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Un manque d’hormones placentaires pourrait jouer un rôle dans l’apparition de déficits neurodéveloppementaux

Image de coupe sagittale de cervelet de souris acquise en microscopie électronique montrant la substance blanche avec ses axones myélinisés et la substance grise avec la couche des grains. Claire-Marie Vacher (Columbia University Medical Center)/Cheryl Clarkson-Paredes and Anastas Popratiloff (The George Washington Nanofabrication & Imaging Center).

Plusieurs études ont montré que la prématurité augmentait le risque d’apparition de désordres neurodéveloppementaux tels que les troubles du spectre autistique (TSA). Plus la naissance est prématurée, plus le risque d’apparition de déficits moteurs ou cognitifs est élevé. Comment expliquer cela ? Des chercheurs de l’Université de Columbia à New York et du Children’s National Hospital de Washington, D.C., en collaboration avec  l’Inserm et l’Université Paris-Saclay, se sont penchés sur cette question et ont fait l’hypothèse que la perte prématurée du placenta pourrait jouer un rôle dans les déficits observés. Grâce au développement d’un nouveau modèle préclinique chez la souris, ils ont montré que la diminution significative d’une hormone placentaire, dont le cerveau en développement devrait normalement bénéficier dans la seconde moitié de la gestation, pourrait favoriser le risque d’apparition de troubles comportementaux qui pourraient s’apparenter aux troubles du spectre de l’autisme. Ces effets sont principalement observés chez les mâles. L’étude fait l’objet d’une publication dans la revue Nature Neuroscience.

Le placenta est un organe qui permet l’alimentation du fœtus en oxygène et nutriments et élimine les déchets. Il produit également des hormones, notamment des taux élevés d’alloprégnanolone  ou ALLO (une hormone dérivée de la progestérone) à la fin de la grossesse. Environ un nouveau-né sur 10 naît prématurément et de fait est privé de taux normaux de cette hormone.

Des chercheurs américains à l’Université de Colombia, en collaboration avec les équipes françaises de l’Inserm au sein de l’unité Maladies et Hormones du Système Nerveux (U 1195 Inserm) se sont intéressés au rôle du placenta dans le développement cérébral  pour tenter notamment d’expliquer le lien entre prématurité et risque élevé d’apparition de déficits moteurs ou cognitifs. Dans le cadre de cette étude, les chercheurs ont créé un modèle de souris dans lequel ils ont été en mesure de réduire de manière sélective la production placentaire d’ALLO au cours de la gestation, afin que les souriceaux soient exposés à des taux placentaires d’ALLO insuffisants.

L’équipe de chercheurs a ainsi découvert que la diminution de la concentration de cette hormone dans le placenta altérait le développement du cerveau sur le long terme, entraînant l’apparition de comportements de type autistique chez les descendants mâles.

En effet, bien que les fœtus mâles et femelles aient été, les uns comme les autres, soumis à une insuffisance d’ALLO, seuls les souriceaux mâles ont présenté des comportements de type autistique après la naissance, notamment des difficultés d’interaction avec les autres animaux et des stéréotypes moteurs. Les chercheurs ont ensuite analysé leur développement cérébral et suivi les conséquences de cette insuffisance sur leur comportement jusqu’à l’âge adulte.

Les souris mâles ayant reçu des taux placentaires d’ALLO insuffisants présentaient des modifications structurelles du cervelet, une région du cerveau impliquée dans la coordination des mouvements et qui a également été liée à l’autisme.

« En particulier, nous avons observé un épaississement de la gaine de myéline, le revêtement qui protège les fibres nerveuses et accélère la propagation de l’influx nerveux », a indiqué Claire-Marie Vacher, PhD, professeure associée en néonatalogie dans le département de Pédiatrie du Vagelos College of Physicians and Surgeons de l’Université de Columbia et première auteure de l’article. « On sait que des changements comparables ont été observés de manière transitoire dans le cervelet de certains enfants de sexe masculin souffrant d’autisme. »

« Chez l’animal, l’établissement d’un lien entre une modification de la fonction placentaire au cours de la gestation et des effets persistants sur le développement ultérieur du cerveau est un résultat particulièrement frappant », indique Anna Penn, MD, PhD, cheffe du service de néonatologie à l’Université de Colombia et dernière auteure de l’étude. 

 

Des similarités avec les tissus humains

Afin de déterminer si des modifications similaires peuvent survenir chez les nourrissons, les chercheurs ont également procédé à des examens post-mortem de tissus cérébelleux de prématurés et de nourrissons arrivés à terme, décédés peu de temps après la naissance. Leur analyse a permis de mettre en évidence des modifications similaires au niveau de la gaine de myeline spécifiquement pour les nourrissons masculins lorsque le cervelet de prématurés était comparé au cervelet de nourrissons nés à terme. Cette étude est une première étape importante pour comprendre comment les hormones placentaires peuvent contribuer au développement cérébral et comportemental chez l’homme.

 

L’injection de l’ALLO réduit les symptômes autistiques

L’étude a également permis de mettre en évidence que les changements affectant la structure du cervelet et les comportements chez les souris pouvaient être évités par l’injection d’ALLO à la fin de la gestation.

Les chercheurs ont constaté qu’une injection d’ALLO chez la mère au cours de la gestation pouvait prevenir les comportements de type autistique dans leur modèle préclinique. Des résultats similaires ont été observés après une injection de muscimol, un composé qui active les récepteurs GABA-A — les mêmes récepteurs qui réagissent à l’ALLO. Avec ces traitements, les chercheurs ont également constaté une normalisation des niveaux de protéines de la myéline dans le cervelet.

« Notre étude offre de nouvelles perspectives intéressantes sur l’implication de la perte d’hormones placentaires—qui se produit en cas de naissance prématurée ou si le placenta ne fonctionne pas correctement au cours de la grossesse—sur le risque de désordres neurodéveloppementaux et comportementaux chez l’enfant», indique l’auteure principale, Claire-Marie Vacher.

« On pourrait désormais également envisager des études rétrospectives en réalisant un suivi longitudinal pour corréler des défauts endocriniens pendant la grossesse avec des troubles cognitifs et/ou comportementaux des enfants. Cela permettrait d’identifier le stade de la grossesse où l’insuffisance hormonale intervient afin d’envisager une éventuelle intervention thérapeutique », ajoute Philippe Liere, PhD, ingénieur de recherche et responsable du plateau technique analytique de spectrométrie de masse de l’U1195.

Suivi des survivants d’Ebola après cinq ans : de nouvelles données sur la durée de l’immunité et la persistance du virus

L’épidémie d’Ebola, qui a sévi en Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016, causée par l’espèce Zaïre du virus, a provoqué 11 000 décès. Crédits : NIH

Les résultats de l’étude sur les survivants d’Ebola, obtenus grâce au suivi sur 60 mois de la cohorte PostEbogui, montrent que le taux d’anticorps dirigés contre le virus tend à diminuer, mais reste élevé pour deux tiers des survivants. Il augmente même chez certains d’entre eux, suggérant la persistance de réservoirs du virus dans l’organisme et interrogeant sur la mise en place d’un suivi adapté pour les survivants de la maladie d’Ebola.

Ces résultats font l’objet d’une publication dans la revue The Lancet Microbe journal le 3 septembre 2021.

La cohorte PostEboGui a été financée par la Task Force Ebola France, l’Inserm, REACTing (devenu ANRS | Maladies infectieuses émergentes le 1er janvier 2021) et l’IRD. Il s’agit de la plus grande étude de suivi des survivants d’Ebola, menée en Guinée entre 2015 et 2018 par des chercheurs du CERFIG (Centre de recherche et de formation en infectiologie de Guinée), de l’Institut national de Santé publique de Guinée, de l’IRD, de l’Inserm, de l’université de Montpellier et du CHU de Montpellier, coordonnée par Eric Delaporte et Abdoulaye Touré.

 

L’épidémie d’Ebola, qui a sévi en Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016, causée par l’espèce Zaïre du virus, a provoqué 11 000 décès. Plus de 17 000 personnes y ont toutefois survécu. C’est pendant ce grave épisode que la cohorte PostEboGui a été initiée. Plus de 800 personnes infectées par le virus ont été recrutées dans trois sites en Guinée à partir de mars 2015. Ces patients ont bénéficié de consultations régulières jusqu’à 60 mois après leur sortie du centre de traitement Ebola. Des précédents résultats de l’étude PostEboGui avaient montré la présence de séquelles quatre ans après l’infection aiguë chez trois survivants sur quatre.

