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Des gouttelettes pour détecter l’ADN tumoral

Dans un avenir proche, détecter un cancer sera peut-être possible par une simple analyse de sang ou d’urine. En effet, des biologistes du CNRS, de l’Inserm et des universités Paris Descartes et de Strasbourg viennent de mettre au point une technique capable de déceler les infimes traces d’ADN tumoral présentes dans les fluides biologiques de patients atteints d’un cancer. La méthode consiste à réaliser des analyses moléculaires ultra-sensibles dans des gouttelettes microscopiques. Testée avec succès sur des gènes impliqués dans différents cancers dont le cancer du côlon ou la leucémie, elle a le potentiel pour devenir une aide majeure pour les oncologues dans l’établissement du diagnostic comme dans l’élaboration du traitement. Une étude clinique est d’ores et déjà envisagée pour évaluer cette méthode. Ces travaux viennent d’être publiés sur le site de la revue Lab on a chip.

Lorsque les cellules tumorales meurent, elles déversent leur contenu dans le milieu extracellulaire. Ce contenu, en particulier l’ADN des cellules, se retrouve ensuite dans les liquides biologiques du patient : le sang, la lymphe, l’urine… Comme le développement de la plupart des cancers fait intervenir des facteurs génétiques, une simple analyse de sang ou d’urine pourrait en théorie révéler la présence d’ADN tumoral et donc d’un cancer. Et ce, dès la mort des premières cellules cancéreuses, donc à un stade très précoce.

Malgré ces belles promesses, il y a un hic qui explique pourquoi les médecins ne peuvent encore traquer les cancers dans les fluides biologiques : l’ADN tumoral n’y est présent qu’à l’état de traces. Dans le sang, par exemple, il représente moins de 0,01% de tout l’ADN qui s’y trouve sous forme diluée. Or les méthodes d’analyse classiques d’ADN ne sont pas assez sensibles pour détecter de si faibles quantités. C’est tout l’intérêt de la technique qu’ont développée des chercheurs du CNRS, de l’Inserm, de l’université de Strasbourg et de l’université Paris Descartes, en collaboration avec une équipe allemande du Max Planck institute (Göttingen) et une société américaine (Raindance Technologies). Déceler des seuils d’ADN 20 000 fois inférieurs à ce qui se faisait avant en clinique, telle est la prouesse réalisée par cette technique.

Comment fonctionne-t-elle ? Une première étape consiste à répartir l’ADN extrait d’un échantillon biologique dans des millions de gouttelettes suffisamment petites pour que chacune ne contienne qu’un seul gène cible. Puis, cet ADN est amplifié grâce à des méthodes de multiplication moléculaires modernes. Simultanément, des molécules fluorescentes spécifiques à chaque gène viennent interagir avec l’ADN. Cette phase importante fournira une sorte de code couleur des gènes. Les gouttelettes sont ensuite guidées, une par une, à l’intérieur de sillons de taille microscopique où elles sont analysées par laser : la couleur des molécules fluorescentes révèle alors quel gène se trouve dans la gouttelette. Si cette dernière émet du rouge, par exemple, l’ADN est sain. Si elle est verte, il est tumoral. Si la gouttelette n’émet pas de fluorescence, elle ne contient pas le gène ciblé. Un simple comptage des taches colorées permet alors de connaître la concentration en ADN tumoral.

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© Jean-Christophe Baret, MPI-ds

Les chercheurs ont appliqué avec succès leur méthode sur un oncogène (gène ayant le potentiel de provoquer un cancer) appelé KRAS (associé à des leucémies et à divers cancers, comme ceux du côlon, du pancréas ou du poumon). L’ADN qui portait ce gène était issu de lignées cellulaires de laboratoire. Reste maintenant à tester le nouvel outil d’analyse dans un cadre thérapeutique. Une étude clinique est d’ores et déjà prévue. Si elle réussit, les médecins disposeront d’une « arme anticancer » efficace, non seulement pour détecter la présence de tumeurs mais également pour proposer des traitements. L’agressivité du cancer, sa sensibilité aux traitements existants et son risque de récidive après un traitement local : toutes ces informations sont en partie écrites dans l’ADN tumoral. En les lisant avec la technique des

Les chercheurs ont appliqué avec succès leur méthode sur un oncogène (gène ayant le potentiel de provoquer un cancer) appelé KRAS (associé à des leucémies et à divers cancers, comme ceux du côlon, du pancréas ou du poumon). L’ADN qui portait ce gène était issu de lignées cellulaires de laboratoire. Reste maintenant à tester le nouvel outil d’analyse dans un cadre thérapeutique. Une étude clinique est d’ores et déjà prévue. Si elle réussit, les médecins disposeront d’une « arme anticancer » efficace, non seulement pour détecter la présence de tumeurs mais également pour proposer des traitements. L’agressivité du cancer, sa sensibilité aux traitements existants et son risque de récidive après un traitement local : toutes ces informations sont en partie écrites dans l’ADN tumoral. En les lisant avec la technique des microgouttelettes, l’oncologue pourrait bénéficier d’un outil d’aide au diagnostic efficace, pour prévoir l’évolution de la maladie comme pour élaborer une stratégie thérapeutique.

Ces travaux ont notamment bénéficié du soutien de la Région Alsace, de l’Association pour la recherche sur le cancer (ARC) et de l’Institut national du cancer (INCa).

La carrière des plus grands joueurs de tennis passée à la loupe

Démarrer un sport tôt est il synonyme de plus haute performance ? Les chercheurs de l’Inserm et de l’IRMES (Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport) ont analysé les carrières de toutes les joueuses et joueurs de tennis figurant dans les 10 meilleurs mondiaux depuis 1968. Les carrières ayant débuté avant 1985 ont été comparées à celles des joueurs ayant démarré après 1985. Plus de 50 000 matchs féminins et 92 000 matchs masculins ont été recensés. Résultats ? Les femmes atteignent leur plus haut niveau deux années avant les hommes, toutes générations confondues. Les joueurs d’aujourd’hui atteignent leur pic de performance presque 2 ans plus tôt que la génération qui a débuté il y a plus de 25 ans. Toutefois, cette précocité n’augmente pas le potentiel de victoire. Ces travaux ont été publiés dans la revue Medicine & Science in Sports & Exercice.

