait expliquer une partie des différences entre les pratiques cliniques observées pour le diagnostic de maltraitance physique infantile.

Quand certains examens sont recommandés de façon homogène, comme les radiographies du squelette, d’autres ne le sont qu’au cas par cas, voire jamais selon les pays. Par exemple, la réalisation d’une scintigraphie osseuse, un examen d’imagerie destiné à la recherche de fractures en complément de radiographies du squelette, est recommandée par la Haute Autorité de Santé et l’American Academy of Pediatrics alors qu’elle n’est pas recommandée par le Royal College of Radiologists. Au sein même du Royaume-Uni, le Royal College of Radiologists et le Royal College of Paediatrics and Child Health diffèrent quant à la recommandation d’un recours à cette scintigraphie.

Les chercheurs ont également observé des différences significatives dans la définition de « lésions sentinelles », des lésions traumatiques retrouvées chez des nourrissons qui n’ont pas acquis la capacité de se déplacer seuls et qui doivent conduire à évaluer le risque de maltraitance physique. Si tous les documents analysés proposent une description de ces lésions, les contenus diffèrent : six en donnent une brève caractérisation et se concentrent uniquement sur les lésions cutanées, dix ajoutent la notion de fractures, de lésions intra-buccales, intracrâniennes ou abdominales.

Enfin, les chercheurs ont constaté que certains éléments cités fréquemment parmi les recommandations n’apparaissaient pas dans tous les documents de référence. Pour les chercheurs, même les examens qui ne sont pas recommandés devraient être cités dans l’ensemble des documents, ne serait-ce que pour expliquer au praticien pourquoi ils ne sont pas recommandés.

« Notre objectif était d’examiner systématiquement l’exhaustivité, la clarté et la cohérence des recommandations cliniques pour la détection précoce et le bilan diagnostique de la maltraitance physique infantile. Nous avons estimé que, dans les pays dits développés, les rédacteurs de recommandations ont théoriquement tous accès aux mêmes connaissances et les praticiens ont tous accès à la prescription des mêmes examens. Les examens recommandés en cas de suspicion de maltraitance physique infantile et ceux réalisés en pratique devraient donc peu varier. Nous ne nous attendions pas à identifier de si grandes disparités entre les recommandations. Nous pensons que ces différences peuvent expliquer une partie de l’absence de standardisation des pratiques », explique Flora Blangis, première auteure de l’étude et doctorante à l’Inserm.

Selon les chercheurs à l’origine de cette revue systématique, les résultats soulignent la nécessité d’un processus de consensus international afin de produire des recommandations claires et standardisées pour optimiser les pratiques des professionnels de santé dans le diagnostic de la maltraitance physique infantile. Une telle démarche a été conduite dans beaucoup d’autres domaines de la médecine, notamment pour le dépistage de l’hypertension artérielle.

 « Les médecins généralistes et les pédiatres sont les acteurs clés pour la détection précoce et le diagnostic de la maltraitance physique des nourrissons. Leurs décisions devraient pouvoir s’appuyer sur des recommandations complètes, claires et cohérentes comme c’est le cas dans d’autres pathologies », conclut Flora Blangis.

Uniformiser les pratiques[2] est un enjeu d’autant plus important qu’un diagnostic erroné peut avoir des conséquences graves sur la santé de l’enfant. En particulier, des résultats faussement négatifs exposent les nourrissons à un risque de récidive de maltraitance estimé entre 35% et 50%.

 

[1] Ledoyen A, Bresson V, Dubus J-C, et al. Explorations complémentaires face à une situation d’enfant en danger : état des lieux des pratiques en France en 2015. Arch Ped. 2016

[2] Le déploiement sur tout le territoire des Unités d’accueil pédiatriques des enfants en danger (UAPED) devrait contribuer à une uniformisation des pratiques dans le dépistage des maltraitances et le parcours de soins des mineurs victimes. Il s’agit d’un axe fort du plan de lutte contre les violences faites aux enfants décidé par le ministère des Solidarités et de la Santé, et soutenu par la Société française de pédiatrie médico-légale.

Lancement du Groupement d’intérêt scientifique Obépine sur les eaux usées

 

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© Unsplash

 

Le 19 octobre, les représentants de dix établissements  ̶  CNRS, Eau de Paris, EPHE, Ifremer, Inserm, IRBA, Sorbonne Université, Université Clermont Auvergne, Université de Lorraine et Université de Paris  ̶ membres du Groupement d’intérêt scientifique (GIS) de l’Observatoire épidémiologique dans les eaux usées (Obépine), se sont réunis pour la première fois. Sorbonne Université, qui assure la gestion de ce GIS, en préside le Comité des membres.

Le consortium Obépine, créé au printemps 2020, réunit des chercheurs et des chercheuses en virologie médicale, microbiologie de l’environnement, mathématiques appliquées, hydrologie et infectiologie ayant pour ambition de suivre l’état sanitaire des populations par l’analyse des eaux usées.

Soutenu par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, ce consortium a démontré qu’il est possible de suivre l’évolution de l’épidémie de Covid-19 en quantifiant le génome du SARS-CoV-2 et ses variants dans les eaux usées des stations d’épuration.

Obépine a en effet produit de nombreux résultats portant sur l’évaluation du risque sanitaire à partir de l’analyse de selles, de boues résiduaires et de coquillages. Le consortium a également construit et validé des modèles mathématiques qui ont mis en évidence une excellente corrélation entre les indicateurs individuels (taux d’incidence) et les niveaux de circulation du virus dans les eaux usées.

Depuis janvier 2021, l’activité de recherche du réseau Obépine a permis de proposer de façon opérationnelle un indicateur des eaux usées reposant sur des prélèvements effectués dans quelque 200 stations de traitement des eaux usées en France métropolitaine et d’outre-mer. Le réseau permet, aujourd’hui, de donner des informations sur la circulation du virus SARS-CoV-2 dans des bassins versants couvrant plus de 33 % de la population. Le consortium assure ainsi, via son réseau, une activité opérationnelle du suivi de circulation du virus. Celle-ci a été aujourd’hui financée jusqu’au 31 octobre 2021 par le ministère des Solidarités et de la Santé qui prépare la mise en place sous sa responsabilité, d’un réseau national opérationnel agrégeant l’ensemble des acteurs.

Dans le cadre du GIS, le consortium Obépine a pour objectif de poursuivre le développement des activités de recherche appliquées dans le domaine des eaux usées sur le SARS-CoV-2 et ses variants.