Pour cette nouvelle étude, les chercheurs se sont intéressés à la durée de l’immunité en suivant les variations au cours du temps des taux d’anticorps dans les échantillons sanguins prélevés chez 687 patients de la cohorte PostEboGui.

Il s’agit de la première étude à évaluer ces variations sur un nombre aussi élevé de patients et sur un temps aussi long (60 mois). Parmi ces patients, 45 % étaient des hommes, 55 % des femmes et l’âge médian était de 27,3 ans (21 % avaient moins de 18 ans).

Les analyses ont montré que, cinq ans après leur sortie du centre de traitement Ebola, 76 % des survivants possédaient des anticorps contre un antigène[1] particulier du virus (la glycoprotéine), 60 % contre deux autres antigènes (la nucléoprotéine et la protéine virale 40-kDa). Pour Abdoulaye Touré, co-investigateur principal de l’étude, ces résultats sont utiles : « Les anticorps dirigés contre la glycoprotéine persistent davantage dans le temps que les autres. Ce sont des données précieuses pour la conception de vaccins contre Ebola dans la mesure où les anticorps neutralisants, et donc protecteurs, sont dirigés contre cette glycoprotéine ».

Néanmoins, les chercheurs ont noté une diminution globale de la concentration en anticorps avec le temps : dans l’ensemble près d’un quart des sujets n’ont plus d’anticorps détectables après 60 mois. « Il sera intéressant de comparer la diminution de la concentration en anticorps chez les personnes ayant contracté la maladie à celle induite par la vaccination contre Ebola dans la population. Si un tel phénomène était observé cela pourrait poser des questions de santé publique sur l’efficacité de la vaccination sur le long terme en cas de nouvelle épidémie », rapporte Eric Delaporte, co-investigateur principal.

Chez certaines personnes, l’équipe de recherche a constaté des variations irrégulières des taux d’anticorps au fil des mois, voire qui augmentaient. De plus, la présence d’ARN viral dans le sperme des survivants était associée à des concentrations élevées d’anticorps dans le sang.

Ces résultats viennent appuyer l’hypothèse de l’existence de réservoirs viraux dans l’organisme : ces virus internes pourraient être responsables de la re-stimulation immunitaire des patients sans qu’ils n’aient été réinfectés ou ré-exposés au virus dans le milieu extérieur. « Le risque est de voir de nouveaux cas d’Ebola provenir de survivants. C’est probablement ce qui s’est passé lors de la résurgence de la maladie en Guinée en janvier dernier, 5 ans après la fin de l’épidémie », ajoute Abdoulaye Touré.

Les chercheurs ont également observé des réactions croisées[2] des anticorps des survivants de PostEboGui, exposés à l’espèce Zaïre, à d’autres souches (Bundibuyo et Soudan). Ces résultats ne permettent pas de savoir si ces patients sont protégés contre les autres espèces testées, mais ils pourraient guider le développement des candidats vaccins capables de protéger contre les différentes espèces de virus Ebola.

Les deux investigateurs concluent leurs travaux en alertant sur la nécessité d’un suivi adapté pour les survivants d’Ebola : « En l’absence de médicaments capables d’éradiquer les réservoirs viraux que l’on suppose, un suivi régulier et approprié et une éventuelle vaccination des survivants doivent être envisagés pour prévenir toute récurrence ou recrudescence de nouvelles épidémies d’Ebola ».

 

[1] Antigène : molécule provenant du virus capable de déclencher une réponse immunitaire, notamment la production d’anticorps.

[2] Réaction croisée : réaction immunitaire qui a lieu lorsque des anticorps dirigés contre un antigène spécifique (du virus Ebola Zaïre dans ce cas précis) sont capables de réagir avec un antigène d’un autre pathogène (ceux des virus Ebola Bundiyo ou Soudan dans cet exemple).

COVID-19 : Un candidat vaccin innovant efficace contre la maladie dans des modèles précliniques

vaccin anti covid

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, reprendre le contrôle de la pandémie signifie vacciner des milliards d’individus en un temps record. ©Adobe Stock

 

Tandis que la campagne de vaccination contre la Covid-19 suit son cours, les efforts de recherche se poursuivent dans les laboratoires afin d’améliorer les vaccins disponibles et de développer de nouveaux candidats, efficaces et innovants pour lutter contre la pandémie et les variants, et permettant ainsi de protéger le plus grand nombre. Des chercheurs de l’Inserm et de l’Université Paris-Est Créteil à l’Institut de Recherche Vaccinale (VRI), du CEA et de l’Université Paris-Saclay ont développé un vaccin ciblant des cellules clés du système immunitaire, les cellules dendritiques. Celui-ci a montré son efficacité dans des modèles précliniques, induisant une réponse immunitaire protectrice contre le virus. Dans un premier temps, les chercheurs estiment que ce vaccin pourrait être utile pour les personnes convalescentes ou déjà vaccinées dont la réponse immunitaire a commencé à décliner, afin de « booster » leur immunité. Des essais cliniques chez l’Homme doivent démarrer en 2022. Les résultats sont publiés le 1er septembre 2021 dans le journal Nature Communications.

Plus d’un an après le début de la pandémie de Covid-19, plusieurs vaccins ont été autorisés, grâce à des efforts de recherche sans précédents menés à travers le monde. Ces vaccins de première génération apportent beaucoup d’espoirs et sont un pilier central de la lutte contre le virus.  Néanmoins, des questions se posent encore sur la durée de la réponse immunitaire ou la nécessité d’avoir recours à une vaccination de rappel. Par ailleurs, reprendre le contrôle de la pandémie signifie vacciner des milliards d’individus. Or, fabriquer suffisamment de doses pour protéger l’ensemble de la population mondiale constitue un défi considérable. Pour ces raisons, la recherche vaccinale se poursuit afin de développer des candidats vaccins supplémentaires et continuer de répondre à tous ces enjeux.

Les chercheurs du VRI (Inserm/université Paris-Est Créteil), du CEA et de l’Université Paris-Saclay travaillent à la mise au point d’un vaccin composé d’un anticorps monoclonal ciblant des cellules de l’immunité qui circulent dans l’ensemble de l’organisme : les cellules dendritiques. Ces cellules sont clés dans la stimulation du système immunitaire par leur capacité à induire une réponse anticorps et cellulaire, robuste et durable, comme cela a été démontré par l’équipe dans d’autres modèles d’infection. L’anticorps monoclonal est fusionné à une protéine du SARS-CoV-2, qui va venir stimuler les cellules dendritiques.  

Par ailleurs, cette technologie vaccinale ciblant les cellules dendritiques («Dendritic Cell targeting ») est actuellement en phase I d’un essai clinique évaluant la sécurité et l’immunogénicité d’un vaccin préventif contre le VIH.

 

Restimuler la production d’anticorps neutralisants

Dans leur étude parue dans le journal Nature Communication, les scientifiques se sont d’abord intéressés à la capacité de leur candidat vaccin à induire des réponses « de rappel » anti-Covid-19 dans des modèles utilisant des animaux convalescents (ayant contracté le SARS-CoV-2 six mois plus tôt).  

Ils montrent que ce vaccin est bien toléré et efficace, induisant une forte augmentation des anticorps neutralisants. Face à une nouvelle exposition au virus, les animaux convalescents et vaccinés présentent une charge virale indétectable ou éliminent le virus dans un délai plus court (moins de trois jours) comparativement aux animaux convalescents non vaccinés ou à des animaux témoins indemnes de toute infection préalable. Une dose de ce vaccin permet donc une meilleure protection contre la réinfection que l’immunité naturelle. Par ailleurs, les animaux vaccinés ont été protégés des complications pulmonaires consécutives à l’infection. 

Enfin, les chercheurs ont déjà adapté le candidat vaccin pour qu’il soit efficace contre les nouveaux variants identifiés au cours des derniers mois. En laboratoire, les anticorps induits par le vaccin, sont capables de neutraliser avec une très forte efficacité le variant alpha (B.1.1.7) et également de manière significative le variant bêta (B.1.351). Ainsi, le vaccin développé à partir de la souche initiale circulant début 2020 est capable d’induire une réponse anticorps qui neutralise également les variants testés.