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© Fotolia

Lors de la finale du tournoi de Wimbledon en juillet 2008, Rafael Nadal bat Roger Federer sur son terrain, avant de devenir n°1 mondial. Alors âgé de 22 ans, il est en pleine progression, tandis que Federer semble, à 27 ans, montrer les premiers signes de faiblesse. Pourtant 5 années seulement séparent les deux hommes.

Pour essayer de mieux comprendre les trajectoires individuelles au tennis, les chercheurs de de l’IRMES et de l’Inserm ont analysé les résultats des 241 joueurs et joueuses ayant fait partie du Top 10 depuis 1968. Leur travail a permis de modéliser l’évolution des performances en fonction de l’âge pour tenter de mesurer le potentiel de chacun, le taux de réussite et de mettre en évidence les facteurs déterminants de la longévité sur le circuit. Pour cela, les chercheurs ont utilisé comme nouvel indicateur le pourcentage de matchs gagnés en fonction de l’âge.

La durée des carrières des joueurs est elle identique depuis 1968 ?

La durée de carrière moyenne est de 16 ans pour le Top 10 masculin et de 15 ans et 9 mois pour les femmes ; ces chiffres n’ont que très peu évolué en 40 ans. En revanche, l’âge des joueuses au 1er match est passé de seize ans et demi à quinze ans. Pour les hommes, la même évolution est constatée puisque la génération actuelle commence à 17 ans contre 17 ans et 10 mois avant 1985. Comme la natation dans les années 1970, le développement du jeu attire des athlètes de plus en plus jeunes. La raison souvent mise en avant serait celle d’un impact favorable de la précocité sur le déroulement et la réussite d’une carrière.

Quant à l’âge de la retraite, alors qu’il était pour les hommes de 33 ans et 7 mois avant 1985, il est de 31 ans et 2 mois après 1985. Le dernier match se déroule maintenant près de deux ans et demi plus tôt qu’avant 1985. De fait, même si les carrières commencent désormais plus tôt, leur durée reste la même. Et le nombre de matchs joués au cours d’une carrière reste stable avec une moyenne de 529 pour les femmes et 674 matchs pour les hommes.

Y a-t-il un âge auquel les joueurs sont plus performants ?

Les femmes n°1 mondiales atteignent un pourcentage de victoires maximum de 82% à 21 ans et demi ; ce score est de 78% à 23 ans et 8 mois pour les n°1 masculin. C’est dire qu’à 21 et 23 ans les numéros 1 mondiaux femmes et hommes gagnent 8 matchs sur 10. Cela montre une plus grande précocité mais aussi un déclin plus précoce chez les femmes. Et ceci est vrai, toutes générations confondues. Les femmes atteignent leur plus haut niveau plus tôt que les hommes, conformément à leur évolution biologique plus précoce, tant du côté hormonal que du point de vue de la maturité psychologique.

La carrière des joueurs de tennis du Top 10 se déroule donc le plus souvent en forme de parabole, avec deux phases distinctes : la progression vers le succès et, inexorablement, une lente diminution des capacités qui s’accélère jusqu’à l’arrêt de carrière. La mise au point de ces indicateurs physiologiques, qui suivent les tendances du développement et du vieillissement, permet de comparer et de quantifier avec précision les performances au tennis. A travers eux, nous démontrons que la précocité n’augmente pas le potentiel de victoires, ce qui pose aussi la question de la pérennité des joueurs arrivés très tôt sur le circuit.

Les numéros 1 mondiaux sont ils des joueurs comme les autres ?

Pour les meilleurs joueurs, la durée de carrière est un indicateur évident de succès, mais la modélisation de leur courbe de carrière tennistique complète (investissement physique et mental) permet d’exprimer une mesure temporelle (exprimée en %.an) qui peut être considérée comme le « capital tennis » d’un joueur. Cette valeur représente donc l’ensemble des victoires réelles et potentielles (futures) d’un joueur au cours de sa carrière. Le capital tennis est par exemple de 12,3 pour Björn Borg. Il est de 12,6 pour Pete Sampras, 13,6 pour Ivan Lendl ; 14,3 pour John McEnroe et 17,5 pour André Agassi. Chez les femmes, le capital tennis de Monica Seles est de 14,3 ; celui de Stefanie Graf de 17 ; Chris Evert est à 20,3 tandis que Martina Navratilova domine toutes les autres joueuses et joueurs du circuit avec un capital de 24,9.

Par ailleurs, la meilleure joueuse (ou le meilleur joueur), celle (celui) qui deviendra la (le) n°1, commence habituellement plus tôt que les autres. L’âge au pic de performance se produit aussi plus tôt pour elle ou lui par rapport aux autres de sa génération et son « capital tennis » est beaucoup plus important. Ces différences contribuent à caractériser leur carrière exceptionnelle.

A quoi pourra servir ce nouvel indicateur de performance élaboré par votre équipe ?

Nos études antérieures analysaient des disciplines quantifiables (cyclisme, natation, athlétisme, haltérophilie) et utilisaient les records du monde comme indice de performance mais le tennis ne fournit pas d’indicateur aussi précis. Avec ce nouvel outil (le pourcentage de victoire selon l’âge), nous pouvons nous intéresser à tous les sports individuels d’opposition, ainsi qu’aux sports collectifs, mais aussi à d’autres domaines en dehors du sport, reposant sur l’évolution des capacités physiologiques. Enfin, une meilleure compréhension des variations des carrières dans le temps pourrait aider les entraîneurs et les médecins à planifier un entrainement encore plus approprié aux joueuses et joueurs avec un gain, ou un recul, attendu pour chaque âge, afin de prévenir au mieux les éventuelles blessures.