En tirant parti du réseau opérationnel qu’il a mis en place, comme d’un réseau Sentinelles, il a vocation à traiter des questions sur l’état sanitaire des populations en étendant ses recherches à d’autres pathogènes ou agents chimiques détectés dans les eaux usées.

Pour le premier mandat, la direction sera assurée par Vincent Maréchal, professeur de virologie à Sorbonne Université et virologue au Centre de recherche Saint-Antoine (Inserm/Sorbonne Université), associé à deux co-directeurs : Christophe Gantzer, professeur de virologie à l’université de Lorraine, directeur du Laboratoire de chimie physique et microbiologie pour les matériaux et l’environnement (CNRS/Université de Lorraine) et Laurent Moulin, responsable du laboratoire R&D d’Eau de Paris.

Pour plus d’information sur le réseau Obépine : https://www.reseau-obepine.fr

Leucémies myéloïdes : comprendre les résistances aux traitements pour aller vers la médecine personnalisée

mitochondries © Adobe Stock

Les patients qui répondent le mieux à la bithérapie dans cette étude présentent une « signature Mitoscore », associée à une forte activité des mitochondries. © Adobe Stock

 

La prise en charge et le traitement des leucémies aiguës myéloïdes (LAM) se sont beaucoup améliorés ces dernières années, mais la survie globale demeure encore faible. En effet, la résistance aux différents traitements représente toujours un défi clinique majeur. A partir de modèles animaux mais également en travaillant avec des patients, des scientifiques de l’Inserm, du CNRS et de l’Université Toulouse III – Paul Sabatier au Centre de Recherches en Cancérologie de Toulouse ont identifié un nouveau biomarqueur prédictif de la réponse à une bithérapie (combinaison d’une chimiothérapie et d’une thérapie ciblée) utilisée dans le traitement des LAM, ainsi que des mécanismes de résistance permettant d’expliquer les rechutes. Les résultats de ces travaux sont publiés dans Nature Cancer.

Les leucémies regroupent plusieurs types de cancer du sang et touchent près de 10 000 personnes chaque année en France. Parmi-elles, les leucémies aiguës myéloïdes (LAM), qui affectent les cellules hématopoïétiques[1] de la moelle osseuse.

La chimiothérapie intensive a longtemps été le traitement de choix pour les patients atteints. Si la plupart d’entre eux y répond favorablement et entre en rémission, la survie globale à plus long terme reste faible. En effet, certaines cellules cancéreuses résistantes persistent dans l’organisme suite à la chimiothérapie, entrainant des rechutes. 

Depuis quelques années, le développement de thérapies ciblées a permis d’améliorer la prise en charge et la réponse des patients, allongeant un peu la survie, notamment chez les personnes âgées non éligibles à la chimiothérapie. Toutefois, même avec ces thérapies, les rechutes constituent toujours une problématique importante. Comprendre les mécanismes qui sous-tendent les résistances aux traitements des leucémies et trouver un moyen de les lever sont au cœur des travaux du chercheur Inserm Jean-Emmanuel Sarry et de son équipe au Centre de Recherches en Cancérologie de Toulouse (Inserm/CNRS/Université de Toulouse III -Paul Sabatier).

Alors que la plupart des scientifiques qui travaillent sur le sujet s’intéressent plutôt aux mécanismes génétiques associées aux résistances, l’équipe étudie les mécanismes non génétiques pour comprendre pourquoi certains patients sont plus susceptibles de faire des rechutes.

 

Identification d’une « signature Mitoscore »

Dans leur nouvelle étude, les chercheurs se sont intéressés à une bithérapie (chimiothérapie conventionnelle combiné à une nouvelle thérapie ciblée) récemment approuvée et de plus en plus utilisée dans le traitement des LAM.

A partir des transcriptomes de patients (c’est-à-dire l’ensemble des ARN messagers issus de l’expression du génome), ils montrent que les personnes qui répondent le mieux à la bithérapie et qui ont un allongement de leur survie présentent un biomarqueur particulier – une « signature Mitoscore » – associée à une forte activité mitochondriale[2]. « Autrement dit, cette signature Mitoscore élevée, qui traduit une activité mitochondriale importante, serait prédictive d’une meilleure réponse à ces traitements », précise Jean-Emmanuel Sarry.

Enfin, grâce au séquençage à l’échelle de la cellule unique[3] de la maladie résiduelle[4] après cette bithérapie, les chercheurs ont constaté un remodelage particulier de la fonction mitochondriale permettant aux cellules cancéreuses de s’adapter aux thérapies et induire la rechute du patient. Chez la souris, l’équipe montre aussi qu’un traitement fondé sur une molécule qui inhibe l’action des mitochondries permet de bloquer ce remodelage de la fonction mitochondriale, de prévenir les rechutes et d’allonger la survie des animaux.

« L’objectif est maintenant de tester cette signature Mitoscore sur de très grosses cohortes afin de valider l’utilité de ce biomarqueur. A terme, l’idée serait de pouvoir l’utiliser pour améliorer le suivi des patients et pour proposer les thérapies de manière plus personnalisée, en donnant la bithérapie, en association ou non avec l’inhibiteur des mitochondries, aux personnes susceptibles d’en tirer un bénéfice.  Ces travaux pourraient donc avoir un réel impact clinique dans les prochaines années », explique Jean-Emmanuel Sarry.

 

[1] Les cellules souches hématopoïétiques sont fabriquées par la moelle osseuse et sont à l’origine des différentes cellules du sang : les globules rouges, les globules blancs et les plaquettes. Source INCa

[2] Les mitochondries sont les organelles intracellulaires dont le rôle est de fournir aux cellules l’énergie dont elles ont besoin. Elles ont donc un rôle central dans le métabolisme énergétique cellulaire.

[3] Le séquençage de la cellule unique est un ensemble de techniques de biologie moléculaire pour analyser l’information génétique à l’échelle d’une seule cellule, avec des technologies du séquençage nouvelle génération.