En conclusion, cette étude montre qu’une seule administration du candidat vaccin, sans adjuvant, permet de restimuler la production d’anticorps neutralisants capables de contrôler le virus lors d’une réinfection. Cela confère une meilleure protection contre la réinfection que l’immunité naturelle. Ce vaccin pourrait donc compléter l’arsenal des vaccins anti-Covid déjà disponibles. Les résultats présentés dans cette étude suggèrent qu’il pourrait notamment être utile pour les personnes convalescentes ou déjà vaccinées dont la réponse immunitaire a commencé à décliner, afin de renforcer leur immunité. En raison de la bonne connaissance de l’innocuité des vaccins sous-unitaires, ce vaccin pourrait également être utile pour les personnes vulnérables ou pour la vaccination des enfants.

Des essais cliniques sont prévus en 2022 chez des personnes convalescentes ou déjà vaccinées par un vaccin de première génération. Ils seront également menés chez des individus n’ayant jamais été exposés à la vaccination ou au virus.

Une chute considérable du nombre de greffes d’organes depuis le début de la pandémie de COVID-19 dans le monde

Coupe de rein humain grossie 400 fois par un microscope à immunofluorescence polychromatique. Inserm/Oriol, Rafael

Selon une nouvelle étude publiée le 31 août 2021 dans Lancet Public Health, portant sur 22 pays comprenant la plupart des pays européens et représentant environ 70% de l’activité de greffe mondiale, le nombre de transplantations d’organes solides réalisées lors de la première vague de la pandémie en 2020 a chuté de 31 % par rapport à l’année précédente et de plus de 15% sur l’ensemble de l’année 2020. Ce travail, sans précédent, qui évalue avec précision comment la Covid-19 a impacté tout un pan de la médecine, a été conduit par le professeur Alexandre Loupy (Université de Paris, Hôpital Necker-Enfants Malades AP-HP) et le docteur Olivier Aubert (Université de Paris, Hôpital Necker-Enfants Malades AP-HP), tous les deux également chercheurs au Centre Inserm de recherche translationnelle sur la transplantation d’organes de Paris (Paris Transplant Group).

Au début de la crise sanitaire de la Covid-19, les responsables des programmes de transplantation d’organes ont fait part de leurs préoccupations concernant la poursuite de l’activité de greffe d’organes solides durant l’épidémie. Deux raisons majeures à cela : le poids considérable de la prise en charge des patients Covid-19 pour le système de santé et les risques accrus d’infection pour les patients transplantés et donc immunodéprimés. Les recommandations ont donc été de ne maintenir dans la plupart des pays dans le monde que les transplantations urgentes, notamment les greffes de cœur et de foie, quand l’organisation hospitalière le permettait. Jusqu’à présent, aucune étude sur l’impact mondiale de la Covid-19 sur la transplantation d’organe solide n’avait été réalisée.

Dans leur étude, les auteurs se sont appuyés sur des données internationales des plus grandes institutions, Agence Biomédecine, NHS, UNOS, EUrotransplant…. qui ont été centralisées sur des serveurs sécurisés du Paris Transplant Group[i]. L’objectif de cette étude était d’étudier l’impact mondial de la pandémie sur la transplantation, de savoir si la réponse des différents pays était hétérogène et si ces décisions ont eu un impact sur la survie des patients en attente de greffons. Celle-ci a révélé une diminution globale de l’activité de greffe mais aussi d’importantes variations dans la réponse des programmes de transplantation lors de la pandémie de Covid-19, l’activité de transplantation ayant chuté de plus de 90% dans certains pays. Cette diminution, grâce à des calculs de modélisation statistiques, a démontré que cela correspondait à la perte de plus de 48 000 années de vie pour les patients.

Parallèlement l’étude montre que certains pays ont réussi à maintenir le rythme des procédures de transplantation, tandis que d’autres ont connu de fortes réductions par rapport à l’année précédente. Dans certaines régions, les transplantations de reins et de foies de donneurs vivants ont complétement cessé. Ces résultats incitent à une analyse plus approfondie au niveau régional, national et mondial pour expliquer ces disparités.

Par exemple, la transplantation rénale a connu la plus forte réduction dans presque tous les pays en 2020 par rapport à 2019 et plus précisément les transplantations de donneurs vivants ont nettement diminué (reins : -40 % ; foie : -33 %). En ce qui concerne les greffes à partir de donneurs décédés, il est observé une réduction des greffes de rein (-12 %), de foie (-9 %), de poumon (-17 %) et de cœur (-5 %).

Globalement la réduction du nombre de transplantations d’organes solides chez les personnes décédées ou vivantes est temporellement liée à l’augmentation du taux d’infection par le virus de la Covid-19.

Le Dr Olivier Aubert, médecin au Centre de recherche translationnelle sur la transplantation d’organes de Paris et auteur principal de l’étude, a déclaré : « La première vague de Covid-19 a eu un impact dévastateur sur le nombre de transplantations dans de nombreux pays, affectant les listes d’attente des patients et entraînant malheureusement une perte substantielle de vies humaines. » 

Le professeur Alexandre Loupy, directeur du Centre Inserm de recherche translationnelle sur la transplantation d’organes de Paris et dernier auteur de l’étude, complète : « Il est clair que de nombreux décès indirects sont associés à la Covid-19 et notre étude confirme que la pandémie a des conséquences considérables sur de nombreuses spécialités médicales ».

Le nombre d’années de vie perdues pour l’ensemble des patients a été estimé à 37 664 ans pour les patients en attente d’un rein, 7 370 ans pour un foie, 1 799 ans pour un poumon et 1 406 ans pour un cœur, ce qui correspond à un total de 48 239 années de vie perdues.

Pour faciliter la compréhension des tendances temporelles et des conséquences de la pandémie sur les activités de transplantation d’organes solides à l’échelle mondiale, nationale et régionale pour les chercheurs, les cliniciens et les autorités de santé publique, les auteurs ont créé un tableau de bord en libre accès qui présente les données de manière interactive pour les activités de transplantation d’organes solides et les cas de Covid-19.  

« Comprendre comment les différents pays et systèmes de santé ont répondu aux défis liés au Covid-19 peut faciliter l’amélioration de la préparation à une pandémie et la façon de maintenir en toute sécurité les programmes de transplantation pour fournir des procédures de sauvetage aux patients », conclut le Dr Olivier Aubert.

[i] Le Paris Transplant Group réunit une équipe multidisciplinaire dédiée à la transplantation et formée d’immunologistes, de médecins de laboratoire, de chercheurs, de néphrologues, de cardiologues, de pneumologues, de pathologistes, de statisticiens et de spécialistes de la santé publique.

Un quart des formes sévères de Covid-19 s’expliquent par une anomalie génétique ou immunologique

Image de microscopie du Coronavirus SARS-CoV-2 responsables de la maladie COVID-19 accrochés aux cellules épithéliales respiratoires humaines

Coronavirus SARS-CoV-2 responsables de la maladie COVID-19 accrochés aux cellules épithéliales respiratoires humaines. ©M.Rosa-Calatraval/O.Terrier/A.Pizzorno/E.Errazuriz-cerda

Les conséquences d’une infection au Sars-Cov-2 sont éminemment variables d’une personne à l’autre. Si la plupart des individus infectés sont peu symptomatiques ou asymptomatiques, certains développent des formes sévères voire critiques, avec des pneumopathies nécessitant un séjour en réanimation. Comment expliquer ces disparités ? Deux nouvelles études publiées le 19 août dans la revue Science Immunology [1] [2] apportent un éclairage majeur à cette question. Elles mettent en évidence des anomalies génétiques et immunologiques qui expliquent globalement près de 25% des formes séres de Covid-19. Cette avancée est le fruit d’une collaboration internationale pilotée par des chercheurs de l’Inserm et enseignants-chercheurs d’Université de Paris et médecins de l’AP-HP au laboratoire de génétique humaine des maladies infectieuses, dans ses deux branches : à l’Institut Imagine, situé à l’Hôpital Necker-Enfants Malades AP-HP, et à l’Université Rockefeller de New-York. Les équipes de ce laboratoire, co-dirigé par les Pr Jean-Laurent Casanova et Laurent Abel, ont montré que toutes ces anomalies entravent l’immunité contrôlée par l’interféron de type 1, première barrière immunologique contre les infections virales.