Afin de faire évoluer les connaissances concernant la pratique sportive et la santé, les Ministères de la Santé et des Sports, l’INSERM, l’Université Paris Descartes, l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) et l’Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance (INSEP) ont créé l’Institut de Recherche bioMédicale et d’Epidémiologie du Sport (IRMES). Ses axes de recherche portent notamment sur l’épidémiologie de la performance, la physiopathologie du sport de haut niveau et sur les bénéfices sanitaires de l’activité physique ou sportive.

Le rejet de greffe filmé en 3D à l’échelle cellulaire

Grâce à une technique originale d’imagerie in vivo permettant d’explorer en temps réel et en profondeur les mécanismes cellulaires de l’immunité chez l’animal, des chercheurs de l’Institut Pasteur et de l’Inserm ont pour la première fois visualisé le processus de rejet de greffe. L’observation de cette « chorégraphie cellulaire » a notamment permis de prouver l’existence d’un mécanisme contribuant à la réaction immunitaire à l’origine du rejet. Cette découverte, publiée dans Nature Medicine, indique donc de nouvelles pistes pour optimiser les thérapeutiques immunosuppressives et favoriser le succès des techniques de greffe.

Le processus de rejet de greffe résulte de l’attaque du greffon par le système immunitaire du receveur. Pour permettre le succès des greffes, les patients doivent donc recevoir un traitement immunosuppresseur visant à réduire cette réaction de défense vis-à-vis du greffon, perçu comme étranger. Mais malgré les progrès des connaissances dans le domaine, le risque de rejet n’est que partiellement maîtrisé, indiquant que certaines voies du processus restent obscures.

Pour tenter d’en éclaircir les mécanismes, des immunologistes de l’Institut Pasteur et de l’Inserm – Philippe Bousso (1) et Susanna Celli (2), de l’unité « Dynamiques des réponses immunes », ainsi que Matthew Albert (3), de l’unité « Immunologie des cellules dendritiques » – ont utilisé une technologie de microscopie très puissante permettant de filmer de manière non invasive les processus cellulaires chez l’animal. Sur un modèle murin de greffe de peau, au niveau de l’oreille, ils ont ainsi, pour la première fois, suivi in vivo, en temps réel, dans l’épaisseur des tissus, le « ballet » des cellules immunitaires qui se met en place lors du rejet de greffe.

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© Inserm, P. Bousso/Institut Pasteur – L’armée de cellules tueuses (jaune) se masse près des vaisseaux sanguins (rouge) du receveur avant de pénétrer dans la greffe.


Leurs observations ont révélé l’existence d’un mécanisme jusqu’alors jamais démontré, contribuant à expliquer le rejet : après avoir gagné le greffon à l’appel des signaux d’alerte lançant la réponse inflammatoire, certaines cellules du système immunitaire du receveur sont capables d’effectuer le retour vers les ganglions lymphatiques pour y présenter aux cellules tueuses, appelées lymphocytes, un morceau – ou antigène – du greffon. À cause de ce flux continu, l’armée de lymphocytes chargés de détruire de manière ciblée le greffon est constamment stimulée.

On savait déjà que des cellules du greffon pouvaient contribuer à activer les lymphocytes du receveur en leur présentant leurs propres antigènes. Pourtant, rapidement détruites par le système immunitaire, elles ne semblaient pas en mesure d’entraîner à elles seules le rejet de greffe qui peut, dans certains cas, se dérouler sur une période de plusieurs mois, voire plusieurs années.

L’étude des chercheurs de l’Institut Pasteur et de l’Inserm révèle ici que les cellules du receveur participent également au phénomène de manière particulièrement efficace, en capturant des antigènes du donneur et en les convoyant jusqu’aux cellules tueuses. Ces travaux soulignent ainsi l’intérêt thérapeutique que pourrait présenter la mise au point de traitements anti-rejet fondés sur le blocage du flux aller-retour de ces cellules.

Notes
(1) Directeur de recherche Inserm, chef de l’unité « Dynamiques des réponses immunes » (Institut Pasteur Inserm U668)
(2) Chargée de recherche Institut Pasteur
(3) Directeur de recherche Inserm, chef de laboratoire Institut Pasteur, chef de l’unité « Immunologie des Cellules Dendritiques » (Institut Pasteur Inserm U818)

Un combat européen contre les maladies neurodégénératives

Lancement, le 13 mai 2011, de la première initiative de financement de la Programmation conjointe européenne sur les biomarqueurs

Au cours de la 8ème réunion du comité de pilotage de la Programmation conjointe européenne sur les maladies neurodégénératives (JPND) qui s’est tenue à Istanbul en Turquie, le Professeur Philippe Amouyel, directeur de l’unité Inserm 744 et Président du JPND, a annoncé le lancement de la première action majeure du JPND : un appel à projets multinational pour soutenir l’optimisation des biomarqueurs utilisés dans les maladies neurodégénératives et harmoniser leur utilisation en Europe. Cette annonce offre aux chercheurs travaillant dans le domaine des maladies dégénératives une nouvelle occasion d’améliorer, à un niveau sans précédent, la coordination européenne au coeur de la lutte contre ces maladies, en particulier la maladie d’Alzheimer et de Parkinson.

Cette collaboration mettra plus de 14 millions d’euros à disposition des chercheurs de 20 pays dont la France. « Ces financements seront gérés de façon coordonnée comme un seul et unique fonds. Ils seront répartis par les agences de moyens de chaque pays, comme l’ANR en France, qui financent une recherche collaborative internationale d’excellence » explique Philippe Amouyel.