Manier des outils améliore nos compétences langagières

 

aires cérébrales liées au langage

Les aires cérébrales liées au langage se seraient étendues chez nos ancêtres dans des périodes d’explosion technologique, au moment où l’usage d’outils devenait plus répandu. © Adobe Stock

 

Notre capacité à comprendre la syntaxe de certaines phrases complexes fait partie des compétences langagières les plus difficiles à acquérir. En 2019, des travaux avaient révélé une corrélation entre le fait d’être particulièrement habile dans le maniement d’outils et d’avoir de bonnes compétences syntaxiques. Une nouvelle étude, menée par des chercheurs et chercheuses de l’Inserm, du CNRS et de l’Université Claude Bernard Lyon 1 et l’Université Lumière Lyon 2, en collaboration avec le Karolinska Institutet en Suède, montre désormais que ces deux habiletés font appel à de mêmes ressources cérébrales, localisées dans la même région du cerveau. Par ailleurs, un entraînement moteur avec un outil améliore nos capacités à comprendre la syntaxe de phrases complexes et à l’inverse, un entrainement syntaxique améliore les performances d’utilisation d’outils. Dans le domaine clinique, ces résultats pourraient être exploités pour soutenir la rééducation de patients ayant perdu une partie de leurs compétences langagières. L’étude est publiée dans la revue Science.

Le langage a longtemps été considéré dans le domaine des neurosciences comme une habileté très complexe, mobilisant des réseaux cérébraux spécifiquement dédiés à cette faculté. Cependant, depuis plusieurs années, des travaux scientifiques ont réexaminé cette idée.

Des études ont ainsi suggéré que des zones du cerveau qui contrôlent certaines fonctions langagières, comme le traitement du sens des mots par exemple, sont également impliquées dans le contrôle de la motricité fine. Toutefois, aucune preuve fondée sur l’imagerie cérébrale n’a permis de révéler de tels liens entre langage et utilisation d’outil. La paléo-neurobiologie[1] a indiqué que les aires cérébrales liées au langage se seraient étendues chez nos ancêtres dans des périodes d’explosion technologique, au moment où l’usage d’outils devenait plus répandu.

En considérant ces données, des équipes de recherche se sont donc interrogées : et si l’usage de certains outils, qui suppose de réaliser des mouvements complexes, impliquait des ressources cérébrales similaires à celles mobilisées dans des fonctions langagières complexes comme la syntaxe?

 

Exercices de syntaxe et maniement d’une pince

En 2019, le chercheur Inserm Claudio Brozzoli en collaboration avec la chercheuse CNRS Alice C. Roy et leur équipe a montré que des individus particulièrement habiles dans l’utilisation d’outils étaient aussi généralement plus performants dans le maniement des subtilités de la syntaxe suédoise.

Pour aller plus loin, la même équipe en collaboration avec la chercheuse CNRS Véronique Boulenger[2], a mis au point toute une série d’expériences en s’appuyant sur des techniques d’imagerie cérébrale (imagerie par résonance magnétique fonctionnelle ou IRM) et des mesures du comportement. Les participants ont été invités à réaliser plusieurs tests consistant en un entraînement moteur avec une pince mécanique et des exercices de syntaxe en français. Cela a permis aux scientifiques d’identifier les réseaux cérébraux spécifiques à chaque tâche, mais aussi communs aux deux tâches.

ganglions de la base

Le maniement de la pince et les exercices de syntaxe proposés aux participants produisaient des activations dans une région appelée « ganglions de la base ». © Claudio Brozzoli


 « Le choix de la pince et non d’un autre objet n’est pas un hasard. En effet, il s’agit d’un outil qui permet un mouvement sophistiqué, dans lequel interviennent des paramètres comme la distance parcourue pour rejoindre l’objet que l’on veut attraper, l’ouverture « des doigts » de la pince et l’orientation, et que l’on peut donc comparer en termes de complexité au maniement de la syntaxe dans le langage », explique Claudio Brozzoli.

À travers les différentes expériences, les scientifiques ont observé pour la première fois que le maniement de la pince et les exercices de syntaxe proposés aux participants produisaient des activations cérébrales dans des zones communes, avec une même distribution spatiale, dans une région appelée « ganglions de la base ».

 

Entraînement cognitif

Si ces deux types d’habiletés utilisent les mêmes ressources cérébrales, est-il possible d’en entraîner une pour améliorer l’autre ? Un entraînement moteur avec la pince mécanique permet-il d’améliorer la compréhension de phrases complexes ? Dans la seconde partie de leur étude, les scientifiques se sont intéressés à ces questions et ont montré que c’est bien le cas.

Les participants ont cette fois été invités à réaliser une tâche de compréhension syntaxique avant et après un entraînement moteur de 30 minutes avec la pince (voir encadré pour le détail de l’expérience). Les chercheurs et chercheuses ont ainsi démontré que l’entraînement moteur avec la pince s’accompagne d’une amélioration des performances dans les exercices de compréhension syntaxique.

Par ailleurs, les résultats obtenus soulignent que l’inverse est également vrai : un entraînement des facultés langagières, avec des exercices de compréhension de phrases à la structure complexe, améliore les performances motrices avec une pince mécanique.

Entraînement moteur et exercices de syntaxe

L’entraînement moteur consistait à insérer avec la pince de petits pions dans des trous adaptés à leur forme mais avec des orientations variables.

L’exercice de syntaxe réalisé avant et après cet entraînement consistait à lire des phrases à la syntaxe simple comme « Le scientifique qui admire le poète rédige un article » ou à la syntaxe plus complexe comme « Le scientifique que le poète admire rédige un article ». Ensuite, les participants devaient juger comme vraies ou fausses des affirmations du type : « Le poète admire le scientifique ». Les phrases comportant le pronom relatif objet « QUE » sont plus difficiles à traiter et les performances étaient donc généralement moins bonnes pour ce type de phrases.

Ces expériences ont révélé qu’après l’entraînement moteur, les participants présentaient de meilleures performances avec les phrases considérées plus difficiles. Les groupes contrôles, qui ont réalisé la même tâche langagière mais après un entraînement moteur à main nue ou sans entraînement, n’ont pas montré une telle amélioration.

Les scientifiques réfléchissent désormais à la meilleure manière d’appliquer ces résultats dans le domaine clinique. « Nous sommes en train d’imaginer des protocoles qui pourraient être mis en place pour soutenir la rééducation et la récupération des compétences langagières de certains patients ayant des facultés motrices relativement préservées, comme par exemple des jeunes présentant un trouble développemental du langage. Au-delà de ces applications, qui pourraient se révéler innovantes, ces résultats nous donnent aussi un aperçu de la manière dont le langage a évolué dans l’Histoire. Lorsque nos ancêtres ont commencé à développer et utiliser des outils, cette habileté a profondément changé le cerveau et a imposé des demandes cognitives qui pourraient avoir amené à l’émergence de certaines fonctions comme la syntaxe », conclut Claudio Brozzoli.

 

[1] Champ d’étude dans lequel les scientifiques s’intéressent à l’évolution de l’anatomie du cerveau de nos ancêtres.