Après plus d’un an de pandémie, l’hypothèse d’une prédisposition génétique et immunologique aux formes graves de Covid-19 se confirme. En octobre 2020, les équipes des Pr Jean-Laurent Casanova et Laurent Abel avaient déjà publié deux études dans la revue américaine Science [3] [4] expliquant 10 à 15% des formes sévères de Covid-19. Toutes étaient dues à un déficit dans la voie de l’interféron de type 1 (IFN 1), une protéine habituellement produite de manière rapide par le système immunitaire en réponse à une infection virale et qui a pour principal effet d’inhiber la réplication du virus dans les cellules infectées. Les chercheurs avaient ainsi démontré qu’au moins 3 à 4% des formes sévères ont une origine génétique, tandis que 10 à 11% s’expliquent par la présence d’auto-anticorps dirigés contre IFN 1 et qui bloquent leur action antivirale. Cette découverte avait été mise à l’honneur par la revue Nature dans son top 10 des avancées scientifiques majeures de l’année 2020. Deux nouvelles études internationales coordonnées par le même laboratoire et publiées le 19 août dans la revue Science Immunology apportent de nouvelles données scientifiques qui, ajoutées aux précédentes, expliquent 20 à 25% des formes sévères de Covid-19.

Des variants du gène TLR7 en cause

Dans la première publication, les auteurs ont identifié des variants au niveau du gène TLR7, conduisant au développement de formes critiques, en particulier chez les patients jeunes [1]. L’équipe franco-américaine est partie du constat que les formes les plus sévères touchent principalement les hommes. Ils se sont donc focalisés sur ce qui distingue les deux sexes : la présence d’un unique chromosome X chez les hommes contre deux exemplaires chez les femmes. En pratique, ils ont séquencé le chromosome X de 1202 patients de sexe masculin ayant fait une forme grave. Ils ont ensuite comparé toutes ces séquences entre elles et avec celles de sujets d’un groupe contrôle ayant contracté la Covid-19 dans des formes asymptomatiques ou légères.

Résultat : chez 16 patients (soit 1,1%), les auteurs ont identifié des variants génétiques dits « perte de fonction » du gène TLR7. Or ce gène joue un rôle majeur dans le mécanisme de production d’IFN 1. Les 16 patients présentaient ainsi un déficit d’IFN 1 empêchant leurs cellules de lutter contre l’infection au Sars-Cov-2, expliquant ainsi les formes sévères. Afin d’éviter tout biais ethnique et s’assurer d’un échantillon représentatif, les chercheurs ont recruté des patients partout dans le monde, mobilisant 400 centres de recherche dans 38 pays différents. De sorte que les résultats de cette cohorte soient transposables à la population générale.

Il en ressort que 1,3% des formes graves de Covid-19 s’expliquent par des anomalies génétiques du gène TLR7 chez les hommes. Ce déficit est plus fréquent (1.8%) chez les malades de moins de 60 ans.

Des auto-anticorps délétères

Dans la deuxième publication, les auteurs ont démontré que 15 à 20% des formes sévères sont causées par la présence – dans le sang des patients – d’auto-anticorps qui visent spécifiquement les interférons de type 1 [2]. Grâce à des expériences menées in vitro par l’équipe de Charles M. Rice, prix Nobel 2020, il a été mis en évidence que ces anticorps bloquent l’effet protecteur de l’IFN1 sur la réplication virale. Le virus Sars-Cov-2 pénètre ainsi dans les cellules sans rencontrer de résistance et se réplique de façon incontrôlée. En 2020, les chercheurs avaient pu expliquer 10 à 11% des formes sévères car ils s’étaient intéressés en priorité aux patients avec un taux très élevé d’auto-anticorps dans le sang. Dans cette nouvelle étude, ils ont abaissé ce seuil et ont inclus des patients avec des taux neutralisant des concentrations d’interféron jusqu’à 100 fois inférieures. Résultat : les auto-anticorps qui bloquent ces faibles concentrations d’IFN 1 conduisent à des pneumopathies sévères.

Pourquoi l’âge est un facteur de risque 

Afin de mieux comprendre la distribution de ces auto-anticorps dans la population générale non infectée et notamment l’influence de l’âge (l’essentiel des cas de formes sévères de Covid-19 concernent les plus de 65 ans), les auteurs ont comparé plus de 34 000 individus sains, classés par sexe et tranche d’âge, issus de cohortes de l’Inserm, de l’Etablissement français du sang, et de Cerba Healthcare, partenaire du laboratoire de génétique humaine des maladies infectieuses. Ils ont ainsi fait une découverte inattendue : la présence d’auto-anticorps dirigés contre les IFN 1 sont très rares avant 65 ans (0,2 à 0,5%) et augmentent ensuite exponentiellement en vieillissant. Ils atteignent 4% entre 70 et 79 ans, et 7% entre 80 et 85 ans. Les causes et les mécanismes de cette augmentation dans la population générale restent à élucider mais celle-ci explique en partie pourquoi l’âge est un facteur de risque majeur dans le développement de formes graves de Covid-19.

Sources

[1] X-linked recessive TLR7 deficiency in 1% of men under 60 years with life-threatening COVID-19, T. Asano et al, Science Immunology, 2021.

[2] Autoantibodies neutralizing type I IFNs are present in ~ 4% of uninfected individuals over 70 years and account for ~ 20% of COVID-19 deaths, P. Bastard et al., Science Immunology, 2021

[3] Inborn errors of type I IFN immunity in patients with life-threatening COVID-19, Q. Zhang et al., Science, 24 septembre 2020 https://science.sciencemag.org/lookup/doi/10.1126/science.abd4570.

[4] Auto-antibodies against type I IFNs in patients with life-threatening COVID-19, P. Bastard et al. Science, 24 septembre 2020 https://science.sciencemag.org/lookup/doi/10.1126/science.abd4585.

[5] https://www.nature.com/articles/d41586-020-03514-8

Etude ComPaRe : un patient sur douze hésitant à se faire vacciner change d’avis après avoir consulté des informations sur les bénéfices et les risques des vaccins

 

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L’équipe du Centre d’épidémiologie clinique de l’hôpital Hôtel-Dieu AP-HP, de l’Inserm et d’Université de Paris, coordonnée par le professeur Philippe Ravaud, a développé un outil en ligne permettant de consulter les bénéfices et les risques de la vaccination contre la Covid-19. Présenté à un échantillon de patients chroniques de « ComPaRe », la Communauté de Patients pour la Recherche créée par l’AP-HP et Université de Paris, l’équipe a mesuré combien d’entre eux, précédemment indécis quant à leur vaccination, ont changé d’avis après avoir utilisé l’outil. Ces travaux ont fait l’objet d’une publication le 31 juillet 2021 dans BMC Medical Informatics and Decision Making.

Convaincre la population hésitante de se faire vacciner est un sujet de préoccupation majeur dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19.

Selon une étude récemment publiée dans le Lancet Public Health1, environ 30 % des adultes en France refuseraient catégoriquement la vaccination contre la COVID-19, et 9 à 40 % sont hésitants. Les principales raisons du refus de la vaccination sont l’inquiétude et la demande de plus de recul quant à la sécurité et à l’efficacité des vaccins.

En janvier 2021, l’équipe du Centre d’épidémiologie clinique de l’hôpital Hôtel-Dieu AP-HP, de l’Inserm et d’Université de Paris, a développé un outil en ligne mesurant le bénéfice/risque de la vaccination. Il permet notamment de visualiser le risque de décès, d’hospitalisation et de COVID long avec et sans vaccination, ainsi que les effets indésirables graves de la vaccination et ce, en fonction de l’âge et du sexe de la personne.
Les données utilisées proviennent de publications scientifiques publiées, accessibles librement sur internet. Les données concernant l’efficacité et la sécurité des vaccins qui ont été utilisées pour construire l’outil sont issues des essais cliniques ayant conduit à leur autorisation de mise sur le marché.