D’un point de vue de la recherche, cette première action permettra aux chercheurs d’utiliser de précieux outils, des biomarqueurs optimisés, pour accélérer la lutte contre les maladies neurodégénératives. Pour le Professeur Thomas Gasser de l’Université de Tübingen et président du conseil scientifique du JPND, « la disponibilité de biomarqueurs à la fois sensibles et spécifiques pour le diagnostic et le suivi de ces maladies, suffisamment robustes pour être utilisés dans de vastes essais cliniques, est un des objectifs qu’il reste à atteindre dans de ce domaine ».

L’appel à projet concerne les maladies neurodégénératives suivantes :

  • La maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées
  • la maladie de Parkinson et les désordres apparentés
  • les maladies à Prions
  • la sclérose latérale amyotrophique
  • la maladie de Huntington
  • l’ataxie spino-cérébelleuse
  • l’atrophie musculaire spinale

Pour plus d’information sur l’appel à projets et les pays participants

La programmation conjointe sur les maladies neurodégénératives (JPND)
La programmation conjointe est une initiative collaborative, menée par les Etats européens eux-mêmes, qui apporte un nouveau niveau de coordination parmi ces pays. La programmation conjointe permet de mettre en commun de manière plus efficace les recherches et leurs financements dans la lutte contre les enjeux sociétaux qui dépassent le champ d’application de chaque pays pris de manière isolée.
Les maladies neurodégénératives, et plus particulièrement la maladie d’Alzheimer, ont été choisies par l’Europe comme premier domaine pour lequel la programmation conjointe sera appliquée.
Cette programmation permet ainsi à des pays européens, qui partagent un même objectif de recherche, de préparer un agenda stratégique commun et de l’appliquer selon leurs propres priorités, dans un processus de sélection « à la carte ».

L’action thérapeutique des antidépresseurs dépend de la formation de nouveaux neurones

Il y a une vingtaine d’années, il a été montré que de nouveaux neurones pouvaient naître dans certaines régions du cerveau adulte tout au long de son existence. Cependant, la fonction de ces « néoneurones » est restée longtemps méconnue. Les travaux publiés cette semaine dans la revue Molecular Psychiatry par l’équipe d’Alexandre Surget et de Catherine Belzung (Unité Inserm 930 « Imagerie et cerveau », Tours) mettent en évidence que ces nouveaux neurones sont indispensables à l’action des antidépresseurs et au contrôle des hormones du stress.

La France est l’un des premiers consommateurs d’antidépresseurs par habitant au monde. Bien que l’efficacité de ces médicaments soit démontrée, les mécanismes d’action de ces molécules sont encore méconnus. Les scientifiques ont découvert un indice essentiel qui aide à expliquer comment fonctionnent les antidépresseurs : Il semble que tout dépende de la croissance de quelques nouveaux neurones et de leur aptitude à contrôler les hormones du stress.

Dans leur travail, les chercheurs ont exposé des souris à des situations de stress. Elles ont très vite développé les signes caractéristiques de la dépression : perte de poids, désintérêt pour les activités dites de plaisir (telle que la découverte d’un cookie au chocolat), altération de la régulation des hormones du stress, etc. De plus, les souris stressées, contrairement aux autres, présentent un arrêt de la production de nouveaux neurones à un endroit bien précis du cerveau : l’hippocampe. Pourquoi ? C’est la question à laquelle les scientifiques ont voulu répondre.

Fort de ces premières observations les chercheurs ont administré du Prozac aux animaux dépressifs pendant plusieurs semaines et ont observé en parallèle ce qui se passait au niveau des nouveaux neurones de l’hippocampe.

« D’un point de vue physique, bien que les souris soient toujours soumises à des situations de stress, le traitement antidépresseur fait son effet rapidement. Après quelques semaines leur comportement mais également les hormones du stress redeviennent normaux. Elles retrouvent notamment leur goût pour les cookies au chocolat ! » déclare Catherine Belzung. « Mais la découverte clé de notre travail se trouve au niveau de ce qui se passe dans le cerveau », ajoute la chercheuse.

En effet, aussi surprenant que cela puisse paraitre, les antidépresseurs augmentent la production de nouveaux neurones. Par ailleurs, après avoir détruit très spécifiquement, les nouveaux neurones de l’hippocampe grâce à des rayons X, les chercheurs se sont aperçus que le Prozac n’avait alors plus aucun effet sur les souris qui conservent alors tous les symptômes de la dépression.
Pour fonctionner, les antidépresseurs dépendent donc étroitement de la formation de nouveaux neurones par l’hippocampe. Dans l’article, les chercheurs montrent que ces nouveaux neurones permettent de remettre en route l’axe endocrinien du stress qui est justement détérioré dans la dépression. Les antidépresseurs agiraient donc en stimulant la production de nouveaux neurones, qui à leur tour, participent à la régulation du stress souvent à l’origine de la dépression.

« Cette découverte est importante et va bien au-delà de la dépression, car le stress cause aussi d’autres maux, comme l’anxiété, la douleur chronique, mais aussi le suicide » conclut Catherine Belzung.

Vous avez dit hormones du stress ?
Pour gérer des situations de stress (le stress au travail, la vie urbaine, la perte d’un être cher ou d’un emploi), l’organisme va mettre en route un système de protection basé sur la libération d’hormones de stress. L’une d’elles le cortisol, va agir positivement en permettant à l’organisme de trouver les ressources énergétiques nécessaires à la lutte contre ce stress. Toutefois, dans des conditions de stress prolongées, une trop forte libération de cortisol a des effets délétères sur le cerveau. Une bonne régulation de ces hormones du stress est donc très importante.
Chez les personnes dépressives, les hormones de stress sont complètement dérégulées. L’inefficacité des antidépresseurs avant plusieurs jours voire plusieurs semaines, s’explique par le temps nécessaire pour rétablir l’axe endocrinien du stress.