[2] Sont impliqués dans ces résultats le Centre de recherche en neurosciences de Lyon (Inserm/CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1) et le laboratoire Dynamique du langage (CNRS/Université Lumière Lyon 2).

Covid-19 : Le lourd impact de l’épidémie sur la santé mentale des étudiants, notamment pendant les périodes de confinements

 

santé mentale étudiants Covid

Les étudiants sont un groupe particulièrement vulnérable en ce qui concerne la santé mentale suite à la pandémie de Covid-19. © Adobe Stock

 

La pandémie de Covid-19 s’est accompagnée d’une dégradation de l’état de santé mentale d’une grande partie de la population française. Afin de mettre en place des dispositifs de soutien adaptés, il est nécessaire de mesurer l’impact de l’épidémie et d’identifier les populations les plus exposées. Dans une nouvelle étude, des chercheurs et chercheuses de l’Inserm et de l’Université de Bordeaux au Bordeaux Population Health Center montrent que les étudiants sont particulièrement vulnérables. Pendant les deux premiers confinements, les prévalences des troubles anxieux et dépressifs, ainsi que des pensées suicidaires, étaient plus élevées dans cette population en comparaison à des non étudiants. Ces résultats, publiés dans la revue Scientific Reports mettent en lumière la nécessité d’une grande vigilance en ce qui concerne la santé mentale des étudiants en contexte épidémique ainsi que l’importance de mettre en place rapidement des interventions spécifiques pour les aider à surmonter les effets délétères de cette crise sanitaire.

Les épidémies sont connues pour exacerber les problèmes de santé mentale de la population. Ainsi, des travaux antérieurs, réalisés lors de l’épidémie de SRAS au début des années 2000, ont montré que l’anxiété, la dépression et le stress post-traumatique étaient plus fréquents pendant et plusieurs années après la fin de l’épidémie.

Par ailleurs, les données de la littérature scientifique montrent que les étudiants constituent une population particulièrement vulnérable aux problèmes de santé mentale, même hors contexte d’épidémie. En France par exemple, le suicide est la deuxième cause de décès chez les 15-25 ans et des résultats portant sur une cohorte nationale, la cohorte i-Share, ont montré un taux élevé d’anxiété et de dépression dans cette population.

Face à ces différents constats, des chercheurs et chercheuses de l’Inserm et de l’université de Bordeaux ont étudié de plus près la santé mentale des étudiants durant la pandémie de Covid-19 et lors des différents confinements. Les étudiants sont-ils plus à risque de développer des problèmes psychologiques dans ce contexte que les non-étudiants ?

 

Dépression, anxiété et pensées suicidaires

Les scientifiques ont recruté via les réseaux sociaux 3783 participants entre mars 2020 et janvier 2021, une période couvrant le premier et deuxième confinement, ainsi que la période intermédiaire de relâchement des restrictions à l’été 2020. Cette étude, désignée sous le nom de cohorte CONFINS, a permis de comparer deux groupes lors des analyses : les étudiants d’un côté et les adultes non-étudiants de l’autre. Au-delà de cette différence de statut et d’âge moyen, les deux groupes étaient très proches, avec des pourcentages similaires de femmes, de personnes ayant eu des antécédents de maladie mentale ou encore de personnes travaillant (ou étudiant) dans le domaine de la santé.

Chaque participant a été invité à remplir en ligne des échelles de référence pour l’évaluation de l’anxiété et de la dépression (le GAD-7, une échelle qui évalue les symptômes de l’anxiété et le PHQ-9, qui évalue la sévérité de la dépression) ainsi qu’à répondre à des questions sur la fréquence des pensées suicidaires au cours des 7 derniers jours.

Les analyses montrent que sur toute la période considérée, les étudiants sont plus touchés que les non étudiants par les problèmes de santé mentale. Ils sont ainsi 36,6 % à déclarer des symptômes dépressifs (contre 20,1 % des non étudiants) et 27,5 % des symptômes d’anxiété (contre 16,9 %). De plus, 12,7 % des étudiants ont rapporté des pensées suicidaires (contre 7,9 % des non étudiants).

 

Des inégalités importantes et qui se creusent

Les scientifiques se sont aussi penchés plus précisément sur chaque étape de la période considérée (premier confinement, déconfinement et deuxième confinement). Alors que la prévalence des troubles mentaux reste globalement stable dans le groupe des non-étudiants tout au long de la période, de grandes variations sont observées pour le groupe étudiant.

Ainsi, on observe que les fréquences des troubles de santé mentale sont beaucoup plus élevées en période de confinement que pendant le déconfinement dans ce groupe, et particulièrement lors du deuxième confinement. En effet, plus de la moitié des étudiants rapportaient des symptômes dépressifs lors du deuxième confinement (contre un quart des non étudiants), alors que cette proportion était de 36 % lors du premier confinement. 

« La comparaison entre étudiants et non étudiants a rarement été étudiée jusqu’ici. Nous démontrons dans notre étude qu’il existe d’importantes inégalités de santé mentale entre ces deux groupes, et que l’écart s’est encore plus creusé avec le deuxième confinement. La vulnérabilité des étudiants n’a probablement pas une cause unique mais l’isolement et la solitude ont certainement beaucoup pesé. Les conditions matérielles et la difficulté de suivre les études sont également des facteurs importants. », explique Mélissa Macalli, première autrice de l’étude.

 

De l’observation à l’intervention

Ce travail de comparaison directe montre donc que, même si toute la population française a été affectée par la crise sanitaire et les restrictions associées, les étudiants sont une population particulièrement vulnérable. Ces chiffres devraient permettre d’orienter les stratégies de prévention et de renforcer les dispositifs d’accompagnement psychologique.

 « Il est aussi important de réaliser que ce problème ne sera pas résolu simplement parce que les confinements ont cessé. La détresse d’un grand nombre d’étudiants est toujours très présente et beaucoup plus forte qu’avant l’épidémie. Il faut réaliser que les problèmes de santé mentale des étudiants ne sont pas derrière nous mais devant nous et qu’ils sont très diffus. Tous n’ont pas de maladie mentale sévère mais tous sont affectés, ont du mal à « fonctionner » correctement, et certains risquent de s’aggraver au cours du temps avec les risques de décrochage des études, de dépression, voire des comportements suicidaires dans le pire des cas », souligne le chercheur Christophe Tzourio, dernier auteur de l’étude.