3 152 patients de la Communauté de Patients pour la Recherche (ComPaRe) ont participé à l’évaluation de cet outil. L’équipe de recherche a demandé aux participants d’indiquer leur intention de se faire vacciner avant et après avoir consulté l’outil. En comparant les réponses des patients avant et après, elle a pu ainsi déterminer l’influence que pouvait avoir la visualisation des bénéfices et des risques des vaccins sur la décision des patients.

Avant de consulter l’outil, 1 952 (62%) patients déclaraient vouloir se faire vacciner, 961 (30.5%) préféraient attendre d’avoir plus d’informations sur l’efficacité et la sécurité des vaccins avant de se faire vacciner et 239 (7.5%) ne voulaient pas se faire vacciner.

Après avoir consulté l’outil, 96 des 1 200 personnes initialement réticentes à la vaccination avaient changé d’avis. En moyenne, pour 12 personnes réticentes à se faire vacciner, une personne changeait d’avis après avoir consulté l’outil.

L’outil est depuis le mois de mai 2021 en ligne sur le site du gouvernement. Utilisé par plus de 125 000 personnes, il a été mis à jour avec les données du vaccin Janssen et complété par les données concernant le risque de thrombose après le vaccin AstraZeneca.

 

Créée en 2017 par l’AP-HP et Université de Paris, ComPaRe, la Communauté de Patients pour la Recherche rassemble aujourd’hui près de 45 000 patients volontaires partout en France.

À cette occasion, ComPaRe renouvelle son appel à participation en vue de rassembler 100 000 patients pour contribuer en ligne à la recherche médicale sur son site compare.aphp.fr.

Les participants contribuent à faire avancer la recherche sur leur(s) maladie(s) chronique(s) en participant régulièrement à des études scientifiques et en répondant aux questions des chercheurs via la plateforme sécurisée https://compare.aphp.fr.

Les participants contribuent à faire avancer la recherche sur leur(s) maladie(s) chronique(s) en participant régulièrement à des études scientifiques et en répondant aux questions des chercheurs via la plateforme sécurisée https://compare.aphp.fr.

Les patients participent à la cohorte générale et/ou à l’une des 13 cohortes dédiées au diabète, à la maladie de Verneuil, au vitiligo, à la lombalgie chronique, aux maladies rénales, aux vascularites, à l’hypertension artérielle, à l’endométriose, l’asthme, la BPCO, le syndrome de Marfan, les neurofibromatoses et le Covid long.

Et de nouvelles cohortes sont en cours de constitution.

1 – https://www.thelancet.com/journals/lanpub/article/PIIS2468-2667(21)00012-8/fulltext#%20

Covid-19 : un test pour mieux identifier les sujets contagieux et ceux à risque de développer une forme sévère

Cellules infectées par le SARS-CoV-2

Cellules infectées par le SARS-CoV-2.© Sébastien Eymieux et Philippe Roingeard, Inserm – Université de Tours

Des scientifiques français publient les résultats d’une étude montrant que la mesure de la réponse antivirale interféron de type I (IFN-I) au niveau nasal pourrait être utilisée pour aider à l’identification des patients à risque de transmission du virus de la Covid-19. Cette mesure de l’IFN-I, réalisée grâce à une technique innovante à partir du même écouvillon que celui utilisé pour le dépistage du SARS-CoV-2, permettrait également d’identifier les patients à risque de développer une forme grave de la Covid-19.

L’interféron de type I (IFN-I) est une protéine de la famille des cytokines, habituellement produite de manière rapide par le système immunitaire en réponse à une infection virale et qui a pour principal effet d’inhiber la réplication du virus dans les cellules infectées.

Pendant combien de temps le virus de la Covid-19 reste-t-il actif dans notre organisme ? Pourquoi certains patients présentent-ils une forme sévère ? Est-il possible d’anticiper la détection de ces potentielles formes graves ? En mai 2020, plusieurs équipes françaises et internationales ont mis en évidence l’absence de détection dans le sang d’IFN-I chez environ 20% des patients hospitalisés en réanimation[1] pour une forme grave de la Covid-19[2]. Ce défaut, pouvait notamment être expliqué par la présence d’auto-anticorps, qui allaient empêcher son action antivirale.

A la suite de ces travaux, des services cliniques des Hospices Civils de Lyon et du CHU de St Etienne, des chercheurs de l’Université Claude Bernard Lyon 1, d’Université de Paris, de l’Inserm, du CNRS, et de l’ENS de Lyon au Centre International de Recherche en Infectiologie (équipes VirPath, LYACTS, GIMAP) et du laboratoire commun des Hospices Civils de Lyon – bioMérieux en collaboration avec l’Institut des maladies génétiques Imagine (Hôpital Necker – Enfants malades AP-HP Université de Paris) ont caractérisé la réponse IFN-I anti-SARS-CoV-2 chez des patients présentant des manifestations légères de la Covid-19, ainsi que chez des patients présentant des formes graves, admis en réanimation. Les résultats de ces travaux de recherche sont publiés dans la revue Journal of Experimental Medicine.

 

L’interféron, nouveau marqueur de contagiosité du SARS-CoV-2

Dans cette nouvelle étude, les chercheurs ont mesuré la réponse IFN-I, à partir du même écouvillon que celui utilisé pour le dépistage du SARS-CoV-2 grâce à une technique innovante développée par bioMérieux, le système BIOFIRE® FILMARRAY®.

Largement utilisée dans le diagnostic d’autres pathologies infectieuses, cette technologie repose sur un système de PCR multiplex permettant la préparation, l’amplification, la détection et l’analyse des échantillons en environ une heure.

Aujourd’hui, le test PCR détecte bien le matériel génétique viral mais ne permet pas de définir si le virus est actif (vivant) ou inactif (mort) au moment du prélèvement. Selon les résultats de l’étude, chez les sujets présentant des manifestations légères de la Covid-19, la réponse IFN-I nasale était proportionnelle à la quantité de virus, elle-même liée au risque de transmission. Ces résultats soulignent que la mesure de la réponse IFN-I au niveau nasal pourrait être utilisée comme marqueur d’une infection active en combinaison avec la détection du virus SARS-CoV-2. Cette mesure pourrait ainsi aider rapidement à l’identification des patients à risque de transmission du virus, et réciproquement aider à éviter les mesures de quarantaine aux patients qui ne représenteraient pas ou plus une source possible de contamination.

« On a utilisé l’interféron de type I comme marqueur de réplication active du virus, explique le Dr Sophie Trouillet-Assant, chercheuse-associée signataire de l’étude. S’il y a un peu de virus et pas d’IFN-I dans votre prélèvement, vous avez été malade mais n’êtes plus contagieux. A l’inverse, s’il y a une grande quantité de virus et d’IFN-I, cela plaide en faveur d’un isolement ». Elle poursuit son exemple : « Pour les patients à risque de développer des formes graves, c’est encore différent : les prélèvements peuvent contenir une grande quantité de virus mais pas d’IFN-I. Il devient alors possible d’identifier ces profils et de prévenir l’évolution de la maladie ».

 

Prédire quels patients sont à risque d’évoluer vers une forme sévère de Covid-19 grâce au test PCR

Dans cette même étude, les chercheurs ont démontré que chez des patients possédant des auto-anticorps anti-IFN-I et admis en réanimation pour une forme sévère de la Covid-19, une absence de réponse IFN-I a été mise en évidence dans les prélèvements nasaux qui contenaient pourtant de grandes quantités de particules virales. Ces résultats ont été confirmés dans un modèle mimant en laboratoire ce qui se passe au niveau de l’épithélium nasal (développé par l’équipe VirPath) : les auto-anticorps anti IFN-I sont capables d’inhiber l’action antivirale de ces molécules, entrainant une réplication virale importante et une perte de l’intégrité physiologique des épithéliums cultivés in vitro.

La mesure de la réponse IFN-I au niveau nasal et l’évaluation de la présence d’auto-anticorps dans le sang pourraient ainsi être utilisées pour aider à stratifier les patients et à identifier ceux à risque de développer une forme grave de la maladie, et ce dès le début de l’infection, au moment de l’écouvillonnage pour le dépistage standard du SARS-CoV-2.

Au-delà des aspects diagnostic et pronostic, les résultats de cette étude ouvrent des perspectives importantes en termes de stratégie thérapeutique pour les patients atteints de la Covid-19.