Pierre Gressens, lauréat du Prix Roger de Spoelberch

Pierre Gressens est directeur de l’Unité mixte de recherche 676 Inserm-Université Paris Diderot, au sein du centre « neurosciences et neuropédiatrie » de l’Hôpital Robert- Debré (AP-HP). Il est également professeur de neurologie périnatale à l’hôpital Hammersmith, Imperial College, à Londres. Il est lauréat cette année du prix « ROGER DE SPOELBERCH », qui récompense un projet de recherche réalisé dans des hôpitaux universitaires européens par des chercheurs ayant contribué de manière significative à la recherche médicale et scientifique.

Pierre Gressens, directeur de l'unité de recherche  U676.

Pierre Gressens, directeur de l’unité de recherche U676. © Inserm, E. Begouen

Pierre Gressens a obtenu le diplôme de docteur en médecine à l’Université de Louvain en 1989. Jusqu’en 1991, il travaille dans le laboratoire de neurobiologie du développement dirigé par le Pr Philippe Evrard puis part aux Etats-Unis. Lorsque Philippe Evrard fut invité à créer et diriger à l’Hôpital Robert-Debré un service de neurologie pédiatrique et des maladies métaboliques, auquel il rattacha immédiatement une équipe de recherche Inserm en neurosciences translationnelles, Pierre Gressens le rejoint. Il dirige actuellement toujours cette unité mixte de recherche Inserm-Université Paris Diderot, étroitement liée au centre « neurosciences et neuropédiatrie », un programme très prioritaire de l’Hôpital Universitaire Robert-Debré (AP-HP). Il est également depuis 2009 professeur de neurologie périnatale à l’hôpital Hammersmith, Imperial College, à Londres.

Grâce au Prix Roger de Spoelberch, Pierre Gressens va bénéficier d’un soutien financier très substantiel pour poursuivre ses travaux particulièrement utiles dans la lutte contre les maladies neuro-dégénératives. Ses recherches visent à mieux comprendre les mécanismes et les conséquences fonctionnelles des atteintes cérébrales du nouveau-né pour développer des stratégies pour protéger le cerveau des tout-petits.

Des contributions scientifiques au service des tout-petits

Pierre Gressens a permis l’avancée des recherches sur le cerveau en développement. Il a notamment mis en évidence :

  • le rôle neurotrophique du peptide vasoactif intestinal (VIP) qui est un facteur d’origine maternel clé pour le contrôle de la prolifération des cellules souches neurales. Ses travaux récents ont également montré que le VIP stimule la prolifération des cellules souches neurales en modulant les programmes génétiques contrôlant le cycle mitotique, établissant pour la première fois un lien entre un facteur environnemental d’origine maternelle et un processus génétique conservé tout au long de l’évolution.
  • le rôle sensibilisant des cytokines inflammatoires pour les lésions cérébrales périnatales et le rôle central de la microglie cérébrale dans la physiopathologie des lésions cérébrales du prématuré, ouvrant ainsi des perspectives originales de neuroprotection.
  • l’effet protecteur de la mélatonine dans différents modèles animaux de lésions cérébrales mimant les lésions du prématuré humain. Ces travaux ont conduit à la mise sur pied d’un essai thérapeutique utilisant la mélatonine pour limiter les lésions cérébrales du prématuré.

Ses principaux projets de recherche ont aujourd’hui pour objectif de :

  • réaliser l’essai thérapeutique “mélatonine” chez les enfants prématurés
  • évaluer le potentiel neuroprotecteur des cellules souches dans les lésions cérébrales périnatales et leur capacité à limiter la neurodégénérescence au cours du développement
  • comprendre les liens entre inflammation périnatale et neurodégénérescence à moyen et long terme.

Hommes et femmes : à chacun son horloge…

Vignette Une © Fotolia

Au lever et au coucher, les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes habitudes. Par exemple, on sait que les femmes ont tendance à se lever et se coucher plus tôt en moyenne que les hommes. Est-ce pour autant que l’homme et la femme ont une horloge biologique réglée différemment ? Des chercheurs américains en collaboration avec Claude Gronfier, chargé de recherche à l’Inserm, viennent de montrer que l’horloge biologique des femmes avance plus rapidement que celle des hommes. De plus, les femmes ont 2,5 fois plus de chance d’avoir un rythme circadien (circa: proche de, dies: 24h) inférieur à 24 heures. Ce décalage horaire pourrait expliquer pourquoi l’insomnie touche 50% plus de femmes que d’hommes. Les résultats de cette étude menée sur 157 personnes (52 hommes et 105 femmes) suivies dans un laboratoire américain spécialisé pendant un mois, sont disponibles en ligne sur le site de la revue PNAS.

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L’horloge biologique circadienne (circa: proche de, dies: 24h) est indispensable à la vie de tous les organismes vivants. Elle permet de rester synchronisé à la journée de 24 heures définie par l’alternance du jour et de la nuit. Toutes les grandes fonctions biologiques, sont, directement ou indirectement, contrôlées par ce système : le cycle veille-sommeil, le système cardiovasculaire, digestif et immunitaire mais aussi les sécrétions hormonales, les performances cognitives… La vitesse de l’horloge n’est pas exactement la même pour toutes les espèces. Chez l’Homme, le cerveau la règle entre 23h30 et 24h30. Tous les jours, les « pendules doivent donc être remises à l’heure » par la lumière, en particulier le cycle lumière-obscurité qui corrige, selon les individus, l’avance ou le retard par rapport à la durée du jour de 24 heures.

Dans cette étude réalisée dans un laboratoire américain (Harvard Med School, Boston, USA), les chercheurs ont mesuré la longueur du cycle de l’horloge circadienne intrinsèque de 52 femmes et 105 hommes, d’âges compris entre 18 et 74 ans. Les participants de l’étude ont été observés entre 2 et 6 semaines, dans un environnement spécial, en l’absence d’informations temporelles, pour déterminer la vitesse du cycle de leur horloge circadienne.