Les scientifiques ont donc décidé d’aller au-delà du constat et du plaidoyer et ils travaillent désormais sur une intervention afin d’aider les étudiants sur ces questions complexes. Dans les mois qui viennent, l’équipe va développer une application mobile qui sera testée dans le cadre de la cohorte CONFINS, afin d’évaluer son impact réel lors d’une intervention contrôlée.

« Le but est que l’application, qui sera co-créée avec étudiants et professionnels de santé, apporte au plus grand nombre des connaissances sur les troubles mentaux et sur les dispositifs de soutien existants (professionnel de santé, numéros d’aide). D’autre part, pour ceux qui le souhaitent, elle leur permettra de mieux évaluer leur propre niveau de stress, d’anxiété et de dépression au cours du temps. Le plus souvent cela permettra de les rassurer et d’aider ceux qui en ont besoin à franchir le pas en sollicitant de l’aide de professionnels de la santé mentale dans une période de détresse », explique Mélissa Macalli.

Une étude de cohorte permet d’identifier une cause génétique d’une forme rare du syndrome de Cushing induit par l’alimentation

Coupe de rein humain grossie 400 fois par un microscope à immunofluorescence polychromatique

Coupe de rein humain grossie 400 fois par un microscope à immunofluorescence polychromatique.© Inserm/Oriol, Rafael

 

L’équipe composée de chercheurs et chercheuses du service d’endocrinologie et des maladies de la reproduction de l’hôpital Bicêtre AP-HP, de l’Inserm et de l’Université Paris-Saclay, a mené des travaux, coordonnés par le Professeur Peter Kamenický, pour étudier la cause génétique de l’hyperplasie bilatérale macronodulaire des surrénales avec syndrome de Cushing induit par l’alimentation. Cette maladie rare touche les deux glandes surrénales situées au-dessus des reins et entraine une surproduction du cortisol, une hormone stéroïde dont l’excès a des conséquences néfastes pour l’organisme. Les chercheurs ont pu déterminer l’explication moléculaire de la survenue de cette maladie 30 ans après sa description initiale. Ces travaux ont fait l’objet d’une publication le 13 octobre 2021 dans la revue The Lancet Diabetes & Endocrinology.

Cette forme rare du syndrome de Cushing surrénalien, étudiée par ces chercheurs, est due à l’expression anormale du récepteur du GIP (Glucose-dependent insulinotropic peptide), dans les deux glandes surrénales des patients. Le GIP est une hormone produite par l’intestin grêle en réponse à l’ingestion d’aliments. Chez les patients atteints de cette forme particulière du syndrome de Cushing, les concentrations de cortisol augmentent anormalement après chaque prise alimentaire. Les patients atteints de cette maladie développent les signes cliniques typiques du syndrome de Cushing tels que la prise de poids associée à une atrophie musculaire, l’hypertension artérielle, le diabète sucrée, l’ostéoporose et la dépression. La pathologie est associée à une augmentation de la mortalité, surtout des causes cardiovasculaires.

Dans cette étude internationale impliquant les chercheurs de six pays, et reposant notamment sur une collaboration étroite franco-québécoise, l’équipe rapporte que l’hyperplasie macronodulaire des surrénales GIP-dépendante, dans ses formes familiales comme sporadiques, est une maladie génétique, causée par des mutations germinales de Lysine Déméthylase 1A (KDM1A) avec une perte secondaire du second locus de KDM1A, comportant la seconde copie du gène, dans le tissu surrénalien. KDM1A agit principalement comme un répresseur transcriptionnel (i.e. un régulateur qui empêche un gène d’être exprimé), la perte de sa fonction aboutit à une dérégulation d’expression de différents gènes dans le tissu surrénalien, incluant le récepteur du GIP mais également d’autres récepteurs couplés aux protéines G.

Cette découverte permettra de proposer un conseil génétique et une détection plus précoce de cette maladie rare aux patients et à leurs apparentés. Les maladies rares sont en général sous-diagnostiquées. Ceci est d’autant plus important que les variations pathogènes de KDM1A prédisposent également au myélome et à d’autres types de cancer.

De plus, ce nouveau rôle de KDM1A comme régulateur épigénétique de l’expression du récepteur du GIP et d’autres récepteurs couplés aux protéines G pourrait avoir des implications pharmacologiques.

Covid-19 : Identification d’une signature génique propre aux patients atteints de formes critiques grâce à l’intelligence artificielle

SARS-CoV-2

Covid-19: Observation intracellulaire d’épithélium respiratoire humain reconstitué MucilAir™ infecté par le SARS-CoV-2. © Manuel Rosa-Calatrava, Inserm ; Olivier Terrier, CNRS ; Andrés Pizzorno, Signia Therapeutics ; Elisabeth Errazuriz-Cerda  UCBL1 CIQLE. VirPath (Centre International de Recherche en Infectiologie U1111 Inserm – UMR 5308 CNRS – ENS Lyon – UCBL1). Colorisé par Noa Rosa C.

Quelles sont les caractéristiques moléculaires et génétiques qui distinguent les patients atteints de formes critiques de Covid-19, et notamment de syndrome de détresse respiratoire aigüe (SDRA)? Pour répondre à cette question, des chercheurs et chercheuses de l’Inserm et de l’Université de Strasbourg au sein de l’unité U1109 « Immunologie et Rhumatologie Moléculaire », en collaboration avec les cliniciens‑chercheurs des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, se sont intéressés aux données biologiques et génomiques d’une cohorte ciblée de patients jeunes. Les patients hospitalisés en réanimation avec un SDRA ont été comparés aux patients Covid‑19 hospitalisés en secteur conventionnel.

Dans le cadre d’une collaboration franco-américaine avec des chercheurs de l’entreprise Genuity Science (Boston, États-Unis), et de l’Université de Californie du Sud (Los Angeles, États-Unis) et en s’appuyant sur les techniques les plus avancées de l’intelligence artificielle pour l’interprétation de ces données, les scientifiques sont parvenus à identifier une signature génique différenciant ces patients critiques des non-critiques. Certains des gènes inclus dans cette signature pourraient à terme constituer des cibles thérapeutiques contre les formes graves de Covid-19 ou SDRA. Les résultats de ces travaux sont publiés dans la revue Science Translational Medicine.

La Covid-19 est caractérisée par une grande hétérogénéité clinique. Alors que certains patients sont asymptomatiques, d’autres développent des symptômes similaires à ceux de la grippe. D’autres encore évoluent vers des formes graves de la maladie, développant dans certains cas un syndrome de détresse respiratoire aigüe (SDRA) nécessitant d’être placé sous ventilation mécanique en unité de réanimation. Ces patients ne représentent qu’une petite proportion des personnes infectées par le virus, mais le taux de mortalité dans ce groupe est important puisqu’il peut atteindre environ 25 %.