En effet, des traitements basés sur d’autres types d’interférons non ciblés par les auto-anticorps existent déjà, à l’instar de l’interféron-beta recombinant. Les chercheurs soulignent leur possible utilité en tant que traitement précoce chez les patients souffrant de Covid-19 présentant un déficit de la réponse interféron, afin de prévenir le développement de symptômes sévères de la maladie en limitant la réplication virale du SARS-CoV-2.

 

[1] Etude réalisée sur 44 professionnels de santé des HCL infectés par le SARS-CoV-2 présentant des formes légères et 26 patients hospitalisés en réanimation.

[2] Plus d’info : https://www.cnrs.fr/fr/deficit-en-interferon-alpha-des-patients-covid-19-de-nouvelles-perspectives-therapeutiques

Vaccination Covid-19 et populations particulières : une grande étude de cohorte pour orienter les recommandations destinées aux plus fragiles

© Mat Napo/Unsplash

 

La cohorte ANRS COV-POPART – « cohorte vaccinale Covid-19 des populations particulières » – a été conçue pour évaluer la réponse immunitaire induite par les vaccins contre la Covid-19 au sein de différents groupes de personnes suivies pour une maladie chronique comparativement à des personnes en bonne santé.

Elle est promue par l’ANRS | Maladies infectieuses émergentes et portée par la plateforme COVIREIVAC coordonnée par l’Inserm et F-CRIN en lien avec 37 centres hospitaliers universitaires et un réseau de 10 laboratoires d’immunomonitoring, mais aussi avec le CMG-EC U1219[1].

Mise en place en mars dernier, cette cohorte, labellisée « priorité nationale » par la cellule interministérielle « recherche », vise à recruter 10 700 adultes et 810 adolescents. Elle compte à ce jour déjà plus de 5 700 inclusions. Les résultats attendus sont très importants pour les futures recommandations vaccinales concernant ces populations à risque de Covid-19 sévère adaptées sur le long terme.

Depuis quelques semaines, nous notons une reprise épidémique forte et constante à l’échelle internationale. Celle-ci est en partie due à la propagation des différentes mutations du SARS-CoV-2 et notamment à l’expansion du variant Delta, qui, connu pour être beaucoup plus contagieux que la souche virale dite « historique », se diffuse très rapidement et est désormais présent sur l’ensemble du territoire français. Les contaminations liées au variant Delta représentent à ce jour 81 % des nouveaux cas selon Santé publique France.

La vaccination est actuellement la seule solution pour freiner la pandémie en évitant notamment la survenue de formes graves et l’émergence de nouveaux variants.

Toutefois, bien que le nombre de prises de rendez-vous pour se faire vacciner ne cesse de croître depuis les annonces gouvernementales, au 22 juillet 2021, 5 millions de malades chroniques n’étaient toujours pas vaccinés. Disposer de données sur la réponse vaccinale et sa persistance dans les populations particulières est un enjeu majeur pour adapter au mieux les recommandations dans ces populations.

Les inclusions dans la cohorte se poursuivent et il est maintenant possible d’inclure les participants jusqu’à quatre semaines après qu’ils aient reçu leur deuxième dose de vaccin.

Pour rappel, elles concernent les personnes vaccinées ayant des pathologies pouvant affecter leur immunité : VIH-1, diabète (de type 1 ou 2), obésité, maladie auto-inflammatoire systémique et auto-immune (vascularite, lupus érythémateux, maladies inflammatoires chroniques de l’intestin…), rhumatismes inflammatoires chroniques, sclérose en plaques (ou une inflammation du nerf optique), cancer (même sans traitement depuis 2 ans), allogreffe, ayant eu une transplantation d’un organe solide (poumons, foie, reins, cœur, pancréas), une insuffisance rénale chronique (stade 4 et 5) ou une hypogammaglobulinémie (faible taux d’immunoglobulines dans le sang).

La cohorte inclura également à partir du mois de septembre un volet pédiatrique (ANRS COV-POPART – Pédiatrique), qui sera d’abord ouvert aux adolescents âgés de 12 à 17 ans, 810 participants sont attendus.

Sept nouveaux centres hospitaliers rejoindront alors la cohorte.

Elle concernera 12 types de sous-populations (11 sous-populations de patients + 1 sous-population contrôle) :

  • Patients traités ou ayant été traités pour un cancer solide ou une hémopathie maligne
  • Allogreffés de cellules souches hématopoïétiques ou de moelle osseuse 
  • Patients avec un déficit immunitaire héréditaire 
  • Transplantés d’organes solides
  • Insuffisants rénaux chroniques dialysés ou non
  • Patients avec connectivite juvénile
  • Arthrites juvéniles idiopathiques 
  • Maladies auto-inflammatoires 
  • Patients avec syndrome drépanocytaire majeur 
  • Diabétiques (type I) obèses ou non et obèses non diabétiques
  • Groupe « contrôle » : personnes âgées de 12 à 17 ans exemptes des conditions chroniques listées ou autres pathologies/sous traitement ayant une influence connue sur la réponse immunitaire.

« Cette cohorte répond à une problématique de santé publique, puisque les résultats que nous obtiendrons permettront une adaptation des recommandations vaccinales dans ces populations particulières – immunodéprimées, atteintes de maladies chroniques et/ou âgées (> 70 ans) », indique la Pr Odile Launay, cheffe du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Cochin AP-HP, responsable du réseau I-Reivac et investigatrice coordinatrice de la cohorte, avec les Dr Paul Loubet et Linda Wittkop.

Pour participer à ces cohortes, rendez-vous sur le site de la plate-forme d’étude vaccinale Covireivac : www.covireivac.fr

 

[1] Le Centre de Méthodologie et de Gestion des Essais Cliniques de l’unité Inserm U1219, à Bordeaux.

L’appendice n’est pas une structure inutile et serait corrélé à un allongement de la durée de vie

koala

L’appendice est une structure anatomique que l’on retrouve chez de nombreuses espèces pourtant très différentes, de l’orang-outan au koala, en passant par le castor et bien sûr l’humain. © David Clode/Unsplash

 

Longtemps considéré comme une structure anatomique inutile, l’appendice fait désormais l’objet de nombreux travaux pour mieux comprendre son rôle. Présent chez de nombreux mammifères, dont l’espèce humaine, il serait apparu au moins 16 fois au cours de l’histoire évolutive des mammifères et sa fonction confèrerait donc un avantage sélectif positif à ceux qui le possèdent. Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Inserm et du Muséum National d’Histoire Naturelle suggère que la présence de l’appendice serait en fait corrélée à l’allongement de la longévité. Les résultats sont publiés dans le Journal of Anatomy.

Petite structure anatomique de quelques centimètres située dans l’abdomen, appendue au côlon, la fonction de l’appendice est longtemps demeurée mal comprise. Selon les théories de Charles Darwin, il s’agirait même d’une structure vestigiale, inutile et dénuée de fonction. Il pourrait même s’avérer dangereux pour la santé en raison du risque d’inflammation qui peut survenir. On parle alors d’« appendicite » et en l’absence de traitement, cette inflammation peut évoluer en péritonite et conduire jusqu’au décès.

Depuis plusieurs années, des travaux de recherche ont été menés afin d’en apprendre plus sur le rôle de l’appendice. Des études ont, par exemple, montré qu’une appendicectomie réalisée en cas d’appendicite avérée avant l’âge de 20 ans a des effets protecteurs contre la survenue d’une forme spécifique d’inflammation chronique du côlon et du rectum : la rectocolite hémorragique.

Par ailleurs, des chercheurs ont démontré que l’appendice n’est pas uniquement présent chez l’Homme. Il apparaît pour la première fois chez les mammifères il y au moins 80 millions d’années, puis au cours de l’évolution, il fait ensuite des apparitions multiples et indépendantes chez de nombreuses lignées mammaliennes, sans corrélation évidente avec le régime alimentaire, la vie sociale, ou l’environnement. On le retrouve aujourd’hui aussi bien chez l’orang-outan, le koala et le lamantin que le castor ou encore l’ornithorynque. Toutefois, sa fonction demeurait encore mystérieuse, aucune étude ne parvenant à une conclusion définitive.

Un lien avec la longévité des mammifères

L’équipe menée par le chercheur Inserm Eric Ogier-Denis et son collègue Michel Laurin du Muséum National d’Histoire Naturelle s’est penchée sur la question en analysant les données de 258 espèces de mammifères dont 39 avec et 219 sans appendice. Les scientifiques se sont notamment intéressés à la longévité maximale théorique (la durée de vie théorique des mammifères, établie en fonction de leur poids) et à la longévité maximale réelle des différentes espèces considérées.