D’une part, l’équipe américaine en collaboration avec Claude Gronfier de l’Inserm, relève que la durée moyenne du cycle circadien est, en moyenne, très légèrement supérieure à 24 heures chez les hommes et les femmes, cela indépendamment de l’âge. D’autre part, l’étude apporte des éléments très nouveaux. L’horloge biologique circadienne des femmes est plus rapide que celle des hommes : la durée du cycle circadien des femmes est, en moyenne, plus court de 6 minutes par rapport a celui des hommes. De plus, les chercheurs ont conclu que les femmes ont 2.5 fois plus de chance que les hommes d’avoir un rythme circadien de moins de 24 heures. Pour ces dernières, cela signifie que la journée définie par l’horloge biologique est terminée avant que 24 heures ne soient écoulées. Ce décalage nécessite donc un réajustement de l’horloge tous les jours par rapport à la durée du jour de 24 heures.

« Ce résultat pourrait expliquer pourquoi les femmes se réveillent en moyenne plus tôt, explique Claude Gronfier. En effet, si le réajustement n’est pas effectif, l’horloge des femmes prend de l’avance chaque jour et elles ont envie de se coucher et de se lever un peu plus tôt que la veille. Dans la vie quotidienne, les femmes se couchent plus tard que ce que recommande leur horloge biologique mais celle-ci sonne toujours tôt. Cette désynchronisation entre l’heure biologique et l’heure réelle du coucher entrainerait une diminution de la durée du sommeil et des difficultés à s’endormir. Cela pourrait expliquer pourquoi l’insomnie a une prévalence beaucoup plus élevée parmi les femmes », suggère Claude Gronfier.

Les chercheurs mettent l’accent sur ce dernier point car « connaitre cette différence entre hommes et femmes permettrait d’adapter les stratégies thérapeutiques (photothérapie, mélatonine…) actuellement utilisées pour traiter les troubles des rythmes biologiques et du sommeil. On pourrait par exemple moduler l’heure d’administration et la dose selon le sexe » souligne Claude Gronfier.

Près d’un accident de la route sur dix associé à l’utilisation du téléphone au volant

État des lieux et perspectives sur l’utilisation du téléphone et autres « distracteurs » de la conduite.
Parmi les facteurs susceptibles d’altérer les capacités de conduite et provoquer des accidents, la distraction au volant fait l’objet d’une attention grandissante et, en particulier, la distraction liée à l’usage de systèmes de télécommunication. Le développement exponentiel et rapide des téléphones mobiles utilisés par tous dans toutes les situations de la vie quotidienne ainsi que la construction de véhicules de plus en plus équipés de systèmes de télécommunication justifient cette préoccupation.

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La Délégation à la sécurité et à la circulation routières a donc confié à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), en association avec l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (Ifsttar), la réalisation d’une expertise collective sur l’impact de l’usage du téléphone et des autres « distracteurs » sur la sécurité des usagers de la route.

Pour la première fois, un groupe d’experts a fait le bilan complet de la littérature scientifique mondiale sur le risque d’accident lié à l’usage du téléphone portable (1). Le rapport « Téléphone et sécurité routière » qui vient de paraître en confirme la dangerosité au volant.
Ses conclusions posent un regard nouveau en anticipant les dangers de l’avenir que sont l’usage croissant d’autres « distracteurs », comme les systèmes embarqués et les écrans tactiles dont l’utilisation en circulation, pourtant interdite depuis 2008, perturbe l’attention du conducteur, menaçant gravement sa sécurité et celle des autres usagers de la route.

Note
(1) : L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), en association avec l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (Ifsttar) a réuni un groupe pluridisciplinaire de neuf experts qui ont analysé près de 400 documents. Le groupe d’experts a également auditionné onze personnalités, chercheurs, représentants des constructeurs automobiles, des opérateurs de téléphonie et de la Caisse nationale d’assurance maladie.

Lire l’intégralité du dossier de presse de présentation du rapport « Téléphone et sécurité routière » en cliquant sur le fichier (colonne droite)

Les dendrimères : un remède aux maladies inflammatoires chroniques ?

Vous avez dit dendrimères ? Derrière ce nom se cachent des molécules de synthèse à la forme d’un arbre dont les multiples propriétés sont étudiées par les chercheurs du monde entier. Les chercheurs de l’Inserm, de l’Université Toulouse III – Paul Sabatier et du CNRS au sein du Centre de Physiopathologie de Toulouse Purpan et du Laboratoire de Chimie de Coordination ont démontré les effets d’une nouvelle famille de dendrimères sur le système immunitaire. L’injection intraveineuse de dendrimères supprime l’inflammation au niveau de l’articulation et empêche les phénomènes de destruction du cartilage et d’érosion osseuse dans deux modèles animaux qui miment la polyarthrite rhumatoïde humaine. Ce travail publié dans Science Translational Medicine est une première démonstration de l’efficacité de ce type de molécules et ouvre des perspectives dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde.

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Schéma d’un dendrimère – © Anne-Marie Caminade, Laboratoire de Chimie de Coordination

Les dendrimères sont des molécules de synthèse dont la forme ressemble à celle d’un arbre. Grâce à leurs multiples terminaisons, ces arbres moléculaires peuvent prétendre à de multiples applications. Les chercheurs les synthétisent et les étudient depuis quelques années pour leur usage potentiel en imagerie médicale, en ingénierie tissulaire, ou encore en nanomédecine.

Des premières études in vitro

Les chercheurs ont récemment montré in vitro que certains dendrimères peuvent interférer avec les cellules du système immunitaire au bénéfice d’une action anti-inflammatoire. En bref, ces molécules interagissent avec des cellules impliquées dans les phénomènes d’inflammation : les monocytes-macrophages, qui ont la particularité de se différencier en ostéoclastes, cellules géantes qui dégradent l’os.

Sur la base de ces premières recherches, les scientifiques ont exploré le potentiel thérapeutique de cette nouvelle famille de dendrimères dans le traitement de maladies inflammatoires chroniques telle que la polyarthrite rhumatoïde. Cette maladie auto-immune qui affecte environ 1% de la population se caractérise par l’inflammation de l’ensemble des tissus articulaires (cartilage mais aussi os et membrane synoviale) et conduit à des déformations articulaires invalidantes.