Si l’âge et les comorbidités comme le diabète et les pathologies cardio-vasculaires constituent les facteurs de risque principaux pour développer ces formes graves de Covid-19 et de décès, les scientifiques ne savent pas encore précisément expliquer pourquoi certains patients plus jeunes et antérieurement en bonne santé évoluent dans cette direction. Que distingue ces patients atteints de symptômes respiratoires sévères des autres, sur le plan moléculaire et génétique ?

Des travaux ont été menés sur le sujet depuis le début de la pandémie et quelques pistes ont été soulevées, mais jusqu’à présent chaque étude abordait la question sous un seul angle méthodologique, s’intéressant généralement uniquement à un aspect (facteur génétiques, paramètres de la réponse immunitaire, métabolique, etc.).

 

Patients jeunes et sans comorbidités

Les scientifiques de l’Inserm et de l’Université de Strasbourg, en lien avec le CHU de Strasbourg, se sont ici au contraire intéressés à une cohorte de patients avec des critères d’inclusions restrictifs et strictes. Il s’agissait de personnes hospitalisées pendant la première vague de la pandémie, âgées de moins de 50 ans et ne présentant aucune comorbidité majeure. Au total, 72 patients ont été recrutés en deux groupes, l’un constitué de patients en réanimation atteints de SDRA et l’autre de patients hospitalisés en secteur dit conventionnel, atteints d’une forme moins grave de Covid-19 . Un groupe de de 22 individus « contrôles » – des individus en bonne santé – a également été étudié.

« Nous avons fait le choix de nous pencher sur une cohorte de patients restreinte mais très bien définie, en excluant les facteurs confondants comme l’âge ou certaines pathologies, afin de pouvoir vraiment étudier les mécanismes moléculaires et génétiques directement associés aux formes graves, qui soient exclusivement liés à l’infection virale et non à d’autres facteurs de risque préexistants », souligne Seiamak Bahram[1], dernier auteur de l’étude.

Les scientifiques ont collecté différents échantillons afin de mener une analyse « multi‑omique », c’est-à-dire de récupérer et d’analyser l’ensemble des données génomiques, protéomiques, transcriptomiques (investigation de la totalité des ARN messagers) et autres données virologiques, immunologiques et sérologiques de ces patients.

Cela leur a permis de confirmer que le SDRA est associé à un état inflammatoire très important et à un emballement du système immunitaire (la fameuse « tempête cytokinique »).

 

S’appuyer sur l’intelligence artificielle

Toutefois, au vu de la masse considérable de données générées dans le cadre de cette analyse multi-omique, il était impossible d’aller plus loin dans l’interprétation sans l’aide de l’intelligence artificielle (IA). Ainsi, en collaboration avec l’institut d’intelligence artificielle de l’entreprise biotechnologique Genuity Science[2] à Boston (États-Unis), l’équipe a pu identifier un réseau de 600 gènes impliqués dans l’évolution vers les formes critiques de Covid-19, grâce à l’application croisée de plusieurs algorithmes d’intelligence artificielle (y compris un algorithme ayant tourné sur l’ordinateur quantique mis à disposition par l’Université de Californie du Sud à Los Angeles).

Toujours dans le cadre de cette collaboration transatlantique, ces nombreuses données ont pu être modélisées et analysées avec l’aide de l’IA, permettant d’identifier plus précisément cinq gènes surexprimés chez ces patients.

L’un d’entre eux, le gène ADAM9, est un « gène driver » particulièrement intéressant. En effet, de précédentes études ont montré que celui-ci interagit avec des protéines du SARS-CoV-2. Les résultats obtenus ici vont dans ce sens, suggérant qu’une surexpression d’ADAM9 « conduirait » (d’où le terme de « gène driver ») certains patients vers les formes graves de Covid-19 et le SDRA.

Les chercheurs ont ensuite réalisé des expériences in vitro qui ont montré que le fait de bloquer le gène ADAM9 dans des lignées cellulaires est associé à une réduction des quantités de virus SARS-CoV-2 dans ces cellules, ainsi qu’à une diminution de la réplication du virus, confirmant donc son importance dans la maladie critique mais aussi son potentiel en tant que cible thérapeutique.

D’autres études devront bien entendu être menées afin de confirmer ce dernier point, mais les scientifiques estiment que ces résultats ouvrent une piste thérapeutique intéressante, d’autant que des essais cliniques en oncologie pour tester des anticorps monoclonaux qui inhibent justement ADAM9 sont en cours. Des stratégies de repositionnement thérapeutique pourraient donc être envisagées à plus long terme.

 

[1]Le Professeur Seiamak Bahram est PU-PH, directeur de l’Unité 1109 de l’Inserm, responsable de l’Institut Thématique Interdisciplinaire de Médecine de Précision de Strasbourg et chef de service d’immunologie biologique aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg.

[2] Devenue depuis la société Hibercell

Confirmation de l’intérêt d’un schéma vaccinal à deux doses contre Ebola

vacnni anti Ebola

© Adobe Stock

 

En réponse à l’épidémie d’Ebola qui a sévi de 2014 à 2016, le développement clinique d’un schéma vaccinal à deux doses comprenant les vaccins Ad26.ZEBOV et MVA-BN-Filo a été accéléré. Ce schéma approuvé dès 2020 par la commission européenne pour une utilisation en situation d’urgence épidémique continue à démontrer son intérêt. Une étude de l’Inserm menée sous la direction de Rodolphe Thiébaut (Inserm, INRIA, Université de bordeaux, Vaccine Research Institute) a ainsi contribué à l’évaluation de l’innocuité et l’immunogénicité de ce vaccin chez des adultes sains ou infectés par le VIH. L’étude a aussi permis de comparer différents intervalles de temps entre les deux doses. Cette étude a confirmé la bonne tolérance de ce schéma vaccinal et l’acquisition d’anticorps persistants au moins un an et facilement réactivables par une nouvelle injection de rappel. Les résultats de cet essai sont parus dans Plos Medicine.