Ils ont ainsi montré pour la première fois que la présence de l’appendice est corrélée à un allongement de longévité maximale observée pour l’espèce. Comparé à un mammifère de même poids ne possédant pas d’appendice, un mammifère qui présente cette structure anatomique a une durée de vie plus longue.

« L’idée de s’intéresser à la longévité nous a été suggérée par nos travaux portant sur la relation entre appendicite/appendicectomie, rectocolite hémorragique et l’implication du système immunitaire. Avec un système immunitaire plus actif et mieux éduqué, on doit théoriquement mieux résister à l’environnement et vivre plus longtemps. Nous avons donc testé cette hypothèse en nous associant avec deux experts de l’évolution internationalement connus du Muséum National d’Histoire Naturelle. Il s’agit de la première démonstration de l’existence d’une corrélation entre la présence de l’appendice et un trait de l’histoire de vie des mammifères », souligne Eric Ogier-Denis.

Un sanctuaire bactérien

Pour les chercheurs, l’hypothèse la plus probable permettant d’expliquer le lien entre présence de l’appendice et longévité est que cette structure, de par sa forme, favoriserait la constitution d’un « sanctuaire bactérien » sélectif qui permettrait de diminuer la mortalité par diarrhée infectieuse en favorisant la recolonisation rapide des espèces bactériennes essentielles à l’hôte. La présence de l’appendice serait ainsi associée à une diminution de la mortalité et donc à l’allongement de la longévité chez les mammifères qui en sont dotés.

« Cela ne signifie pas qu’une appendicectomie pour appendicite réalisée chez l’Homme modifie la longévité. En effet, l’appendicite dans le jeune âge est certainement bénéfique en exacerbant l’éducation du système immunitaire et en lui permettant de lutter plus efficacement en cas d’infection ultérieure. Le traitement de l’appendicite reste l’appendicectomie et ce travail n’apporte aucun argument suggérant de modifier cette attitude thérapeutique. Seule l’appendicectomie réalisée sans appendicite pourrait avoir des conséquences délétères dans le contexte de pathologies inflammatoires et infectieuses intestinales », précise Eric Ogier Denis.

Ces travaux ouvrent donc de nouvelles pistes solides pour répondre à la question controversée de la fonction de l’appendice. Ils seront complétés dans les mois à venir par des études de terrain avec différentes espèces de mammifères pour confirmer le lien entre appendice et longévité. 

Diabète : nouvelles avancées de la recherche grâce à l’étude du mécanisme de satiété

Diabète

Le marquage violet montre les « tanycytes », qui forment la porte cellulaire du cerveau à la leptine, tandis que, en jaune, on observe les neurones stimulant l’appétit et en bleu les neurones supprimant l’appétit. Ces deux types de neurones sont les cibles de la leptine; les premiers vont être inhibés et les deuxièmes activés par le signal « coupe-faim » de cette hormone. © Vincent Prévot

 

Le diabète, qui correspond à un excès durable de la concentration de glucose dans le sang, peut entraîner des complications de santé à long terme. Dans 90% des cas, il s’agit de diabète de type 2 (DT2). Les patients qui en sont atteints sont généralement obèses ou en surpoids, et les facteurs de risque de déclenchement de la maladie incluent la sédentarité ainsi qu’une alimentation déséquilibrée. Pour mieux comprendre la pathologie, une équipe de chercheurs de l’Inserm, d’Université de Lille et du CHU de Lille au sein du laboratoire Lille Neuroscience et Cognition[1] étudie depuis plusieurs années le rôle de la leptine, une hormone impliquée dans le contrôle de l’appétit, qui transmet au cerveau le signal de satiété. Dans une nouvelle étude publiée dans la revue Nature Metabolism, en plus d’approfondir les connaissances scientifiques sur le mécanisme de satiété, les chercheurs sont parvenus à reproduire chez la souris un nouveau modèle de diabète utile et pertinent pour faire avancer la recherche sur la maladie.

La leptine (« hormone de la satiété » ou « hormone coupe faim ») est une hormone sécrétée par le tissu adipeux, proportionnellement aux réserves de graisses dans l’organisme, qui régule l’appétit en contrôlant la sensation de satiété.  Elle est transportée vers le cerveau par des cellules appelées tanycytes, dans lesquelles elle entre en s’arrimant à des récepteurs appelés LepR. Les tanycytes sont donc la porte d’entrée de la leptine vers le cerveau, aidant cette hormone à franchir la barrière hémato-encéphalique et à délivrer aux neurones l’information de satiété.

De précédentes recherches ont révélé que le transport de la leptine est altéré chez les sujets obèses et en surpoids, expliquant en partie des dysfonctionnements dans la régulation de l’appétit, puisque l’information de satiété parvient plus difficilement à atteindre le cerveau. Dans leur nouvelle étude, les chercheurs se sont intéressés de plus près à ce transport de la leptine jusqu’au cerveau, et plus précisément au rôle des récepteurs LepR.

 

Le rôle clé des récepteurs de l’hormone de la satiété dans la gestion du glucose

Dans des modèles de souris, les chercheurs ont retiré le récepteur LepR situé à la surface des tanycytes. Au bout de trois mois, les souris ont enregistré une forte augmentation de leur masse grasse (multipliée par deux sur la période) ainsi qu’une perte de masse musculaire (diminuée de plus de la moitié). La prise de poids totale n’a été qu’assez modérée. Les scientifiques ont par ailleurs mesuré régulièrement la glycémie des animaux après injection de glucose.

Ils ont constaté que pour maintenir une glycémie normale (entre 0.70 et 1.10 g/L), les souris ont sécrété davantage d’insuline au cours des quatre premières semaines de l’expérience. Trois mois après le retrait du récepteur, leur capacité de sécrétion d’insuline par le pancréas semblait épuisée.

Le fait de retirer les récepteurs LepR et d’altérer le transport de la leptine vers le cerveau a donc conduit les souris à développer dans un premier temps un état pré diabétique. Celui-ci survient lorsque l’organisme libère de l’insuline en plus grande quantité que d’accoutumée pour contrôler la glycémie. Puis, à plus long terme, les souris deviennent incapables de sécréter de l’insuline et donc de contrôler la quantité de glucose présente dans le sang. Ces données suggèrent ainsi qu’un transport altéré de la leptine vers le cerveau, via les récepteurs LepR, est impliqué dans le développement du diabète de type 2.

Chez un animal/individu normal, la glycémie augmente légèrement après ingestion de glucose et redescend rapidement. En effet, pour retrouver des valeurs normales, le pancréas sécrète de l’insuline qui aide le glucose à pénétrer les cellules de l’organisme. 

Chez l’animal privé du récepteur LepR à la porte d’entrée de la leptine dans le cerveau, la glycémie est anormalement élevée à jeun et à fortiori après ingestion du glucose. Le pancréas devient incapable de sécréter de l’insuline nécessaire à la pénétration du glucose dans l’organisme. La « surdité » du cerveau à l’information véhiculée par la leptine rend ainsi le pancréas non fonctionnel.

Dans la dernière partie de leurs travaux, les chercheurs ont procédé à la réintroduction de la leptine dans le cerveau et ont constaté une reprise immédiate de son action favorisant la fonction du pancréas et notamment sa capacité à sécréter de l’insuline pour réguler la glycémie. Les souris ont retrouvé rapidement un métabolisme en bonne santé.

Cette étude met donc en lumière le rôle du cerveau dans le diabète de type 2 et contribue par ailleurs à faire évoluer la recherche sur la maladie, qui n’était pas considérée jusqu’alors comme une maladie du système nerveux central.

« Nous montrons en effet d’une part que la perception de la leptine par le cerveau est indispensable pour la gestion de l’homéostasie énergétique[2] et de la glycémie. D’autre part, que le blocage du transport de la leptine vers le cerveau altère le bon fonctionnement des neurones qui contrôlent les sécrétions d’insuline du pancréas », conclut Vincent Prévot, directeur de recherche à l’Inserm, dernier auteur de l’étude.