Puis chez l’animal

Dans ce travail, les chercheurs ont utilisé deux modèles animaux qui miment les effets de la polyarthrite rhumatoïde humaine.

Dans un de ces deux modèles de souris, la maladie se développe spontanément après 4 semaines de vie. Dans l’autre, l’arthrite est induite par injection d’autoanticorps. Les symptômes sont présents chez 100% des animaux. Pour essayer de contrecarrer les effets de la maladie, les chercheurs ont injecté une fois par semaine, ces fameux dendrimères par voie intraveineuse. « Alors que chez les animaux non traités, le cartilage est complètement détruit, chez les souris traitées, le cartilage est préservé et les articulations sont intactes et parfaitement fonctionnelles. » déclare Rémy Poupot, l’un des chercheurs auteur de ce travail. « Il est important également de souligner que les doses administrées (de 1 à 10 mg/kg) sont compatibles avec les doses thérapeutiques chez l’homme. »

Pour élucider le(s) mécanisme(s) mis en jeu, les scientifiques ont quantifié le niveau de cytokine dans le sérum de tous les animaux. Les cytokines sont les substances secrétées par l’organisme. Certaines d’entre elles, les cytokines pro-inflammatoires, ont pour fonction de fortement stimuler la croissance et la prolifération des cellules du système immunitaire. Chez les animaux traités, le taux de cytokine redevient similaire à celui des animaux sains contrairement aux animaux malades non traités chez lesquels ce taux est beaucoup plus élevé.

Selon Rémy Poupot : les dendrimères moduleraient ainsi les effets néfastes d’une activité inflammatoire trop importante qui est à l’origine des maladies inflammatoires chroniques.

Et chez l’homme

A l’heure actuelle, le traitement des maladies inflammatoires chroniques fait souvent appel aux anticorps monoclonaux thérapeutiques, notamment dans la polyarthrite rhumatoïde. Malheureusement, un tiers des patients ne répond pas à ces traitements qui, de plus, sont extrêmement coûteux (environ 15000 € / patient / an). En parallèle des recherches menées chez l’animal, les chercheurs ont d’ores et déjà testé, in vitro, l’efficacité thérapeutique des dendrimères sur des monocytes humains et des membranes synoviales de patients atteints de polyarthrite rhumatoïde. Dans ces dernières expériences, l’activité anti-ostéoclastique (qui bloque la formation des cellules de dégradation de l’os) est également démontrée. Les dendrimères constituent donc une piste prometteuse pour le développement de nouvelles thérapeutiques dans le traitement des maladies inflammatoires chroniques.

Des gencives saines… pour des vaisseaux sains

Des chercheurs de l’Unité mixte Inserm 698 dirigée par le Dr Jean-Baptiste Michel « Hémostase, bio-ingénierie, immunopathologie et remodelage cardiovasculaires », (Hôpital Bichat-Université Paris Diderot), en collaboration avec des chirurgiens vasculaires de l’AP-HP (Bichat et Georges Pompidou) et des équipes de parodontologie (Hôpital Rothschild AP-HP et Rennes), montrent un lien fort entre les parodontites -inflammations des tissus de soutien des dents-, et le développement d’anévrysmes de l’aorte abdominale (AAA).

Les résultats de ces travaux sont publiés dans la revue PloS One, accessible à l’adresse : https://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0018679

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© Fotolia

L’athérosclérose et ses complications cliniques, comme les accidents vasculaires cérébraux ou l’infarctus du myocarde, représentent la première cause de mortalité dans les pays industrialisés. Les anévrysmes de l’aorte abdominale (AAA) représentent une manifestation clinique particulière d’athérothrombose au niveau de l’aorte touchant jusqu’à 9% de la population adulte et expliquant 1-2% de la mortalité des hommes âgés de plus de 65 ans.
Les AAA se caractérisent par la formation d’un thrombus (caillot de sang) dans la lumière de l’aorte qui participe à la dégradation de la paroi et éventuellement à sa rupture, conduisant à la mort appelée aussi, dans ce cas, « rupture d’anévrysme ». Ce thrombus ne bouche pas l’aorte mais est une source d’enzymes qui digèrent la paroi du vaisseau et pourrait servir de point d’accroche pour des bactéries circulantes.
Or, depuis quelques années, des travaux ont montré qu’un traitement avec un antibiotique, la doxycycline réduisait la croissance des AAA. Des études récentes ont également permis de détecter des bactéries parodontales dans des échantillons athérosclérotiques de patients japonais. Cependant, jamais aucune preuve sur l’animal, attestant du lien de cause à effet n’avait été apportée jusqu’à présent.

Grâce à leurs travaux, les chercheurs de l’Inserm et de l’AP-HP coordonnés par Olivier Meilhac, ont montré que les bactéries responsables des maladies de la gencive comme Porphyromonas gingivalis se retrouvaient dans les échantillons aortiques d’anévrysme humains…Olivier Meilhac et son équipe ont donc cherché à élucider les mécanismes par lesquels ces bactéries présentes dans la gencive pouvaient être retrouvées au niveau de l’aorte.

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Détails (grossissement ×40 photos du haut, x200 photos du bas et x1000 encadré) du thrombus dans le cas d’un anévrysme de l’aorte abdominale à l’état normal (colonne de gauche) et en présence de la bactérie Porphyromonas gingivalis (colonne de droite).Thrombus accru en présence de la bactérie et cicatrisation moindre © J-B. Michel-O. Meilhac/Inserm

Les chercheurs ont mis en évidence chez des rats, une taille d’anévryme plus importante chez les rats auxquels est injecté P.gingivalis et surtout une absence de cicatrisation similaire à ce qui est observé chez l’homme. La non-cicatrisation de ce thrombus pourrait être expliquée par un recrutement chronique de cellules de l’immunité, appelées neutrophiles, chargées de défendre l’organisme, dont l’activation mènerait à la libération d’élastase qui digère la paroi de l’aorte.