Depuis sa découverte en 1976 le virus Ebola a été retrouvé dans plusieurs pays d’Afrique équatoriale avec des épidémies de plus en plus fréquentes (plus de 30 comptabilisées à ce jour). L’infection se déclare sous forme d’état grippal mais se complique souvent entrainant des défaillance d’organes et des hémorragies potentiellement mortelles. Lors de la plus importante épidémie en Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, 28 616 cas ont été recensés entrainant 11.310 décès. Au cours de cette épidémie, un premier vaccin à dose unique a obtenu une autorisation et a été utilisé sur le terrain (Ervebo). En parallèle, le laboratoire Janssen a lancé le développement accéléré d’un autre schéma vaccinal[1]. Il s’agit d’administrer deux doses différentes ; la première avec le vaccin Janssen Ad26.ZEBOV composé d’un vecteur adénoviral renfermant la protéine d’enveloppe du virus Ebola Zaire déclenchant la production d’anticorps, et la seconde avec le vaccin MVA-BN-Filo de la société Bavarian Nordic utilisant un autre vecteur viral et renfermant quatre antigènes différents de virus de la famille du virus Ebola, dont la glycoprotéine du virus Ebola Zaire.

« L’utilisation du vecteur viral permet de faire pénétrer l’antigène du virus Ebola (la glycoprotéine) dans les cellules immunitaires tel un cheval de Troie, pour déclencher la réponse immunitaire. Avec cette stratégie de double administration, nous supposions que la réponse immunitaire serait plus durable qu’avec un vaccin à dose unique », précise Rodolphe Thiébaut, directeur d’équipe Inserm et Professeur de Santé Publique à l’Université de Bordeaux, qui participe à ce programme de développement accéléré EBOVAC.

Cette hypothèse vient d’être validée par la publication des résultats d’un essai clinique de phase II (EBOVAC 2) destiné à évaluer la sécurité d’utilisation et l’immunogénicité de ce vaccin chez des personnes saines ou porteuses du VIH vivant en Afrique. Entre temps, ce schéma vaccinal avait été approuvé en juillet 2020 par l’agence européenne du médicament chez l’adulte et l’enfant de plus d’un an, sur la base des données déjà disponibles.

Néanmoins le développement de ce schéma vaccinal se poursuit sur différentes populations (adultes, enfants, femmes enceintes, soignants), dans différentes régions du monde (pour confirmer le profil de tolérance et de réponse immunitaire robuste dans différentes population) et avec des durées de suivi différentes, pour confirmer les données préliminaires et évaluer la pertinence d’une utilisation en prévention chez des populations potentiellement exposées au virus, notamment les populations rurales dans les pays d’Afrique équatoriale. Le but étant de prévenir l’apparition d’une nouvelle épidémie. « Les épidémies sont générées par le passage du virus de la chauve-souris à l’homme mais leur progression est facilitée par la mobilité des individus qui augmente grâce aux progrès des infrastructures » prévient Rodolphe Thiébaut et « disposer de vaccins testés en Afrique avec la  collaboration  des équipes de recherche des pays africains pour protéger les populations est un enjeu majeur de développement pour nos pays aux ressources hospitalières et aux moyens limités» renchérit Houreratou Barry, médecin investigateur responsable de l’essai au Centre Muraz à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso.

Cet essai de phase 2 va dans ce sens. Il a inclus 668 adultes de 18 à 70 ans en bonne santé et 142 personnes de 18 à 50 ans infectées par le VIH (une affection répandue dans les populations africaines susceptible d’influencer la réponse immunitaire au vaccin) mais avec une charge virale contrôlée par une thérapie anti-virale. Les participants ont été recrutés au Kenya, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et en Ouganda. Ils ont reçu le vaccin ou une solution placébo selon le schéma suivant : une dose d’Ad26.ZEBOV ou placébo, suivi 28, 56 ou 84 jours après du MVA-BN-Filo ou d’un placébo. Dans la cohorte de sujets sains, 90 personnes ont par ailleurs reçu une dose supplémentaire de rappel d’Ad26.ZEBOV un an plus tard.

Les chercheurs ont analysé les déclarations d’événements indésirables sur l’année de suivi ainsi que l’évolution des taux d’anticorps dirigés contre la glycoprotéine du virus Ebola. Aucun événement indésirable grave imputable au vaccin n’a été constaté, seulement des évènements légers à modérés fréquents en cas de vaccination ; douleur au site d’injection, fatigue, maux de tête ou douleurs musculaires.

L’augmentation de l’intervalle entre les vaccinations de 28 à 56 jours a amélioré la réponse immunitaire et les anticorps ont persisté jusqu’à au moins un an chez les sujets sains et ceux porteurs du VIH. Ces anticorps ont été retrouvés chez 78 à 88 % des participants. Prolonger l’intervalle à 84 jours n’a pas apporté de bénéfice supplémentaire, prolongeant inutilement le calendrier de vaccination, ce qui a confirmé l’intervalle de 56 jours comme optimal pour ce schéma vaccinal.

En outre, le rappel un an plus tard a largement stimulé la production d’anticorps avec des taux multipliés par 55, indiquant que la première vaccination a déclenché une réponse immunitaire mémoire facilement réactivable, « ce qui est très important dans le contexte des épidémies récurrentes observées en Afrique », conclut Rodolphe Thiébaut.

 

[1] Soutenu par le programme européen EBOLA+ d’IMI (une initiative conjointe de la Commission Européenne et de l’EFPIA) dans le cadre d’un consortium avec les équipes académiques de l’Inserm, de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, de l’université de Oxford et du Centre Muraz au Burkina Faso. Ce projet a été financé par l’initiative conjointe Innovative Medicines Initiative 2 (www.imi.europa.eu) dans le cadre de la convention de subvention EBOVAC2 n° 115861. Cette initiative conjointe bénéficie du soutien du programme de recherche et d’innovation Horizon 2020 de l’Union européenne et de la Fédération européenne d’associations et d’industries pharmaceutiques (EFPIA).

Les cellules souches hématopoïétiques se déforment pour se différencier

Le réseau de microtubules (en jaune) d'une CSH (à gauche) s'est "branchée" sur une cellule de la moelle osseuse (à droite).

Le réseau demicrotubules (en jaune) d’une CSH (à gauche) s’est « branchée » sur une cellule de la moelle osseuse (à droite). © Manuel Thery/CEA

 
Une équipe conjointe CEA et Inserm, avec le soutien de l’Hôpital Saint-Louis, de l’Université Paris Diderot et de la Fondation Bettencourt Schueller, a pu observer le début de la différenciation de cellules souches en cellules du sang. En s’appuyant sur une « moelle osseuse sur puce », les chercheurs ont mis en contact des cellules souches avec d’autres types de cellules présentes dans la moelle osseuse. Résultat : certaines d’entre elles changent de forme et d’architecture intérieure. Une découverte inattendue qui ouvre des pistes nouvelles pour étudier de nombreuses maladies du sang. Les résultats de cette étude paraissent dans The journal of Cell Biology lundi 1er novembre.