Autre résultat intéressant de cette étude : en retirant le récepteur LepR à la porte d’entrée de la leptine dans le cerveau, le modèle animal obtenu présente les caractéristiques de ce qu’on appelle le « Diabète Est Asiatique » encore peu étudié par les chercheurs. Ce phénotype de diabète concerne principalement les populations de Corée et du Japon.

Alors que le « Diabète Occidental » est la plupart du temps associé à un surpoids marqué (IMC >25) ou à une obésité morbide (IMC >30) » cet autre phénotype de diabète de type 2 présentant souvent un léger surpoids, une augmentation de la graisse abdominale et une insuffisance en insuline liée à une défaillance de la sécrétion d’insuline par le pancréas.

Selon les chercheurs le développement de ce nouveau modèle animal permettra de faire avancer la recherche sur cette pathologie qui touche des millions de personnes.

 

L’équipe de recherche est parvenue dans un premier temps à décrire le mécanisme de passage de la leptine à travers cette porte cellulaire: les tanycytes (Figure ci-contre : cellules en jaune). Ces cellules capturent la leptine circulante à partir des vaisseaux sanguins qui, à cet endroit-là, ont la particularité de la laisser passer (étape 1). Lors de son parcours dans le tanycyte, la leptine capturée par le LepR active le récepteur à l’ « EGF » (ou EGFR) qui lui-même active une voie de signalisation “ERK” (étape 2) qui enclenche sa libération dans le liquide céphalorachidien (étape 3). La leptine active alors les zones cérébrales qui véhiculent son action anorexigène (‘coupe-faim ‘), mais aussi le contrôle du fonctionnement du pancréas (étape 4).

[1] Ce travail a été conduit en collaboration avec deux laboratoires de l’Institut Cochin et de l’Université de Strasbourg dans le cadre d’un projet financé par l’Agence Nationale de la Recherche et deux laboratoires Européens, l’un à l’Université de Lübeck en Allemagne et l’autre à l’Université de Saint Jacques de Compostelle en Espagne, dans le cadre d’un financement de la Communauté Européenne. Par ailleurs, le laboratoire Lille Neuroscience et Cognition est membre du LabEx EGID (European Genomic Institute for Diabetes), mais aussi de DISTALZ (Development of Innovative Strategies for a Transdisciplinary approach to ALZheimer’s disease).

[2] Stabilisation, réglage chez les organismes vivants, de certaines caractéristiques physiologiques (prise alimentaire, dépense énergétique etc.).

EpiCov : 4 % de la population a développé des anticorps contre le SARS entre mai et novembre 2020

cellule infectée par le SARS-CoV-2

Microscopie électronique d’une cellule infectée par le SARS-CoV-2 ©Philippe Roingeard, Anne Bull-Maurer, Sonia Georgeault, unité Inserm U1259 MAVIVH & Université de Tours, France.

 

Les jeunes entre 15 et 24 ans, les immigrés et les descendants d’immigrés hors Europe davantage touchés par le virus durant la deuxième vague

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) et l’Inserm publient une nouvelle étude, à partir des données issues du deuxième volet de l’enquête nationale Epidémiologie et Conditions de vie (EpiCov), réalisée entre le 26 octobre et le 14 décembre 2020. Cette étude analyse la proportion de personnes qui ont des anticorps contre le virus de la Covid-19 dans le sang (séroprévalence). Elle révèle notamment que l’épidémie s’est davantage diffusée chez les jeunes entre 15 et 24 ans et les immigrés et les descendants d’immigrés hors Europe durant l’été et l’automne 2020. L’Île-de-France et l’Auvergne-Rhône-Alpes sont les deux régions avec la séroprévalence la plus élevée.

 

La séroprévalence augmente fortement chez les jeunes adultes et en Auvergne-Rhône-Alpes

En novembre 2020, la proportion de personnes de 15 ans ou plus vivant en France métropolitaine (exceptée celles résidant en Ehpad et en prisons) ayant des anticorps contre le SARS-CoV-2, le virus responsable de la Covid-19, est de 6,2%. Cette proportion appelée séroprévalence était de 4,5%, six mois plus tôt, en mai 2020. L’évolution de la séroprévalence entre mai et novembre 2020 traduit, d’une part, la propagation de l’épidémie après la première vague et, d’autre part, la séroréversion d’une partie des personnes contaminées en début d’épidémie, c’est-à-dire la disparition des anticorps avec le temps, pour certaines personnes qui ont été infectées par le virus. Pour autant, la séroréversion, ne s’accompagne pas nécessairement d’une perte d’immunité contre l’infection. À partir des personnes participant à l’enquête EpiCov ayant effectué deux prélèvements sanguins, en mai et en novembre 2020, on estime que 4 % des personnes de 15 ans ou plus ont développé des anticorps pendant cette période. Au total, 8,5% ont présenté des anticorps détectables en mai ou en novembre.

 

Une séroprévalence qui décroit avec l’âge, de 10 % chez les moins de 25 ans à 4 % chez les plus de 64 ans

La séroprévalence décroît avec l’âge puisque 10,1 % des personnes de 15 à 24 ans présentent des anticorps contre le SARS-CoV-2 en novembre 2020 contre 6,8% de celles qui ont entre 30 et 49 ans et 4,0 % de celles de plus de 64 ans.

De fait, les adolescents et jeunes adultes ont été les plus touchés par la propagation de l’épidémie lors de la deuxième vague. Par ailleurs, l’épidémie ne s’est pas diffusée uniformément sur le territoire. L’Île-de-France reste la région la plus touchée avec une séroprévalence de 11,0 %, suivie par Auvergne-Rhône-Alpes (8,4%), les Hauts-de-France (6,8%) et le Grand-Est (6,7%).

Les régions de la partie ouest de la France sont les moins impactées. La Guadeloupe et la Martinique sont à des niveaux globalement similaires à celui observé en métropole alors que la Réunion présente un niveau plus faible (2%).

 

Les zones densément peuplées ainsi que les métiers du soin sont toujours les plus exposés

Comme lors de la première vague épidémique, certaines caractéristiques restent associées à un plus grand risque d’avoir été infecté par le virus (sans avoir perdu ses anticorps). Ainsi, en ce qui concerne les conditions de logement, habiter dans une commune densément peuplée ou vivre dans un quartier prioritaire de la politique de la ville est associé à un risque plus élevé d’avoir des anticorps contre le virus.

Chez les actifs, les métiers du soin exposent également à un risque plus élevé. En particulier les professions hospitalières telles que les médecins, internes, cadres de santé, infirmiers et aides-soignants présentent la séroprévalence la plus élevée.

En revanche, certaines professions dont l’activité ne s’est pas interrompue et en contact avec du public telles que les pharmaciens, ceux qui travaillent dans un commerce essentiel ou bien les enseignants ne présentent pas une séroprévalence plus élevée que la moyenne.

Par ailleurs, les immigrés d’origine non européenne et les descendants d’immigrés non européens présentent des niveaux de séroprévalence significativement plus élevés que les autres personnes résidant en France, sans que cela puisse être expliqué entièrement par leurs conditions de vie et de travail étudiées dans l’enquête. L’enquête EpiCov montre par ailleurs que les comportements de prévention sont les mêmes dans ces populations.

 

Près de trois personnes contaminées sur quatre ont ressenti des symptômes

Près de trois personnes sur quatre testées positives dans le cadre de l’enquête EpiCov (selon le taux d’anticorps dans le sang) en novembre 2020 ont déclaré avoir ressenti, depuis le début de l’épidémie, au moins un symptôme possiblement associé à la maladie, contre moins de la moitié de ceux dont la sérologie est négative. Ces proportions sont de 36,4% et 2,7 % respectivement pour les seuls troubles du goût et de l’odorat.

Les personnes présentant des symptômes évocateurs de la maladie ont plus souvent que les autres eu recours au dépistage virologique (test PCR ou antigénique par prélèvement nasopharyngé) : 45 % d’entre elles avaient réalisés au moins un test de dépistage entre le début de l’épidémie et novembre 2020 contre 25 % pour les autres. Par ailleurs, qu’elles aient eu des symptômes ou non, les personnes ayant effectivement été en contact avec le virus ont eu plus tendance à faire un test de dépistage, ce qui peut en partie s’expliquer par le fait que les « cas contacts » ont été incités à s’isoler et à se faire dépister.

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