Or, la présence de ces neutrophiles sur la face luminale du thrombus (chez l’homme) ne peut être expliquée que par un agent qui les attire. C’est pour cette raison que l’équipe de recherche a fait l’hypothèse que des bactéries (peu pathogènes) pourraient entretenir ce phénomène de recrutement chronique. L’histologie montre en effet que chez les rats à qui est injecté P. gingivalis de nombreux neutrophiles s’accumulent à la surface du thrombus alors que les rats non-injectés commencent à cicatriser et les neutrophiles sont rares.

Pour les chercheurs, le recrutement de ces cellules pourrait être dû à des infections bactériennes à bas bruit mais récurrentes d’origine buccale. « Ces résultats, à terme, pourraient permettre de ralentir voire stopper la progression des anévrysmes de l’aorte abdominale en traitant la maladie parodontale ou par l’utilisation d’antibiothérapies adaptées », concluent les auteurs. L’équipe d’Olivier Meilhac visera, dans l’avenir, à vérifier la transposition possible de ces résultats à d’autres manifestations cliniques de l’athérothrombose comme la pathologie carotidienne ou coronaire.

Le comportement suicidaire des plus de 65 ans est associé à l’atrophie d’une petite zone cérébrale

La modification d’une zone cérébrale serait elle à l’origine de comportements suicidaires ? Pour la première fois, une étude de l’unité mixte de recherche (Inserm / Université Montpellier 1) « Neuropsychiatrie : recherche épidémiologique et clinique », coordonnée par Sylvaine Artero, chargée de recherche à l’Inserm, établit un lien entre l’atrophie d’une petite zone cérébrale qui relie les deux hémisphères cérébraux, et les comportements suicidaires. Les mesures cérébrales obtenues grâce à l’imagerie par résonance magnétique (IRM), chez 3 groupes de sujets âgés de 65 ans et plus, ont révélé que cette zone était significativement plus petite chez les personnes ayant déjà fait au moins une tentative de suicide. Pour autant, à ce stade, les chercheurs ne peuvent affirmer qu’il s’agit d’un lien de cause à effet. Les résultats de cette étude sont disponibles sur le site internet de la revue Biological psychiatry, à partir du 2 mai 2011.

Depuis quelques années, les chercheurs en psychiatrie s’attachent à mettre en évidence des anomalies cérébrales (structurales ou fonctionnelles) associées à une vulnérabilité aux comportements suicidaires et cela indépendamment des autres troubles psychiatriques co-existants. Le corps calleux (CC), la principale commissure reliant les hémisphères cérébraux, est constitué de nombreuses fibres nerveuses et a un rôle pivot dans l’intégration des informations et leur traitement. Cette zone a fait l’objet de plusieurs études montrant des liens entre des anomalies structurales du CC et des pathologies neuropsychiatriques (maladies neurodégénératives, autisme, schizophrénie, troubles bipolaires…) sans que le lien de cause à effet ne soit démontré.

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Les 3 parties du corps calleux : en vert, la partie postérieure. Images obtenues grâce à l’imagerie par résonnance magnétique (IRM) © Reproduit avec la permission d’Elsevier à partir de l’article « Suicidal behavior is associated with reduced corpus callosum area », par Sylvaine Artero, Biological Psychiatry, 2011

Sylvaine Artero, chargée de recherche Inserm en collaboration avec l’équipe du Pr Philippe Courtet et des chercheurs australiens, viennent de mettre en évidence pour la première fois un lien entre une atrophie de la partie postérieure du corps calleux (CC) et les comportements suicidaires.
Pour parvenir à ce résultat, l’équipe a comparé les mesures du CC de 435 sujets âgés de 65 ans et plus issus de la cohorte ESPRIT (recrutés de 1999 à 2001).

Les chercheurs ont répartis les personnes en trois groupes suivant leur profil :

  • les sujets ayant déjà fait au moins une tentative de suicide (21 personnes)
  • les sujets dépressifs mais n’ayant jamais fait de tentative de suicide (180 personnes)
  • les sujets ni dépressifs, ni suicidants2 (234 personnes).

Ils ont démontré, grâce à l’imagerie par résonance magnétique (IRM), que la partie postérieure du CC était significativement plus petite chez les suicidants (219,5 mm2) par rapport aux témoins sains (249,5 mm2) mais aussi aux témoins dépressifs (245,5 mm2). Cette étude démontre l’existence d’anomalies structurales du corps calleux associées aux comportements suicidaires chez des sujets âgés, concluent les chercheurs. Cependant, les auteurs de l’étude mettent en garde quant à la signification de cette association : « La relation de cause à effet entre une atrophie du CC et la survenue de comportements suicidaires reste encore à être confirmée par la mise en évidence des mécanismes cellulaires impliqués dans cette relation » précise Sylvaine Artero.

En

s’appuyant sur de précédentes études, les chercheurs émettent l’hypothèse d’un rôle possible du CC dans les mécanismes fonctionnels entrainant des conduites suicidaires. « L’atrophie du corps calleux pourrait contribuer à une connectivité inter-hémisphérique anormale et conduire à des dysfonctionnements des régions cérébrales impliquées dans les mécanismes des troubles de l’humeur incluant des anomalies cognitives comme des déficits dans la résolution de problèmes » suggère Sylvaine Artero.

L’équipe envisage de généraliser ce premier résultat, notamment par l’étude de la taille du CC de sujets plus jeunes. Pour les chercheurs, la confirmation de cette observation structurale dans d’autres populations désignerait le CC comme un des biomarqueurs potentiels de la vulnérabilité aux conduites suicidaires et ouvrirait la voie à de nouvelles études qui porteraient sur les mécanismes physiopathologiques.

Notes
(1) Pour toute demande de reproduction, contacter Elsevier
(2) Suicidants: Personnes ayant déjà fait une tentative de suicide

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