Les cellules souches
hématopoiétiques (CSH), présentes dans la moelle osseuse, sont à l’origine de toutes les cellules du sang (macrophages, lymphocytes, neutrophiles, globules rouges, plaquettes, etc.). Le moindre défaut dans ce processus de différenciation peut entrainer des maladies graves (leucémies, déficit immunitaire, lymphopénies, myélodisplasies). Mais ces erreurs sont difficiles à étudier car les CSH opèrent au cœur de la moelle osseuse, un terrain difficile à observer en raison de l’opacité de l’os.
 
Pour y parvenir, les chercheurs du CEA ont mis au point une puce microfluidique transparente avec différents compartiments contenant chacun des types cellulaires présents dans la moelle. Or, en y injectant les CSH via des micro-canaux, les chercheurs ont découvert que celles-ci se déplacent et rendent « visite » aux cellules qui tapissent la structure de l’os.
Puce microfluidique
 
En zoomant sur la structure interne des CSH, les chercheurs constatent que le noyau des CSH non différenciées ou destinées à devenir des lymphocytes (voie lymphoïde) est entouré de façon homogène par les constituants du cytosquelette (microtubules). En revanche, le noyau des CSH destinées à devenir des macrophages ou des cellules dendritiques (voie myéloïde) est comme étranglé et fortement déformé. Les biologistes montrent alors que l’architecture intérieure des cellules dirige la différenciation des CSH (publication précédente).

Lorsque les CSH arrivent au contact des cellules de la moelle osseuse, il se produit un phénomène totalement inattendu : elles s’ancrent et s’allongent en réorganisant totalement leur architecture intérieure.

Pour mieux comprendre ce nouveau mécanisme de « polarisation » des CSH sur les cellules osseuses, les chercheurs ont réalisé une nouvelle puce comprenant un réseau de micropuits, permettant le contact entre une cellule de moelle et une CSH uniques. La polarisation des CSH peut alors être observée sous différents angles.

Cette découverte, ainsi que le développement de « moelles osseuses sur puce » qui l’a permise, ouvrent de toutes nouvelles voies de recherche sur les maladies liées à des dysfonctionnements des cellules souches hématopoïétiques, et en particulier les leucémies.

Les cellules souches leucémiques se polarisent-elles normalement au contact de la moelle ? Si ce n’est pas le cas, quel est l’impact de ce défaut sur la prolifération des cellules cancéreuses ? Les puces permettront d’analyser l’effet de nouveaux composés sur la migration, l’ancrage, la polarisation et la prolifération des cellules souches et des cellules tumorales et ainsi d’identifier de futurs médicaments.

Covid-19 : un chatbot pour répondre à l’hésitation vaccinale

ordinateurDes chercheurs ont créé un agent conversationnel (chatbot) capable de répondre à 51 questions parmi les plus répandues sur les vaccins contre la  Covid-19 © seth schwiet on Unsplash

 

  • Une part non négligeable de la population est réticente à se faire vacciner contre la Covid-19.
  • Des scientifiques ont conçu un chatbot permettant de répondre de manière personnalisée aux questions des personnes curieuses ou hésitantes, et démontré son efficacité.


Et si interagir quelques minutes avec un chatbot permettait de répondre efficacement aux doutes sur les vaccins ? Dans une étude publiée le 28 octobre 2021 par la revue Journal of Experimental Psychology: Applied, des scientifiques du CNRS, de l’Inserm et de l’ENS-PSL montrent que ce type d’outil peut inciter les personnes hésitantes à vouloir se faire vacciner.

L’hésitation vaccinale est l’un des défis majeurs pour circonscrire la pandémie de Covid-19. Selon de précédentes études, la communication de masse, par des messages courts diffusés à la télévision ou la radio, est d’une efficacité limitée pour convaincre les hésitants. En revanche, une discussion avec une personne experte et de confiance permet d’aborder les préoccupations propres à chacun, de manière plus ciblée et donc plus convaincante. Il est cependant compliqué de faire en sorte que chaque personne hésitante ait accès à ce type d’échange individuel.

Pour surmonter ce problème, des chercheurs et chercheuses en sciences cognitives de l’Institut Jean- Nicod (CNRS/ENS-PSL) et du Laboratoire de neurosciences cognitives et computationnelles (Inserm/ ENS-PSL) ont créé un agent conversationnel (chatbot) capable de répondre à 51 questions parmi les plus répandues sur les vaccins contre la  Covid-191.

L’avantage des chatbots est qu’ils permettent un échange de questions-réponses rapide et personnalisé, tout en étant accessibles à un public large.

L’équipe a ensuite testé ce chatbot sur 338 personnes et comparé leurs réponses à celles d’un groupe contrôle de 305 personnes ne lisant qu’un court paragraphe d’information sur les vaccins contre la Covid-19. Le nombre de participants ayant une opinion positive des vaccins a augmenté de 37 % parmi ceux qui ont échangé quelques minutes avec le chatbot. Ils étaient aussi plus enclins à se faire vacciner, le refus vaccinal déclaré ayant diminué de 20 % dans ce groupe. Ces deux effets étaient négligeables chez les participants exposés au paragraphe informatif.

Il resterait à démontrer si l’effet du chatbot est durable, s’il est perçu de la même manière dans toutes les tranches d’âge, ou chez les personnes les plus réfractaires aux vaccins2.

D’ores et déjà, cette étude montre qu’il pourrait bénéficier à un large public puisque la moitié des personnes ayant dialogué avec le chatbot a ensuite essayé de convaincre des proches de se faire vacciner ; et parmi ces participants, les trois-quarts ont déclaré avoir utilisé des informations fournies par le chatbot.

Ces résultats suggèrent donc qu’un chatbot régulièrement mis à jour pour refléter les dernières connaissances scientifiques sur les vaccins pourrait être un outil efficace pour contribuer à réduire l’hésitation vaccinale.

 

Notes

1 Les questions ont été définies à partir de sondages sur les raisons de l’hésitation vaccinale et d’articles de presse traitant de certaines idées reçues ; les réponses ont été rédigées à partir de sources scientifiques et validées par des spécialistes des vaccins contre le Covid-19.

2 L’échantillon de participants est en moyenne plus jeune et plus diplômé que la population générale.

Copie d’écran du chatbot utilisé dans l’étude, en décembre 2020 – janvier 2021.

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